‹ La doctrine de DanteChapitre 6 sur 10 · De Parsifal à Don Quichotte (Sansot · texte numérisé non relu

De Parsifal à Don Quichotte (Sansot

l'homme pour se juger, lui sert pour toutes choses qui le concernent ; et qui s'estime peu, n'estime rien, ni personne à sa valeur.

Ces abominables pleutres d'Italie méprisent notre vulgaire. Il n'est vil qu'en passant par leur bouche adultère et courtisane !

XI. — La proximité, la bonté font naître l'amour ; le bienfait, la sympathie et l'accoutumance en sont les causes augmentatives. Ainsi s'est fortifié mon amour du vulgaire.

La vertu la plus aimable et la plus humaine est la justice qui réside seulement dans la partie rationnelle ou volonté. La bonne manifestation de la pensée est la meilleure chose du discours et j'aime notre idiome parce qu'avec lui seul je m'énonce bien.

L'homme a deux perfections :

l'être et l'accomplissement : ma langue maternelle a été pour moi la source de l'un et de l'autre. Le vulgaire natal a concouru à ma génération intellectuelle, et m'a intro-

duit dans la vie de la science qui est la suprême perfection.

Ce n'est pas seulement de l'amour, mais un parfait amour qui doit m'animer et m'anime pour mon idiome.

Le pain avec lequel on doit goûter mes Canqones est purifié. Il rassasiera des milliers de convives ; je le distribuerai à pleines corbeilles.

Il sera la lumière nouvelle, le soleil nouveau qui se lèvera, tandis que le soleil ordinaire va se coucher ; il épandra la lumière à ceux qui sont dans les ténèbres, parce que le soleil accoutumé leur refuse sa lumière.

S'il est quelque universitaire pour soutenir que le poète parle vraiment de la langue italienne, dans le sens où Musset a écrit:

J'aime surtout les vers, cette langue immor-

[telle

— il n'a jamais lu un seul chant de Dante. Victor Hugo met sans cesse un effet à la place d'une pensée; une image en appelle une autre, comme des accords sous les doigts

d'un pianiste. Chez Dante, tout est voulu, pesé, mesuré et jamais son art ne l'emporte sur la rigueur de sa pensée : le salut nouveau, ce n'est pas la poésie italienne, mais la religion qui va se lever, tandis que le catholicisme (soleil ordinaire) se couchera.

I. — Les ouvrages peuvent avoir quatre sens : littéral ; allégorique, comme dans Ovide, où Orphée apprivoise les fauves et attire les pierres. Cela veut dire qu'il touchait les cœurs les plus durs et forçait les plus inertes à lui obéir. Les théologiens entendent l'allégorie autrement que les poètes, mais je suis ces derniers. Le troisième sens est moral : le lecteur doit le chercher et se l'appliquer. Quand Jésus monte au Thabor il emmène trois disciples seulement ; donc, pour les choses les plus secrètes on doit être peu nombreux.

L'anagogie (au-dessus du matériel) explique au spirituel les choses supérieures. Ainsi « A la sortie d'Egypte, Israël devint sainte et li-

bre, c'est-à-dire à la sortie du péché l'âme devient sainte et libre. »

La nature veut que nous allions du mieux connu au moins connu :

si le littéral n'est pas entendu, l'allégorique restera obscur, le moral incertain et l'analogie insaisissable.

II. — Vous dont V intelligence meut le troisième ciel> voilà ce qu'il va expliquer.

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