III. — Quel est le troisième ciel
La vérité complète sur ces problèmes ne peut s'apprendre^ mais les faibles lumières acquises par la raison humaine renferment cependant plus de délectations que l'abondance et la certitude des choses dont on juge par les sens.
Dante traite de balourdise l'idée qu'il y avait huit ciels, car Béatrice est un neuf et il lui faut un neu vième ciel.
IV. — Voici la succession des cieux : Lune, Mercure, Vénus, Soleil, Mars, Jupiter, Saturne, étoiles et le cristallin .
Les catholiques placent le ciel empyrée par delà tous ces cercles.
Il y a donc dix cieux.
V. — Le troisième ciel est mû par des intelligences que le vulgaire appelle anges (!). Sur ces créatures, comme sur les chœurs, les sentiments ont été divers, quoique la vérité soit manifeste (?)
La raison seule suffit à enseigner que ces intelligences sont en plus grand nombre que les effets concevables aux hommes. Elles possèdent toute béatitude ; ce qui comprend une félicité de vie active et une autre vie contemplative. Si nous inférons que Dieu a pu créer un nombre presque infini de créatures spirituelles, il en a créé, en réalité, un nombre plus grand encore.
VI. — Les anciens n'ont pas vu la réalité des créatures spirituelles :
nous en avons été instruits par le Christ.
Trois principautés, chacune de trois ordres, d'après la suprême puissance du Père, la sagesse du Fils et l'amour du Saint-Esprit.
Aussitôt leur création, la dixième partie de ces ordres se perdit et la nature humaine fut créée, pour les remplacer. Il paraît rationnel de
croire que les moteurs du ciel de la lune sont les Anges, que ceux de Mercure sont les Archanges, et ceux de Vénus, les Trônes. Ceux-ci font une opération homogène à l'amour de TEsprit-Saint, qui consiste en la mise en mouvement de leur ciel amoureux.
VII. — Les rayons de chaque ciel sont la voie par laquelle descendent leurs vertus sur les choses d'ici-bas.
VIII. — La pensée est l'acte propre de la raison : les bêtes ne pensent point, je parle aussi de celles qui ont figure humaine et souffle de bétail !... « Ma vie intime n'est autre chose qu'un penser. »
IX. — Entre toutes les bestialités, la plus stupide, la plus vile, la plus damnable, c'est de croire qu'après la vie présente il n'y en a point d'autre. Si notre espérance était vaine, notre imperfection serait pire que celle de nul animal, car beaucoup sacrifient la vie terrestre à la vie future.
XI. — Dante a lu Boëce dans la tristesse ; Boëce, captif et banni du monde, s'était consolé lui-
même: «Je découvris un remède à mes larmes, je découvris que la philosophie était la grande chose des livres et des sciences, et je me l'imaginai sous les traits d'une dame noble. »
XII. — Par ciel j'entends science, selon la similitude. Aux sept premiers ciels correspondent le Triviutn et le Quadrivium. A la huitième sphère la science naturelle ou physique et la métaphysique ; à la neuvième la morale, à la dixième la théologie.
XIII. — Le ciel de la lune ressemble à la grammaire pour l'ombre qu'il renferme et la variation de sa lumière.
Mercure, dialecticien par sa petitesse, est voilé des rayons solaires; la dialectique est étroite et spécieuse d'argument.
Vénus et la rhétorique sont suaves, et se manifestent par l'étoile soir et matin, comme la science par la parole et par l'écrit.
Le soleil et l'arithmétique servent à tous et l'œil ne peut les embrasser. Mars et la musique sont
beaux et ardents, et attirent les vapeurs de l'éther et celles de l'âme humaine.
Jupiter le géomètre se meut entre Mars et Saturne, et son éclat est argentin.
Saturne, la plus lente et la plus élevée, correspond à l'astrologie.
XIV. — Le ciel étoilé appartient à la fois à la physique et à la métaphysique.
Le ciel empyrée, par sa paix, est l'emblème de la divine science. Salomon appelle toutes les sciences reines, concubines, esclaves, la science de Dieu étant sa colombe et sa belle.
La comparaison des cieux avec les sciences explique comment j'entends par le troisième ciel, la rhétorique.
XV. — Boëce et Tullius, par la douceur de leur langage, m'ont acheminé à l'amour, c'est-à-dire à l'étude de la très noble dame Philosophie; ils m'y ont acheminé par les rayons de leur étoile, c'est-àdire par leurs écrits sur la matière.
Dans toute cette allégorie, Amour
désigne l'étude ou l'application de l'esprit.
Je dis et j'affirme que la dame dont je m'épris est celle de Pythagore nommée Philosophie.
Le troisième traité est consacré au second amour.
« Mon second amour prit naissance dans la miséricordieuse figure d'une dame ; je ne souhaitais pas seulement sa vue, mais celle de toutes les personnes amies ou parentes. »
II. — Amour, à le considérer en son vrai sens, n'est autre que l'union spirituelle de l'âme et de l'objet aimé.
III. — Cet amour opère dans mon esprit, amour de la vérité et de la vertu et non celui qui a pour essence la volupté sensible.
IV. — Mon insuffisance à dévoiler mon sujet vient de ce que les perceptions mentales défient notre idiome terrestre.
V. — Dissertation symbolique sur la révolution du Soleil : « O ineffable sagesse, régulatrice universelle, que notre intelligence est
pauvre pour te comprendre ! Et vous, pour le plaisir et Futilité desquels je disserte, dans quel aveuglement vivez-vous, si, au lieu de lever vos regards vers ces sublimes spectacles, vous les tenez fixés sur la fange de votre sottise. »
VI. — Comme cette dame possède véritablement la perfection, Dieu, qui Ta comblée de grâces, la chérit comme son œuvre la meilleure.
VII. — Entre la nature angélique d'ordre intellectuel et l'âme humaine, il n'existe aucun degré !
VIII. — Dans ses yeux et dans son doux sourire, l'âme, comme sur deux balcons, se montre, bien que voilée. Six passions sont propres à Tâme humaine : grâce, zèle, miséricorde, envie, amour et pudeur ; chaque fois que Tâme en éprouve une, le reflet se montre dans le miroir des yeux.
IX et X. — La personne dont je décris les beautés n'est autre que la dame de l'intelligence.
Pythagore ne se disait pas sage, mais ami de la sagesse. On ne doit
LA DOCTRINE DE DANTE g3
pas appeler vrai philosophe celui qui n'est ami de la sagesse que par intérêt, comme sont les légistes, les médecins et presque tous les religieux, car ils n'étudient que pour acquérir argent et dignités.
XI. — Allégoriquement donc, par amour qui me parle de ma dame dans mon esprit, j'entends l'étude.
O très noble et très excellent, le cœur qui s'unit à l'épouse de l'empereur du ciel, épouse qui est aussi sa sœur et sa fille bien-aimée.
XII. — Cet amour se manifeste dans l'usage de la sagesse et le mépris des choses dont les autres sont esclaves.
XIII. — Sa contemplation nous fut ordonnée, non seulement pour admirer sa face dévoilée, mais pour désirer et acquérir les choses qu'elle tient occultes.
XIV. — Oh ! votre état est pire que la mort, à vous qui fuyez l'amitié de cette Sagesse ! Avant votre naissance elle vous a aimés, préparant et ordonnant votre entrée dans la vie. Ensuite, elle est venue à vous, sous votre image, pour vous
diriger ; si vous ne pouvez tous parvenir jusqu'à elle, honore^-la du moins dans la personne de ses amis.
Le quatrième et dernier traité contient parmi des audaces imprévues, les immortels principes de
L — Je veux ramener les égarés dans le droit chemin touchant la connaissance de la vraie noblesse.
Ici je n'ai plus besoin d'aucune figure.
II. — Frédéric de Souabe, empereur des Romains, interrogé sur la nature de la noblesse, répondit :
« C'est une antique richesse et une belle coutume. »
III. — Le fondement de la majesté impériale, c'est la nécessité de la vie civile. L'Etat a besoin d'un pilote, comme un vaisseau.
IV et V. — Retour aux thèses du De MonarcUa.
VI. — Récapitulation d'Aristote et de Platon : « Aristote est donc celui qui a dirigé les regards et les pas du genre humain vers le but auquel il doit tendre. »
O malheur à vous, les gouver-
nants actuels ! Oh ! surtout malheur à vous les gouvernés ! Aucune autorité philosophique, ni par étude propre, ni par un conseil, ne se marie à vos procédés de gouvernement.
Le titre de noble s'accorde à quiconque est fils ou neveu de quelque homme puissant, fût-il luimême un personnage de rien.
Moi je déclare vil un homme méchant qui descend d'un juste.
En supprimant un côté du pentagone on en fait une quadrature ; en supprimant la raison, il ne reste plus rien de l'homme.
VIII. — Le plus noble rameau de la raison est le discernement.
Il y a une différence entre l'irrévérence et la non-révérence.
IX. — L'autorité impériale a été créée pour la perfection de la vie humaine, comme guide et régulatrice de nos actes : mais chaque fonction a ses bornes. On pourrait dire de l'empereur, si l'on voulait figurer son office par une image, qu'il est le chevaucheur de la volonté humaine, la définition de la
noblesse n'appartient point à la fonction impériale.
X. — Les richesses arrivent toujours d'une manière injuste et ne peuvent être une cause de noblesse.
XI. — Leur accroissement n'est pas moins vil que leur naissance.