‹ La doctrine de la grâce chez ArnauldChapitre 30 sur 65 · V. t. XVII, p. 8:{t · texte numérisé non relu

V. t. XVII, p. 8:{t

178) V. t. X, p. ti<ui. — :;■( \. l. Wll, ]). 147.— 80, V. t. X\ II, p. 144. Cf. t. X. p. 6. — 8i Al ».., de Lib. Arb. Jll, cap. iM. in t. X, p. |02. — '8> Ariiauld domii- cet argument de saint Auj^ustin comme un argument « de raison , t. XVII, a, i45. Mais il a .souvent lait observer ailleuis que tontes les |>ienves qu'on nomme preuves de fait sont en réalité des piciwes de laisoniieinent.

83) Il est inutile de rappeler (|ue toute cette argumentation de saint Augustin, qui est non sans quelques différences importantes! celle de Pascal dans les Pensées, est de\enue un lieu conunun de l'apologétitpie chrétienne. Elle se retrouve tlans Chateaubriand (iénie du Christ., I' i)art., liv. I, êli. l\ , sans parler de Lacordaire, etc.. De nos Jours, elle fait le fond de ra|iologéti(jue de V immanence. Et si les doctrines <U' liramanence on! été si mal accueillies par nombre tlaulorités ecclé siastiiiues. c'est parce que l'esprit moliniste paraît décidément prédondner dans le cleigé. .\u reste, saint Thomas, qui se sert de l'argument de saint Augustin ne lui attribue qu'une valeur proOalde. ( V. Su/n. Cont. Genl., lib. W , eap. .'iii. Et il laul avouer que ni Pascal d'après le plan de l'Apologie . ni non plus ses amis de Port-Royal, ne prétendaient donner par là une démonstration rigoureuse du péché originel. Le péché originel est sans doute l'un de ces dogmes auxquels pensait Pascal lors(|u'il disait à M. de liebours i< que le raisonnement bien conduit i)ortail à les eroir*', (|U(pi(]u'il les faille croire sans l'aide dn laisotmement ".

i.A ciiirn: d'ahaai 53

l'ntendons niiiiiilenant, sur cv su jcl , la Hi'vélatiou ellc-mcmc.

Adam a |)éclK'. Adam, nous di! la (icnèse, erre dans un *''lal surnaturel de droiture et dr ju i-reclion Ti i ; muni do tous les secours divins qui devaient lui [yerniettre d'accom[)lii' la des tinéo ('minente à laquelle il était appelé : plein d'une vigueur entière dans toutes les parties de son Ame et de son corps (2) ; exempt de soullrance et de convoitise i 3 ; éclairé, quant à son intelligence, par la lumière divine, lampe perpétuelle que Dieu avait allumée dans son àrae toute pure, et qui lui découvrait tout ce qu'il avait besoin de connaître (4 ' ; soutenu, quant à sa volonté, par l'aide constamment présente d'une grâce qui l'accompagnait dans son action sans déterminer sa décision et eu le laissant in manu consilii siii (5i: constitué enfin, comme les Anges, dans une pleine puissance de faire le bien et de ne point déchoir i6i ; Adam est déchu par sa faute. Et cjuelle a été sa faute? L'o/'^>-«ei7, « origine de tout péché, » nous dit riv-riture encore 1 7 1 ; l'orgueil, seule voie par où, dans une nature, soit humaine, soit Angcdique, pure de toute passion et de tout bas instinct, put s'insinuer le mal. Adam et Kve ont mangé du fruit défendu, non pour aucune convoitise que ce fruit tilt susceptible d'éveiller en leurs sens, jusqu'alors dociles à la raison, ni pour aucune incommodité que leur causât la défense divine, mais parce qu'à l'exemple de Lucifer, ils cnt voulu s'alfranchir du joug de Dieu, et se rendre leurs propres maîtres : non serv'u'ni.

Voilà quel a été le péché du premier homme. 11 n'est autre chose que l'entier renversement de la Loi éternelle de Dieu iSi.

I (;!•('■('■ (Irtjil. .> Kcclés., t. \'II, |>. 'îu

■2 \ . l. \VI, p. 112. — (3) V. ti ce sujet NicoLK : liislriicl. sur le Syiiil)., t. I, p I9--2(X>, et V. snriont. sur la coudilion rie riiiniime à l'état (riiinocniec, .î.vxsKMrs, I. Il, De Statu iintiwac Innoccntis Lit). siiii>uLaris) partieulièrcuieiil les n» premiers chapitres. V. aussi 1. X, p. 6 — '(I V. t. XVIII, p. 3'$3. Adaui inuoeent» voyait Dieu au dedans de lui pouuue dans un sanctuaire , ihid. — ô ^'. t. X\'I, p. ni».

G V. t. XXIII, p. 97 — 71 V. Au<;., de Ch-it Dci, lib. XIV. eap. 1?. Cite //i, t. XVII, p. 32''f et t. X, p. !\oi~\o\. Les passages de l'ivriture visés sont notaiiMucnt : In ipsa enini{><af)<'rbià) iniliuiii siimpsit oiiiiiis jterdUio. Tob. iF, i^i. Initiain umnis pendti rst sii/ierhiii Kcclés. A, i.) , etc. — 8 V. t. XVII, p. 324-32,'S ; t. X, p. 3<j3-4(i4 ; t. X, p. 3S9-390. Le même développement sur le péché originel se retrouve avec des variantes iii~;i<îiiiliantes, dans ces quatre ouvra^'es, de dites très diirércntes. Cf Sur tout cela, et sur ce qui suit : .1 wspmi s, Uh. II. dt- SItifn iial. l.a/istir, particulicreuieut Crt/). /.) cl <af>. 1;).

Oj LA DOCTRINE DE LA GRAf'.K

Lii Loi éternelle, c'est, dit saint Aug-ustin, v la raison ou la Volonté divine qui veut que lordi-o soit conservé, et qui ne veut pas qu'il soit troublé (9) ». Or que demande l'ordre? Que eliaque chose tende vers son lien naturel ou vers son bien (loi. Mais, nous l'avons vu, Dieu seul est le Souverain Bien de l'homme puisqu'on lui seul la nature humaine peut trouver son l^onheur et son repos iii. Dieu seul par conséquent, doit ètie l'objet des inclinations de notre volonté, comme en demeurent d'accord les philoso]>hes payens euxmêmes, lesquels sont unanimes, depuis Aristole jusqu'à Cicéron, à délinir le Souverain Bien : « ce à quoi il faut tout rapporter, et qu'il ne faut rapporter à aucune chose (12). » Cela revient à dire, l'inclination ou la j)ente de la volonté vers un objet considéré comme bon étant ce qu'on nomme amour, que Dieu doit être notre unique amour ( i3).

Non qu'il ne nous soit permis et même commandé d'aimer les créatures; mais parce que nous ne les devons aimer qu'en Dieu et pour plaire à Dieu (i4l Saint Augustin disting-ue fort bien deux sortes d'amour: l'un, qui se i'e]>ose dans son objet pour en Joui/- ; dilectionem mansoriam ; Vixyitve qui rise siml)[ement de son objet pour s'en procurer un autre : dUectionejn transiloriaia fi5). Certains, par exemple, s'adonnent à la science par pur esprit de curiosité, et sans autre but que de savoir : c'est aimer la science pour elle-même. Beaucoup aussi ne s'y adonnent que par vanité, et dans le dessein d'acquérir de l'estime parmi les hommes : c'est aimer la science pour la gloire. Mais de la gloire à son tour on peut demander si nous y bornons nos prétentions, ou si nous espérons nous élever par elle aux dignités et à la lortune (161. Et comme cela ne saurait aller jusqu'à l'infini, il faut nécessairement qu'il y ait

9) AuG., lib iij cont. Faust, cap. -j- \ V. t. XN'H, p. 3ii.

10) Jbid., jj. 3n. — Il Ihid., p. 3ii, Cf. sur tout cela. t. XXVI, p. 2'^. — (12) Cic. de Finibns, lit). II: V. t. XVII, p. 35 et t. XXXVIII, p. k. —

i3) V. t. XVII. p. 307 et suiv. — \\\ V. t. XXXIX, p. 3^5 ; et dans ce cas : c'est Dieu que nous aimons, au sens ])ropre du ternie. iV. Aie. dx' Trinit., lib. IX, cap. 7 et 8): cf. t. XVII. p. 3o5 ; t. IX, p. 343-349.

i5) Alg., de Doct. Christ, lit). I, cap. Sa; V. t. XVll, p. 3o8 et p. 3i2 ; V. une série <le textes de saint Auj^ustin cités par Arnauld pour nous expliquer la deslinaliou de //ni et d'ui/, //•«/ impliquant l'amour d'une chose pour elle-nièmo; CI". Soliloq., lib. I. cap. i3: Qiwd non projitcr ac aniatur, non fiiiititnt\ et Lib. S'i. qua'sl . (|u. 4^ i>" 34. — (i6i \'. t. X\'II, p. 3o8-3ot).

LA cnvTK d'adam 55

un premier amour, d'où naisse cette série de désirs, et où notre volonté trouve le terme de ses mouvements ( i^). A considérer ec premier amour, il est parl'aitement évident, — et c'est le rondement de toute morale (iH), — que nulle autre: chose que Dieu ne mérite d'être aimée pour elle-même, que les biens périssables ne doivent nous étr*' que des moyens pour [)arvenir à la possession du bien immuable, ou, pour parier en termes plus pluiosouhiques, que nous sommes obliges de tendre ontinuelleiiient à Dieu comme à la fin dernière de toutes nos actions et de toutes nos pensées (t«.<'.

Or, qu'a fait Adam par sa révolte? Il s'est mis en la place de Dieu, suivant lu parole du serpent : Eriih sicut DU faoï. il a ])rétendu nètre plus qu'à soi-même, ne regarder que soimême en tous ses actes, n'agir plus que par le mouvement de son amour- propre |t2i). En un mot sa volonté a changé de dernière fin : au lieu de l'établir en Dieu, et dans le bien universel, elle l'a établie en soi-même et dans son bien particulier I iai.

(^e faisant, le premier homme ne s'est pas seulement écarté lie l'ordre, il a détruit l'ordre autant qu'il était en lui, puisqu'il a renversé cette hiérarchie des fins sur laquelle l'ordre se fonde 1.23). C'est peu de dire que sa désobéissance est un péché, elle est en quelque sorte le péché essentiel. Car, d'après la notion "que nous en donne la Théologie, l'essence du péché ne consiste pas dans un néant, mais dans la tendance volontaire au néant. Et. toutes les choses créées quoique bonnes en elles-mêmes, n'étant que néant au regard de Dieu, la volonté tend au néant, la volonté s'amoindrit, la volonté (lél'aille, lorsque, capable de jouir de Dieu et de s'unir à lui par son amour, elle préfère s'arrêter à la créature (24t. D'où

i: Ibid. — (rôj V. t. XVII, p. 3u.

T9,i V. t. XXVI. p. 2-4; t. XVM p. 3o--3ii, etc.; sur k- sons cl la nécessité ùc l'Aniour de Dieu dans la vie morale, le chapitre I'^^'" de notre 2' partie. — (20 V. t. XVII, p. 824 (et les autres oii%Tages déjà cites à la note 8). Cf. t. X, p. 90 : Il s'est fait à lui-même >< l'objet de ses propres (complaisances et l'idole de son cd-ur. ■■

2i\ Ihid., p. 325, etc. Cf. Ave, De Civil. Dei, lib. XIV, cap. i3, cité ihid., p. 824. — (9') Ihid. — '23) V. loc. cit. Cf. un passag-e de saint Vuiifustin llib. II, cont. Faust., cap. 781 cité in t. XXIX, p. 4i- — (24) ^ ■ t. XVII, p. 3t4-3i5. Ai-nauld cite là plusieurs textes de saint Augustin, p;uticiilicremiMit : lih. cont. Spciind., cap. II el De cerd rplig-ionc, cap. i3

56 LA DOCTRINE DE LA (iUACE

vient que saint Augustin, et après lui suint Tliomas, entérines identiques, et avec saint Thomas tous les théologiens définissent le péché : le mouvement par lequel la volonté se détourne du bien immuable pour se tourner vers les biens muables dCyi : Aversio ah incomniii^nbUi bono el ronversio inordinata ad comnuitabile boniini. Mais ce mouvement, nous l'avons vu, est toute la révolte du premier homme. C'est donc bienle péché par excellence qu'incarne l'acte d'Adam; et ce péché, dit saint Augustin, « commis par une volonté très libre, et avec une pleine connaissance, » sans aucun nuage qui dérobe la vue du bien, et sans aucune faiblesse qui empêche de l'embrasser, n'admet pas le plus petit commencement (ratténnation ni d'excuse (26 j.

B. Les suites du péché

Plus la faute avait éJé grave, plus lourd devait être le châtiment.

Dieu a voulu qu'il naquît de la faute elle-même. 11 s'est contenté, en retirant sa grâce à celui qui venait d'en faire fi, d'abandonner le rebelle au poids de son péché. C'en était assez pour que cette nature humaine, — entre les parties de laquelle la grâce seule maintenait l'harmonie, les adonnant toutes à la même fin surnatuielle, — sabimàt en une véritable ruine (i).

Adasn a fait comme un homme qui, se jetant volontairement dans un précipice sur des pointes de pierre, se brise et so

(a5) La iléiinitiou de saint Augiislin est : Motus t/no i/isa \'oliiiit(iN averliliir a coinniiiiii atqiie incuinrnutabili bono, et ad propria, i-el alierid, vçl infmia, atqiie omnia coinmatabilia cotwertitur bona. (De lib. arh., ni), ni, cap. i; Cf. Confess., til). .\1I, caj). 11). V. t. XVII, p. 3t4. i.a déliuition de saint Tliomas est : .4ce/'s/o tib incomnnilabiU bono </ ion{>ersio inordinata ad coniniutabiie bonain; ce qui, dit Arnauld, revient exactement à la délinition de saint Augustin. (Y. t. XXXI, p. 81 et [). 93-94.) V. notamnK ni : Sam. Tli. 1" P% qu. 76; I" II", ((u. 87 art. 4 incorp. ; II" Il'°, qu. 10 art. 3 et beaucoup d'autres aiHicles de la Somme. — (26) AuG., lib. III de lib. arb. cap. 19. V. t. XVll, p. ago.

(i) C'est l)ien le mot ruine qui convient. V. t .\V!, p. 35: « ruine ineffable », dit saint Augustin, cité ibid., p. na

Page 1