‹ La doctrine de la grâce chez ArnauldChapitre 31 sur 65 · I.A cm TE I) ADAM · texte numérisé non relu

I.A cm TE I) ADAM

blesse dans tout son corps, et demeure enfonce dans la boue, sans pouvoir s'en retirer lui-inènie ri). Il s'c't:nt de son plein gré détourné de Dieu pour se tourner vers soi-même et la créature, et voilà que, — pareil à la femme de Loth, changée en stutue de sel au moment qu'elle regardait en arrière du côté de Sodome, — il est resté lige dans la fausse position où il lui avait plu de se mettre. Ne voyons- nous ]Das parfois une action unique, procédant d'une grande application, suffire à engendrer une habitude? Si impétueux avait été l'élan du premier homme vers le mal i3) que, par la simple l'orce acquise, à laquelU la grâce absente ne pouvait plus opposer d'obstacle, il a imprimé dans tout son être une tendance, une pente définitive 4'- Le geste de désobéissance s'est continué, dit Bellarmin après saint Thomas, en un état durable cVaversion de Dieu ((h.

Aversio a Deo, coiwersio ad ct-eaturas ; voilà, réduite à son principe la corruption que saint Augustin comme^saint Thomas, le Concile d Orange comme le Concile de Trente, nous uflirment avoii' afiligé « Adam tout entier, selon le corps et selon l'âme » ji. Car, j^our ne rien dire de la mort et de la

2iY. (. XVI, p. i[iiii3. — (Si V. l. XVIII, p. 58o-58i.

4) (^est le fond nioiiie de la théorie augustinienne du péché origiml ((ue cette assimilation des edets de la lanle d'Adam aux effets de 1 habitude : Cur ergô non credilis Lunluin saUeiii i'aluisse iliud pt-lini liondnis ini'jfahilUer grande pcrcatiini, ut eo ^'itioicfur tiarnana natiira iiniwrsii, qnantiun i'tilet nnnc in lioniine iino Sfcundd nalara '.' (Aug., Op. ini/i. (■ont. .lui., lil>. 1, cap. io5). Cf. JaxskmI'S : Volunlas eniin illa mata (/uasi e.\ al/issinio toco tanto iinj/clu in seniclipsani lapsa est, u( ^'cstigiuin (junddani sihi siinile nninio sil)i placenli impresserit, et impressum retiquerit : quo effcctuni est ut id ifiiod sihi aniplictenduni, et arnandum, Jruendurnque sumnià arhitvii til>ertate, detigerat, id postea perseK'eranlfr lil)eat, ar tilicndo ptaceat, ut ci anipHiis diHjiticere non possit. I.ih. I, /><■ Stnt. nat. top., cap. 3l

5) Viliuni pro nalurti inoli\'il. Ar(;., tract, in Joan, ^4^1. \' . aussi iJc Pecc. merit. ac reniiss., lih. II. cap. 23, etc. Cette formule de sain! -\uguslin est très fré(]uemnient citée par .lansénius et par tous les tliêologicns de Port-Royal, .\iiiauld sv réfère nolauiment, in t. XVII. p. i()<j. — (6) A^'ersio mentis a Deo, Iîkî.i.ak.m, De Ainias. grai. Iil>. I, <ap. 5, cite in t. X, p. ^o\ et t. W'II, p. 32.5, note 1

71 Si quis non confitctnr... totum Adam per iltiini pracniriculionis <ijl''nsani. xecunduin corpus et animam in deterius commnlalum fuisse, iinatlieina sil. {('.onc. Trid. Sess. V. can. I.i Les mêmes expressions se retrouvent dans le i' Canon du Concile d'Orauge, et dans Alt.. De nupt. et concupisc, lil>. I, ca[). 3*2. Tous ces textes sont cités /// I. X\'1I. p. 767. Arnauid traduit in dcteeiiis coiuinulatum [tar corrompu.

douleur, ilonl rexeui[)tion était un privilège surnaturel, du même ordre que la grâce, et appelé à disparaître avec elle, — ce mouvemeut de haut en bas par lequel lame s'est éloignée de Dieu, sa lumière, sa vie et son soutien i8i, pour se précipiter dans i'amiiur de la créature, ne pouvait manquer de la plonger dans les ténèbres et de la livrer à l'oppression (91 de ses puissances inférieures débridées : ignorance et concupiscence, double plaie par où a péri la santé de lame 1 10 >.

L'ignorance d'abord.

L'homme, ai)rès le péché, nous disent les Pères, s égare dans la recherche de la vérité; et beaucoup de connaissances, dont il aurait besoin [)our se conduire. lui échappent désormais et même invinciblement u).

D'où cela s'est-il pu l'aire?

Est-ce que l'intelligence humaine en eile-mème (2), — la faculté d'apercevoir les rapports des choses et de discerner le vrai du faux, — serait devenue tout d'un coup moins grande et plus fautive (3i? Mais, entendue de la sorte, elle se ramène à ce que Descartes nomme le bon sens, qui n'admet ni altération ni degi'é i4) et qui est nécessairement en son entier chez quicon(]ue n'est pas fou (01.

Est-ce que. l'œil de l'esprit if): demeurant intact, l'étenilue.

Le mot de lorrtijjliu est d ailleurs dans le Canon du Concile dr Trente. Il es' aussi employé par saint Thomas : Aon eut peccatuin oi-igiimle, Ijrivatio piu-n... sed eal quidam habitiif^ cort-iiptiis. (I' II", qu. 8a, art. I, ad. I). Saint Thomas dit expressément : h'x uversiojifi rohinlatis a Deo consecula est inorcliiuUiu in omtiilms aliin (iiiirnae {•irihus. (1» 11"-, qu. 82; art. 3). — 18 V. t. X, j). .jx -- 9 V. t. XVI. p. ii3. - no) V. t. X, p. 4o2-4o3.

(I Sur celte ignurance et sur son caractère invincH)le, v. notamment ; t. X, p, 4o3; t. XVII, p. 279 et suiv.; t. X, p. 644 et suiv. ; t. X, p. 66S et suiv.; t. IX, p. 3-2 et suiv. — (a) \. t. XXX\ 111, p. 96. — ^3: IbUl. — '4) Ibid. p. 96 : i' La raison en elle-même. . est peut être égale dans tous les hommes: et ce Jiest pos-ible que la manière de l'appliquer qui îail que les uns sont plus habiles que les autres. » Cl'. Deseartes, Discours de la Métli., i'' partie. Le rapprochement s'inqiose d'autant plus que VKxamen dArnauld est précisément consacré à la délense du cartésianisme.

6 L'expression est d'.Vrnanld même; t. XN'Ill, p. 333.

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