‹ La doctrine de la grâce chez ArnauldChapitre 32 sur 65 · I.A (.:ilLTi: D ADAM · texte numérisé non relu

I.A (.:ilLTi: D ADAM

sinon lu luciiliU-, de sa vision aurait été diminuée parci? que, siii- certains objets, Dieu, cause efficiente de la connaissance (juc nous avons de toute véi-ité (-), aurait cessé de l'éclairei"? Mais Ailani n'avait point été créé dans un état de science int'uso universelle. Seule lui était indispensable et seule a dû lui être communiquée, dès l'abord, la connaissance de la \jn naturelle, détendant tous les péchés qui répugnent aux devoirs de la créature raisonnable, et commandant ce ([ui lui est nécessaire pour atteindre sa fin (8).

C'est doue .! r(;ndroit des vérités morales, bien plulcH qu'à l'endroit des faits pai*ticuliers ou des sciences abstraites (dans l'étude desquelles l'homme innocent ne paraît pas avoir été favorisé par rapport à l'humanité déchue; que l'intelligence d'Adam peut être dite avoir perdu quelque chose (9). Et là même qu'a-t-elle perdu?

Elle n'a pu être privée des premiers principes de la Loi naturelle (10), car ces principes, condition de toute vie en société, sont, avec les premiers principes de la logique, conditions de toute science (ii), le fonds inné de la raison (12), la raison- elle-même (i3i. Aussi ont-ils été, dit saint Augustin, si profondément gravés dans le cœur de l'homme que rini(|uité même ne saurait les en effacer 1 1!\).

Mais alors, ])uis(iue, de ces règles fc»ndamentales, toutes les autres se peuvent déduire à titre de conclusions, comment demeure-t-il dans la vérité morale quoi que ce soit d'invincib'ement caché à l'homme déchu?

C'est que, répond saint Thomas, les commandements géné-

;- V. t. XL, p. 109 et p. iV). — '8j 11 a élé expliqué dans noti-e t. F, c!i. IV, que, |»our Arnauid, Dieu est bien la liimi(-i-e de riiomme, uiais au sens de saint ïlioiuas, causalilei\ paiie ((ue c'est Dieu qui (ait que l'iiouinie connaît, et non pas au sens de sainl Auj^uslin lou attiiltuc à saint Augustin par Malel>ranclie. le P. Lanii, lluyghens. .lansénius, etc. s d'après lecpicl Mou■^ venions les vérités en Dieu. tamjimin in objerh, cognUn. i.{. à ce .^ujet. t. XL. p. 129 et stiiv. et p. l'iS pj suiv.

«) ^ . t. XXXVIIL p. 99- - i:» <-'e»l sine des plaies d;j pcclic orij;inel de ce qu'il n'en connaît !,'uéiT que les premiers principes (de la Loi naturelle) et qu'il en ijjfnore le reste. » t. IX, p. S^S). — (11) V. t. XL, p. 257. — (12* Naturaliter indila. Ibid. — \% Est aiitem lex natui-alh!, recta riUio natuiae con^i-uciis, ditïiisn in onines, (vih.s/ûai.s. senipitei'na, (/aae iocet ad of/icium jiihcndo. si-tatido a frandc dcterveat... T. X. p. i\.

il Aug. l.on/css., lib. AIL cap. 4. \'. t \\ 11, p 299.

<)0 LA DOCTliiNK 1)K LA (IHACE

raux tlu devoir onl beau rester imprimés dans ràinc péclieresse, les ])assions, les hal>iUides mauvaises, l'empêchent d'eu tlisccrner les conséquenees et. d'en l'aire l'application aux actions particulières iioi. Ij'image divine du vi-ai bien est <>ncoro à la poils'e d'Adam déchu (161; et il a encore la capacité de la connaîlre [ijr, il Taiiercevi-ait en plein jour, s'il la regardait comme il faut. Mais il ne sait plus, ou plutôt il ne veut i)lus la regarder. Tourné, dcj)uis sa faute, vers la créature, possédé parles affections charnelles iiJS;, attaché ii la terre(i()i, il n'a plus d'yeux que [)our les faux biens, et pour tout ce qui Hatte l'imagination et les sens (aoi. Plein de l'amour de soi, il ne peut plus, — au moins dans les matières de pratique c[ui mettent enjeu son intérèt(2i), — lixer son attention que du C(Mé où l'amour de soi trouve son comj)te. Et ainsi, comme le dit excell.'rauieut le cardinal Contarin, <> l'esprit, qui suit nécessairement l'inclination de la volonté, trouvant cette

,i5) « Lu Loi naturelle contient quelques commandements communs, qui sont connus de tous les liommes, et d'autres plus particuliers, ([ni sont cr)mme des conclusions des premiers. Quant à ces principes très communs, la Loi naturelle ne [)eut être entièrement effacée du cœur des hommes, pour ce qui est de les connaître en général. Mais elle l)eul être effacée dans les actions particulières, la raison étant empêchée [)ar la concupiscence ou par (juelque autre passion, d'appliquer k^ princii)e commun à ce que l'on lait en pailiculier. Quant à d'antres prin(i[)es ujoins j;énéraux, que l'on peut dire être «lu second rani;-, la loi natiuelle peut être eiracée du 'eteur des iiomnies par de mauvaises persuasions... ou par de méchantes coutumes et par des hahitudes coriompues. » S. Th., I II"", qu. 9^, art. 0. Cité et traduit ])ar Arnauld, commentant et approuvant un passage du P. Con'.enson sur ce sujet. V. t. \XXI, p. aSr. (V. sur les rajiports d'Arnauld et des tliomistes touchant la matière de V ignorance invincible, et particulièrement sur les rapports d'Arnauld et de Contenson notre t. III, chap. II.)

(161 V. t. XVIl, p. 399. — 171 Y. l. 1\, p. 3:.^. — n8) V. t. XVII. p. 299. — (19) V. t. X, p. 202. — 20 Arnanid déclare expressément que, si l'homme déchu ne peut plus connaître les vérités morales, la faute en est « à la corruption de la volonté, si Cortement at'.aciice à l'amour <les biens créés (jue, ne cessant dapplicpier resj)rit à leur recherche, elle le rend tle plus en plus ineai)al)le de connaître le liien sou^('l■ai^ et infini ». (T. XXXI, p. io3.

121) Dans les matières {mrement spéculatives, il peut arriver que l'esprit juge en toute liberté, n'ayant a'.icun intérêt à un parti plutôt qu'à l'autre. Arnauld cite comme exemple la (jueslion de la divisibilité de la matière à l'inlini et celle du mouvement de la terre. Il ajoute d'ailleurs (|ue souvent des considérations étrangères à la matière même qui est en (juestion, mais qui y sont associées j)atriolisnie, etc. , empêchent que nous ne jugions d'une manière dé- intéressée sur ces sujets purement spéculatifs V. t. X, p. (ia'J-Oa.^.

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inclination coiTom[>ue d.ms lu V(»l()ntt.", se corrompt nc-ecssairement lui-même et se remplit d'aveuglement toutes les fois qu'il s'applique à l'action » (22).

Areuiiicinfn/ n^li est bien le mot juste. Semblable à ces malheureux qui, dans la pratique continuelle du vice, finissent par oublier tout sentiment de l'honnêteté, Adam, par s<ui orgueil, s'est à jamais accii^lé lui-même (a^\. L'infirmité de son intelligence n'est au fond que l'inlirmité de son eo'ur. Stni ig-norance n'est qu'une suite de sa concupiscence ('2.') .

Et la concupiscence à son tour, comment laut-il l'entendre?

N'y voyons point, suivant l'erreur des manichéens, une sorte de nature mauvaise que le péché aurait fait surgir à côte ou à la place de la nature sortie des mains de Dieu (1).

Mais gardons-nous aussi de la confondre purement et simplement avec cet ensemble d'inclinations prévenan les ou iudéh'bérres, ou si l'on préfère instinct ù'es, (jue la philosophie scolastique nomme rap[)étit concupiscible 12). Les apologistes de la concupiscence, — tels le 1*. Sirmond et son Prœdestinatus, — s'imaginent établir leur cause en répétant que s'il n éiixit pi'tvenu par la faim, la soif, l'apjiétit sexuel, l'homme ne pourrait ni rechercher sa substance, ni multiplier sou espèce, que ces divers désirs prévenants sont donc selon la nature, et qu'ils ont dû se trouver chez Adam même à l'état

liii Ainaiild file rrcqucmiaeiil celte plii-ase ilc (v.)ntarin. \ . iio'.aiiilueiit l. \, p. 4" > ■ *■ XVII, p. 325-"526 ; t. IX, p. 3^^. — a^i Saint Auj^iis tin dit ordinairement : Cœcitiis cordis. C"est le mot <|u'em|)Ioi(' Ariiatih! cl la plupart des thcolojîiens de P. R. pour désijjner la " [taie » <pie le pécjjc' originel a faite à l'inlelliiience. \'. 1. X,|p. ^o'S. — 24 V. l. WIl, p. ^Di-Mia. — 2;') Le (Jalrchisiue de la Grâce, approuvé et détendu par.Ai-natild, (lonuc cxpressc'iuent t'iifiiorance eomme uik suite <le la tuiicupiscencr. \ . t. W'il, [>. 847

li V. Traduction du Df \'rrà lîeUifione de saint Auuuslin in (Ijm d'Aiiuiuld t. XI, [). 700.

■2 Coiicuiii^teiiLia ,-iiJns loties Scriptuni tnetninit, ciiin appeliln niiitiipis renticonfttndinondchil, nec hnj lis passiones en m illiiis niolibiis, t. XXX\'III. p. 4 ■">• Celte phrase résnine la doctrine anijustinienue c(ue .lauséniu-^ explicpie ionj,Miement au lii) II. I)e S/nl \tif. l'uni', surtout aux chapitres XIV et XX.

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d'iuuocence (3). Vaine équivoque. I^a concupiscence, ou la cupidité (^ces mots chez saint Augustin sont synonymes) (4), ne réside pas dans l'envie démanger onde boire quandbesoiri est, ou d'accomplir l'œuvre de chair pour procréer des enfants; elle réside dans l'envie de manger pour manger, de boire pour l)oire, d'accomplir l'œuvre de chair pour le plaisir. Elle ne consiste pas à aimer les satisfactions sensibles, mais à les aimer absolument et à tout prix, sans souci de leur caractère licite ou illicite, sans condition et sans mesure, passionnément. Elle n'est pas le désir, mais l'emportement ejjréné du désir (5).

Dii"a-t-on que même celle manière immodérée de désirer n'est point contre nature, puis(|u'elle se retrouve chez les

3 V. t. XA'II, p. 2-1-2-2. ]'f(fdet<fiit(ilus esl le tili^' donné j>;ir le P. Jacques Siruiiond à un uianu.scrit trouvé par lui à Ilehus et édité en 1643 (ou 44'. manuscrit d'un auteur ancien qui rélute les doctrines dites prédestinatiennes, lesquelles ne semblent en réalité point ditFérentes de celles de saint Auifustin. Sui* ce livre et sur les controverses auxquelles il a donné lieu, quant à la fjucstion de la prétendue secte predestinatienne, v. notamment t. XVII, p. 497 et suiv •, t. XYIII, p. 458. (](. Mémoires de Hermanl, t. I, p. îio et suiv. Le P. .Sirniond donnait son inanus<rit comme décisil" pour établir l'existence de l'hérésie pré deslinatiennc. l'onr les théologiens de Port-Royal, l'auteur du i'r<t'- (IcsIinatuK n'est pas autre ciiose qu'un Semi-Pélaj>ien.

(4; Arnauld parle indifféremment de cupidité ou de concujdaa'nce: v. par exeuqile t. X, p. 384; t. X, p. 4i">- De même tous les théologiens augustiuiens, à commencer par Jansénius : Porn') coiuiipisceiitid ishi, seii libido, sen ciipiditaa. etc. (Lib. II, de Stat. \al. Laps., cap. 71. Il dil encore coiwoiluie. V. t. XVII, p. 274 et suiv.

loi V. sur tout cela Jaxsiî.mus, lib. H, JJe Stat- Xat. Laps., cap. i(, et lib. Il, De Stat. Xal. Laps., cap. 7 et suiv. Jansénius, cepi.ndaMl, admet que plusieurs textes de saint Augustin semblent donner la concupiscence comme quelque chose de plus que ïejjrenitas de l'appétit sensible. Ce serait une sorte de qualité mauvaise, de caractère positil'. Et il déclare qu'après tout, une telle o|)inion n'aurait rien d'absurde : cela reviendrait à faire de la concupiscence une de ces qualités occultes l'amilières aux scolastiques, et par où les médecins ont coutume d'expliquer les maladies : (Jnid si dcni</ae occultain iinamdain qualitalein esse sentiret (roncapisren/.iarn) idèone statim expLodeiidum est ? Medicis niliil faniiliarias qaain liajusnwdi occultas inculcare ijnalitates, id(jue ia notissiniis eu li>ati-'<si inisi/ ne rébus, ipsdifue peste, tjwi' toi rnillenis auiiis eoi-uin industrifiiii exercuit, nec adhuc ad intelligentiatn perdiici poluit. iJans., lib. I, De Stat. .\at. Lap. cap. iS. C.ï. ibid, cap. ^3 \snb fine). On conçoit l'acilemenl que cette façon d'enleudre la concupiscence n'ait guère attiré Arnauld. En fait, il ne l'envisage même pas. El il ne considère Jamais la concupiscence que comme l'amoiir des créatures en tant qu'il manque de raiiport à Dieu.

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bètes, et ([ue Ihomme, par toute une partie de lui-même, est semblable aux bètes? Saint Auj^-uslin a déjà répondu que ce qui est nature chez Tanimal est corruption chez l'homme : Vitinni honiinis natiira est pecoris (C^). Il est naturel que ranimai, né pour des lins bornées, ne voie rien au delà des jouissances matérielles, qu'il s'y complaise et qu il s'en saoule. Et il est naturel que l'homme, animal sans doute, mais animal doué d'intelligence et de volonté, et par là destiné à un bien supérieur à tous les biens créés, rèyle ses facultés animales de manière quelles recherchent les biens créés uniquementcomme des moyens en vue du bien suprême 7). L'exacte subordination de l'appétit sensible à la raison, par où, d'euxmêmes et sans qu'il fût besoin de frein extérieur, les désirs d'Adam se contenaient dans les limites convenables, faisait, suivant le langage des théologiens, V intégrité de la nature

6 Al (.. De yiipl. ft conciipisc, caj). '55 V. t. WII, p. 7O6. Cf. JansÉxius, lib. II, De Stat. ISat. Para', cap. i4-

(7 A lobjection molhiiste, .selon laquelle la conciii>iscence sérail naturelle à i'hoinuie, .lansénïu.s répond fd'aprè.s saint Augustin et saint Thomas) : Atl liaec isfilur non est (lifjieilis- rcsponsio juxtà princijiio S. Angastini. Ksloeniin sil honiini naturale per (ippetitiim sensitivuni conrupiscere, non est tanicn ci tiaturale contra spiritnni et rationeni conrapiscere, scd a contrario, id est contra nalurant ej'r.s, ijnia, ut Sanctns Lkn-tor ait : « Hoc natnralis ordo desiderat, carnein spirilui esse siibjugotani; et contrariant jam caio facit. non natarâ, sed consuetndine peccaiornni, tjU(f in naturain i-ersa est, secandam qeneration^nt mortalein peccato priini liotninis. vlDe pecc. rneritis ac remiss. lib.. II. cap. 2'i.) Itaqae S. Tlionias, cuni sibi offjeciitset hoc arirunienliim iisdem pœnè verhis, \Ldelicel (juod concupiscenlia sit proprins actus i'irtufis conciipiscibilis, iilèoque setpii (juod conçu piscentia sit liomini natnraiis, respondit i/isc iiinforniiler ad docLrinatn Angastini sujH-riàs traditam : a Quia in Jioinine conciifàscibilis naluraliter regitur ratione, in lanlum concupisci're est Iioinini naturale, in tfuantnin l'st secundum rationis ordineni. Concupiscenlia aatcni qiia' transcendit limites rationis inest Iwmini cimtrà nalutfim. I' II"-, qu. 82, art. 3 ad i'. - Jansénius ajoute qu'aulre chose est l'appctil considéré seul comme rlans les bètesl, autre chose le même appétit joiul à la raison comme chez Ihommei : l'olesl cnim aliquid esse naturale ciii/duni secunduni se, cujas tamen <crla moderatio fuit eidem connaturalis c.v alterius conjunrtione. lia /niilieri secunduni se spectabr conipelit siià se gal^ernure libertnte, cui pcr lonjugiuin Jiat naturale niarili iniperinni sequi. Voilà pourquoi. CDUclutil ; .S/7 naturale appelitni sensitivo pcr se spectato concnpisceic , nulla rationis aul spiritiis habita considcratione, non tamen indé seqailar idem cnm istd \-agà libertatc ei naturale esse prout spiritui atquc rationi in e<>d<'m snpposilo copulalur. Tanc cnim ei lit naturale accuralc subesse rationi. ncquc pracurrendo neque c.xcedendo nntus ejus. iLib. II. de ''taf. l'uni' .\alunr, cap. an. CA'. i aji. i^.

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