LA. CHUTE I) ADAM
vouloir le mal. Par malheur elle donne lieu, elle aussi, à de graves objei-lions (33).
A meltie la liberlé dans la seule exemption de contrainte, on a, d'abord, quelque peine, — si ce n'est par des additions ou restrictions peu cohérentes avec la formule primitivement posée (34), — à éviter la condamnation dont les Bulles d'Innocent X et d'Alexandre VII ont frappé la 3" proposition, dite de Jansénius (35), j^ortant que pour mériter ou démériter, dans l'état de nature déchue, il suffit d'une libertas a coactione (36).
Ensuite, on heurte à nouveau l'idée que les hommes se font communément de leur liberté (37). Cette idée est que personne n'est vraiment libre, de la liberté indispensable au mérite, que ceux qui font ce qu'ils font de leur j)ropre mouvement, paileur choix (38) et comme maîtres de leurs actions (39). Mais, d'autre part, chacun convient que parmi les actions qui s'accomplissent en nous sans contrainte, il faut mettre à part celles auxquelles l'âme est déterminée par une nécessité naturelle, ou si 1 on préfère, par un instinct (4o). Car dans ce dernier cas, on ne saurait dire que l'âme se détermine par elle-même, qu'elle se porte d'elle-même à agir, ni qu'elle soit maîtresse de son action, actâs sui domina (40. On dirait plutôt qu'elle y est entraînée par son objet machinalement (42). Comme, donc, le choix n a point ici de part, on ne doit point parler, et on ne parle point, de libre arbitre.
(33) V. t. m, p. 417 et suiv. — (34) V. t. III, p. 417; t. III, p. 610. — (35) La 3* proposition cimclamnée est celle-ci : Ad inerenduin et detnerendtun, in stalu riatarœ lapsœ,non requiriiur in homine libertas a nécessitais, sed siif/icit libertas a coactione. Sur les rapports de cette proposition avec les prop. Sg, 66, 67, de la Bulle contre Baïus; sur la véii table doctrine de Jansénius et des théologiens de Louvain qui l'ont suivi; eiitinsur la façon dont .\rnauld, après avoir défendu cette doctrine, a été conduit à l'abandonner: V. notre tome III, ch. I (et aussi le tome I, cliap IV). La doctrine de Jansénius a été expressément adoptée par Pascal. Nicole semble aussi s'y être tenu.
(36) Au contraire, on rcnil raison très aisément « pourquoi arf merendwn et demerenduni non sufjicit Libertas a coartione sed requiriiur libertas a necessitate », en adoptant la délinition de saint Thomas qui met le libre arbitre dans la pototas ad opposita. V. t. III, p. 498. — (37) V. t. X, p. 619. — (38) Ibid., p. 62). — (3y) Ibid., p. 616. V. t. X, p. 635; t. X, p. 438-439-
(40) Saint Thomas, et Arnauld après lui, identitient les deux termes : V. Sum. Th. l', qu. 19, art. 10, cité in t. X, p. 633.