‹ La doctrine de la grâce chez ArnauldChapitre 35 sur 65 · V. t. X, p. 620; t. X, p. 438. — (42) Ibid.. p · texte numérisé non relu

V. t. X, p. 620; t. X, p. 438. — (42) Ibid.. p

8o LA DOCTUINE DK LA GRACE

C est justement pourquoi nul ne songe à attribuer le libre arbitre aux bêtes (43). Tout le monde, hormis les cartésiens, croit à l'àme des bêtes. Tout le monde reconnaît en elles, vint cognoscitwam, c'est-à-dire une faculté de connaissance qui, à la perfection et à Tétendue près, a beaucoup de rapport à la nôtre, et vim appetitivam, c'est-à-dire une c<: faculté appétitive » qui, malgré la dilTérence des noms, ressemble fort à ce que nous appelons volonté. Mais cette « faculté appétitive », personne ne Testime libre. N'est-il pas clair pourtant qu'un cheval qui a soif et qui voit de l'eau y court sans contrainte, et qu'il faut user de contrainte pour l'empêcher d'y aller ? (i'est donc que, dans le sentiment général, l'exemption de contrainte, même accompagnée de connaissance, n'est pas le tout de la liberté (44).

(^ue si, après l'âme des bêtes, réelle ou supposée, nous considérons l'âme des hommes, nous ne laisserons pas d'y trouver des exemples de cette sorte de détermination naturelle, ou instinctive, et non libre : nous en trouverons, — pour ne rien dii'e de l'acquiescement naturel de l'entendement aux premiers principes (45), ou de ces mouvements naturels dont les passions agitent l'âme en tant qu'unie au corps {Qo), — nous en trouverons au sein même de la. volonté proprement dite {^'j) : dans cette inclination que nous avons tous par nature et que saint

(43) Cet argument est développé dans la lettre au P. Macaire, t. IIL p. 418-419- L'argument est pris de saint Thomas : Dicendiim est quod Liberum arbitrium habemus respecta respecta eoriiin quœ non necessariô voliinius, vetnalurali inslinctu. Non eniin ad iiberain arbitrium penlinct quod i'olumus esse filis, sed ad naturalein instinctum. Undi et alla aniiiudia qua^ natarali instinctu movendur ad aliquid, non dicuntuv libero arbitrio moveri. (I* qu. 19, art. 10.) Cité in t. X, p. 633.

(44) V. t. III, p. 418-419. Il va sans dire que, dans toute celle argumentation, Arnauld ne répudie nullement l'opinion cartésienne de l'automatisme des bêles. S'il lait étal de l'opinion commune qui attrihue aux bêtes une âme, c'est uni([uenienl pour savoir si la réduction de la liberté à l'exemption de contrainte est ou non coniorme au sens commun.

(45) V. sur cette détermination naturelle de l'entendement ati regard des premiers principes : t. X, p. 438; t. X, p. 622; t. X, p. 635. — (46) V. t. X, p. 623-624. — (47) Sur cette distinction de la volonté proprement dite d'avec l'entendement, d'une part, et d'autre part d'avec les modilications de l'âme en tant qu'unie au corps (sensations, appétits, de la faim, soif, etc., passions et mouvements, primo-prirni) v. t. X, p. 621 et p. 623624.

LA CHUTK b'aDAM 81

Thomas compure, à jusU' titre, uii.v instincts dos animaux i48i, à vivre et à vivre heureux i'î<)i. N'est-ce pas une inclination aussi exempte de contrainte que possible (5o) ? Et cependant, qui s'aviserait de la trouver méritoire ou blâmable (5i)? Voila donc au moins un volontaire très parlait, qui, ce nonobstant, n'est ])as libre (Sa).

Force est donc bien tlavouer que si la notion de la liberté est tro[» resserrée quand on y comprend lindiUerence, elle est trop vague quand on n'y l'ait entrer que le volontaire (53l.

Mais encore, la vraie notion de la liberté, quelle est elle?

Nous n'avons, pour la bien concevoir, qu'à l'aire une sérieuse réflexion sur ce qui se passe en nous iô^). « La liberté, dit un savant théolog'ien, est une chose de sentiment et d'expérience (55). » Parole très juste, et de grande portée. Entendez que cette propriété des natures intelligeutes qu'on nomme libi'c arbitre est unique en son espèce, et qu'il est vain de ly vouloir éclaircir par des coui^jaraisons prises d'autres choses, puisqu'elle n'a rien ailleurs qui lui ressemble (56) : c'est dans elle-même qu'il la tant chei'cher. La même expérience intime qui nous en atteste la réalité peut seule nous en découvrir la nature (5;;).

4s ^ . I', qu. 19, ail lu. loc. cit. in t. \, p. 633. — ^91 V. t. X, p. 61', 620 et suiv. ; t. X, p. 43X et suiv. ; t. III, p. 418 et suiv., etc. ; t. III. p. ôi^t et suiv. — (5o) V. t. III, p. 4i7- — (^i) ^ • t- X, p. 622. — lôa V. l. III, p. 417. — (53) V. t. III, p.6io. Cf. t. XXXIX, p. ()<)•>. Il faut noter que le grand adversaire de .lansénius, le P. Dechainjt.s, opposé précisément à la définition janséniste de la libertc- par le seul volontaire la doctrine de saint Thomas que la volonté n'est [)as libre là où elle a^it comme nriturc. V. de Iln'vesi Janseninnd, lih. ill, disp. II, cap. III. n"' ô. 6, 7. .Vrnniild ne fait nulle part mention de cette remarque du P. Dccbamps, et il est difficile de savoir dans quelle mesure il en a été influencé. — (.54)V. t. X,p. 436.

(âb) Nicole, dans son traité de la Gràcf grnrrnic. Arnauld rapporte les principes <le Nicole, (|uil approuve afin d'appuyer sur eux la réfu talion d'un des arjiniuenls (|iie .Nicole l'ail valoir eu fa\ eur de sa grâce générale. \ . t. \ p. '(()(>.

'50) Ariiauld a toujocirs protesté contre les comparaisons prises du monde matériel par où beaucoup de théologiens (les moliuistes, et avissi Nicole 1 essaient de rendre sensibles ou l'impuissance de la volonté eu regard du bien, ou sa coopération avec la grâce, etc. Ces comparaisons, selon lui, ne font que brouiller et obscurcir. Y. notamment t. X. p. ,')03 et suiv. Gf , t. X\'III

'07 « La liberté de la volonté est une chose de sentiment et d'expé riencp dont on ne saurait douteiv Cela est très vrai. Demeurons fermes dans crcllc pensée, et elle nou.s uicucra bien loin. X'allons point

Sa LA nocTRiN» nu la TtRace

Or, que nous apprend l'expérience intime?

Elle nous apprend que nous nous sentons libres dès là qu'en prenant une décision ou avant de la prendre, nous sentons en nous le pouvoir de prendre la décision opposée. — D'où il suit que la nature de notre liberté est d être, comme dit sainlThomsiS, facilitas ad opposita, puissance des contraires, et que cette définition n'a pas besoin de preuve, puisque chacun en est persuadé par une conviction intérieure (5H).

L'expérience nous apprend encore qu'il y a un cas, dans cette vie, où notre volonté n'éprouve point ce sentiment de pouvoir se déterminer au contraire de son vouloir actuel : et c'est, en ce qui nous concerne, le désir d'être heureux (Sg). C^ar, comme dit si souvent saint Augustin, ^ nous voulons tous généralement être heureux, et nous le voulons de telle manière que nous ne pouvons en aucune sorte vouloir être malheureux " (60). Il y a bien des gens qui déclarent : « Je veux être misérable ». Mais ceux qui tiennent ce langage ne veulent dire autre chose, sinon : « Je veux être dans un tel état où vous croyez que je suis misérable (61). » Notre àme n'a point de puissance pour l'opposé du bonheur (6u). — D'où il suit qu'il faut apporter une exception à la maxime de saint Bernard, iibi i'oliintas, ibi .libertas (63); que nous ne sommes j)as libres de vouloir être heureux, ni (étant évident qu'il l'aut être pour être heureux) de vouloir vivre, mais que nous y sommes

fherciicr ailleurs que dans nous-mêmes la notion et l'idée delà liberté. Gardons-nous de la vouloir éclairoir par des comparaisons prises d'autres choses. Elle est unique en son espèce ; et cette propriété des natures intelligentes n'a rien d'ailleurs qui lui rcsscnil)le. Arrêtons-nous donc uniquement au sentiment intérieur que nous en avons. Nous en apprendrons plus par là (jue par toute autre voie... C'est dans ellemême qu'il la faut chercher la libertéi ; et on ne l'y peut trouver que par le même sentiment intérieur que vous nous donnez jjour preuve de ce que vous eu dites. » A'^. t. X, p. '|i|^- ^ • aussi p. 497- De niême t. X, p. 436. Cf., t. XVII, p. 25;.

oS) Y. t. X, p. 497 — lâQi Ibid., p. 498; et t. X, p. Gi5. Cf., l. \, p.Gii- 6i3. V. ayssi t. III, p. 662. — i6oj V. t. X, p. 49^-

(tii) V. t. X, p. (hô. — (62) « A l'égard du désir d'être heureux, nous ne pouvons pas dire, comme nous pouvons faire à l'égard de toutes nos autres volontés délibérées : je désire d'être heureux, mais je seus bien en même temps que, si je voulais, je pourrais ne pas désirer d'être heureux. Car nous sentons, au contraire, que nous ne pouvons pas vouloir n'être pas heureux.» V. t. X, p.498; t. X. p. i'^ijCf. t. ill,p. 663.

63) V. t. X, p. 5i3-5i4; t. III, p. 418.

La chute DADA-»» ft'^

déterminés par une nécessité naturelle 164 s la seule, suivant saint Thomas, qui exclut la puieslas ad opposila i65j et qui mérite d'être appelée, purement et simplement, nécessité (66).

Mais la même expérience intime nous ap[)rend aussi qua la réserve de ce désir du bonheur, dans toutes nos autres volontés délibérées, notre àme peut toujours dire, quand elle veut actuellement une chose, qu'elle pouirait ne la pas vouloir si elle voulait, ou, quand elle n'en veut )tas une autre, qu'elle la pourrait vouloir 167). Nous ne nous déterminons à rien de particulier que nous ne connaissions, par un sentiment intérieur, que nous avons le pouvoii- de nous déterminer au contraire (68). Cela est vrai quels que soient l'objet et la force de notre détermination 169;. Cela est vrai, singulièrement, dans les cas où notie volonté suit sans une ombre d'hésitation ni d'incertitude, notre intérêt, notre habitude, ou notre passion. Demandez à un avare s'il i)eut vivre sans manger, et il répondra sans hésiter qu'il ne le peut pas. Mais demandezlui s'il n'est pas en son jiouvoir île rel'user une riche succession qui lui est échue? 11 \ous dira qu'il le peut, mais qu'il se donnera bien garde de le faire, parce qu'elle accommode merveilleusement ses all'aires. Il sent qu'il peut refuser cette succession ; et s'il dit qu'il ne le peut pas, c'est qu'il entend par ces termes qu'il ne le veut pas, et qu'il ne veut pas le vouloir ijo). Il y a ainsi une infinité d'actions que les hommes disent pouvoir faire,, et qu'ils savent bien ({u'ils Tic feront jamais, parce que leur volonté, qui sent qu'elle les pourrait vouloir, sent en même temps que. ces actions étant déraisonnables, elle ne s'y résoudra point 171). Toute discussion à ce sujet serait sui)erllue ; il n'y a qu'à constater le fait (72). Le fait est qu'au moment même où nous sommes, et où nous nous savons infailliblement déterminés à suivre notre atfection dominante, nous conservons le sentiment intérieur que nous avons le pouvoir d'aller à reneonti e -'] — D'où il ■^uit ([iie la

(641 V. t. X, p. 498; i. \. |j. 438-439. - 60. \ . I. \. p. 4ç)«: l. \, p 438; t. III, p. 610. - ^66, V. t. X, p. 635. — 6; V. t. X. p. 497 et t. III p. 663 et p. 5o3. — (681 V. t. X, p. 49;. — (69; Ibid. — 170 ^ . l. X, p. 496. Tout ce pas.sage est une citation de Nicole. Arnauld. qui approuve oes remarqxies, les retourne contre Xicole même. V 'les exemples analogues m, t. 111, p. :(t9-43o.

71 y. t. \. p .îoT-r>o'>. --j Thid, |i. Mt-. -i Ihitl. \\. '\\\''\(i^.

volonté est essentiellement, à légard de tout objet autre que le bonheur, une puissance naturelle de vouloir et de ne pas vouloir (;;4)' ^^ qu'elle doit donc, g-énéralement jjarlant, être qualifiée de libre (70).

De mandera- t-on maintenant ce que signifie cette puissance des contraires, qui est essentielle à la volonté, et qui pourtant ne lui appartient pas dans tous les cas?

Les considérations, — empruntées à la Somme de saint Thomas, — qui nous ont déjà t'ait comprendre Timijossibilité de l'état de pure nature, nous fourniront la ré|)onse :

En chaque chose. Vagir suppose Vètre, le mouvement supj>ose un moteur immobile, la réflexion sup])ose Tinstinct (761. De même qu'en matière spéculative, les premiers pi-incipes, connus naturellement, sont le fondement des démonstrations, de même, en matière pratique, toutes nos décisions rais(mnées dépendent d'une fin dernière, naturellement voulue (771. Cette fin dernière, c'est le Bonheur, ou la Béatitude, ou le Bien : on a vu que ces termes sont synonymes ij8i. Nous ne voulons rien qu'en vue du bonheur, nous naimons rien que ce qui nous semble bon, et parce que nous le jugeons tel 179). Le désir de la béatitude ou du bien est ainsi le priinuin /novens de la volonté, et, au sens aristotélicien du mot, sa nature (<So). La volonté ne peut pas plus s'en départir que se nier elle-même. 11 est nécessaire de la forme la plus absolue de la nécessité, dune nécessité logique 181 1.

(74) Jbid, p. 49H.

(75) C'est en ce sous (in'ou peut Justilier la pi'op()sitiou de saint Bernard, « ubi volunlas, ibi libertas » ; parce que « quand une proposition est vraie généraltiuent, à un seul cas près, il est assez ordinaire de laisser la proposition générale sans en arguer l'exception, ou parce qu'on n'j' l';iit pas d'attention, ou parce qu'on la néglige, ne revenant pas au sujet que l'on traite », (t. 111, p. 4ï'^'- - 17*') ^ ■ fes citations de la , Somme il', qu. S-j, art. I et I», 11"', qu. 10, art. I et 5 . In, t. \, p. Gay et iiio, et p. ()"3G el (V\H.

17") ^- /6jrf.,p.627, G^t), G'iG, etc. Sur ce parallélisme de reiitendenient et de la volonté. Cf., t. \, p. Giô, G22. — (78) Cf., t. X, p. 635-036; Cf., ibid., p. 627. V. aussi, t. X, p. 43i); t. 111, p. 4^8, et t. X, p. 687. — 1791 V. notamment, t. X, p. 6iù, Ci'., t. XVII, p. 307. — (80) V. t. X, p. 636. Cf., t. X, p. G29-G30. Sur la distinction des thomistes entre le Voluntas est natara, et le voluntas est voLanta, ou ut ratio. V. Ibid., p. 635 et p. 629-630, et 63i-632. Ct., t. X, p. 586.

^8i' En ce sens que le contraire implique contiadiction c,v ky/fotbesi, V. t. \, ]). 4'ifl: I. X. 1». Gi7-Gi8.

LA CHLTK DADVM h*.")

M;iis di' cette nécessité même découle ce que nous ap])eloiis notre libre arbiti-e 182;.

En eiret, — nous l'avons vu aussi, — notre désir de bonheur, s'étendant à n'importe quelle l'orme de bien (83), ne se termine en iéalité quà celui qui comprend en soi la totalité du bien possible. Il est le désir dun bien inlini, et. en ce sens, un désir infini 1841; il im[)lique une puissance infinie de désirer.

Supposé donc que l'objet véritable de ce désir nous soit proposé avec une immédiate évidence (85 1, tel que le contemplent, au ciel, les animes et les bienheureux, et tel qu il est en lui-même, bien universel, bien parfait, bien essentiel, bon en toute manière et selon toute sorte de considération, plénitude et source de toute bouté 186) : il enlèvera, il entraînera la volonté, avec la même nécessité qui la fait vouloir être heureuse, remplissant toute sa capacité de bonheur, comblant tous ses vœux, occupant toutes ses forces, réduisant en actes toutes ses virtualités (8;;), et ne lui laissant pas la moindre ouvei'ture à s'empêcher de laimer, puisque, pour ne l'aimer ]»as, il faudrait qu'elle put s'y figurer quelque ombre de mal ou de défaut, ce qui est contre l'hypothèse (88). Il implique donc conti-adiction de dire quil y ait un pouvoir de ne pas aimer Dieu dans celui qui le voit clairement et à découvert i8y). Et c'est pourquoi, à parler exactement, on ne doit pas attribuer de lilierté à Vamour béalifique (90).

Mais dans cette vie, où Dieu même ne nous est connu que par le moyen d'une représentation obscure et incomplète 191),

fia \ . t. \, p. 4'îy — î^Si A la différence des insliiiets ou ;([i|>i'lil.s .seiisil)le.s des uniiiiaux, ipii .sont déterminés naliircllenienl à des olijets particuliers. A', t. \, p. G28 Gag, et les eltations de saint Ttionias. — 1841 ^ . t. X, p. 586. — i85i V. t. X, p O17 : >< non par le moyen de quelque espèce ou image, mais en lui-même, avee une parfaite c\ï- (ience ». — SQ Ibid.

S- V. t. X, p. 58(), et t. X, p. (l'xj. — 188 \'. t. \, p. (iiS; t. X, |). 440; t \, p. ()38-63fh Cf., les textes de saint Thomas cités à la p. t)26-63o. —

89 V. t. X, "p. 618.— 1901 V. t. X, p. r,38-G}'.»; t. \, p. 61-618; t. X, p. 440- 441; t. III, ]>. ii83, p. 610. i>. 682, etc. <^)uoique l'aete même de l'amour t)éatilii]ne ne soit pas lihre, les actes qui sont faits par les bienheureux en vertu de cet amour le sont, parce que leur objet immédiat, quoiqu'il se rapporte au Bien jiarfait. n'est pas le lîien parfait. \ . t. \, p. GSy; t. X, p. 61S. Cf., t. X, p. 44"^'t'ii-

" La connaissance que nous avons de Dieu en cette vie, quoique certaine qu'elle soit, est néanmoins fort inn)arraite pour ce qui est de

8r» i.A no(;TRiNE nK la grâce

nous n'avons attaire qu'à des biens limités. Or, nul l^ien limité n'a de quoi se soumettre une faculté de vouloir qui est sans limites. Le plus parfait en son genre peut toujours, ne fût-ce qu'en tant qu'il manque des perfections d'un autre genre, être envisagé sous l'aspect du mal (92). Par suite, si fortement qu'il touche la volonté, il lui lournit toujours assez de raisons de l'abandonner içiMi. Elle pourra bien le choisir, puisqu'elle peut aimer à un degré quelconque de bonté; mais il ne s'impose pas à son choix. Si elle le choisit, c'est parce qu'elle s'y ])orte d'elle-même (94). Et, en le choisissant, elle relient toute sa capacité d aimer et de choisir autre chose (95). Et voilà, raétaphysiquement exprimé, ce qui signifie le sentiment de maîtrifie de soi on de pouvoir des contraires, où l'expérience intime nous a montré la marque de la liberté (96). Il signifie que la volonté domine sa propre action; qu'elle se meut elle-même d'après ses motifs plutôt que ses motifs ne la meuvent; qu'à la dillerence d'une cause ordinaire qui s'éi)uise

la clarté. Lànie ne lonnaissanl donc Dieu que par abstraclioii en colle vie, n'est point naturelleiueiiL déterminée à l'airner, mais seulement ([uand elle le connaît par cette vision intuiiive, qui rend toutes les perleetioas infinies de Dieu tellement présentes à notre esprit, que, le connaissant de cette martière, il ne peut se figurer en lui la moindre ombre du mal. » Cf., t. X, p. 637-638.

1921 I Particiilaria bona) in quantum deficiunt ab alù/uu boiio, />o.ssiint concipiut non bona, et secunduin hnnc consideratione possunt rcpudiari. V. t. X, p. 638. V. aussi les citations de saint Thomas, ihid., p. 63o-63i. — {q3) V. t. X, p. 587.

(94) Lorsque l'objet proposé à la volonté épuise sa capacité d<'dcsirer, lorsque la vertu de la volonté lui est entièrement soumise, it. X, p. 6171, alors on ne peut pas dire que la volonté se porte vers cet objet parce qu'elle le veut {ibid.) : elle est en quelque sorte « entraînée » par lui couime machinalement l\. t. X, p. 43^- Au contraire, si l'objet ne ninplit que la capacité de désirer qui est en la volonté, s'il n'est pas, pour ain.si dire, à la mesure de la volonté fet c'est le cas pour tons les biens particuliers) alors il n'a pas la force d'entraîner la volonté : si la volonté, s',\ porte, c'est par un effort qu'elle fail par ellp-mème ; et c'est Ce qu'on entend en disant qvie dans ce cas elle i'eut parer qu'elle t'eut iV. t. \, p. 6r,5, 617K Cf., t. X, p. 628, les citai, de saint Thomas.

Cam autetn po^sibilitdi \'ohm(ati.s s// respeclu boni universalif et pcrfecti, non subjicilui- ejus possihililas tola alieni partie ilari bono : et iileo non ex necesfiitale movetur ab illo \\ (ju. 83, art. I, art. 2I. Cf. Ibid., p. 636.

(gjj V. le résumé donné de la doctrine d'Arnauld sur la liberté in, t. X p. 612. Cf., t. X, p. r.87. ,^«1 V. t. X, p. 697, 629. 63o, 635; t. X, p. 616: t. X, p. 438.

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