I.A (,UAi:i: NON DONNÉE A TCU.S igf
<;ux. tels M. Hal^eit, ne eraigneut pas d'appeler en téuioii^nage la conscience même des péclieui's (4).
On n entend que troj> la réponse que ces malheureux I)êcheui-s leur pourraient taire :
« Eh quoi! » protesteraient-ils, * vous me dites que tout liomme qui veut clianger de vie en change aisément, et qu'il ne tient qu'à nous d'en avoir la volonté pour le faire, que nous avons toujours à notre disposition, pour sortir du vice, une grâce plus que suffisante. Mais ma conscience me dit qu'il y a pins de vingt ans que je V(>ux changer de vie. Pourquoi donc, quand je l'ai voulu, ai-jc senti une rébellion générale dans toutes les parties de mon àrae et de mon corps, qui a rendu toutes mes résolutions vaines depuis tant d'années? Si j'ai une -i grande surabondance de grâces, il faut que j'aie pu me convertir avec une très grande facilité, lorsque je l'ai entrepris : et non seulement il m'a été difficile, mais il m'a été impossible de le faire. Où est donc cette grâce suffisante que l'on veut me faire croire que j'ai toujours? Ceux qui me la donnent en paroles me la donnent-ils en elfet? Est-elle dans ma raison? II y a vingt ans que je suis raisonnable, et il y a vingt ans néanmoins que je vieillis dans le crime. Est-elle dans ma volonté? Il y a vingt ans que je veux me convertir, je l'ai dit cent fois à mes confesseurs, et cependant je ne me convertis point!... Direz-vous que je l'ai voulu trop faiblement? Mais pourquoi ne l'ai-jepas voulu plus fortement, puisque, selon vos paroies. cette grâce abondante et surabondante, que vous dites ne dépendre que de moi, est plus puissante qu'il ne faut pour rendre une volonté assez forte? N'ai-je pas sujet de croire, ou que cette grâce est imaginaire, elle n'est pas toujours présente, comme vous le dites, mais toujours absente des pécheurs? (5) >
Ce témoignage, d'ailleurs, est confirmé, comme Bellarmin a dû en convenir, par tout ce que l'Ecriture et les Pères nous disent des endurcis (6). Oui, il y a des hommes que Dieu
(4j " Lors même que vf)u.s êtes le plus avant dans les vices, vous avez de la grâce plus qu'il ne vous en faut. J'atteste votre conscience, si vous ne sentez pas que Dieu vous pousse à vous convertir. ■ Paroiçs du théologal Habert, cité in t. WI, p. 278).
(5) V t. XVI, p. 374 et p 276 (Citation à peu près textuelle
(6) V ibid.yj). 278-281. Cf. nKi.t,.\i«MiN, De Grnt. et lib. arh.,\\h. II, cap. 6.
igÔ LV DOCTRINE 1>K I.A (iUACE
endurcit, qu'il as^eiigle, qu'il licre au serifi réprouvr {- \ : Propterea non poterant credere. quia iterum dixit Isaïas : Excœcaçit oculos eornm et induraçit coi' eorum. Ainsi parle saint Jean (8) ; et saint Paul ; Deus cujus iuilt miseretw, et qiiern vult indarat (9). Or, comment Dieu endurcit-il? Non pas, bien sûr, en pioduisant en nous la malice, ou en nous y poussant ice serait une impiété que de le penser), mais simplement en se retirant de notre àme, et en la laissant à la corruption de sa propre nature, qui d'elle-même, remarque saint Grégoire, ne tend que trop à nous contirmer dans le mal : Neque enini Deus humanam mentem debellando destruit, sed recedendo^ quia ad perditioneni sufjîcit sibi dimissa 1 10). Et pareillement saint Augustin, et après lui le Maître des sentences, et saint Thomas, et tous les scolastiques : Dieu n'endurcit le cœur qu'en s'abstenant d'y répandre l'influence céleste qui peut seule amollir la dureté native et héréditaire: Nec obdurat Deus. ut ait Augustinus, inipartlcndo nialitiam, sed non impariiendo g-ratiam{n). De quel front, donc, vient-on atlîrmer qu'il n'est point le pécheur qui n'ait assez de grâce pour sortir de son misérable état, puisque la Tradition nous montre toute une espèce de pécheurs dont l'état se déJinil justement par le l'ait d'être abandonnés de la Grâce ii'2) '.'
Et maintenant considérons les Jusies 1 11.
II est sans doute qu'ils ont, tant qu'ils demeurent justes, une grâce habituelle, consistant dans la rémission des péchés et dans les vertus infuses, et comportant in génère potentiœ un pouvoir de bien vivre supérieur à celui des pécheurs ou des
(7) V t. X.VI, p. 280-281. CI. t. XIX, p. 525-027. —181 Jo.\.\.. XII, 4u, m t. XVI, p. 278. - (9) Rom. IX, iJ>, ibid., p. 284. — 101 Gre«or., Moral., lib. XI, cap. 5, in t. XIX, p 52G et t. XVI, p. 284. — (11) V. Aug., Ep. 194 à SLvte., Lib. I Sentent, dist. 4o ; S. Th., Comment. inEp. Rom.: V. t. VII, p. 5o8, p. 684; t- VllI, p. 374-J75 ; t. XVIII, p. 106 et p. 3ii ; l. XIX, p. 525-526', t. XVI, p. 280281 et p. 284. — (12) V. t. XVI, p. 283-285; t. XIX, p. 525527. Cf. sur oftte, question de la Grâce donnée aux pécheurs, Janskn. lib. m De Grui. Christ, cap. 10.
(i) Il faut remarquer que ces uniquement de la Grâce donnée aux justes qu'il s'agit dans les c )ntroverses relatives soit à la i" Proposition de Jan.sénius, soit à la phrase d'Arnauld sur la chute de saint Pierre V. à ce suje notre tome III. ch. I et II.
i,.\ (;kac.k non donnkk a tous iq^
infidèles (-ii, voire meMne, si Ion veut, un pouvoir suffisant (juantiun ad suffi cientiani operatwœ virtiitis ['i).
Mais oul-ils toujours j)our cela, ou avec cela, un secours l«'ur permettant de bien vivre effectwernent, soit en évitant le j)éclié, soit eu accomplissant de bonnes œuvres ? Ont-ils toujours une grâce actuelle suffisante?
Ici encore, c'est pai- des faits qu'il faut repondre. Et la tradition nous eu rapporte plusieurs d'où il ressort que la Grâce délaisse les i>lus grands saints, et que, selon le prorerbe espagnol : Quando Dios no quiere, cl Santo no puede (4).
Rieu instructif est à ce sujet l'exemple de saint Pierre (5). Saint Pierre, malgré les ardentes protestations qu'il venait de iaire à Jésus, et conformément à l'avertissement que Jésus lui a\ail donné. Non potes me modo sequl, n'a pas eu, le moment arrivé, le courage de confesser son Maître {()]. 11 l'a renié- par trois lois. Et si nous cherchons d'oii a pu venir, chei. un tel homme, une chute si lamentable, les Pères nous aj)prei>nent tout d'une voix i^i, avec saint Jean Chrysostome, « (|ue eette chute ne lui arriva point pour avoir été froid envers Jésus (Christ, mais parce que la Grâce lui manqua (8) ». v Que dites vous, Pierre? Le Fils de Dieu vous assurant que vous lie pouvez pas encore le suivre, vous dites, au contraire, que NOUS le pouvez. A'ous counaîti'cz par expérience que l'amour <|ue vous avez pour lui n'est rien sans la Grâce. C'est })ourquoi il est certain que Jésus permit cette chute ])our futilité même
■1 V t. XVIII, ].. h^l^: I. MX. p. 253; t. X\, p. \\. ; f. X\, p. i68 et p. 2i'3-ai4 1> 202, 203, elr. V. aussi t. XX. p. 691, p. 702 et suiv. ; t. XX, 11. 142. <t dune Mianièrc générale tous les écrits composes pour là <lclV'n>e ilo la 2" Lett. à un Duc et Pair. CI', également t. I, p. 19^, et I'ascai.. (niynients sur ia Possibilité des commandements de Dieu, in éd. Brunsclivirjj;-riazior. I. XI, p. 258ct suiv.; et Défense de la Constitution d'Innocent X ipar Lalano et Arnauld;.
3 Y. tous les ouvrages cilés à ia note précédente sauf l'Apologie pour les Saints Pères'. Cf. sur ce point les ch. 1 et II de notre tome III; I opinion d Arnauld louchant la grâce suflisante des justes sera confrontée avec lojiinion de Janscnins et celle des thomistes. — 14' « Ouand Dieu ne veut, le Saint ne peut. •> T. XIX, p. 567.' — ^5) V. sur la chute de saint Pierre : L, XIX. j». 52-; 029 , r»'^3,534, et tous les écrits composés pour la défense de celle 2* Lettre. V. |)articuliérenienl t. XIX, p. 63^-<)45.
6 V. I Xl\. p. 027. — 71 V. sur cet accord de la Tradition quant aux causes di' la chute de saint Pierre : t. XIX, p. 58i et suiv. ; t. XIX, p. 637-t)45 ; t. XIX, p. &ài^-ij-^o et p fi^fi et suiv.- « St Chrys., \Honi. ^j, in Joan, cité in t. XIX, p. 533, etc.
igS LA DOCTRINE DE LA (iUACE
de Pierre : car cet apôtre résistant aux parcjles de son Maître par un excès de chaleur, le Fils de Dieu ne le poussa pas à le renoncer, mais l'abandonna et le laissa à lui-même, afin qu'il reconnût sa faiblesse (91. » Saint Augustin dit, daus le même sens, que saint Pierre « suivit le Seigneur qui alhàl souil'rir la mort, mais qu'alors il ne le put suivre en suuilVant la mort; qu'il avait promis de mourir pour lui, et qu il ne pul même mourir avec lui, parce qu'il avait plus entrepris que ses forces ne pouvaient, et qu'il avait plus promis qu'il ne pouvait accomplir^) ; « qu'il n'aurait pas renoncé Jésus-Christ si Jésus- Christ ne l'eût pas abandonné pour un temps, et qu'il n'eût pas pleuré sa faute si Jésus-Christ ne l'eût regardé > ; et enfin « que l'homme sans la grâce de Dieu est ce que fut saint Pierre lorsqu'il renonça Jésus- Christ, et que c'est [)Our cette raison que le Sauveur abandonna saint Pierre pour un peu de temps, afin que tous les hommes pussent reconnaître, par son exemple, qu'ils ne peuvent rien sans la g-ràce de Dieu (lO). Laissons de côté, pour le moment, les causes qui ont justifié ce délaissement de la part de Dieu (11) : le fait certain, pour qui se fie à l'Ecriture interprétée par les Pères, est (jue nous avons en la personne de saint Pierre un juste à (jui la Grâce a manqué dans une occasion où il en avait sûrement besoin pour ne [)oint pécher (12).
Et ce fait n'est que l'illustration dune vérité délinie par les Conciles et fondée sur les premières notions de la piété chrétienne.
Qu'est-ce, après tout, que ne point pécber. poui- un homme déjà justifié, sinon per.séi'êrer dans la Jiislicc ? Or, sur ce chapitre de Idi persévérance, le Concile de Trente définit d un côté que, pour persévérer dans la justice, le juste a besoin d'un seconrs, spécial de Dieu : Si qiiis dixerit Jiisti/ica/um \.'el sine
, iç)) Hom. j2 in Joan, cité ibid, p. :tin. V. «J'aulres passages seinhlabies. de saint Ghrysostome, ibid., p. 5'V5-534, «^l^- — 101 Auc... Serm. 106, De DiK'ersis, cap. I; Hom.^; Serm. 124, De Temp. in t. XIX, p. 528-529; V. %. XIX. p. 5X1 et suiv.,ett'.
• (11) Arnauld n'a jamais nié, quoi que lui aient !•( procliê se-, adversaires et ses censeurs de la Sorbonne lentre antres le ]'. Xieolaij, que « cet abandonnement de Dieu >• n'ait été mérité par un péetié précédent. V. notamment t. XIX, p. 583 et suiv. ; t. XIX, p. 687; t. XX, p. 66 et ^uiv.t. XX, p 134. Cf. notre tome III, cli. 11. — 12, V. t. XXX. p 534; t. IX, etc.
LA (IHACK \0\ nONNKK A l'OlS U)t)
speciali auxilio Dei iii accepta Juslilid perneverare pusse, vel cuni ed non [ntsse, A. S. (i3); de l'autre, que ce secours est tel que nul ne peut se pi-omeltre certainement de l'avoir . Si tfuis rnagiinni dliid iisque ifi fineni perseverantiœ donuni se certo habiturum ahsolntâ et infaiUihili certitudine dixerit, nisi /toc ex s'/)eciali ' ''et^elatione didicevit, A. .S'. (i4). iV'est-ce pas dire aussi clairement que possible que ce grand don de persévérance, indispensable pour le salut, n'est pas l'ait à tous les justes • puisque aucun jxiste ne peut se tenir assuré lie le recevoir de Dieu, tandis i[uil n'est point de juste qui ne s en dût tenir assuré, s'il leur était proposé universellement et sans exception il 5 i ?
Les anathèraes du Concile de Trente, formulés contre les erreurs protestantes de l'assurance du salut et de linadmissihilité de la justice, se trouvent donc, comme il arrive, condamner non moins fortement la yràce ovnéraJe molinienne.
(^ui en douterait n'aurait qu'à se rappeler les deux grandes considéra lion s que le Concile oi)pose aux hérétiques : celle de Vhiirnilifr t-hrctienne et celle de la prière ( lO).
L'humilité sainte^, en quoi consiste tout l'esprit de l'Evangile 1171, le pape sairit Lécn nous en montre la source, lorsqu'il nous enseigne : ce Après ce que le Sauveur dit à ses disciples, sans moi <'ous ne pommez rien faire, et après l'avis que saint Paul donne aux fidèles de travailler à leur salut avec crainte et Irenihlement, parce- que c'est lui qui produit en nous la volonté et l'action svlon quil lui plaît, les saints ont toujours sujet de craindre, de peur que s'étant élevés à cause de leurs actions de piété, ils ne soient abandonnés du secours de la Grâce et ne demeurent dans linfirmité de la Nature :i8k » Oui, il faut opérei" notre salut avec erainle et ti'cmblenuMil 1 19^
l'i Conril. Trid., Sess. VI, can. 22.
i4' Sess. VI, can iG. Cf. Sess. VI, cap. r<. — ih' \ . l. .\1X, p. :>-S-'>-^q. Cf. l. XXIX, p. i>47-2',8'; l. XXVIII, p. 106; t. MI, p. 448. — (161 ^. Concil. Ti'id., Ses.s. \\, cap. li, De iiei-sex'craiitiœ iiuniere : Veriutdainrn qui se exisiinuiiit s/ai-c, videanl ne cadàut I, Cor., X, 12) et eunt (iinore ac trernore sdliiteni siuitii <i/iereiilur (Philip., II, 12' in laborilm.'<, in i-i!>iliis, in oral ion itni.s, et ol>lationil)ns, in jejuniis et ra.stittile...
17) V. t. XIX, p. r)G6. — iSi I,i':o., Serni. S, DeKinph., cité in t. XI.\, p. .^28. Cf. t. XIX, p. r);)7. Cf. les citations de saint Augustin, //( t. XIX p. .'166 et siiiv. — (191 Sur le rùle de la vrainle et <le Vesjtéi(ince dans la morale cliiétienne. \ . notre 2' partie, cli. I
Mais comnionl garderons- nous cette crainte, si nous sommes ])ersuadés (]ue l'assistance divine, par laquelle nous est tlonnée la force d accomplir les œuvres méritoires du salut, ne nous manquera jamais et ne saurait nous manquer? De quoi tremblerons-nous si nous avons l'assurance qu<^ la grâce de Dieu, sans laquelle nous ne pouvons rien, ne nous manque jamais et ne saurait nous manquer (qo)?
11 ne fait donc qu'insinuer dans les ca?urs une présomption pernicieuse, e* substituer a V espérance chrétienne le poison d'une fausse sécurité, ceux qui prêchent une grâce suffisante universelle.
Et du même coup ils éteignent la prière 121 1, qui est le vrai moyen de n'être point abandonné par la Grâce.
La prière de l'Eglise : c'est à elle que saint Augustin se réfère sans cesse, comme enfermant le témoignage vivant de ce que croit ri']glise au sujet de ce secours surnaturel qu elle implore. C'est à elle que les Saints Pères ont soin de nous renvoyer, pour nous apprendre à reconnaître sincèrement que nous n'avons aucun bien dont nous ne soyons redevables à la miséricorde divine (22). Suivant le mot du pape saint Célestin ; Legein credendi lex statuai supplicandi (s'^i.
(201 V. l. XIX, p. 560-5(5-. Cf. 1. XVII, ]>. a^f-aaO. — 121 L'expression de saint Augustin : V. t. XVI, p. •2-J-2 et l. XVII, p. 225, etc.
(22) Sur l'arguuient qu'on peut tirer des jirières de l'Église à lencontre de la conception uiolini'-te. V. t. XVI, i).ii5, p. 267-270, p. 281, etc.; t. XVII, p. 224 etsuiv.; t. WIII, p. -\y^ et suiv. ; S26 et suiv.; t. XX, p. 2o3 et suiv. Arnauld a souvent insisté sur celte idée que les i)ensées exprimées par les théologiens dans leurs livres diflex'ent souvent de celles dont sont inspirées prati(|uenienl leurs prières. A', t. XXXIX, p. 2o\. Il cite une prière par laquelle un auteur nioliniste \e D'" (Uaude Morelj demande à Dieu dans raAanl-projjos de son ouvrage iLe.s w'i-itables sentiments fie saint Augustin louctuint ta (iràre^ de \ ouloir bien répandre dans res[)ril de ses lecteurs la lumière, l'aute de laquelle son livre demeurerait sans fruit; cl il remarque que l'auteur a tout naturellcmenl emprunte le langage oiilinaire de la piété chrétienne, sans s'apercevoir que ce langage contenait en quelques mots la réfutation de tout son ouvrage (t. WIII, p. 8281 : Tant » il est difiicile de ne pas oublier qu'on est moliniste lorsqu'on se souvient qu'on est chrétien, et de pai'ler à Dieu un autre langage t[\ie le langage de la Grâce » \lhi(l., p. 8281. De même Arnauld remarque à propos de Malebranche : <• On a peine à concevoir que, si vous avez de tels sentiments en faisant des livres, vous les ayez au pied de votre Crucilix : car il arrive assez souvent que le C(eur désavoue au prie-Dieu ce que la main écrit dans le cabinet. » /T. XXXIX, p. 117.'
(23l V. aussi ; Trad. de l'Kgl. Ucuu., t. 1, p. i'\-2 ; c II n'y a jioint de
T. A PtUACK NON DON.NKE A TOt'S 30l
Or, que lisons-nous dans les prières de l'Eglise * Nous y lisons que, — contrairement à l'esprit de la religion et de la philosophie payennes, selon lequel nous devons «lemander à Dieu la bonne fortune, et nous donner a nousmêmes la sagesse et la vertu {^i^),
Sed satis esl orare Joi'em, qui donaf et aaferl ,
Det vitain, det opes : œquum mi animum ipse pavaho (aSi,
— l'Eglise, et le chrétien avec elle, demande à Dieu, non pas les biens de ce monde, mais la Grâce, c'est-à-dire le secours nécessaire pour être en état d'accomplir les commandements et de vivre saintement C'est cette grâce que nous demandons, suivant les formules de la liturgie, pour les juifs, pour les infidèles, pour les pécheurs, et que tous, même les plus justes d'entre nous, nous demandons aussi pour nous-mêmes, puisqu'il n est point de juste à qui Dieu n'ait commandé de dire chaque jour : « Ne nous induisez point en tentation », ce qui, d'après saint Augustin et saint Cyprien, revient à demander à Dieu la force de ne point tomber dans le péché (261.
Mais, remarque encore saint Augustin, — et le plus simple bon sens nous contraint de le reconnaître, — si nous deman dons cette force, c'est que nous ne lavons pas : ]\on enim petimus nisi quo destituimur (-^^ . Il serait trop ridicule, et même trop injurieux à Dieu d implorer de lui ce que nous aurions déjà sous la main (28). Et dans la pratique, il importe très peu que la force de bien agir nous soit présente en vertu de notre nature, comme le pensaient les pélagiens, ou en vertu d un don surnaturel qui accompagne inséparablenient notre
partie de la Tradition phis entière, plus universelle, plus certaine et plus généralement reçue de tout le monde, que les prières solennelles de l'Eglise, surloul ces prières qui, étant en usage dans toute l'Eglise universelle avant qu'aucun Concile en eût rien ordonné, ont été regardées dès le v siècle par les papes et par l'Eglise romaine comme un dépôt apostolique. » On sait que la prière de l'Eglise fournissait aussi à Bossuet son argument lavori dans la Déf. de la ïrad. et des Saints Pères. (V. notre tome III, chap. 11.^
124* Cic. De natura iJeorum, lib. III. — \-îb\ Horat. Ep. ad LolUum, cité in t. XVII; V. p. 827; t. XVIII, p. 871-872 ; t. X, p. 47G, ete. — (2b; V. t. XVII, p. 224-225. Cf. AuG., De Dono Persev., cap. 6 et 7. — (27i AuG., in t. XX, p. 289. — 1281 Aug., De !\nt. et Grnt., cap. 18, cap. 5.1; De Dono Per.sev., cap. 2 ; Ep. 194 i.alias io5), in t. WII, p. 224; V^ t. XX, p 2o3-2o5, etc. Cr J.vNsEN , lih. III, De Graf. Chrisf.. cap 3 et i4
nature, comme le pensent les molinistes. Dès lors que oetle l'orce nous est présente, nous n'avons pas à la demander : Si adest possibilitas, ut quid rogant (29) ? Si nne lois justifies, — et le même raisonnement vaut a fortiori pour Tliomme avant sa justification, — nous avons toujours à notre disposition une aide plus que suffisante pour résister a n'importe quelle tentation et accomplir n'importe quelle bonne ojuvre, nous n'avons point à nous adresser à Dieu en qualité de mendiants, mais seulement à le remercier et à nous féliciter, à l'exemple du pharisien de l'Évangile, des dons naturels et surnaturels dont nous jouissons (3o). Quant aux prières que nous avons accoutume de l'aire pour la conversion ou la persévéi*ance des autres hommes, en vérité elles se trompent d'adi'esse : ce n est pas Dieu qu'il iaut supplier de toucher le cteur des hommes en leur envoyant sa Grâce, puisque cette Grâce, il ne cesse jamais de la répandre sur eux surabondamment; ce sont les hommes mêmes, justes ou pécheurs, qu'il faut exhorter à consentir à l'invitaticm divine ( 3i ;.
<^ue si, au contraire, la prière que nous offrons à Dieu n'est pas chose dérisoire et superflue, nec snpcrJJua nec impudens Domino immolalur oratio (3:2), si elle est indispensable, et si elle nous est commandée par Dieu lui-même, ainsi que le rappelle, après saint Augustin, le Concile de Trente : Dea^ Jabendo nionet et facere quod possis, et petere quod non possis (33), c'est que l'objet de notre prière, petere quod non posfsis, n'est pas à notre disposition (34) ; partant, que le pouvoir effectif de bien vivre, et donc aussi la grâce qui nous le •confère, ne nous est pas toujouis donnée.
(ayj AiiG., De Xut. el (irai., cap. 53 ; \'. t. X\, p. 204.
(3o) V. t. XVII, p. 224-2^5 : t. \VI, p. 271-272. — '3i) C'est rarg:unient liont se sert la Faculté de Douai dans .sa célèbre Censure prop. la;. V. t. XVI, p. 281. V. aus.si t. XVIII, p. 827-828.
i32; V. t. XVI, p. ii5. — (33) Concil. Trid.. Sess. VI, cap. II. V. t. XVll. p. 223-224; t. XX, p. 204. Le passage de saint Augu.stin est tiré de De Nat. et Grat., cap. 43. Cf. cap. 49, et de De Grat. et lib. arb., cap. 16, etc. — ;34) Ecclesiarn in .suj.v piecibiis id tantiim petere quod non posait, t. XX, p. ao3 (c'est le titre du chap. X de la i"' partie de la Dissert, qiuidrip).