‹ La doctrine de la grâce chez ArnauldChapitre 52 sur 65 · LACTIOX DE LA GRACE SUU LA VOLONTÉ 3{}Q · texte numérisé non relu

LACTIOX DE LA GRACE SUU LA VOLONTÉ 3{}Q

salut, qui sont tous enfermés clans la foi i^Cy), et jusqu'aux plus humbles ellorts d'une àmequi s'essaie à revenir à Dieu, toutes ces choses marquent un degré de la g-uérison, et ne requièrent donc 7)as moins la grâce médicinale du Sam'eur, que les plus belles actions des justes.

Il faut même ajouter qu'elles la requièrent bien davantage. Et c'est ici qu'éclate l'absurdité de ces maximes semi-péla- ^iennes, à première vue si conformes au sens commun. Quoi! X'est-ce pas quelque chose de plus grand d'accomplir les commandements de Dieu que de commencer seulement à croire en lui et à le prier ? Et n'est-il pas naturel de penser que, pour ce qui est moindre, le libre arbitre soit moins insuffisant, et se contente d'un moindre secours? — Quand on parle de la sorte, on perd de vue la difterence des conditions et des temps. A qui s'adresse la grâce de prière et de foi commencée, ou, comme parle M. Le Moine, la grâce « préparatrice »? A ceux qu'il faut, — le mot le dit assez, — préparer à bien vivre; à ceux qui ne sont point de vva.is fidèles, soitqu'ils aient toujours vécu dans l'infidélité, soit que leur endurcissement les y fait tomber; à ceux qui ne pensent pas à Dieu, qui l'ignorent, ou qui ne se soucient point de lui. Pour un homme réduit à cet état, qui ne voit que le simple fait de commencer à se tourner vers Dieu est un ouvrage infiniment plus difficile que, pour un bon chrétien, l'exactitude à remplir ses devoirs l47»? Ceux qui en douteraient prouveraient par là qu'ils n'étudient guère ce qui se passe en Ihomme (^S\. Tant de célèl)res exemples de l'histoire ecclésiastique, celui de Clovis, celui de saint Patrice (49', celui de saint Augustin (5oi, montrent bien que. dans toute conversion, les préliminaires, — passage de rinfidclité à la foi, ou retour à la prière, — sont la partie la plus ardue à gagner, et celle où se manifeste le mieux

46 V. t. XVIII, p. 827.

(4"' Arnauld remarque dans VApol. jv les .S" Pères fi65ol, qu'il est pins aisé de faire marcher un malade qui comnience à se guérir qne de donner à un mort quelque commencement de vie it. XVIII. p. 80S1. — Nous avons déjà eu cccasion de noter f{u'apros la condamnation de Jansénius. Arnauld, ol)li;;c à un langage plus exact, n'emploie plus ces comparaisons de l'homme déchu avec un mort. Il s'en tient à l'expression cjui correspond précisément à sa pensée (et dont il se servait déjà dans sa Tenlati\e , de semivà'us.

1481 V. t. XVIII, I». 808. — '4()> Ibid., p. 812. — i5o;i Ib'd., p. 814.

l'action de la Grâce (5i). Et l'expérience quotidienne ne confirme que trop cette vérité. — Mais, maintenant, i-appelons-nous une fois de plus sur quelles considérations nous avons appuyé la nécessité d'une grâce qui se soumît la volonté au lieu de lui être soumise : sur la faiblesse de la volonté, incapable d'aucun bon mouvement propre, et par conséquent hors d'état de tirer parti d'une grâce livrée à son usage. Nous avons posé en principe que plus la volonté est faible, plus elle a besoin d'une grâce puissante, qui ne la laisse pas à elle-même, mais qui la détermine invinciblement à ce que Dieu désire d'elle (52). Or, de toute évidence, la volonté d'un infidèle qui aura été toute sa vie nourri dans l'idolâtrie, et dans la corruption de mœurs qui y est jointe, a plus de difficulté et d'empêchement pour embrasser la Foi, que la volonté d'un homme juste pour faire quelque aumône par esprit de charité, ou pardonner une injure; et la volonté d'un libertin qui, par une longue habitude du vice, a contracté un dégoût et un éloignement entier à l'égard des choses de Dieu, est, sans comparaison, plus impuissante pour gémir devant le Seigneur et implorer son secours que n'est la volonté d'un homme de bien Ipour remplir un devoir de piété (53). Puis donc qu'on admet qu'en face des tentations ordinaires de la vie, les justes ne peuvent se passer d'une grâce qui les fasse vouloir, il faut avouer qu'une grâce de cette sorte est beaucoup plus indispensable aux infidèles pour quitter leurs illusions et leurs erreurs, et aux pécheurs invétérés, pour s'éveiller de l'assoupissement profond qui les empêche de sentir leur mal et d'en souhaiter la fin (54). La grâce de prière, précisément parce qu'elle est la première de toutes les grâces, intéresse surtout les hommes dont la volonté est la plus abandonnée, et partant la plus infirme ; elle doit donc être par excellence la grâce propre à dominer et à mouvoir cette volonté. Nous disions tout à l'heure : si la grâce par laquelle nous persévérons dans le bien est efficace par elle-même, à plus forte raison la grâce par laquelle nous accédons au bien (55). Nous devons dire à présent : si la g-râce d'action est efficace par elle-même, à plus forte raison la grâce de prière (56).

(Si) Ibid., p. 8o8.

i52) V. t. XVIII, p 817-818 — (53) IbùL, p. 807.— (54) Jhid., p. 817-818. — (55) V. plus haut, p. 890. Cf. t. XX, p. i36. - (56) V. t. XVIII, p. 817-818.

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Reconnaissons ainsi, avec saint Fulgence (5^), que c'est la même grâce médicinale et efficace de Jésus-Glirist « qui se fait connaître, qui se fait aimer, qui se fait désirer, qui se fait demander » ; la même qui nous tourne vers Dieu, qui nous convertit, qui achève notre conversion, qui la foi-tilie jusqu'à la persévérance finale ; la même qui « ne trouvant point en l'homme aucune bonne volonté fait et produit tout ce que l'homme se trouve avoir de bonne volonté » (58) ; la même qui, sous toutes ses formes et dans toutes ses diverses opérations, comme le dit saint Prosper, a toujours pour effet de se rendre maîtresse du cœur des hommes, et de leur faire vouloir ce qu'ils ne voulaient pas auparavant : Quasi non toto miiltiforinis gratiœ opère hoc in omnium agatur animis, ut ex nolentibus fiant volentes (59).

Vainement M. Le Moine et autres raffineurs du molinisme (Go) tentent, à force de subtilités, d'établir des divisions dans la nature de la Grâce. Les Pères l'ont proclamé : la doctrine de la Grâce est « indivisible »; « on la rejette toute ou on la reçoit toute » : Gratia tota repellitur nisi toia suscipitur {61). Et, selon l'excellente parole du cardinal de BéruUe, c'est vouloir faire schisme dans la grâce de Jésus-Christ que de reconnaître en une chose la nécessité de sa grâce victorieuse et ne pas la reconnaître en l'autre (62).

Toute grâce de Jésus-Christ est efficace, et il n'y a, depuis la rédemption méritée par le Christ, pour faire le bien à quelque degré et de quelque façon que ce puisse être, point d'autre grâce que la grâce efficace.

(5:71 FuLG., De Veril. Prœdcst. et Grat., lib. I, cap. iG. V. t. XVIII, p. 788-789. — (58) A', t. XVIII, p. 788-789.

(59) pRosr.,fo/i<. Collât., cap. G; ibid., p. 787-788. — 160) V. t. \X, p. i36. — (61) Epist. ad Dcin., cap. 7 V. l. XVIII, p. 707. — (Gai Ibid.

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