‹ La doctrine de la grâce chez ArnauldChapitre 55 sur 65 · LA COOPÉKATIOX 11K LA VOLONTÉ A LA GRACE /^OJ · texte numérisé non relu

LA COOPÉKATIOX 11K LA VOLONTÉ A LA GRACE /^OJ

ait des grâces auxquelles nous ne 'consentons point, il faut avouer que toute grâce a toujours quelque effet, à savoir cet «ffet auquel elle a été immédiatement ordonnée par Dieu (24' ■ Certiim est g-ratiam seu dilectionem Dei, semper aliqnid (nempè id qiiod ei oiilt) in anima ejus qiieni dilig-it effîcere, déclare saint Thomas (25). Saint Augustin, dans le livre Z)e Grat. etlib. arb., avait déjà parfaitement expliqué cette vérité (26). Et le Seigneur lui-même, par la voix d'Isaïe : « La parole qui sort de ma bouche ne retournera point à moi sans fruit, mais elle fera tout ce que Je i'eux, et elle produira l'effet pour lequel Je l'ai envoyée (27). »

11 est aisé de comprendre par là comment se doit entendre, dans l'état de nature corrompue, la distinction entre les grâces efficaces et les grâces inefficaces ( 1 1. Les grâces inefficaces ne sont telles que par rapport au consentement de la volonté, ou, ce qui est la même chose, par rapport à l'action iinefficax adopus' : elles ne laissent pas d'être efficaces par rapport à ce degré, plus ou moins avancé, de bonne volonté qu'elles opèrent

2^ V. t. XX, p. 5i et suiv.— faa) Saint Thomas, I' II'", qu. iio, art, I, in conclus. Ce texte est très fréquemment cité par Arnaiild. Y. notamment : t. XIX, p. 87; t. XX, p. 49 et p. 02; t. XX, p. 257-208. — 26) Aug., De Oral, et llb. arb., cap. i5, 16, 17, in t. XXXIX, p. 628 629.

(27) Is., LY, 10. Y. t. XXXIX, p. 629. Toute cette doctrine est résumée dans le 2' des cinq articles présentés à Rome en i663 et déclarés « d'une saine doctrine ». Y. le texte de ces cinq articles in t. XXII, p. 622-628. Cf. Ep. ad. Episc. Andcgav., t. I, p. 194. Y. t. XXX, p. 114. Sur la fidélité avec lafiuelle les cinq articles expriment la doctrine constamment soutenue par Arnauld. Y. notre t. 1, ch. III.

1^ Y. la thèse de Darbo soutenue en 16 jO, et qu'Arnauld cite et approuve (t. XA'^II, p. 206 ; cf. p. i85 186 : «C'est ce que cette thèse explique fort bien, en ce peu de paroles : « Que l'on peut dire qu'il y a une grràce efficace et une autre inefficace; non pas que celle-là produise son effet, et que celle-ci ne le produise pas » (n'y ayant aucune gr;ice de Jésus-Christ qui ne produise son effet prochain et pour lequel elle est donnée, et qui en ce sens ne soit toujours efficace, comme il est dit dans la même thèse) " mais parce que la grâce efficace est destinée à l'action, et non pas la grâce inefficace » ; c'est-à-dire pai'ce qu'il y a des grâces qui ne produisent que des désirs imparfaits i!e bien vivre, qui ne suffisent pas pour bien vivre effectivement sans une nouvelle grâce, lesquelles, en ce sens, peuvent être dites inefficaces, (juoifju'ellcs soient efficaces au regard de leur effet prochain, qu'elles produisent toujours. ■> Jbid., p. 206. Y. aussi t. XYII, p. 840. Cf. t. I, p. 194 ; XXI, p. u4, etc.

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toujours en l'àme la plus rebelle (2). Elles ressortissent à ce genre de secours que, sous le nom de grâce excitante ou prévenante, initiale, dispositive, les Écoles tbéologiques ont coutume d'opposer à la grâce adjuvante, subséquente et parfaite (3). Saint Augustin et saint Thomas, dans une pensée toute semblable, admettent une grâce opérante, qui nous fait commencer à vouloir le bien, tandis que la grâce coopérante nous confirme dans cj vouloir, au point de nous le faire accomplir (4). Et cette pensée est visiblement prise de saint Paul, dans le verset célèbre : Deus est qui operatur in nobis et velle et perficere. Velle, comme l'observe saint Augustin, c'est la volonté naissante; perficere, c'est la volonté forte et consentie, qui va jusqu'à l'acte ( 01. — Peut-être, pour désigner cette aide divine qui ne produit en Pâme qu'une volonté faible et imparfaite, le nom le meilleur, et le moins équivoque, serait-il celui de petite grâce 16). — Mais, quelque nom qu'on adopte, il y a trois choses qu'il ne faut jamais perdre de vue au sujet des grâces de cette sorte. La première, c'est qu'elles ne diffèrent des grâces dites efficaces qu'en degré, non en nature. La Grâce est une par nature, selon l'enseignement de saint Thomas, quoiqu'elle puisse être envisagée sous une double considération cj). La Grâce est une, puisqu'à tous ses degrés elle doit avoir pour

(2) V. t. XXX, p. ï86 et suiv.; t. XXXIX, p. 627-628. La Grâce est, en d'autres termes, plus ou moins efflcaee, selon qu'elle est plus ou moins forte. C'est ce qu'exprime la sentence de saint Augustin : Car illiini adjiii'et, illiini non adjiivet, illiini tantum, illiim aiiteni non tantuni, etc. [De Peccat. rneiit.ac remiss., lib. II, cap. 5. Cf. t. XX, p. 69.) Et, pour le dire en passant, c'est aussi le sens naturel de ces vers de Polyeucte, dans lesquels on a vu, bien à tort, une profession de foi moliniste :

« Il est toujours tout juste et tout bon; mais sa grâce Ne descend pas toujours avec même efficace. »

(3) y. t. XIX, p. 83, 85, 87, etc. — (4) S. Tu., 1= II", qu. III, art. 2. V. t. XX, p. 5o. Cf. Comment, in II ad Cor., cap. 3, lect. 1, cité in t. XIX, p. 83. Saint Thomas déclare lui-même emprunter cette distinction à saint .\ugTistin qui dit {De Grat. et lib. arb., cap. 171 : Cooperando Deus in nuois perficit quod operando incipit, quia ipse ut velimus operatur incipiens, qui l'olentibus cooperatur perficiens. Cité ibid., t. XX, p. 5o.

(5) A', t. XX, p. 5o. Cf. t. XXXIX, p. 627. — (6) V. notamment Tertium Script, circà Grat. suffic, t. XIX, p. 83, et le tableau synoptique qui y est joint. Y. aussi p. 85, etc. On sait que ce mot de petite grâce est celui dont se servent habituellement les théologiens augustiniens même étrangers à Port-Royal, comme Noris. — (7) Dci enim moventis auxilium quod unum naturà est, duplex ratione statui potest. (T. XX, P- 59.)

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