‹ La doctrine de la grâce chez ArnauldChapitre 56 sur 65 · LA COOPERATION DE LA VOLONTÉ A LA GRACE · texte numérisé non relu

LA COOPERATION DE LA VOLONTÉ A LA GRACE

essence d'être, suivant la définition des Pères, inspiratio dilectionùi qiid cognita sancto ainore faciainiis (8). Son unique effet est d'inspirer l'amour, ou, comme disent encore les Pères après l'Ecriture, d'ôter la dureté du cœur de Ihomme, pour faire, dun coeur de pierre, un cœur de chair (9). Cet effet-là, la grâce du Christ l'a toujours. Elle l'a plus ou moins : car toute grâce de Jésus-Christ n'ùte pas entièrement la dureté du cœur ; mais il n'en est pas qui n'en ôte quelque partie. Et à cet égard on peut assurer avec saint Augustin qu'elle n'est jamais rejetée par personne : Hœc gratia a niillo diiro corde res- ^uitur, quia ideo tribuitur ut cordis duritia auferatur 1 10). — D'un autre côté, là où elle ne convertit pas entièrement au bien, c'est qu'elle en est empêchée par les passions, les habitudes, les dispositions durables ou passagères de l'âme humaine. De lui-même, le mouvement d'amour qu'elle met en nous, inclinant la volonté à l'œuvre méritoire, suffirait à décider le consentement et par suite l'action effective, n'était roj)iniâtreté avec laquelle notre volonté, remplie par l'amourpropre, s'entête à demeurer attachée au péché; cette attache étant diminuée, la même grâce produirait l'action parfaite du consentement sans aucun nouveau secours, ce qui montre qu'elle contient bien en soi une vertu capable d'obtenir l'effet entier auquel elle porte (ii). Et en ce sens, la petite grâce ou grâce excitante peut à bon droit être qualifiée de suffisante 1 12).

(8) V. t. XXXIX, p. 12:. — (9 Ibid., p. 760.

(10) AuG-, De Prcedest. Sanct., cap. 8. V. t. XXXIX, p. 760. — .11^ V. t. XXI, p. 180-186. V. aussi t. I, p. 194 : Daiur in statu naturœ lapsœ aliqna gratin actualis interior qiiœ propter reisilentiain libéré agentis car?t éjecta ad qnern ex se potestatem confert, et ad qiicm ordijuitiir in eodeni siihjecto per voluntatem Dei untccedentem.

(12) Ibid., p. 186. V. aussi t. XIX, p. 85 et suiv. V. aussi t. III, p. 078- 579; t. XXIIII, p. loo-ioi. De même Jansénius, notamment lib. VIII, De Grat. Christ., cap. 2, etc. ; t. XVII, p. 2o.5. V. aussi t. X, p. 592. Arnauld pense même (et c'est aussi l'avis de Nicole qui reprendra cette idée à propos de sa grâce générale] que les petites grâces ^^ont plus proprement sn/Jisantes que celles des thomistes, au moins de certains thomistes. (V. t. XXI, p. 186-187. Sur la grâce sullisante des thomistes en réalité l'opinion des thomistes tels que Lemos semble beaucoup plus conforme à celle d'Arnauld qu'Arnauld ne le croit lui-même. \'. p. ex. Lemos, Panopl. IV, lib. IV, part. II, tract. III, cap. 2 et 7 , on peut consulter Petitot, Pascal et la grâce suffisante. Revue thomiste, 1910 ; et surtout les remarquables articles du P. GtiLLEn.Mi.v. in Revue thomiste. 1902. La question des prétendues variations d'Arnauld relativement à la grâce

/JlO LA DOCTRINE DE LA GRACE

Mais, et c'est par où cette suffisance est radicalement opposée à celle des molinistes (i3i, il est certain qu'étant donné l'état de la volonté qu'elle ébranle, la petite g-ràce ne la poussera jamais jusqu'au consentement, à moins qu'elle ne se renforce d'un nouveau secours < i4 >. Si bien qu'en dernière analyse, le succès, partiel ou complet de la Grâce, dépend de l'abondance relative avec laquelle le Tout-Puissant, selon le but qu'il s'est iixé, nous l'a départie. Que la Grâce soit, en telle occasion, victorieuse ou vaincue, il reste vrai que la vertu du Saintî]sprit, d'où la Grâce émane, opère dans les volontés des hommes ce qu'elle veut, quand elle le veut, invinciblement (i5).

suffisante est étudiée dans notre t. I, liv. II. Celle des rapports de la doctrine de P.-R, et du thomisme dans notre t. III, cb. II. D'autre part, en ce qui concerne la i" Proposition condamnée par la Bulle d'Innocent X, il ressort de ce que nous venons d'exposer que la doctrine d'Arnauld laquelle en cela est tout à fait semblable à celle de Janséniusl, admet dans les justes volentibiis et conantibus un triple degré de pouvoir à l'égard de l'observation des commandements : i* celui qui vient de la puissance naturelle du libre arbitre ; 2" celui (jui vient <le la vertu et qualité habituelle résultant de la grâce saucliiiante ^puisqu'ils sont justes ; 3° celui qui vient de la petite grâce, dont ils ne sont certainement pas dépourvus, puisqu'on suppose en eux un commencement de volonté et d'eflort vers le bien. V. à ce sujet tous les écrits composés sur le sujet des Cinq Propositions dans les tomes XIX et XX d'Arnauld, et particulièrement le premier des ^' articles présentés par les disciples de saint Augustin it. XXII, p. 621-G22). Cf. Pascal, Ecrits sur la Gr., éd. Brunschvicg, t. XI, p. aôg-aCo. — (i3) Y. t. XXIII, p. lou-ioi; les Cinq articles, t. XX, p. 56 5-; t. VII, p. G28-629; t. XXXIX, p. 628, etc. — ii4; Ibid. — ii5i Saint Thomas dit : Virtus Spiritus Sancti infaillibiliter operatur quodcumque voluerit. (II' II°% qu. 24, art. 11, in t. XVII, p. 435) ; et saint Augustin : De ipsis Iiomitium voluntatibus qnod vult, cutn vult [Deus] facil. {De Corrept. et Grat., cap. 14. A', t. X, p. 435)- Cf. une série d'autres passages de saint Augustin et de l'Ecriture, au même endroit. Toute cette doctrine se trouve résumée dans le Catéchisme de la Cxràce ch. II , qui est de i65o : « X" i3. Celte grâce (la grâce de Jésus-Christ est-elle toujours efficace? — Oui, car elle produit toujours l'efTet que Dieu veut produire par elle. — X° 14. On ne peut donc pas rejeter cette grâce? — On le peut, si on le veut : mais le propre effet de cette grâce est de nous ôter le pouvoir de la rejeter, et par conséquent d'empêcher que ce pouvoir ne passe en acte. Quelquefois même on y résiste. Mais cette grâce, étant victorieuse, surmonte enfin notre résistance. — X'° i5. Cette grâce nous convertit donc toujours? — Non : car, quoiqu'elle produise toujours quelque effet, elle ne

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