‹ La doctrine de la grâce chez ArnauldChapitre 58 sur 65 · I.A COOPKUATIOX DE LA VOLONTÉ A LA GHACE · texte numérisé non relu

I.A COOPKUATIOX DE LA VOLONTÉ A LA GHACE

Seigneur a préparé la volonté des nations ; et il a fait qu'elles voulussent ce quelles auraient pu ne pas vouloir » (12). D'une part Dieu fait que nous voulions : et par conséquent il ne saurait arriver que nous ne voulions pas le bien auquel il nous pousse (i3); mais d'autre part, ce bien étant particulier et fini, nous sentons en nous et nous avons en eflet, tout en le voulant, la force d'en vouloir d'autres à la place (i4)- — Et voilà le véritable sens du fameux canon du Concile de Trente, si mal à propos allégué par les molinistes, qui affirme que le libre arbitre liumyin mù et excité par Dieu peut ne point consentir s'il veut, posse dissentire si velit (i5). Ce canon, de toute évidence, ne signifie point un pouvoir joint à l effet, que nous aurions en toute occasion de résister à toute grâce : car les molinistes eux-mêmes sont bien forcés d'avouer qu'il y a un moment, celui de l'action, où la volonté qui est en train de se décider dans le sens de la Grâce ne peut pas tout ensemble se décider effectivement dans le sens contraire. Il marque donc simplement un pouvoir dont la Grâce détermine l'exercice. Le P. Petau lui-même dit, au sujet du don de persévérance : « Ceux à qui Dieu fait ce don persévèrent certainement et infailliblement,... pouvant n'y pas consentir s'ils le voulaient, comme il a été défini au Concile de Trente : Mais c'est cette même grâce qui fait qu'ils ne veulent pas nj- point consentir (iC). Comment tenir, du reste, un autre

(la Op. nit. conl. Jul., lib. II, cap. i54, cité plusieurs fois par Arnauld, notaïunient in t. X, p. 44o; V. t. X, p. 617. Cf De Spirit et lit , cap. 35, n° 62. Oupsnel a repris cette citation de saint Augustin et les considérations d'Arnauld, dans rEclaircissenieut qu'il a mis aux Lettres du Prince de Couli sur l'accord de la Grâce et du libre arbitre \ Cologne, iG^Vli.

(i3- V. t. XVIII, p. 5G:-568; t. VII, p. 628. — fi4) V. t. X, p. G16-617, p. 439-441 "i cf. t. X. p. 587 : a Le mouvement qui porte la volonté à aimer les biens finis, quand il vient de la Grâce, même la phis déterminante et la plus efficace, ne la porte point tout entière, et selon toute l'étendue de ses forces naturelles, parce que ce mouvement ne change ni la nature de l'objet, qui ne doit point être aimé ainsi, ni la nature de la volonté, qui n'est [)oint faite uniquement pour une telle fin, et qui ne se porte à ce bien particulier que comme à un moyen qu'elle doit rapporter à sa fin dernière. »

i5 Coiicil. Trid.. Sess. \l, cap. 4 : Si qnis (ILxerit libei'um horninis arbitrinrn a Deo niotnin et e.\cilatuiii nihil cooperarl asfieniieiito, neque posse dissentire si velit... A. S.

16 Pi;tau, Dngm. th , t. I, lib. IV, cap. 6, n- 7. V. t VII, p. 628 et p. 595; t. XXXIX, p. 75-80; t. X, p. 44o-

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langage, dès qu'on admet, non pas même la Providence, mais seulement la prescience divine ? dès qu'on admet, avec tous les molinistes, la science moyenne, et la congriiité de la grâce? D'une grâce congrue, il est sûr que la volonté humaine pourrait n'y pas coopérer; mais il est sûr aussi qu'infailliblement elle y coopérera (17). Tous les théologiens, sans exception, conviennent donc que le passe dissent ii'e du Concile de Trente ne marque rien autre chose qu'un pouvoir in sensu diviso. C'est précisément un tel pouvoir que nous venons de reconnaître dans le libre arbitre déterminé par la Grâce. La liberté peut toujours rejeter la grâce la plus efficace : mais en fait, il n arrive jamais qu'elle la rejette (i8).

yii) Y. t. YIl, p. 595 et p. 628.

(18) Ibid. Comparez plus haut, eli. I, p. 93. Cf. t. XXIII, p. 99-100: a Quoiqu'on puisse toujours résister à la grâce la plus el'ticace, parce qu'elle ne nous impose point de nécessité, et que notre volonté demeure toujours dans l'indillérence, néanmoins on n'y résiste jamais : jjarce que Dieu, qui connaît mieux que nous les ressorts de notre volonté, et qui en dispose plus absolument que nous, nous lait vouloir ce qu'il lui plaît. « V. aussi la 18" Provinciale : « C'est ainsi que Dieu dispose de la Aolonté libre de l'homme sans lui imposer de nécessité, et que le libre arbitre, qui peut toujours résister à la Gi'âce, mais qui ne le fait pas toujours, se porte aussi librement qu'infailliblement à Dieu, lorsqu'il veut l'attirer par la douceur de ses inspirations efficaces. » 11 faut observer que, dans cette Provinciale, pour dissiper « les contradictions imaginaires que les ennemis de la grâce efficace se figurent entre le pouvoir souverain de la Grâce sur le libre arbitre, et la puissance qu'a le libre arbitre de résister à la Grâce », Pascal rapporte purement et simplement « l'explication de saint Augustin n et de Jansénius. Les formules dont il se sert sont même plus nettes dans le sens déterministe qu'aucune de celles dont Arnauld, à la même époque, a coutuuie de se servir. On sait d'ailleurs que Pascal est de ceux qui, à Port-Royal, se sont toujours attachés à la théorie des deux délectations entendue à la manière la plus strictement janséniste. (V. Ecrits sur la Gr., éd. Br., t. XI, p. 226-227. Cf. notre t. III, ch. I.)

Comme nous l'avons fait observer, Arnauld, dans sa première conception de la liberté ainsi que dans la deuxièuie, admet d'une part que la liberté est compatible avec la détermination infaillible, d'autre part que le libre arbitre, même le plus invinciblement déterminé soit au mal soit au bien, conserve le pouvoir de laire le bien ou de résister à la Grâce, mais un pouvoir séparé de l'acte. Toute la différence est que, dans la première conception, ce pouvoir ad opposila est considéré comme un simple accompagnement de la liberté, alors que, dans la deuxième conception, il en est l'essence . Mais on conçoit que les formules d'Arnauld relativement au posse dissentire si i'elit soient à peu près les mêmes dans la première et dans la seconde conception.

Quoi qu'il en soit, il est aisé de comprendre que ni Pascal ni Arnauld

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