I.A COOrKHATIO.N 1)K L\ \C)LOM K A F, A GRACE \.\l
11 a[>pai'ail »ione qu'il y a une étroite connexion entr^ les vérités de la (nàce, et quelles l'orment une manière de sysft'nic.
Mais en même temps, — ainsi que iu)us l'avions annoncé, — chaque partie du système se montre i'aite d'un assemblage de ternies à première vue incompatibles. L'esclavage de la volonlé et la persistance du libre arbitre ; l'impuissance de la nature et la possii)ilité des commandements ; le petit nombre des élus et l'universalité de la bonté divine ; la gratuité de la prédestination et la réalité des mérites humains ; la force invincible de la Grâce et la libre coopération de l'homme : autant de thèses opposées que la tradition nous a successivement obligés d'affirmer, et par lesquelles nous avons semblé nous engager tour à tour dans la voie du calvinisme, et dans la voie du molinisme, ou plutôt par lesquelles nous nous sommes tour à tour éloignés de l'un et de l'autre.
Pour lever la contradiction, ou pour l'atténuer autant que possible, nous avons eu recours à quelques distinctions em- ])lo3'ées par les Pères et les Docteurs de l'Eglise, et qui avaient été oubliées ou méprisées par les disciples de Calvin comme par les disciples de Molina : celle de la puissance et de Vacte, de l'œuvre et de \ intention, de la i'elléité et du vouloir, de la fin et des moyens, du temps et de réternité, et quelques autres encore. Mais la distinction capitale, la seule qui permette de démêler décidément ces matièi*es embrouillées par les disputes des écoles, est celle que saint Augustin a si lumineusement exposée dans son livre De la Correction de la Grâce : la distinction de deux états de la nature humaine, avant et après le péché (5j. Bien comprise et approfondie, la considération de ces
t[ue i)i( u les ail voulu si-.uvcr. » V. l. \\ J!I, ]). 76.^. f",!'. ihuL, p. G94 6»).") et suiv. Cl". Nicole, Inslnict. sur le .Syiiil)ole, t. I, p. -j-S, etc.
(5) C'est celle cli.slinction (|ui lait vraiscniblableinenl l'essentiel de la 1' dccouverle » qu'ainioiue .lanseniiis à Saint (lyran dans ses Lettres de i()2o, lorsqu'il lui déclare ai)ercevoir entiu le vrai centre des questions <'e la (Iràee : faute de l'avoir aperçu, ajoute-t-il. les « clabaudeuis (\ilEcole », tant tlir.niisles que niolinistes, n'ont l'ait ipie toul brouiller <t sont les uns et les autres à mille lieues de la veritc. \. à ce sujet le liv. I de notre ton)e I : Saiiit-Cyran.) C'est la même distinction, clairement déjjfagée par Arnauld des œuvres <ic saint Augustin, des la première lecture qui a été le point de dcq)arl <lf sa d'jofrine, et qui est le princi|»e de ses thèses de i()35. (V. le eh. Il (!a tome 1. Cf. sur ce sujet I'asc.m.. Kcrils sur la Ciràce. I. \I, p. i'î.t et p. iCr
deux états concilie, au moins en quelque mesure, les erreurs contraires, chacune ayant sa vérité et pour ainsi dire sa place, dans lu succession des temps. 11 est vrai qu'absolument parlant l'impulabililé des actes requiert l'entière liberté de lagent, laquelle suppose une parfaite connaissance et une volonté indéterminée : mais si c'est le libre arbitre humain qui, de son propre mouvement, a mis en soi et y maintient la détermination au péché, on conçoit que l'humanité soit réputée coupable là même où elle semble n être qu'infirmité et ténèbres. 11 est vrai qu'originellement un Dieu bon ne peut attribuer récompense ou châtiment qu'à ceux qui se seront acquis par eux-mêmes un titre à l'un ou à l'autre : mais si toute l'humanité s'est rendue éo^alement digne du supplice, on conçoit que Dieu, au cas où il lui plairait d'exempter du sup[)lice une partie de l'iuimanité, ne pourrait faire ce discernement d'après les mérites. Il est vrai que, dans le principe, un Créateur juste doit laisser ses créatures raisonnables maîtresses de leur destinée : mais si celte créature s'est une première t'ois et totalement donnte à la mort, on conçoit que, pour la l'aire accéder à la vie, Dieu ne lui puisse laisser l'initiative d'aucun des mouvements par où sera commencée et consoninjécl'a'uvre réparatrice.
Par là sont aplanies l>eaucoup des diftîcultés les plus sensisibles de la doctrine traditionnelle. Gela ne veut pas dire qu'elles le soient toutes, et que la doctrine de la Grâce, en son lond, en devienne plus compréheusible. Tant s'en faut. La distinction des deux états, telle que nous l'avons rapportée après saint Augustin, entraîne avec elle deux notions également mystérieuses : Adam et Jésus-Christ : la participation de tous les hommes à l'humanité d'Adam ; la participation de tous les chrétiens à la divinité du Christ. Et cette double participation se résume elle-même en la personne de Jésus, qui est à la fois Adam et le Verbe, et qui incorpore à l'humanité, — non pas à l'humanité innocente, mais à Ihumanité coupable dont il a assumé la faute, — la vertu infinie du Très-Haut.
Toutes les vérités de la Gn\ee viennent pour ainsi dire se perdre au sein de ce mystère. Dans le Christ apparaît la communauté l'adicale de cette nature humaine qu'il a revêtue et
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rachetée. Dans le Christ ajjparaît cette inl'usion de la volon'.é divine dans la volonté humaine, qui est le principe de la grâce efficace. Dans le Christ enfin, appai*aît celle liberté absolue de l'amour qui s'unit à qui il veut, comme il veut, sans aucun égard aux conditions ni aux personnes. Le Christ est, disent les Pères, le premier des prédestinés. Et nulle part mieux que dans cette abaissement du Verbe fuit chair, abaissement si parfaitement libre et gratuit, n'éclate tout ce que la prédestination, avec les dons qui en sont la suite, a de supérieur aux règles humaines. Elle est à la lettre une nouvelle création, aussi peu méritée que la première (G), par laquelle Dieu, nous ayant d'abord ap|>elés à l'être, veut par surcroit nous nourrir de son être propre. Prodigieux rapport entre le fini et l'infini, ([ui pourrait sembler analogue à celui qu'admettent entre Dieu et la nature des philosophes comme les stoïciens et Spinoza, mais qui e^n dilfère profondément, parce qu'au lieu d'étiré nécessaire et universel, il est contingent, singulier, et même, — le secours divin n'étant donné que pour chaque action, et non une fois pour tontes, — temporaire. C'est par où, justement, il échap[)e aux prises de noti-e entendement. C'est par où il est miraculeux.
Ce ra[)port est toute la vie de la Grâce.
(tl) V. i. VII, p. 400.