‹ La doctrine de la grâce chez ArnauldChapitre 62 sur 65 · PASSAGE DK LA SPÉCULATION A LA PRATIQUE · texte numérisé non relu

PASSAGE DK LA SPÉCULATION A LA PRATIQUE

g-ence » ou le « désespoir » : la ncglig-ence chez ceux qui ont la dite foi let nul ne la, selon Calvin, sans en être certain dune certitude « indubitable >> (i); leilésespoir chez ceux qui en sont dépourvus (^-aV Mais autant une telle conception ressemble au fatalisme uiahométan 1 3. autant, — quoi qu'en aient les calvinistes, — elle diffère de celle de saint Augustin et de la tradition chrétienne i4'. Selon saint Augustin, comme selon tous ses disciples, quelque certaine que soit la prédestination en elle-même, elle demeure toujours incertaine au regard de la connaissance du commun des prédestinés (5i. D'une part, donc, les plus avancés dans la sainteté doivent toujours garder la crainte de déchoir, et n'ont jamais lieu de s'abandonner à une sécurité paresseuse (6i. D'autre part, la seule chose dont les justes, non plus que les pécheurs, ne doivent point douter, c'est que les élus n'arrivent au ciel que par la voie des mérites et des vertus chrétiennes, en sorte que plus on est exact dans l'observation des commandements, plus on se retire des vices, et plus on augmente, pour ainsi dire, ses chances d'être prédestiné {"jK Qne voit-on là qui ne tende à encourager l'etfort humain?

i) C.ALvix, cité in l. XlU.p. OfJG-lJG;,}). 6^3 et 70^-70.) et suiv. Cf. Ibid., p. y^-g^». — 2' ^ • Ibid. y p. 7")"-"5S, p. 767 et siiiv. V. aussi p. 100i('3, etc. — i3i V. t. XIII. |>. i()2-io3. — (4) Ibid., p. 7Ô7, p. 767-768.

5) Ibid., p. 767. — (6) Ibid. Cf. p. 893, etc. II faut excepter naturellement ceux à qui Dieu, pur privilège spécial, a révélé qu'ils sont au noml)re des élus. Mais chez ceux là menus, précisément parce qu'ils se sont élevés à un haut dejfré de vertu, il n'y a point à redouter qu'une telle certitude engendre la négligence. Ce serait en effet, comme le remar- (|ue Jansénius, une façon hien inférieure d'être moral, que de l'être seulement par espoir de la réconq)ense di%ine,r)u par crainte du chàtinn-nt : .Xirnùi csl niei-ceiuii-iii.s ilie alïecins, (/ai non colci-el aul diligcret Deum, nisi al) eo se .'ialuteni n.s.se(/ni /w.s.sc Judiraret... Jaxsémus, lib. .\. De Grat. Christi, cap. 81. Remarquons une fois de |dus que, |»rises à la lettre, ces remarques de Jansénius semltleiaient tendre à une conception voisine du quiétisme. Rcmar([uons d'autre part nous aurons l'occasion d'y reveniri que Jansénius ne parait |)as faire à la crainte la place très importante qu'.Vrnaukl lui donne à titre de préliminaire de la charité. V. notre 2' partie, chap. I. — 7 V. t. XIII, p. 778-783. Cf. t. XXVI et t. XXXIX. p. 527 : « Il n'y a point de folie pareille à cidle d'iin homme qui voudrait dire : je persévère dans les crimes, parce que je me crois du nombre des réprouvés; puisqu'au contraire il n'a sujet de se croire du nombril des réprouvés ((ue parce qu'il pei-s('vcre dans ses crimes : étant induititable (|u'aussilôt qu'il se retirera

45o LA DOCTRINE DE LA GRACE

Encore iaut-il expliquer comme l'effort humain garde un sens dans une doctrine où rien ne se fait de bon que par l'efficace de la grâce divine.

— Si c'est l'influence divine qui met en nous jusqu'au moindre désir du bien, jusqu'au moindre consentement à la justice, le seul parti raisonnable n'est-il pas de nous abandonner à cette influence ? Tout dépenrl, « non de l'homme qui veut et qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde ». A quoi bon, dès lors, vouloir et courir ? A quoi bon bander les ressorts de notre volonté, nous adonner aux pratiques de piété et aux exercices de pénitence ? A quoi bon y exhorter les autres, les prêcher, leur remontrer leurs devoirs, et les reprendre de leurs défaillances? Dieu ne saura-t-il pas bien, sans nous, produire le mérite soit en nous, soit dans les autres hommes, à l'aide de cette grâce à quoi nul ne résiste, et qu'il donne à qui il lui plaît, comme il lui plaît ?

— Saint Augustin a si bien connu l'objection qu'il y a consacré ses deux livres De la Correction et de la Grâce, et Du Don de Persévérance (i). Et comment la résout-il? Ici encore, parla considération de Tordre 121, ou, comme dirait le P. Malebranche, des lois que Dieu observe dans la distribution de sa grâce. L'une de ces lois est de conférer la Grâce par degrés, et moyennant certaines conditions, au nombre desquelles il faut ranger la prédication de l'Kvangile, les exhortations, les conseils et les remontrances des hommes (3) : conditions assurément stériles par elles mêmes, mais auxquelles il lui a plu de subordonner l'infusion de son esprit. S'il est vrai, selon la

du péché, et qu'il entreprendra sérieusement de changer de vie, il aura sujet d'espérer, par une humble et très ferme conliance en la miséricorde de Dieu, (juil est du nombre des élus et non pas des réprouvés. » Saint Augustin dit de même à ce sujet : .< Ce sera le cours de vos bonnes actions qui vous fera reconnaître que vous êtes du nombre de ceux que Dieu a prédestinés par sa grâce. " De Dono persévérant iœ, cap. i>2, cité in t. XVI, p. iSj). — V. sur les « marques de prédestination " et l'espérance chrétienne, notre 2" partie, chap. I.

(1) V. l. XYI, p. i36 et suiv. et t. XVIII, p. 489. — (2) V. l. XVIII, p. 491 ; cf. t. XXXIX, p. 465-466.

(3) V. la traduction du De Correptione et Grnlid in Œuvres d'Arnauld, t. XI, ch. 2, 3, 4< 5, 14, lô, 16; et les sommaires d'Arnauhl. A', aussi VAnalytiea Synopsis, in t. XI, p. 65o-65i.

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