‹ La doctrine de la grâce chez ArnauldChapitre 63 sur 65 · PASSAGE DK LA SPÉCULATION A LA PRATIQUE · texte numérisé non relu

PASSAGE DK LA SPÉCULATION A LA PRATIQUE

parole Je saint l'aul, que l'homme a beau planter et arroser, Dieu seul peut donner l'accroissement (i i, il est vrai aussi que Dieu ne donne raceroissement que là où les hommes ont d'abord arrosé et planté.

La réponse de saint Augustin est reprise et développée, d'une manière tout aug^ustinienne (2), par saint Anselme. 11 est utile, nous dit ce saint, d'annoncer aux hommes la vérité de IKvangile, non que tous les hommes qui l'entendent aient une grâce sut'tisante pour la recevoir, mais parce qu'il est nécessaire qu'ils l'entendent et qu'ils la connaissent, afin qu'ils la puissent recevoir, quoique nul ne la reçoive que ceux en qui Dieu forme lui-même la volonté de croire i3i. Et ne sachant pas qui Dieu a choisi, dans le secret de sa prédestination, pour y former cette volonté et faire germer le salut, les prédicateurs et les apologistes doivent agir comme s'ils voulaient sauver tous les hommes, en n'excei^tant personne de leurs instructions (4). « L'âme de lliomme est comme une terre qui produit d'elle-même beaucoup de mauvaises herbes, mais qui n'en produit point de bonnes sans être semée et cultivée : d'où vient que l'apôtre appelle les hommes qui sont cultivés de Dieu en cette manière, l'agriculture du Seigneur. Or la semence de cette agriculture est la parole de Dieu... Mais ce n'est rien que les prédicateurs soient envoyés, qu'ils prêchent, que l'on écoute, et que l'on conçoive, si la volonté ne se porte à embrasser ce que l'esprit conçoit. Ce qu'elle ne peut faire si elle ne reçoit de Dieu la rectitude qu'elle doit avoir... Ainsi de ce que l'esprit conçoit en écoutant la parole, cela vient du prédicateur ; mais la rectitude de la volonté est l'accroissement que Dieu donne, sans lequel et celui qui plante et celui qui arrose n'est rien... (oi 0 Saint Anselme ajoute que, parfois, la grâce divine se passe de moyens humains : « C^omme Dieu,

I I Cor. III, 7. V. t. IV, p. 87.— (21 V. t. XVfll, [). 48y. - i Ibid.. p. 490.

(4i C'est, nous l'avons dit, un autre sens, essentiellement praticjue, de la formule de saint Paul. Dieu veut ([iie tous les lionimes soient sauvés. Dieu veut cela, en ce sens .■ qu'il nous le fait vouloir », eonimc il est dit que " le Saint-Esprit crie parce qu'il nous tait crier ■. V. Ara., De Corr. et Grat., chap. i."). Trad. d'ArnauId, t. XI, p. (»44-64ô- V. aussi le sommaire d'Arnauld, p. (>44- Cf. I'.xsc.vl, Kcrits sur la (Iràce, (fd. Hr. t. \I, p. i37-i'i8. — 5i A.NSKLMi:, yjt' Concord. Grat. cl lib. arh., cap. i(>, cité in t. XVIII, p. 4^y~4<Jt>-

dans la première création, a produit le froment et les autres herbes nécessaires à la nourriture de l'homme, sans culture et sans semence, de même, par une merveille de sa grâce, il a rendu les cœurs des prophètes, des apôtres et des Kvang-élistes féconds en semences, salutaires sans aucune instruction humaine (i).» Mais ce sont là procédés extraordinaires sur lesquels nous ne devons point nous fonder. « Comme donc la terre ne porte point naturellement, sans semence, les g-rains et les fruits qui sont le plus nécessaires à la conservation de notre vie, et quoique Dieu ne donne pas accroissement à toutes les semences, les laboureurs, néanmoins, ne laissent pas de semer, dans l'espérance de quelque récolte : ainsi la terre du c(pur humain ne porte point le fruit de la foi et de la justice sans les semences convenables » ( c'est-à-dire sans les prédications et les avertissements extérieurs) « et quoique Dieu ne fasse pas germer toutes ces semences » (ne donnant pas la grâce de la oi à tous ceux qui entendent son h>angile, ni la grâce de se convertir à tous ceux qu'on reprend de leurs péchés), « néanmoins il a commandé à ces laboureurs spirituels de semer sans relâche sa parole, dans l'espérance d'en recueillir le fruit qu'il lui plaira d'en faire naître cj) ».

Rien de plus solide que ces réllexions, prises du fond de la vraie théologie chrétienne (3). 11 est clair que, Dieu s'assujettissant ordinairement à cette suite réglée de moyens dans la Grâce comme dans la nature, les fidèles doivent aussi être exacts à s'y conformer : car ce serait le tenter que de demander de lui des miracles; comme d'apprendre ses devoirs sans l'instruction de personne ; d'être tout d'un coup converti à Dieu sans avoir passé par des mouvements de crainte et sans avoir longtemjjs gémi dans les prières ; d'être préservé du péché sans en fuir les occasions extérieures (4^ L'auteur des Essais de Morale l'a très judicieusement dit : « Il serait facile à Dieu de nous donner les vertus sans cette suite de moyens : mais en nous les donnant dans cet ordre et par ces moyens, il se cache à nous et nous conserve dans l'humilité (5). C'est sur

lii Jbid. p. 491- — fa) Anselm., ihid., eilo ihùL, i). 49i-4')2- — l3) V. l. XVllI, p. 4yi.

4) V. t. X.WIX, [). 4<>i>-4*'^'- — (5) Ariiinild ex[)i'iim' la luOiue pensée iii t. XIII, p. 646.

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