‹ La Doctrine De La GraceChapitre 24 sur 53 · LIN · texte numérisé non relu

LIN

Or la Foi nous apprend que la corruption d'Adam a passé en toute sa race (1).

Depuis que le premier homme s’est révolté contre Dieu, il est devenu la source, non plus de la vertu et de la probité, mais de la malédiction et de l’iniquité. Et ses descendants ont hérité de lui, au lieu de l'innocence qu'il leur eût transmise s’il fût demeuré uni à Dieu, une corruption générale, répandue dans toutes les parties de leur âme et de leur corps (2).

Nulle vérité n’est plus solidement établie dans la Tradition et dans l’Écriture :

« Il est nécessaire », déclare le Concile de Trente (3) interprétant saint Paul, « que chacun reconnaisse et confesse que tous les hommes ayant perdu l'innocence dans la désobéissance d'Adam (Rom. V, 12; I, Cor. XV, 22) sont devenus souillés (Is. LXIV, 6) et, comme dit l’Apôtre, enfants de colère par nalure (Ephes. IL, 3) ». Et le même Concile poursuit, dans un canon reproduit presque textuellement du Concile d'Orange : « Si quelqu'un prétend que la prévarication d'Adam n’a nui qu'à lui seul et non à sa descendance, et que, perdant la sain-

teté et la justice qu'il avait reçues de Dieu, il les a perdues pour

lui seul et non aussi pour nous; ou que la souillure résultant de sa désobéissance n’a fait passer dans toute la race humaine que la mort et les peines de corps, non le péché qui est la mort de l'âme, qu'il soit anathème, car il est en contradiction avec

(4) V.t. X, p. 404; t. XVII, p. 325, et tous les autres ouvrages, déjà cités, où le même passage se retrouve. — (2) V.t. X, p. 259. — (3) $ess. NI, cap: x, et Sess: V,lean. ret 2, citéin t. XVII, p. 493.

l’Apôtre qui dit (Rom. V, 12): Per hominem mors intravit in mundum, et per peccatum mors, et ila in omnes homines mors pertransiit, in quo omnes peccaverunt (4). »

Nous avons tous péché en Adam (5).

Remettons-nous done perpétuellement devant les yeux cette vérité, que nous ne naissons point à l’état de créatures innocentes (6); que nous revêtons avec l'humanité, la tache qui y a imprimée le premier homme; que nous sommes en vertu de l'origine que nous tirons de lui, coupables, comme lui, et sujets aux mêmes peines que lui. Son péché, auquel nous sommes si enclins à nous croire éträngers, c'est aussi le nôtre (7); sa perversion, son infirmité, son vice, nous les retrouvons en nous. Pour contempler comme en un miroir l’image de notre condition native, pour savoir ce que nous valons et ce que nous pouvons, nous n'avons qu’à considérer Adam déchu : Agnoscat se humana debilitas, et in primo homine universarum g'enerationum damnata successio (8).

A. Le péché héréditaire.

Sont-ce là simples façons de parler”?

De quel poids, terriblement réel, le péché d'Adam charge loute sa race, le seul exemple des enfants morts sans baptème suffit à le faire entendre.

Car, suivant l'Eglise, il n'y a point de doute : ces enfants, qui périssent après quelques jours ou quelques mois de vie,

(4) Concil. Trid., Sess. N, can. 2. On sait à quelles controverses a donné lieu cet in quo omnes peccaverunt par quoi la Vulgate traduit le grec 69,6. V. en particulier les critiques de Richard Simon, et Les observations de Bossuet, in Déf. de la Tradition et des Saints Pères, livre VII, ch. XII et suiv. Le Nouveau Testament de Mons (dont la traduction a été dirigée, surveillée et défendue par Arnauld) réunit dans sa traduction le sens latin et le sens grec : « Tous ayant péché en Adam. »

(5) « Tous ont péché, comme dit l’Apôtre, soit en eux-mêmes, soit en Adam. » (AuG., De Nat. et Grat.), cité int. X, p. 273. — (6) t. X, p. 239. — (7) V.t. XX, p. 278 : Peccatum originale ferè tanquam ab illis (Adami pos. leris) alienum cogitamus. — (8) Prosp. cont. Collat. V. t. X, p. 403.

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