V- t&. XVIII, p.647; Concil. Trid., Sess. NI, eap
.t X,p. 200, 205 et 206; t. XVIII, p. 630-631, p. 634; AUG. De Dono Persev., cap. 19. — (47) V.t. XVIII, p. 634; t. XXXI, p. 126. — (48) V. t. XVIII, p. 618, p. 635-636; t. XXXI, p. 125-127.
linvoqueront-ils s'ils ne croient point en lui? Et comment croiront-ils en lui s’ils n’en ont point entendu parler? Et comment en entendront-ils parler si personne ne leur prêche? Quomodo credent in quem non audierunt (49)? ». — D'autre part, les prédications mêmes, ni les illumina tions, ne suffisent à mettre un homme en état de croire. « Lors, dit saint Augustin, que l’on prèche l'Évangile, les uns croient, les autres ne croient pas; mais ceux qui croient écoutent et apprennent au dedans, lorsque le prédicateur leur parle au dehors. Et ceux qui ne croient pas écoutent bien au dehors, mais ils n'écoutent point et n’apprennent point au dedans. C'est-à-dire qu’il est donné aux uns de croire et non pas aux autres, parce que nul, dit Jésus-Christ, ne peut venir à moi, si mon Père, qui m'a envoyé, ne le tire. Ce qu'il exprime ensuite plus clairement, en disant: Nul ne peut venir à moi s’il ne lui a été donné du Père » (50). La Foi ne requiert pas seulement l'instruction, humaine ou divine, par laquelle la vérité de Jésus-Christ est proposée à notre intelligence, mais encore . l'onction intérieure de l'Esprit Saint, qui prépare l’assentiment de notre volonté. Et cette onction, ajoute saint Augustin, n'est pas donnée à tous ceux qui écoutent sa parole, elle marque une miséricorde singulière de Dieu: Zlis datur ut credant, illis non datur (51). Nous avons donc double motif de conclure, avec saint Augustin encore : « La Foi, et dans son commencement et dans sa perfection, est un don de Dieu : et nul ne peut douter que ce don ne soit accordé aux uns et refusé aux autres, à moins qu'il ne veuille combattre ouvertement les paroles claires de l'Écriture divine (52). »
Et par conséquent nous ne pouvons nous empêcher de conclure aussi que les infidèles, n'ayant point reçu de Dieu ce qui leur était nécessaire pour avoir la foi, même commencée, qui est l’origine de toute justice, ne reçoivent non plus aucune influence de la grâce de Jésus-Christ (53)
(49) Rom., X, 14; cité in t. XVIII, p. 621, 622, 640, 626, 628 et G4r; t. X, p. 250; t. XXXI, p. 127, ete. — (50) V. Auc, De Prædest. Sanct. cap. 8; t. XVIII, p.387; v. aussi Ep. 194 (alias 105); ibid., P. 626-697. — (51) AuG., Ep. 194 (alias 105), cité ibid., p. 626-627. — (62) Auc., De Prœdest. Sanct., cap. 9; v. t. XVIII, p. 388.
(53) V.t. XVIII, p. 627-698 et P. 621; et surtout t. IX, p. 362 et suiv. On sait que le Décret des 31 Propositions a condamné cette 5° Propo-
Ce qui est vrai des infidèles ne l’est pas moins des Juifs de l'Ancien Testament, lesquels, encore qu'ils fussent appelés le peuple de Dieu, privilégié entre tous les autres (1), — non fecit taliter omni nationi, — ont été, pour qui va au fond des choses, de véritables infidèles.
Les Juifs vivent sous la Loi. La Loi de Moïse, c’est-à-dire le Décalogue et les préceptes qui s’y rattachent.
Or cette Loi a-t-elle donné aux hommes le moyen d’être justes (2)? Saint Paul répond qu’elle ne l’a pas donné: et saint Thomas ajoute qu'elle ne le pouvait donner, « autrement elle aurait été manifestement contre les promesses de Dieu, parce qu'onaurait pu obtenir la justice par un autre moyen que celui que Dieuavait promis, àsavoir, par la Loi, et non par la Foi » (3). Aussi lisons-nous partout dans l’'Écriture, que la Loi de Dieu, écrite par Moise sur la pierre, a été un ministère de mortet un ministère de condamnation, tandis que la Loi nouvelle est un ministère de justice (4) ; que la Loi a été vertu de péché, qu'elle est survenue afin qu'il y eût une abondance de péchés (5); qu'elle a produit la colère, et la malédiction (6); qu’ « enfin elle a été la lettre qui tue (7). Paroles si fortes que les hommes n'auraient jamais osé s’en servir, si elles n'étaient du Saint-Esprit même (8), et qu'elles ont porté, non sans quelque apparence de raison, les manichéens, à conclure que la Loi était mau-
sition (attribuée à Sinnich): Pagani, hæretici, aliique hujus generis, nullum omninô accipiunt a Jesu Christo influxum : adèoque hinc rectè inferas in illis esse voluntatem nudam et inermem, sine omni gratià sufficiente. Arnauld juge cette proposition très vraie dans le fond, quoique « conçue en des termes qui peuvent faire trouver quelque prétexte de la condamner » (t. IX, p. 363 et suiv.). Cf. sur le sujet de la grâce donnée aux Infidèles : JanNSÉN., lib. III, De Grat. Christ., cap. 11.
(x) V.t. XVIL, 98; t. X, p. 244; t. VII, p. 795-976. — (2) Cf. sur tout ce qui a rapport à l'état des Juifs sur la Loi: JANSÉN., lib. IT, De Grat. Christ., cap. 5-9. (3) SaixT THomas, Comment. in Ep. ad Galat. {V. Galat. IL, 21) et lect. IX in cap. 4, Ep. ad Rom, cité in t. X, p. 209. Cf. t. XVII, p. 739. — (4) IL Cor. II, 7 et 9, cité in t. XVII, p. 732-733; ett. X, p. 409-410. V. aussi t. XVII, p. 100, 108, etc. — (5) I Cor. XV,150: Rom. V. 20, cité ibid. — (6) Rom. IV, 15, cité ibid. et Galat. III.
(2) II Cor., IL, 6, cité ibid. Saint Paul dit encore que « nul n’est justifié par la Loi » (Galat. IV). V. t. XXIX, p. 270-271. — (8) V. t. XVII, p. 108.
vaise (9). Mais tous les Pères rejettent avec horreur cette conclusion. Et l'apôtre, le premier, l'avait répudiée: Que dironsnous donc? La Loi est-elle péché? Dieu nous garde d'une telle pensée! (10)» Au contraire la Loi est bonne, juste et sainte (xx). Si bonne, si juste, et si sainte qu'elle n’est autre chose, réserve faite des prescriptions purement cérémonielles comme celle du Sabat, que la formule du Droit naturel, ou de la Loi éternelle que Dieu même ne saurait abroger (12), et qui s'impose, à ce titre, aux chrétiens non moins impérieusement qu'aux juifs (13). Comment, alors, loin de servir aux hommes, leur a-t-elle, suivant l'expression de saint Jean Chrysostome, nui beaucoup, odôèy xipônc, &LLk xal mob vb Bhgénc ? (14) C'est que; répondent saint Augustin et saint Thomas, commandant aux hommes le bien sans leur fournir en même temps le moyen de le pratiquer, elle était disproportionnée à la faiblesse humaine (15). Lex enim jubebat, non implebat (16). En fait, elle n'a point été accomplie. Notre-Seigneur lui-même l’a reproché aux juifs : VNonne Moyses dedit vobis Legem ? Et nemo ex vobis Jacit Legem (17). Et saint Étienne, et saint Paul, après les prophètes, déclarent pareillement, sans exception ni réserve, qu'il n’y à aucun juif de juste, que tous ont violé l'alliance de Dieu, et qu'ils n’ont jamais gardé la Loi (18). Certains d’entre eux, à la vérité, tels les pharisiens, ont paru se conformer matériellement à quelques commandements: mais ceux-là mêmes n'ont eu, à la manière des sages payens, qu'une vertu légale et extérieure (19); « car ils n’ont agi, dit saint Augustin, que par le désir de posséder une félicité terrestre, ou par la crainte de la perdre (20) » : manquant done à ce commandement
(9) V. sur tout cela t. X, P: 410-408 ete XVIT Sp Mio ANXIXS P- 37. — (10) Rom. VIL, 7: V.t. XVII, p.104; t. XXXIX, p. 39. — (11) Rom. VIL, 42; V:it. XVIL,p. 103. — (12) V.t. X, p. 14. — (13) V. Auc., lib. II ad Bonif., cap. 4, cité in t. XVII, p. 134.
(x4) Carysosr., Hom. 12 in Ep. ad Rom., cité in t. XVII, p. 107-108. — (15) AuG., Serm. 6, De Ver. Apost., cap. 7; De Spirit. et Lit., cap. 19; Lib. IV, ad Bonif., cap. 4; Sarnr Tuomas, Ie Il, qu. 98, art. I, ad. 2 et Comment. in cap. 4, Ep. Rom., lect. IT ;cité n t. X, p. 409-411: t. XVII, P08460780)0730 Ar 6) AuG., Serm. 6, De Verb. ApostsllCapÆ71—- (19) Joan. VIL, 19; cité in t. XIX, p. 621 et t. XVII, p. 126.
(18) Hebr., VIIL, 19; Rom. III: JeReM. XXXI, 32; Act. VIL, 51-53; cité in t. XVII, p. 126. — (19) V. 1. XVII, p. 129-131; t. XVII, p: 789; t: X, p.999: — (20) AuG., lib. II, ad Bonif., cap. 4; cité in t. XVII, p+ 134.
qui n’est pas seulement le premier et le plus grand de tous, mais qui définit l'esprit selon lequel doivent être pratiqués tous les autres, — {u aimeras Dieu de tout ton cœur, c'est-à-dire tu ne feras rien que pour l'amour de Lui, — on ne peut dire qu'ils aient accompli la Loi véritablement (21). La charité seule accomplit véritablement la Loi, plenitudo Legis est (292), parce que, seule, usant de la Loi comme il faut, legitimè Lege utitur (23), elle fait le bien sans péché : Charitas sola non peccat (24). Cela étant, il est manifeste que la Loi ne pouvait être remplie par des hommes dont le cœur, tout entier à l’amour des créatures, était incapable de charité. Cette inefficacité de la Loi, remarquent les Pères, ne venait pas d'un vice imputable à la Loi même : elle ne venait, comme le dit l’apôtre, — quod impossibile erat Legi in quo infirmabatur per carnem (25), — que de la chair, ou de la concupiscence, qui, tant qu’elle n’est pas guérie par la Grâce « résiste invinciblement » à tout bien (26). Mais enfin la volonté de l’homme restant ainsi disposée, on conçoit que l’avantage apporté par la Loi, quoique très précieux en lui-même, ait dû, — comme le bienfaisant soleil fait quelquefois beaucoup de mal aux yeux malades (27), — tourner au détriment de l'humanité. Tout cet avantage, après tout, ne va qu'à procurer aux hommes la connaissance exacte du bien et du mal. Per legem cognilio
{a1) V. sur l'amour de Dieu principe de toute vraie vertu, le ch. I de cette re partie et le ch. I de la 2° partie. — (22) Rom. XIII, 10, cité in t. XVII, p. 99. Cf. Auc., De Spirit. ad lit, cap. 21: Charitas. auæ plenitudo Legis est (t. X, p. 419).
(23) Auc., De Corrept.et grat., cap. I, in t. X, p. 313. — (24) AuG., Ep. (al. 95) ; in t. X, p. 425, etc., et I Cor. XIII, 4, in t. XVII, p. 99. V. sur tout cela t. XVII, p. 104-105. — (25) Rom. VII, 3. V. t. X, p. 410, cité par saint Augustin et par saint Thomas (I* I, qu. 98, art. 6 in corp.). V. ibid., p. 408.
(26) V. Auc.: Lex enim jubebat et non implebat, quia caro, ubi non erat gratia, invictissimè resistebat. (Serm. 6 de Verb. Apost., cap. 7). Neque suo vitio non implebatur Lex, sed vitio prudentiæ Carnis, quod vilium per Legem demonstrandum, per gratiam sanandum fuit. (De Spirit. et Lit., cap. 19). V. t. X, p. 410-411. Sair Tnomas : Id est propter infirmitatem carnis, quæ erat in homine ex corruptione fomitis ex quà proveniebat; quod etiam Lege datà homo a concupiscentià vincebatur, Cité ibid., t. X, p. 408. Cf. S. Th. Ie Ile, qu. 98, art. I, ad 9 : Lex dicitur occidisse, non quidem effectivè, sed occasionnaliter… El sic occasio ista non erat data, sed sumpta ab hominibus. Cité in t. XVII, p. 738 et t. X,
(o7) Auc., Cont. Faust., lib. XV, cap. 8, cité in t. XVII, p. 108.
peccali (28). Or cette connaissance, chez des hommes que la domination de la concupiscence rend impuissants à s'abstenir du mal qu’on leur découvre, ne saurait avoir d'autre effet que d'aggraver et de multiplier le péché. De l’aggraver : parce que le pécheur, entrant désormais en révolte ouverte contre la Loi, ajoute au désordre de sa faute celui de la désobéissance ou de la prévarication (29), l'homme devient prévaricateur par la lettre qui tue (30). Et de le multiplier : parce que les préceptes et les prohibitions irritent et exaspèrent ces mauvais désirs auxquels ils prétendent mettre un frein (31) ; la concupiscence se portant avec plus d’ardeur, comme le note saint Thomas, vers le péché défendu, concupiscentiâ ipsâ magis fervente homines Lex ad peccatum ducebat (32). Voilà comment la Loi a fait surabonder le péché. Et il est si vrai que tel a été son rôle que, selon saint Paul, Dieu l’a révélée précisément pour cela : Lex superintravit ut abundaret delictum ; Lex propter transgressionnes posita est (33) : entendez, comme l’expliquent saint Augustin, saint Prosper et saint Thomas, afin d’humilier la superbe de l'homme, de le convaincre de l’extrémité de son . mal, et de faire éclater son incapacité à guérir sans l’aide d'un libérateur (34).
Mais tout cet enseignement de l’Écriture et des Pères n’a de sens, évidemment, qu’à une condition : c’est que la Loi, sous l'Ancien Testament, n’ait pointété jointe à la Grâce, Car, répétons-le, la Loi est sainte et bienfaisante en elle-même. Elle ne donne la mort qu’en tant qu’elle est violée. A ceux qui auraient la force de l'accomplir, elle donnerait la justice et la
(28) Rom. III, 21, et Rom. VII, 7. Cf. Auc. : Per legem non abolitio, sed cognitio peccati, lib. II, ad Bonif., cap. 4, ete., cité ën t. XVIII, P. 716, et SAINT GRÉGOIRE : Lex peccala indicare potuit, non auferre, Moral. lib. XVIIL, cap. 26, én t. XIX, p. 521. — (29) V. Auc., Cont. Faust., lib. XIX, cap. 7, Op. imp. lib. I, cap. 96: Prose., Sentent. 321 : int. XVII, P- 939-750, p. 7933; V. t. XIII, p. 354.
(30) Cité int. XVIE, p. 105. — (31) V. t. XVII, p. 100. — (32) SAINT THoMas, Comment., in 1 Cor., cap. 15, lect. 11; Comment., in cap. 5, Ep. Rom.;, lect. 6, in t. XVII, p. 742-743, et t. X, p. 410. — (33) Rom., V, 20, et Galat., III, 29; V. t. X, p. 410, et t. XVII, p. 732-733. — (SV EE Xe P: 95-96; t. XVI, p. 225-226; t. X, p. 407-408, p. 412-413: t. XVII, p. 732. — Cf t.X, p. 133 : Lex... reos lantum fecere nata erat, jubendo, non adjuvando : prævaricationis enim gratià posita est, ut inveniretur infirmilas, nec tantum ut inveniretur, sed etiam ut augeretur, et vel sic medicus quæreretur.
vie, selon les paroles de Moïse, reprises par le Christ et par saint Paul : Observez les commandements et vous vivrez (35). Aussi est-ce à bon droit que saint Augustin dit souvent : « C’est la même Loi qui est tantôt une lettre qui tue, et tantôt un esprit qui vivilie, avec cette unique différence qu'elle tue quand elle est seule, et qu’elle vivifie quand elle est accompagnée de la Grâce (36). » Oui, ajoute-t-il, « la même Loi qui a été donnée par Moïse est faite grâce et vérité par Jésus-Christ, lorsque l'esprit a été joint à la lettre, afin que la justice de la Loi commençât à être accomplie par les hommes, laquelle auparavant n'étant point accomplie, les rendait plus coupables en ce qu'ils violaient la Loi (37) ». Si donc, comme le prétendent le P. Cellot et les autres molinistes, la Grâce a toujours etinséparablement été unie à la Loi (38), d’où vient que la Loi n’a pu être remplie par les juifs? Et quel est à cet égard l'avantage des chrétiens? Qu’y-a-t-il dans le Testament de Jésus-Christ qui ne fût dans celui de Moïse? En quoi la nouvelle alliance était-eile nécessaire après l’ancienne (39)? — Les jésuites répondront qu’en effet, ils n'admettent point de différence essentielle entre les deux Testaments, et que, sauf les préceptes cérémonieux dont les chrétiens sont déchargés, la religion judaïque est identique à la religion de l'Evangile (40). Mais ce disant, ils foulent aux pieds l'Ecriture et les Pères (41} et contredisent ouvertement saint Paul, qui semble n'avoir rien eu tant à cœur dansses épîtres aux Romains, aux Hébreux, et aux Galates, que de marquer, avec une force invincible, l'opposition entre l’ancienne alliance et la nouvelle (42). Cette opposition, aussi profonde, suivant l’apôtre, que celle de l'ombre et de la iumière (43), il nous en fait voir l'image allégorique dans l'histoire des deux enfants d'Abraham, Ismaël et Jacob. Ismaël est né d'Agar, la servante d'Abraham, pour montrer que le vieux Testament n’engendre que des esclaves,
(35) V. t. XVIIL, p. 714-716. Cf. Aua., lib. IV, ad Bonif., cap. 5. — (36) Auc., lib. XV, Cont. Faust., cap. 8; V. t. XVII, p. 134-135 ; t. XVIII, p. 902-703. — (37) AuG., lib. XV, Cont. Faust., cap. 8; V.t. XVIII, p. 703. — (38) V. t. XVIII, p. 715-718. — (39) V.t. XVII, p. 107, 133, etc.; t. XVII, p. 225, 931, 745 et suiv. — (40) V. ibid. V. aussi t. XVII, p. 750, t. XVII, p. 121,etc. — (4x) V. t. XVII, p. 749.
(42) V. t. XVII, p. 713. Cf. t. XVII, p. 105 et suiv., 173 et suiv.; t. XVII, p. 726 et suiv., p. 749 et suiv. Cf. t. XVII, p. 842. — (43) Hebr., X, 1; NAT XNIT; yp55/17;
donnant à ses enfants l'esprit de crainte, qui est l'esprit de servitude, et que la Jérusalem terrestre, c’est-à-dire la Synagogue, est esclave avec ses enfants. Isaac, au contraire, est né de Sarah, femme légitime d'Abraham, pour montrer que les enfants du Nouveau Testament sont libres, et que la Jérusalem céleste, c'est-à-dire l'Église, jouit de la liberté que Jésus-Christ lui a acquise en lui donnant l'esprit d'amour. Ismaël est né selon la chair, et selon le cours ordinaire de la nature, pour montrer que l'Ancien Testament n’a eu des enfants que selon la chair, c’est-à-dire des hommes charnels, recherchant uniquement les biens de la terre qui leur étaient proposés dans cette alliance pour récompense de leurs services ; et Isaac est né selon la promesse faite à Abraham, et contre l’ordre de la nature, pour montrer que le Nouveau Testament n'a des enfants que selon l'esprit, qui ne sont point engendrés par la nature, mais par la grâce, et qui sont les vrais enfants de la promesse. Enfin il fut dit à Abraham touchant Agar et Ismaël : « Chassez la servante et son fils, car le fils de la servante ne sera point héritier avec le fils de la femme libre » (Gen. XXI, 10), pour montrer que les enfants de la Synagogue ne partageront point avec les enfants de l’église l'héritage céleste du Père (44). — Telle est l’irréductible différence qui sépare l’Ancien et le Nouveau Testament, la religion des juifs et celle des chrétiens. Et certainement, cela ne fait pas que, l’un et l’autre issus de Dieu, ils n'aient aussi l’un avec l’autre un rapport étroit (45). Mais ce rapport est uniquement de signe à chose signifiée. L'Ancien Testament n’a pas été le prélude du nouveau : ilen a été, comme dit saint Augustin, la représentation vivante (46). « Toutes choses », dit saint Paul parlant des juifs, « leur arrivaient en figures » (47). Entend2z que, non
(44) Galat., IV. Commenté par AuG., De civit. Dei, lib. XV, cap er lib. IIT ad Bonif., cap. 4. V. t. XVII, p. 139-138. —(45) V. t. XVII, Du
(46) Ibid., p. 132. Cf. Auc., De Verä Religione, cap. 27, cité ibid., p. 120. C'est ce qui a permis à Jansénius de comparer l’Ancien Testament à une espèce de grande comédie. V\. JANSÉNIUs, lib. III De Grat. Christ. cap. 6: Perspicuum est totum illud vetus Testamentum nihil aliud fuisse quan magnam quamdam quasi Comædiam, quæ non tam propter seipsam quam propter id cui præ figurando serviebat, hoc est propter Testamentuin nopumn, ete. ». V. sur ce sujet, t. XVII, p: 111 et suiv. — (47)I. Cor., X, 6 et 11, in t. XVII, p. 119-118. On remarquera le rapport de cette doctrine d’Arnauld et de Jansénius (ou plutôt de saint Augustin)
a ELA
seulement les choses inanimées de la vieille Loi, comme les sacrifices, les autels, les temples et les jours de fêtes, mais les actions, bonnes ou mauvaises, des hommes, ont été le symbole et l'annonce cachée des mystères de la Loi nouvelle : Zlorum hominum non tantum lingua sed et vita prophetica fuit (48). Or rien n'empêche qu’une chose excellente ne soit figurée par une autre chose imparfaite ou mauvaise. Le péché de Thamar avec Juda, ou celui de David avec Bethsabée, ne sont-ils pas interprétés par saint Augustin comme figurant l'union du Christ avec l'Eglise (49)? Quelque sens figuratif qu'on doive reconnaître à l’ancienne alliance, elle n'en demeure pas moins une alliance toute charnelle faite avec un peuple tout charnet, et fondée sur des promesses toutes charnelles : alliance qui pourrait à bon droit paraître indigne de Dieu (comme elle a paru aux manichéens) si l’on ne tenait compte de sa relation avec l’autre alliance, universelle et spirituelle, qu’elle fait présager (bo). Non seulement l’ancienne alliance n'est point comparable à la nouvelle pour la sainteté, mais, de valeur proprement morale, elle n’en a aucune. À moins de renverser tout le christianisme, il ne faut pas dire que l’on se sauve plus facilement par la nouvelle alliance que par l’ancienne : il faut dire que l’on se sauve par la nouvelle, et que l’ancienne ne procurait aucun moyen de salut (51).
Croirons-nous donc qu'avant la venue du Christ, nul d’entre les juifs, ni Moïse, ni les patriarches, ni les prophètes, n'ait échappé à la damnation ? A Dieu ne plaise. Il est très vrai, comme le dit souvent saint Augustin, que quelques hommes ont été sauvés durant le temps de la Loi. Mais il est très faux qu'ils l’aient été par le secours de la Loi (52). Ils ont reçu, — précisément comme ces payens privilégiés dont nous avons parlé, Job ou Melchisédech, — une anticipation de la grâce du Christ, en vertu des lumières que Dieu leur donnait, soulevant en leur faveur le voile des allégories et des figures, sur l’Incarnation, la Mort et la Résurrection du Messie (53). Ces saints
avec les Pensées de Pascal, à la section X de l'édition Brunschvicg. (Cf. les notes de l'édition Br.) $
(48) Aua., lib. IV, Cont. Faust, cap. 2. V. t. XVII p. 116 et p. 133.et t X, p. ro. — (49) AuG.,. lib. XXII, Cont. Faust., cap. 29; V. t. XVII, p. 116-117. — (50) V. &. XVII, p. 119, p. 130-131. — (51) V. t. XVI, p. ror- O0 0 ENTER TT 09 NET EX Ep Mr 70 Et XIE D: 10: TX, P- 408-409, t. XXIX, p. 272.
personnages, regardant Jésus-Christ à venir comme nous le regardons maintenant qu'il est venu, attendant de Lui seul leur rédemption, n’ont été justifiés que par la même Foi qui nous justifie (54) : Ha quippè fides justos sanavit antiquos, quæ sanat et nos, id est Mediatoris Dei et hominum Hominis Jesu Christi, fides Sanguinis ejus, fides Crucis ejus, fides morts et Resurrectionis ejus (55). Ils sont entrés avec nous dans la société d’une espérance commune (56). Ils ont déjà fait partie du Corps du Christ (57). Ils ont été, selon saint Augustin, des chrétiens avant la lettre, nondum nomine sed re ipsâ Christiani (58). Ils ont appartenu au Nouveau Testament, tout en vivant dans l'Ancien, hominis in veteri Testamento, sed non de veteri Testamento (59). Ce sont ces juifs d'exception (60), « dispensateurs et ministres de l’ancienne alliance, pour servir au dessein de Dieu, mais enfants et héritiers de la nouvelle (61) », c'est cette élite, et non point la Synagogue (62), qui a incarné, avant l'Evangile, la véritable religion et la véritable église; cette église éternelle, dont parlent saint Augustin, saint Léon, saint Grégoire et tous les Pères (63); cette église qui comprend tous les justes, depuis Abel jusqu'à la fin du monde (64), tous les vrais spirituels, adorateurs de Dieu en esprit et en vérité (65), et hors de laquelle il n’y a point de salut (66); cette église qui est une en {ous les temps, parce qu’en tous les temps elle a toujours eu pour principe la grâce du Christ, obtenue par la Foi en son nom (65). Mais, par ce que les Pères nous enseignent de ces rares israélites selon l'esprit, on peut comprendre ce qu'il faut juger de la masse des israélites selon la chair, ces enfants de la servante, ces juifs
(64) V. t. XVII, p. 746-747; t. X, p. 98, p. 174-175; t. XVII, P- 131-136, etc. Cf. AuG., De Nat. ad Grat., cap. 44; Cont. Adimant., cap. 92. — (55) Auc., De Nat. ad Grat., cap. 44; V. t. X, p. 174-195.
(56) V. t. X, p. 98. — (57) V. t. XVII, p. 130. — (58) Aua., lib. V, ad Bonif., cap. 4. V.t. X, p. 408-409; t. XXIX, p. 271; t. XVII, p. 12°. — (59) AuG., Exposit., Ep. ad Galat. et lib. V, ad Bonif., cap. 4; V. t. XVII, p. 122; t. XVII, p. 746. — (60) V. trad. du De Vera Religione, note d'Arnauld, t. XV, p. 910. — (61) Au. lib. V, ad Bonif., cap. 4; N. t. XVII; p. 122. — (62): V. t. X, p. 3r.
(63) V. AuG., in Ps. go; GREGOR., Hom. 5, qua Evangel., Serm. 93 ; t. XVII, p.122; t. X, p. 175; t. XXIX, p. 292. — (64) V. t. XVII, p. 192. — (65) Ibid., p. 138139. — (66) Ibid., p. 122. — (67) Mysteria pro temporum ralione variala, fides quûâ vivimus nullä «ætate diversa. (Saint Léon, Serm. 23.) V.t. X, p. 175. Cf. sur cette unité de la vraie religion avant et après la venue du Christ, PAscaz, sect. IX, fr. 6x0.
purement juifs dont était composée la Synagogue (68). Si la marque distinctive des premiers est la Foi anticipée du Christ, qui leur a été communiquée par faveur extraordinaire, c’est done que les autres sont demeurés étrangers à cette Foi. [ls ont bien attendu un Messie, mais un Messie tout humain, qui devait établir un royaume temporel, et les délivrer de leurs ennemis visibles (69). Ils n'ont pas sn déméler le vrai sens de la révélation du Sinaï et des prophéties (70). « Ils n’ont point cru à la Loi, dit Clément d'Alexandrie, comme annonçant Jésus-Christ, mais ils se sont arrêtés à la lettre seule, sans passer à l'esprit de la Loi, et à la Foi (9r). » C’est ce qui a fait dire à saint Paul que les juifs ont été gardés et enfermés sous la Loi, sub Lege custodiebamur conclusi in eam fidem quæ revelanda erat. En quoi gardés ? En ce que, comme l’interprète saint Augustin, n'étant pas encore capables de vivre par la Foi des choses spirituelles et invisibles, la crainte des peines visibles les empêchait de tomber dans l’idolâtrie. Et en quoi enfermés? En ce que, réduits à la Loi seule, c'est-à-dire aux œuvres de la Loi, ils n'ont pu s'élever jusqu'à la justice véritable (52). Saint Paul, au même lieu, nous le déclare : la Foi seule justifie ; or la Loi n'a rien de commun avec la Foi; donc nul sous la Loi n'est justifie devant Dieu (73). Et c’est pourquoi, conclut-il, avant l'avènement de la Foi, les juifs ont été sous la malédiction : Quicunque enim ex operibus Legis sunt, sub maledicto sunt (74).
Priusquam veniret fides, écrit l'apôtre. Il y a donc eu un temps où la Loi régnait seule (75). Ce n'est donc pas une distinction métaphysique, c'est une succession historique qu'exprime la fameuse formule de saint Augustin sur les trois conditions de l’homme durant cette vie: ante Legem, sub Lege, et sub Gratià (76). L'humanité a réellement passé par ces
(CSV MIX VII pret. — (69) V. E X, p.186 et t. XVII, p. 136. — (0) V:t. XVII, p. 98, t. XXIX, P. 272.
(72) V. t. X, p. 186. — (72) Galat. I, 93; Auc., Exp. Ep. ad Galat. V.t. XVI, p. 716; t. XVII, p. 747-748. — (93) Galat. IL. V. t. XVIII, PU (74) Jbid pT13 CE. AVI, p. 738. — (95) V. t XVII, p. 748 — (26) AuG., Exp. ap. ad Galat., lib. III ad Bonif., cap. 4. V.t. X, P+ 479° t. XVIL, p. 13%, ete., et t. XIII, p. 345 et suiv. Saint Augustin désign:
aussi un quatrième état, in pace, mais qui concerne les élus dans l’autre monde.
trois états : anle Legem, c'est l'état des payens ; s4b Lege, cest l'état des juifs ; sub Gratià, c'est celui des chrétiens.
D'où il ressort qu'exception faite pour ce petit nombre d'hommes choisis, que Dieu, devançant pour eux l’ordre des temps, a fait miraculeusement participer à la Foi du Messie futur, nul d’entre les payens, en ant que payens, ni des juifs purement juifs, n'a jamais reçu ni ne reçoit la grâce. La grâce est réservée aux chrétiens : Gratia propria Christiano-
rum (77).
Mais les chrétiens mêmes, si tous, incontestablement, ils ont, ou ils ont eu, quelque part à la grâce, — puisque le seul fait d’être chrétiens est déjà le fruit d’une première grâce, — peut-on dire qu'ils y aient part constamment et toujours (1)? Peut-on dire que les secours nécessaires et suffisants pour bien vivre ne leur manquent jamais dans les occasions où ils en auraient besoin pour bien vivre ?
Il est deux sortes de chrétiens : les pécheurs et les justes.
Considérons les premiers, et surtout les plus misérables d’entre les premiers, ces personnes vieillies et ensevelies dans leurs vices, dont le cœur, dit l'Écriture, est plus dur que la pierre, dont l'âme est plus pleine de puanteur qu'un cadavre enterré depuis quatre jours, dont toutes les voies sont impures et souillées ; ces gens qui sont appelés les ministres du diable, ses enfants, ses membres, et qui sont assujettis de telle sorte à sa puissance qu'il en fait tout ce qu'il veut (2). Osera-t-on prétendre que ces gens-là ont toujours assez de grâce pour résister aux tentations vers lesquelles leurs habitudes les entraînent, et qu'aussitôt qu'ils er ont envie, ils trouvent à leur disposition une « abondance et surabondance » de force surnaturelle par où la conversion leur devient aisée (3)?
Beaucoup de molinistes l’osent prétendre. Et certains d’entre
(7). Aug., De Gestis Pelagii, cap. 4 et E;,. 199 (alias 95); V. t. XVIII, p. 361, p. 566, etc. — (1) « En quelque tat qu'ils soient » déclare le théologal Habert. V. t. XVI, p. 280. — 2) II, m,, il, 26: V. t. XVI, p. 278 et p. 280.
(S) Ve ex VIE pare
eux, tels M. Habert, ne craignent pas d'appeler en témoignage la conscience méme des pécheurs (4).
On n'entend que trop la réponse que ces malheureux pécheurs leur pourraient faire :
« Eh quoi! » protesteraient-ils, « vous me dites que tout homme qui veut changer de vie en change aisément, et qu'il ne tient qu'à nous d'en avoir la volonté pour le faire, que nous avons toujours à notre disposition, pour sortir du vice, une grâce plus que suffisante. Mais ma conscience me dit qu'il y a plus de vingt ans que je veux changer de vie. Pourquoi donc, quand je l'ai voulu, ai-je senti une rébellion générale dans toutes les parties de mon âme et de mon corps, qui a rendu toutes mes résolutions vaines depuis tant d'années? Si j'ai une si grande surabondance de grâces, il faut que j'aie pu me convertir avec une très grande facilité, lorsque je l'ai entrepris : et non seulement il m'a été difficile, mais il m'a été impossible de le faire. Où est donc cette grâce suffisante que l'on veut me faire croire que j'ai toujours? Ceux qui me la donnent en paroles me la donnent-ils en effet? Est-elle dans ma raison? I1 y a vingt ans que je suis raisonnable, et il y a vingt ans néanmoins que je vieillis dans le crime. Est-elle dans ma volonté” Il y a vingt ans que je veux me convertir, je l’ai dit cent fois à mes confesseurs, et cependant je ne me convertis point! Direz-vous que je l’ai voulu trop faiblement? Mais pourquoi ne l’ai-je pas voulu plus fortement, puisque, selon vos paroles. cette grâce abondante et surabondante, que vous dites ne dépendre que de moi, est plus puissante qu'il ne faut pour rendre une volonté assez forte? N'ai-je pas sujet de croire, ou que cette grâce est imaginaire, elle n’est pas toujours présente, comme vous le dites, mais toujours absente des pécheurs? (5) »
Ce témoignage, d’ailleurs, est confirmé, comme Bellarmin a dû en convenir, par tout ce que l'Écriture et les Pères nous disent des endurcis (6). Oui, il y a des hommes que Dieu
(4) « Lors même que vous êtes le plus avant dans les vices. vous avez de la grâce plus qu'il ne vous en faut. J’atteste votre conscience, si vous ne sentez pas que Dieu vous pousse à vous convertir. » Paroies du théologal Habert, cité in t. XVI, p. 278).
(5) V. t. XVI, p. 274 et p. 276 (Citation à peu près textuelle:
(6) V.ibid., p. 278-281. Cf. BecLARMIN, De Grat. et Lib. arb., lib. IL, cap. 6.
endurcit, qu'il aveugle, qu'il livre au sens réprouvé (5): Propterea non poterant credere. quia ilerum dixit Isaïas : Éxcæcaoit oculos eorum et induravil cor eorum. Aïnsi parle saint Jean (8) :et saint Paul: Deus cujus vult miseretur, el quem oult indurat (9). Or, comment Dieu endurcit-il? Non pas, bien sur, en pioduisant en nous la malice, ou en nous y poussant (ce serait une impiété que de le penser), mais simplement en se retirant de notre âme, et en la laissant à la corruption de sa propre nature, qui d'elle-même, remarque saint Grégoire, ne tend que trop à nous confirmer dans le mal: Neque enim Deus humanam mentem debellando destruit, sed recedendo, quia ad perditionem sufficit sibi dimissa (10). Et pareillement saint Augustin, et après lui le Maître des sentences, et saint Thomas, et tous les scolastiques: Dieu n’endureit le cœur qu'en s'abstenant d'y répandre l'influence céleste qui peut seule amollir la dureté native et héréditaire: Nec obdurat Deus. ut ait Augustinus, impartiendo maliliam, sed non impar-üendo gräiiam (11). De quel front, donc, vient-on affirmer qu'il n'est point le pécheur qui n'ait assez de grâce pour sortir de son misérable état, puisque la Tradition nous montre toute une espèce de pécheurs dont l'état se définit justement par le fait d'être abandonnés de la Grace (12) ?
Et maintenant considérons les justes (1).
Il est sans doute qu'ils ont, tant qu'ils demeurent justes, une grâce habituelle, consistant dans la rémission des péchés et dans les vertus infuses, et comportant in genere potentiæ un pouvoir de bien vivre supérieur à celui des pécheurs ou des
(5) V t. XVI, p. 280-281. Cf. t. XEX, p. 525-527. — (8) Joan. XII, 4o, in t. XVI, p. 278. — (9) Rom. IX, 13, ibid., p. 284. — (10) GREcor., Moral, lib. XI, cap. 5, ên t. XIX, p 5926 et t. XVI, p.284. — (11) V. AucG., Ep. 194 à Sixte., Lib. 1 Sentent. dist. 40;S. Tu., Comment. in Ep. Rom.: V. t. VI, p- 508, p. 684; t. VIT, p. 374-375; t. XVIIL, p. 106 et p. 311; t. XIX, p. 525-526, t XVI, p. 280 281 et p. 284. — (12) V. t. XVI, p. 283-285: t. XIX, p. 625-527. Cf. snr cette question de la Grâce donnée aux pécheurs, JANSÉN, lib. IL De Grar. Christ. cap. 10.
(x) I faut remarquer que ces uniquement de la Grâce donnee aux Justes qu'il s'agit dans les controverses relatives soit à la 1° Proposition de Jansénius, soit à la phrase d’'Arnauld sur la chute de saint Pierre V. à ce suje notre tome {II, ch. I et IT.
infidèles (2), voire même, si l’on veut, un pouvoir suffisant quantum ad sufficientiam operativæ virtutis (3).
Mais ont-ils toujours pour cela, ou avec cela, un secours leur permettant de bien vivre effectivement, soit en évitant le péché, soit en accomplissant de bonnes œuvres ? Ont-ils toujours une grâce actuelle suffisante ?
Ici encore, c’est par des faits qu’il faut répondre. El la tradition nous en rapporte plusieurs d’où il ressort que la Grâce délaisse les plus grands saints, et que, selon le proverbe espagnol : Quando Dios no quiere, el Santo no puede (4).
Bien instructif est à ce sujet l'exemple de saint Pierre (5). Saint Pierre, malgré les ardentes protestations qu'il venait de faire à Jésus, et conformément à l'avertissement que Jésus lui avait donné, Von potes me modo sequi, n’a pas eu, le moment arrivé, le courage de confesser son Maître (6). Il l'a renié par trois fois. Et si nous cherchons d'où a pu venir, chez un tel homme, une chute si lamentable, les Pères nous apprennent tout d'une voix (5), avec saint Jean Chrysostome, « que cette chute ne lui arriva point pour avoir été froid envers Jésus-Christ, mais parce que la Grâce lui manqua (8) ». « Que dites-vous, Pierre? Le Fils de Dieu vous assuran, que vous ne pouvez pas encore le suivre, vous dites, au contraire, que vous le pouvez. Vous connaîtrez par expérience que l'amour que vous avez pour lui n’est rien sans la Grâce. C’est pourquoi il est certain que Jésus permit cette chute pour l'utilité même
(2) V. t. XVII, p. 545; t. XIX, p. 263; t. XX, p. 41,1 ÀX, p. 168 et p. 213-214, p. 252, 253, ele. V. aussi t. XX, p. 691, p. 702 et suiv.; t. XX, p. 142, et d'une manière générale tous les écrits composés pour la défense de la 2 Lett, à un Duc et Pair. Cf., également t. I, p. 194%, et PascaL., fragments sur la Possibilité des commandements de Dieu, in éd. Brunschvicg-Gazier, L. XI, p.258 etsuiv.; et Défense de la Constitution d'Innocent X (par Lalane et Arnauld).
(3) V. tous les ouvrages eilés à la note précédente (sauf l'Apologie pour les Saints Pères). Cf. sur ce point les ch. 1 et IT de notre tome II]; l'opinion d'Arnauld touchant la grâce suffisante des justes sera confrontée avec l'opinion de Jansénius et celle des thomistes.— (4) « Quand Dieu ne veut, le Saint ne peut. » (T. XIX, p. 567.) — (5) V. sur la chute de saint Pierre : & XIX, p. 527599; 533534, et tous les écrits composés pour la défense de cette »° Lettre. V. particulièrement t. XIX, p. 637-645.
(6) V.t NEX, p. 527. — (7) V. sur cet accord de la Tradition quant aux causes de la chute de saint Pierre : t. NIX, p. 581 et suiv.: tt. XIX, p. 637-645 ; t. XIX, p. 669-670 et p. 676 et suiv.- (8) Sr Carys., |Hom. 7», in Joan, cité in t. XIX, p. 533, etc. Ù
de Pierre : car cet apôtre résistant aux paroles de son Maître par un excès de chaleur, le Fils de Dieu ne le poussa pas à le renoncer, mais l'abandonna et le laissa à lui-même. afin qu'il reconnût sa faiblesse (9). » Saint Augustin dit, dans le même sens, que saint Pierre « suivit le Seigneur qui allait souffrir la mort, mais qu'alors il ne le put suivre en souffrant la mort; qu'il avait promis de mourir pour lui, et qu'il ne put même mourir avec lui, parce qu’il avait plus entrepris que ses forces ne pouvaient, et qu’il avait plus promis qu’il ne pouvait accomplir » ; «qu’il n'aurait pas renoncé Jésus-Christ si Jésus- Christ ne l’eùt pas abandonné pour un temps, et qu'il n'eût pas pleuré sa faute si Jésus-Christ ne l’eût regardé » : et enfin « que l’homme sans la grâce de Dieu est ce que fut saint Pierre lorsqu'il renonça Jésus-Christ, et que c’est pour cette raison que le Sauveur abandonna saint Pierre pour un peu de temps, afin que tous les hommes pussent reconnaître, par son exemple, qu'ils ne peuvent rien sans la grâce de Dieu (10). Laissons de côté, pour le moment, les causes qui ont justifié ce délaissement de la part de Dieu (11) : le fait certain, pour qui se fie à l'Ecriture interprétée par les Pères, est que nous avons en la personne de saint Pierre un juste à qui la Grâce a manqué dans une occasion où il en avait sûrement besoin pour ne point pécher (12).
Et ce fait n’est que l'illustration d’une vérité définie par les Conciles et fondée sur les premières notions de la piété chrétienne.
Qu'est-ce, après tout, que ne point pécher, pour un homme déjà justifié, sinon persévérer dans la justice ? Or, sur ce chapitre de la persévérance, le Concile de Trente définit d'un côté que, pour persévérer dans la justice, le juste a besoin d’un secours spécial de Dieu : Si quis dixerit justificatum vel sine
: (9) Hom. 72 in Joan, cité ibid, p. 534. V. d'autres passages semblables de Saint Chrysostome, ibid., p. 533-534, etc. — (10) AUG., Serm. 106, De Diversis, cap. 1; Hom.4; Serm. 124, De Temp. in t. XIX, p. 528-529 ; v..4. XIX, p. 581 et suiv., etc.
. (1) Arnauld n’a jamais nié, quoi que lui aient reproché ses adversaires et ses censeurs de la Sorbonne (entre autres le P. Nicolaï), que « cet abandonnement de Dieu » n'ait été mérité par un péché précédent. V. notamment t. XIX, p. 583 et suiv. ; 1. XIX, p.687; t. XX, p.66et
suiv.t. XX, p. 134. Cf. notre tome LE chan) PNA TE XXX, p. 534: t.-IX, etc. E
PANTIER
speciali auxilio Dei in acceptà justiliâ perseverare posse, vel cum eà non posse, A. S. (13); de l’autre, que ce secours est tel que nul ne peut se promettre certainement de l'avoir. St quis magnum llud usque in finem perseverantiæ donum se certo habiturum absolutä et infaillibili certitudine dixerit, nisi hoc ex speciali\revelatione didicerit, À. S. (14). N'est-ce pas dire aussi clairement que possible que ce grand don de persévérance, indispensable pour le salut, n'est pas fait à tous les justes : puisque aucun juste ne peut se tenir assuré de Le recevoir de Dicu, tandis qu'il n'est point de juste qui ne s’en dût tenir assuré, s’il leur était proposé universellement et sans exception (15) ?
Les anathèmes du Concile de Trente, formulés contre les erreurs protestantes de l'assurance du salut et de l'inadmissibilité de la justice, se trouvent donc, comme il arrive, condamner non moins fortement la grâce générale molinienne.
Qui en douterait n'aurait qu'à se rappeler les deux grandes considérations que fe Concile oppose aux hérétiques : celle de l’'humulité chrétienne et celle de la prière {[16).
L'humilité sainte, en quoi consiste tout l'esprit de l'Évangile (17), le pape saint Léon nous en montre la source, lorsqu'il nous enseigne : « Après ce que le Sauveur dit à ses disciples, sans moi vous ne pouvez rien faire, el après l'avis que saint Paul donne aux fidèles de trapailler à leur salut avec crainte et tremblement, parce que c'est lui qui produit en nous la volonté et l'action selon qu'il lui plaît, les saints ont toujours sujet de craindre, de peur qué s'étant élevés à cause de leurs actions de piété, ils ne soient abandonnés du secours de la Grâce et ne demeurent dans l'infirmité de la Nature (18). » Oui, il faut opérer notre salut avec crainte et tremblement (19).
(13) Concil. Trid., Sess. VI, can. 22.
(14) Sess. VI, can 16. Cf. Sess. VI, cap. 13. — (15) V. t. XIX, p. 578-579. Cf. t. XXIX, p. 247-248"; t. XX VII, p. 466; t. VII, p. 448. — (16) V. Concil. Trid., Sess. V1, cap. 13, De perseverantiæ munere: Verumtamen qui se existinant stare, videant ne cadänt (1, Cor., X, 12) et cum timore ac tremore salutem suam operentur (Philip., NI, 19) in laboribus, in vigiliis, in orationibus, et oblalionibus, in jejuniis el castitate….
(7) V.t. XIX, p. 566. — (18) Léo., Serm. 8, De Epiph., cité in t. XIX, p. 528. Cf. t. XIX, p. 597. Cf. les citations de saint Augustin, én t. XIX p. 566 et suiv. — (19) Sur le rôle de la crainte et de l'espérance dans la morale chrétienne. V. notre 2° partie, ch. I.
Mais comment garderons-nous cette crainte, si nous sommes persuadés que l'assistance divine, par laquelle nous est donnée la force d'accomplir les œuvres méritoires du salut, ne nous manquera jamais et ne saurait nous manquer ? De quoi tremblerons-nous si nous avons l'assurance que la grâce de Dieu, sans laquelle nous ne pouvons rien, ne nous manque jamais et ne saurait nous manquer (20)?
Il ne fait donc qu'insinuer dans les cœurs une présomption pernicieuse, et substituer à l'espérance chrétienne le poison d'une fausse sécurité, ceux qui prêchent une grâce suffisante universelle.
Et du même coup ils éteignent la prière (21), qui est le vrai moyen de n'être point abandonné par la Grâce.
La prière de l'Église : c'est à elle que saint Augustin se réfère sans cesse, comme enfermant le témoignage vivant de ce que croit l'Église au sujet de ce secours surnaturel qu'elle implore. C'est à elle que les Saints Pères ont soin de nous renvoyer, pour nous apprendre à reconnaître sincèrement que nous n'avons aucun bien dont nous ne soyons redevables à la miséricorde divine (22). Suivant le mot du pape saint Célestin : Leg'em credendi lex statuai supplicandi (23).
(20) V. t. XIX, p. 566-567. Cf. t. XVII, p. 223-296. — (or) L'expression de saint Augustin : V. t. XVI, p. 272 et t. XVII, p. 225, ete.
(22) Sur l'argument qu'on peut tirer des prières de l'Eglise à l'encontre de la conception moliniste. V.t. XVI, P-115, p. 267-290, p. 287, etc.;t. XVII, p- 224 etsuiv.; t. XVIII, p. 799 et suiv.; 826 et suiv. ; t. XX, p- 203 et suiv. Arnauld a souvent insisté sur cette idée que les pensées exprimées par les théologiens dans leurs livres diffèrent souvent de celles dont sont inspirées pratiquement leurs prières. V. t. XXXIX, p. 204. Il cite une prière par laquelle un auteur moliniste (le Dr Claude Morel) demande à Dieu dans l'avant-propos de son ouvrage (Les véritables sentiments de saint Augustin touchant la Grâce) de vouloir bien répandre dans l'esprit de ses lecteurs la lumière, faute de laquelle son livre demeurerail sans fruit; etil remarque que l’auteur a tout naturellement emprunté le langage ordinaire de la piété chrétienne, sans s'apercevoir que ce langage contenait en quelques mots la réfutation de tout son ouvrage (t. XVIII, p. 828) : Tant « il est difficile de ne pas oublier qu'on est moliniste lorsqu'on se souvient qu’on est chrétien, et de parler à Dieu un autre langage que le langage de la Grâce » (Jbid., p. 88). De même Arnauld remarque à propos de Malebranche : « On a peine à concevoir que, si vous avez de tels sentiments en faisant des livres, vous les ayez au pied de votre Crucifix : car il arrive assez souvent que le cœur désavoue au prie-Dieu ce que la main écrit dans le cabinet. » (T. XXXIX, p. 119.) |
(23) V. aussi : Trad. de l'Égl. Rom. t. I, P. 242: « Il n'y a point de
Or, que lisons-nous dans les prières de l'Église ?
Nous y lisons que, — contrairement à l'esprit de la religion et de la philosophie payennes, selon lequel nous devons demander à Dieu la bonne fortune, et nous donner à nousmêmes la sagesse et la vertu (24),
Sed satis est orare Jovem, qui donat et aufert, Det vitam, det opes : æquum mi animum ipse parabo (25),
— l'Église, et le chrétien avec elle, demande à Dieu, non pas les biens de ce monde, mais la Grâce, c'est-à-dire le secours nécessaire pour être en état d'accomplir les commandements et de vivre saintement. C'est cetie grâce que nous demandons, suivant les formules de la liturgie, pour les juifs, pour les infidèles, pour les pécheurs, et que tous, même les plus justes d’entre nous, nous demandons aussi pour nous-mêmes, puisqu'il n'est point de juste à qui Dieu n'ait commandé de dire chaque jour : « Ne nous induisez point en tentation », ce qui, d’après saint Augustin et saint Cyprien, revient à demander à Dieu la force de ne point tomber dans le péché (26).
Mais, remarque encore saint Augustin, — et le plus simple bon sens nous contraint de le reconnaître, — si nous deman : dons cette force, c'est que nous ne l'avons pas : Von enim petimus nisi quo destituimur (27). Il serait trop ridicule, et même trop injurieux à Dieu d'implorer de lui ce que nous aurions déjà sous la main (28). Et dans la pratique, il importe très peu que la force de bien agir nous soit présente en vertu de notre nature, comme le pensaient les pélagiens, ou en vertu d'un don surnaturel qui accompagne inséparablement notre
partie de la Tradition plus entière, plus universelle, plus certaine et plus généralement reçue de tout le monde, que les prières solennelles de l'Eglise, surtout ces prières qui, étant en usage dans toute l'Eglise universelle avant qu'aucun Concile en eût rien ordonné, ont été regardées dès le v° siècle par les papes et par l'Eglise romaine comme un dépôt apostolique. » On sait que la prière de l'Eglise fournissait aussi à Bossuet son argument favori dans la Déf. de la Trad. et des Saints Pères. (V. notre tome III, chap. I.)
(24) Crc. De natura Deorum, Lib. IT. — (25) Horat. Ep. ad Lollium, cité in t. XVIL; V. p. 327; t. XVIIL, p. 871-872 ; +. X, p. 476, ete. — (26) V. t. XVII, p. 224-225. Cf. Auc., De Dono Persev., cap. 6 et 7. — (27) AuG., in t. XX, p. 289. — (28) Auc., De Nat. et Grat., cap. 18, cap. 53; De Dono Persev., cap. 2; Ep. 194 (alias 105), in t. XVI, p. 224; V. t. XX, p. 203-205, etc. Cf. JANSEN., lib. III, De Grat. Christ. cap. 3 et 14.
nature, comme le pensent les molinistes. Dès 1ors que cette force nous est présente, nous n'avons pas à la demander : St adest possibilitas, ut quid rogant (29) ? Si une tois justifies, — et le même raisonnement vaut à fortiori pour l’homme avant sa justification, — nous avons toujours à notre disposition une aide plus que suffisante pour résister à n'importe quelle tentation et accomplir n'importe quelle bonne œuvre, nous n'avons point à nous adresser à Dieu en qualité de mendiants, mais seulement à le remercier et à nous féliciter, à l'exemple du pharisien de l'Évangile, des dons naturels et surnalurels dont nous jouissons (30). Quant aux prières que nous avons accoutume de faire pour la conversion ou la persévérance des autres hommes, en vérité elles se trompent d'adresse : ce n’est pas Dieu qu'il faut supplier de toucher le cœur des hommes en leur envoyant sa Grâce, puisque cette Grâce, il ne cesse jamais de la répandre sur eux surabondamment; ce sont les hommes mêmes, justes ou pécheurs, qu'il faut exhorter à consentir à l'invitation divine (3.
Que si, au contraire, la prière que nous offrons à Dieu n’est pas chose dérisoire et superflue, nec superflua nec zmpudens Dornino immolatur oratio (32), si elle est indispensable, et si elle nous est commandée par Dieu lui-même, ainsi que le rappelle, après saint Augustin, le Concile de Trente : Deus Jubendo monet et facere quod possis, et petere quod non possis (33), c'est que l'objet de notre prière, petere quod non possis, n'est pas à notre disposition (34): partant, que le pousoir effectif de bien vivre, et donc aussi la grâce qui nous le coufère, ne nous est pas toujours donnée.
(29) AuG., De Nat. et Grat., cap. 53: V.t. XX," p: 204.
(30) V. t. XVII, p. 224-295 : t. XVI, P. 271-292. — (31) C'est l'argument dont se sert la Faculté de Douai dans sa célèbre Censure (prop. 12). V.t. XVI, p. 281. V. aussi t. XVIII, p. 827-898.
(32) V. t XVI, p. 115. — (33) Concil. Trid., Sess. VI, cap. IL. V. t. XVII, p. 223-294; t. XX, p. 04. Le passage de saint Augustin est tiré de De Nat. et Grat., cap. 43. Cf. cap. 49, et de De Grat. et lib. arb., cap. 16, ete, — (34) ÆEcclesiam in suis precibus id tantum petere quod non possit,
t. XX, p. 203 (c'est le titre du chap. X de la 1° partie de la Dissert. quadrip.).