‹ La Doctrine De La GraceChapitre 43 sur 53 · KES · texte numérisé non relu

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D'une part, en effet, il est très fermement persuadé que ce qui met de la différence entre les hommes au regard de la Grâce n’est point dans les hommes, mais en Dieu, et que le libre arbitre ne saurait d'aucune manière mériter ni attirer la miséricorde divine (2). S'il relève ce qu'ont de plausible en apparence les discours de Pélage, au regard d’une raison « naturellement pélagienne », c'est pour en faire ressortir l'erreur et l'hérésie foncière (3). De vouloir prendre des élus eux-mêmes le motif qui « détermine Dieu à les prédestiner ou à former les décrets qui renferment leur prédestination », cela lui paraît « impertinent en tous sens (4)».

Mais, d'autre part, il n’est pas moins persuadé que le choix des élus doit avoir un motif, faute du quel la volonté de Dieu, qui les choisit, ne pourrait être dite « sage » (5). « Je ne dis point que tel est choisi et tel abandonné, simplement et précisément parce que Dieu le veut : car je crains de faire Dieu semblable à un homme qui se conduit par caprice (6). » Les desseins de Dieu sont nécessairement « éclairés » : si donc il veut sauver « tels ou tels plutôt que les autres », il faut « qu’il découvre », non pas « en eux », mais en « lui-même », « quelques raisons pour cela (9) ».

Indiquer ces raisons, ou du moins en faire apercevoir le fondement, c'est l'ambition de ce Système de la Nature et de la Grâce dont l’auteur, parlant, comme il s’en vante, « en théologien raisonnable (8) », applique à l’ordre de la Grâce les prin-

(2) Zbid., p. 496 et suiv.— (3) Ibid., p. 479-480. — (4) IT: Eclaircissement sur le Traité de la Nat. et de la Gr., n° 24, cité ibid., p: 507 et p. 457. — (5) V. IT: Eclaircissement, n°° 25 et 26; t. XXXIX, p. 489 et suiv.; p. 539 et suiv., etc.

(6) IEI° Eclaireissement, n° 26, in t. XXXIX, p. 539. — (7) IIT° Ecl., n° 24; Cf. I° Disc., n° 57 (addition) ; t. XXXIX, P. 457.

(8) Arnauld, dans la Préface du liv. I des Réf. phil. et théol., avait dit que Malebranche parlait tantôt « en théologien », tantôt « en philosophe ». Malebranche proteste contre cette prétention de lui faire faire «deux personnages séparés, celui de philosophe et celui de théologien » : « Je suis fait comme les autres. Tous les théologiens sont en même temps philosophes aussi bien que moi. Ils se servent tous des principes que la raison fournit, lorsqu'ils les trouvent propres pour expliquer et prouver les vérités que la Foi nous enseigne. Je parle toujours, ou je prétends parler, en théologien raisonnable. » (Recueil de toutes les réponses à Arnauld., t. III p. 16.) Sur l'opposition de cette conception de la théologie (dont Bossuet disait qu’elle marquait un retour à la Scolastique) avec la conception d’Arnauld, V. notre Je tome, ch. III.

cipes par lesquels il croit avoir rendu compte du gouvernement divin dans l’ordre de la nature (9).

Le grand principe que le P. Malebranche invoque à chaque page (10) est celui de la simplicité, ou ce qui, pour lui, a le même sens, de la généralité des voies divines (11).

Dieu, seul Créateur, est aussi seul agent véritable (12). Mais, étant infiniment sage, il ne peut agir que par des volontés générales, dont l’efiicace est déterminée à tel ou tel effet particulier par quelque créature établie cause occasionnelle (13). Le rapport d’une volonté générale de Dieu à une cause occasionnelle, rapport en vertu duquel l'effet se produit toujours et

(9) V:Traitémde-la Nat. “et. de la Gr. Disc. 1, n%36; v.… aussi n°255 (addition). Cf. t. XXXIX, p. 174. Arnauld remarque à ce sujet : « L'ordre de la Grâce est si différent de celui de la Nature que, quand Dieu agirait dans ce dernier comme il (le P. Malebranche) se l'est persuadé, il n’y aurait aucune raison de prétendre qu'il dût agir de la même sorte dans l’ordre de la Grâce. » (Jbid.)

(10) V. t. XXXIX, p. 195, p. 215, etc. Cf. t. I, p. 45. — (rx) V. t. XXXIX,

: (13) C'est là une des thèses fondamentales de Malebranche : Le traité de la Nature et de la Grâce la suppose établie. Malebranche a fait remarquer d’ailleurs que ses considérations touchant la simplicité et la généralité des voies divines conservent toute leur valeur même dans l'hypothèse qui attribue quelque « force ou puissance véritable » aux créatures : il suffit que (comme tous les théologiens en conviennent) nulle créature ne puisse agir sans le concours divin. V. Traité contre la Prévention, Abrégé du Syst. de la Nat. et de la Gr., art. 6, in tecueil t. IV, p. 267 et suiv.

(13) V. Traité, Disc. I, n° 22 : « La cause générale ne doit point produire son ouvrage par des volontés particulières. » Cf. Dise. I, n° 5; t. XXXIX, p.194, 175, p: 215; etc. Ve aussi DU 178,199, 1p: 183-184, 4etc: Cf. Disc. I, n° 29 : « Dieu n’agit point par des volontés particulières, comme les causes particulières. ». — On sait que pour Malebranche les miracles de l’Ancienne Loi, notamment, peuvent être attribués à des lois générales, quoique d’un autre ordre que les lois ordinaires de la nalure : ils procèdent en effet de volontés générales de Dieu, dont les causes occasionnelles ont été les volontés des anges. (V. Traité de la Nat. et de la Gr., IV° Éclaircissement, et la Dissert. d'Arnauld,touchant les miracles de l’Ancienne Loi, t. XXX VIII.) Par ailleurs, Malebranche admet que certains miracles ont pu être faits, en dehors de toute loi générale, quoique conformément à la plus générale de toutes les lois,

qui est l’ordre. Dieu agit par des volontés particulières « quand l’ordre le veut ». Malebranche admet aussi que la création des corps organisés, plantes et animaux, suppose de la part de Dieu« des

volontés particulières ». V. sur tout cela notre t. I, ch. IV. Cf., Traité de la Nat. et de la Gr., Disc. II, n° 1; Médit. Chrét., VII 15, et t. XXXIX, p. 252-253, p. 292, etc.

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