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LE SUCCÈS DE MALIIERUE

ces détails seuls qu'il résiste. Quoi qu'il n'ose guère « mettre son opinion en parallèle avec celle d'un si grand homme », il trouve qu'on excède la mesure, qu'on va mettre « des gesnes à notre poésie », que les grands genres doivent èlre affranchis des petites règles, une grande pièce ne pouvant pas « estre polie comme une ode. » (1) ILyQ^^^'^^iL^'^jl^-o^l^iLJiL4£gigJJL<^^ chose significative, le genre où il travaille, la pastorale. (2) C'est à ces résistances sans doujejgjie Malherbe fai^^^^ cit(''.

Il devinait à certaines objections, peut-être même à des soumissions faites par respect plus que par conviction, que son meilleur disciple ne resterait pas toujours sous le joug. Et, lui qui n'admettait pas de demi-adhésions, s'en irritait, parlait de schisme et d'hérésie.

Les mots sont beaucoup trop gros et il fajjt en rabattre. Si le prédécesseur de La Fontaine montre par endroits quelgups vplléilés d'indépendance, il n'en est pas moins l'admirateur fanatique, naïf, de Malherbe. On en p eu t j uger par les Mémoires qu'il a laissés e t que nous avons^ités si souvent ; il admet tout dans son héros. jusqu'aux défauts IcsjdIus marqués ; il raconte avec complaisamieses saillies, sans jamais un mot de blâme pour ses rudesses et ses grossièretés, ni une ironie pour ses vantardises. Il aime sa personne morale et sa personne physique, le produit de ses sueurs el ses sueurs même, qui « avaient quelque chose d'agréable comme celles d'Alexandre. »

Dans ses Lettres, il a jugé le poète avec le môme-^litbD-Usiasme. Il sait par cœur ses chefs-d'œuvre, (3) qu'on doit posséder comme ceux de Virgile et d'Homère. (4) Mallierbe est pour lui «. l'Oracle, dont le jugement est si généralement approuvé, que ce seroit renoncer au sens commun que d'avoir des opinions contraires aux siennes. »(.'))

En vain la cour le raille et l'appelle le page de Malherbe. Au

(1) Racan, Œux\ h 353; I, 15.

(2) Id. ib. 356.

(3) Let. àChap.Œuv. I, 331.

{i)Ib. 330.

(5) Let. à Malh. Ib. l 14.

Li;S l'AUlISANS l)i; .MALllF.KHK ."71

risque do paraître « plus àsa suile qu'à celle du roi >- ' I , il lui rappoilc avec une humilité peu couyiiuue loul ce qu'il lail. et tout ce qu'il a de science el de talent. (2i.

Malgré les réserves que nous avons dû faircct (ju'il m* faudrait pas exagérer, sons peine de sacrifier la vérité à la nouveauté, Uacan est donc bien l'écolier de Malherbe et un écolier (pii, nT'mc après la nioi't de son maître, ne s'est jamais émaucipt'.

C'était quelque chose de nouveau dans rhistoire littérain- (pie cette institution d'une école de poésie. Honsard et ses amis avaiful écliangé des flatteries et des conseils, Desportes aussi avait reru des vers, les avait jugés. (3) Aucun d'eux n'avait^ ji pro^'meut parler, formé de disciples, à plus forte raison d'élèves.

Malherbe, lui, enseignait, et^ceja d'une façon régulière. qu(jtidicnne (4), positive aussi et pratique.

An lieu de jeter à peine les yeux sur ce qu'on lui soumettait, comme Desportes, il l'étudiait, le raturait, le corrigeait, montrant la méthode pour bien faire. (5).

Et cette méthbrtë'eîart^ après tout, bien aisée à pénétrer, étant d'abord bien fixée, et aussi, en dernière analyse, très simple. On a pu voir dans notre exposé comment tout s'y enchaîne, comment les règles du langage prolongent, pour ainsi diie. celles du style. La classification des piots vulgaires et des mots bas n'est que la suile du chapili'e du bon goût. La chasse à l'ellipse (jui obscurcit la phrase a son point de départ dans ce précepte général qu'il faut être clair avant tout.

De sorte ({ue sans vouvoir synthétiser le système plus (ju'il ne convient et que la vérit(' ne le permet, on j)eul dire ([u il est à la

(1) Let. de l'abbé de Vill. Ib. I, LXIX.

(2) Mal h. I, LXV.

(3) On sait comment, d'après l'historiette de Talk-iuant (1,95).

(4) Tous les soirs. ditRacan(M. (Kur \, LXX).

(5) [.et. de l'abbé de Villel. Kacan Œuv. I, LX. Malherbe trouva ses premières productions (de Racan) — et elles sontde 1(505-1000 — assez bonnes pour mériter les sçavantes ratures dont sa main n'étoit pas chiche. — Ailleurs nous voyons jMalherl:e lui-même oilVir ù Peiresc de corriger son français. {Œuw III, 242, let. de 1011): il reste un exemplaire d'une harangue de du Périer fils, refaite de sa main.

o72 LE SUCCÈS ni: MAMiKimE

fois Iri'S comj)loxc' et 1res simple. Les grands préccplcs sont on petit iioml)i'e, les applications de ces préceples sont au contraire très (l(''(aill('es^ mais elles tiennent si fortement au principe, que souvent elles peuvent s'en déduire, se deviner à priori, par avance.

En outre, les cont(miporains, il ne faut pas l'oublier, n'avaient pas à apprendre lesdrlails, ils lessavaient. A quoi en effet a abouti notre étude grammulicale? précisément à montrer que Malherbe n'a fait presque partout (|uc fixer l'usage de son temps, (ju'il n'invente rien. Et il en est ainsi du reste. Toutes ses observations sur l'harmonie concourent à montrer que Desportes a péché contre les lois d'une chose que tout le monde possède : l'oreille. En somme, dans toutes ses minuties, Malherbe n'est que le défenseur des droits de l'oreille et des droits de l'usage. Comme tout homme qui se |)i(|ue d'écrire, doit posséder l'une et connaître l'autre, les exigences de la nouvelle école obligent donc, si l'on veut, le poète à un effort d'attention doublé d'un acte de soumission perpétuelle, mais nullement à un apprentissage. 11 ne reste qu'à connaître certaines i-ègles techniques de style ou deversilication,qui sont tout élémentaires et tiendraient en quelques pages.

Et le rimeur de cour qui, au lieu de s'en fier aux vieux enseignements vagues, incertains, laissant trop à faire à son initiativeJndividuelle, acceptera le nouvelévangile, peut. ei:p-érmL dûViimr un petit Malherbe. Puisqu'il ne faut ni grande érijdition.,jii inspiration d'en haut pour être même un bon poète, mais seulemenLde^.qualités d'esprit ordumjres, de la clarté, de la jnstesse, du-Iion goût avec cela le sentiment du rythme, la fréquentation de la cour, et la stricte 6t>ser\'ance des règles, il peut se flatter d'arriver un jour à faire son ode tout comme un autre, peut-être excellente avec un peu d'entrain, inattaquable en tous cas, avec beaucoup de méthode. (1)

(1) Ces raisons ont été très clairement apereues par niadenniiselle de Gournay : « Force gens affectent de l'aire des vers, et les entendemens communs trouvent ceste nouvelle méthode beaucoup plus à leur portée que l'ancienne... Ce qui grossit derechef leur troupe, c'est que comme ils ont l'assurance de condamner pour bifferie tous les F'oesmes (]ui manquent de leurs exceptions, ils concluent à l'envers de médaille, ou peu s'en faut, que

LF.s l'Ali iisvNs i»K MAi.m;iiiti: .'i7;{

Il V a plus, il csl sùi' maiiilniaiil ([iic s;i gloire iif iiiDiirra pas a\('c lui. r.a hmguo, loujiMirs en maiclu', cl ([Ui- loiis sdiiliailajj'iil en vain airôler, se livc jvislc pour lui. un peu par lui. La It'ulalii*-»' (|iii l'invito lui montre uiio coiii'onii'.' (riiuuKU'Icllcs. r.uniiucnl ne la prélV>riM'ai(-il pas à la luiisc luiulaiiic. il('(laiij;iit'U<(' cl Iniijitnrs voilée (les [)c(lauls ?

On alla donc on foule vers le nouveau maître. ■■ cliaeuii, suivant la conslatalion faite par Guère! , voulant être j)oele cl le devonir sans peine », (1) non pas qu'il faille entendre pai- là que son école grossit d'un coup. La chambre était tro|i petite pour contenir tant de monde, cl Malhcrlic ('dail trop l)rus([uc |((jur enrc'giincnlcr indi>^tinclement ceux qui venaient s'enrôler.

J'imagine que. quand on lui ofTrait des vers, s'ils n'étaient pas bons, il rabrouait vertement l'auteur, sans prendre la peine de le remercier; ces algarades laissaient des rancunes, aussi complel-on relativement peu d'adhésions formelles, |)arnii tant de versificateurs. (2) Desportes, plus liant, reçut beaucoufi jdusde mar(|ues de déférence. Rares au contraire sont ceux qui osent signer comme Saint-Sixt, « disciple de Malherbe. » C'est sans le dire, le plus souvent, qu'on essaie de se mettre à sa mode et d'imilcr ses procc'di'-s.

Toutefois, la publication de l'art poétique deDeimier n'esf-elle pas une preuve signilicative de révolution qui se fait dans les iroùls'î*

tons ceux qui les ont ol)servéc.s sont Ijons, sans esplucher le reste. Et i»artant cette observation estant en leurs mains la couronne de Poésie s'y trouve tousjours infailliblement aussi... Outre que tout le monde est capable de gouster et de louer leur Poésie familière, suiVragante et précaire : et fort peu de gens le sont d'en faire autant de ceste auti(iue t*oesie, spéculative, haute, impérieuse : mon second père adjousteroit. céleste et divine. » [Oinb., 437.)

(1) La guerre des auteurs anc. et mod. l*aris, 1U71.

(2) Chapelain, d'Urfé, Crosilles avaient été ainsi brutalisés. (Voir plus haut.)

.)7i LE SVC.C.KS Dli MALlIi:iUll';

Ce n'est pas la doctrine toute pure de .Malherbe, nous ne sommes alors qu'en IGIO, et il faut supposer l'ouvrage commencé au moins en 1608, c'est-à-dire trois ans seulement après l'arrivée de Malherbe à Paris.

Néanmoins que de règles et de préceptes qui se confondent avec ceux de Malherbe ! Les rapprochements que nous avons faits si souvent entre les deux doctrines portent non seulement sur des détails, mais sur de larges et vastes théories. C'est chez l'un et chez l'autre la môme manière d'entendre la langue, le style poétique et la poésie môme.

Nous avons trop souvent parlé de Deimier pour ne pas nous arrêter un iiislant et ne pas nous demander si vraiment son œuvre appartient à l'école de Malherbe et dans quelle mesure. (1)

(1) V. sur lui les Biographies universelles (Michaud et Didot) Goujet, Bibl. III, 399 ; Achard, Les Hommes illustres de la Provence art. Deimier; Barjavel. Dici... du Voucluse (Carpentras, 1842) qui copie Micliaud.

Le livre de Deimier est intitulé « L'Académie de l'art poétique où par amples (trop amples !) raisons, démonstrations, nouvelles recherches, examinations et authoritez d'exemples, sont vivement esclaircis et déduits les moyens par où l'on peut parvenir à la vraye et parfaicte connoissance de la Poësie françoise, . . . Œuvre non moins exacte et requise pour les reigles et observations du bien dire, comme pour l'intelligence de l'Art Poétique François. Dédié à la Royne Marguerite, il a paru à Paris, chez J. de Bordeaulx, rue Saint- Jean de Beauvais, en 1610. Les approbations des docteurs Arn. Jourdain de Cyvaud et Jean Journée sont du 14 oct. 1609 ; le privilège, signé Brigard, du 20 octobre de la même année.

L'ouvrage est divisé en XVII chapitres (592 p.). Il contient en outre une Lettre à la royne Marguerite, une ode à Sa Majesté, une préface, une table, quelques pièces de vers françaises et latines de poètes amis, enfin des vers de Deimier lui-même, stances et sonnets.

Ce n'est pas, tant s'en faut, le premier ouvrage de l'auteur. Né en 15T0 à Avignon, Pierre de Deimier avait déjà publié 1° ses Premières œuvres Lyon, 1600 in-12; 2" V Austriade poème en deux chant?, Lyon, 1601 in-12 : 3° Les Illustres Aventures, Ib. 1603 in-12 4* La Nàrèide ou Victoire navale (dont le sujet est la bataille de Lèpante) (Paris, 1605, in-12) ; 5 chants seulement ont paru. 5- Les Histoires des amoureuses destinées de Lyrimond et de Clitie, Paris, 1608 in-12 ; 6" Le printemps des Lettres amoureuses, Paris, 1608.

En 1610 il ajouta à cette liste déjà longue Ln royale liberté de Marseille 1616 in-8) dont le sujet est la relation de la réduction de Marseille par

Li:S l'AUTISANS Di: .MALIIKIIIIK ."i"."

D'abord a-l-il élô en relalioiis avec Malhcrlx'? Pas un mol dans les (Buvrcs tic l'un ou do l'autre no pcinK'! dr raflirnici-. Il c^t Idcn dilticile pourtaat de supposer le coiilrairr.

Avignon n'est guère qu'à 2."; ou ;{0 lieues dAi\. l'A deux poètes qui écrivent en même temps à cette dislance ne pfuvrenl gu^n* s'ignorer, ce serait chose difficile à admellre.

Du reste, nous avons mieux ici que îles raisoniiemenls géin'ranx. Deiinier a connu les amis de Malherbe, les membres du grou|)e de hellaud : c'est d'abord HulTy, qui met « un lleur(»n " en tête des Illustres Aventures, ei qui écrit aussi des vers pour l'édition dcBeilaud. (I) En échange l\ Paul a reçu de lui un sonnet provençal. (2)

D'Escallis, du Périer ont également aposlillé VAustriaflr, (3) et on sait quelles relations étroites les attachaient à Malherbe. L'un d'eux était même parent de sa femme.

Est-il possible dès lors de croire qu'ils ne se sont ni vus ni connus, pendant une longue période de dix ans où ils vivent si près l'un de l'autre? Evidemment non.

On voit l'hypothèse séduisante qui se présente immédiatement à l'esprit. Le jeune poète d'Avignon aurait écouté avec ravissement les grandes strophes de son voisin d'Aix, aurait commencé là-bas à s'exercer au métier, puis, vers IGOG, l'aurait rejoint à Paris, se serait fait son écolier de iGOli à 1008, (4) et alors, avec l'ardeur qui semble avoir été en lui. aui"ait rédigé en hàle le manifeste de la nouvelle école.

Libertat, en 159û. On trouve en outre des vers de lui dans les Recueils, particulièrement dans les « Muses françaises ralliées » de d'Espinelle (IGOO). Les biographes nous disent qu'il vint à la cour 50us la protection du brave Crillon. son compatriote, il est difiicile de préciser à quelle époque, sans doute à peu près en même temp.s que Malherbe. Les Illustres Aventures (1603) étaient encore adressées à Biaise de Capisucco, légat du Pape. Le PriiUevipsdes lettres (1608) est dédié à Marguerite. Le changegement de protecteur correspond sans doute à un changement de résidence.

(1) V. Bellaud, Obros, p. 32 et 41.

[2) Prem. Œi'.v . 163

(3)11 faut ajouter (jue tous deux sont en relations avec Crillen ';Malli. IV, 84.)

(4) VAcadèmie fait allusion à une pièce de Malherbe parue en 1607, elle est donc terminre, peut-être même entreprise après cette date (V. p. 198).

■i7l) T.E SL'CCKS Dl'i maliii'uhk

Ainsi, vraisenil)lal)l(' loiil daboi'd, cctle reconslruclion des faits soiil^vii de «graves, poui' ne pas dii'e d'iiisulubles objoclions.

D'al)ord. pourquoi les amis de Mallici'hc ont-ils négligé df comj)ler Deimieraii nombre des écoliers du maître?

L'auraient-ils fait par dédain? Mais. mnl<;r(' la prolixitc' de son style, Deimier est l'égal d'un Tonvant on d'nn (^)iomby. 11 a du jugement, parfois de l'imagination, du tour et de la correction. Sa noblesse enfin (et l'argument n'est pas sans valeur à cette époque) en valait une autre. Il n'a nullement passé inaperçu.

Puis, comment lui-même se serait-il fait complice de ce silence? Il cite Malberbe avec inditTérenco, sans dire de lui ce qu'il pense; (1j il lui accorde un mot d'admiration, celui que lui accordent les contempoi'ains de la première époque (2) ; ailleurs, il en parle en homme mal renseigné, et loue des vers que le maître reniait (3) Ailleurs enfin, il le met auprès de Desportes. (4) Ce n'est guère là le langage d'un disciple.

On peut aller du reste plus loin en ce sens, et montrer que Deimier ignore sur bien des points les opinions de Malherbe. Nous l'avons vu plusieurs fois en contradiction avec lui.

Enfin, tout en aspirant, lui aussi, à purifier la langue et à régler la poésie, il n'a pas du tout sur ses prédécesseurs l'opinion de Malherbe.

En 160o, il imprime encore, nous l'avons dit, en l'honneur de Desportes des stances pleines de l'admiration la moins réservée, où il se déclare son élève et celui de Ronsard. Plus tard, s'il prend l'un et l'autre pour objet de ses observations, ce n'est pas « pour le plaisir ny pour la vaine gloire de montrer qu'ils avoient failly », mais seulement « pour la raison et la charité d'enseigner qu'il ne faut pas les suivre en ce qu'ils ont erré, ains au contraire dans tant de beaux et admirables traicts dont leurs œuvres sont enrichies. Il en est de

(1) V. page 97, 183, 19S, 201, 20i, 256, 380, 410, 443. (2)76. 276 et 346.

(3) Ib. 201,410.

(4) Ib. 256.

(ô) Préf. de VAcad. pass.

Ils i'\ii I is\\s i,|.; \|\i iii;iii!i: .» ( (

si viviMiiciil [)0(Mi<[ii('> i|iic l,i Iccliii'c tricnilx " |iimiI Liirt- <|»'\fiiii bon poôh; un csjiril ([iii aiiioil (|ii('l([ih' iialmcl ilt; r«'>lr(>. » [j

Aussi sVxcuso-l-il de coiiln'diic « ses Ixins uiaislrt's, ces divins Foclos, Honsaid. l)t'S|»()rl('s, (laniicr ••! du IJailas, » (2) <• Je l<'> prise lanl, ajouli'-t-il, qiM'j*' ne si-auiois diMm-urcr une scpinuiiu.' de séjour (Ml uu lieu saus a\(»ir leurs œuvres auprès di; luoy, cl ainsi c'est mou train iudivisil)le, et mes c<)mj)ai|;uous très aime/ et inse- [tarables, les Livi'es dllituu're, de Vir,i;ile, d'Ovide, de l'elrai(pie. de lAriosIe, de Ilousard, de (laruier, di' du llaila> el de I )e'>|iiirles. (-e sont les neuf Muses qui m'acctuupaL^ueul par tout et uu auli'i' bon Demou qui m'assiste el me récrée incessamment, [.i)

Nous voilà loin, on le voit, des dédaigneux et des proscripleurs.

Pour aller plus loin encore, jus([u'à des di-lails (•nractt''risliques. ne trouve-ton pas dsLns VAcadf'mif des éloges adressés aux vers même que Malherbe condamne? Ainsi, le début d'Angélique est « conçeu, suivant Deimier, de la fureur d'Apollon,» alors <[ue Malherbe le rature, demande à le comprendre, en alteudant (ju'il st'-crie : « Si jamais (juchjuc chose a été sans jugement, c'est ceci. » (4)

Que faut-il donc supposer en présence de ces divergences?

Je ne vois que deux solutions. Ou bien Deimier se sérail l'-ludié à cacher les emprunts faits à Malherbe, eu alVeelanl ([uelques idt'cs originales, enfaisant (ju(d([ues ccmcessions à l'ancienne école. Mais la chose est bien invraisemblable. FJleeùl donm' lieu à des protestations, en tous cas à des allusions au plagiaii-e.

Ou bien Deimier, soit pour ne l'avoir pas voulu, soit pour ne l'avoir pas obtenu (.")), n'aura pas v[r reçu dans riutiuiih' du maître. 11 aura entendu seulement les échos de ses leçons id mis en formule des idées alors courantes auxquelles Malherbe prêtait son autorité. \J Académie serait aloi's non la copie. mai>^ le double du Commentaire.

(1) Acad. 71.

(2) Acad. p. 5.

'.'}) Ib. Couip. encore p. 27'.l.

\\) A'idd. p. 73. Comp. ^^alll. IV. 411. Gdmparo/. d'autres (iiverK'Miccs à propos du 0' son. de D. Il, {Ac. p. 551, M. IV. 071' du '2^^ sou. de Cléon.. UM. IV, 334).

(5) Malherbe n'a jaiuais voulu compter parun >i > .u-npir^ du .S.udiait. par exemple.

BRtNOT 37

;;7(S u: si'(;(;i:s ur. mai.iikiîhk

Coût été, à une autre éjxxjue, une l)elle conqiièle (juc celle de Deimier. Avoir son Art poétique à temps est une fortune qui n'arrive pas à toutes les écoles et dont celle de Desportes fut privée. Mais au début de ce siècle, où les cercles allaient s'ouvrir, une conversation valait mieux pour la propagande.

La mode littéraire se fait alors dans les salons. I']l Malherbe dogmatise en maître dans tous. Chez la vicomtesse d'Ochy, Charlotte (les Ui'sins, dame de ses pensées, qui reçoit Lingendes, Malleville, Touvant, il est chez lui, et peut y faire une succursale de son école.

A « l'antipathe », comme dit Chapelain, s'ouvrent les réunions de Madame des Loges. Malherbe s'est inscrit en tète de l'album de la maîtresse de lamaison, il y discute avec ceux qui se mèlentalors d'écrire. Malgré les objurgations de ^ïademoiselle de Cournay on y déterrera Honsard comme ailleurs (f).

Madame de Hambouillet, si chaste pourtant, se plaît à sa conversation, trouvant (ju'il ne dit pas un mot qui ne porte » (2) et lui ouvre toutes grandes les portes de l'Hùtel.

A la cour, où il est reçu depuis Henri IV. sa situation ne cesse de grandir (3). Bientôt il « fait la leçon aux princes et aux princesses », disant « cela est bon, cela ne l'est pas! » Cframmairien reconnu même par le roi, il peut écrire à Richelieu que « l'opinion commune donne à son esprit quelque rang parmi ceux qui nétoient pas des pires », le cai'dinal en convient, et môme en termes |)lus formels (4).

Qu'importait dès lors l'opposition de quelques vieux entêtés de la science? Les trois quarts du Parlement de Paris pouvaient tenii* pour r»<msard, l'autre quart se fut joint encore aux premiers, qu'on

(1) Voir une lettre de lui, IV. On. et de (ioiu-nay. (Jmb. 564.

(2) Segraisiana, 170.

(3) Ici il est impi)ssil)li' de citer. Qu'on se reporte au recueil de ses propres Lettres.

(4) V. Œuv. I, L ; IV, 110, I, LXXIX.

i.i:s l'Msiisws i)i: m \i.iii:niir, .■»"!>

n'en (Mil |i;is moins c. j.iil la itarid' .. à ces i"t'\ rnaiiN iraiilrd'Mio, i|ni se |K'riU('llait'iil de trouver ([iic lu |iot''>i(' se ravalail t\\ sarconiiiKclant an gontdés poiils-maîtros. La nonvcllc t'culc. Madruioisclle do (rournay le reconnaît, avait ponr elle les dames; ayaiil cela, elle avait lonl ^1)

On a dit de la lilh'Talnre française (|i!"idli' l'sl une litltTalnre essenliellement mondaine, née dn monde (d |i(^nr le monde. Si la didinition avec cette g(*néi'alil('', est nn j)eu sévère, (die s'applirjue avec jnslesse à la li tt(''ralui'c de celle <''|)0(|iic (|nl va de Mallierhe à Corneille, dile de Louis Xllï. Les ('Ciivain- ne se conleiileni |»as alors de se nuder à la société, ils la ct)m|)osenl |>re>(|ne. e[ |ien-»cnl, |>arlenf, chantent pour elle et par elle.

Malherbe, régnant snr idle, règne anssi snr en\. En 1020 j)araîl le Uecueil des pln^ heanv vt-rs de du lîray. Ils sont tous on de Mallierhe on ■• de cen\ i\\\'\\ avoiu^ pour ses écoliers ». Le libraire le dit 2, et le livre le pronve. Nous sommes loin alors du petit gronpe des premières années, formé de Racan. .Mavnard vi des ([uelqnes autres (|ne nous avons vns. ('/est nm* génération nouvelle qui se lève, rangée derrière le drapeau dn vieux maître. J'y trouve Boisrobeit, l'Estoille, Lingendes. .Mareschal, Tristan, Forget de la Picardière, de Mé/iriac, d'Urfé, Montfuron. El la collection est loin d'être complèt(> : l'n sonnet de CoUetel (3) y ajoute déjà Sainl-Aniand. il' Andignier. Cionibanld,

(1) Omb. 621.

[1] Al' 1 ''ctcvr.

|.'{) ' /.t'.<! Poi'tcfi ami^ l<i:.^">

Que Mallieilic nous charme et ravisse nos lloys.

Que Racan s'éternise éternisant leur gloiro

Que Melel sacriffie aux lliles de Menioin».

Qii'Urfé face parler les .\ntrfs et les Huis.

Que Tardant Tiiéopliilo éoliaiilTe les plus froids ;

<Jue .Ma\ naid nitrelienne ot la Seine et la I-oiri\

i)\iQ d'Auiiitiuier embrasse cl les Vers et l'Histoire ;

Que Saint Amaïui esleve et son liitli. et sa v.iix,

(Jue rKst.iile et qu'O^iier fai-ent l.riller la Muse.

Que (iarnier la conduise aux champs do Siracusi'.

Qu'Iiabert et Mallevilh- eclattent à la Cour.

Que Serisay nous montre un rayon do sa veine.

Cloris, je m'estudio à vous faire l'amour.

Et s"ils ont toit l'honneur, j'auray toute la poino.

{Purs:, div.. •.»::;{.)

580 i-K sic(;i;s ui: .maf-iikiuîr

Ilabert do Coi-isy, Mallovillc, Sorisay ; encore n'est-ce pas toiil. Il n'est question là ni clArbaud de Porchères, ni de (h'osilles. ni de Coeiïeleau, ni de Gomberville, ni de Durand, ni de Bordier, pour ne parler que des poètes. Or, tous ceux-là ont subi l'inlluence de Malherbe.

On comprend qu'il serait trop long- et hors de noire sujet de rechercher ce que chacun d'eux lui a pris. Ménage sest du reste en partie chargé de ce soin. (1)

Les uns l'ont imité avec discrétion ; d'autres, ceux que raillera Boileau, après Théophile, s'imaginaient que tout l'art consistait à le copier^ qu'on n'était poète si l'on ne savait :

Dans ses vers recousus mettre en pièces Malherbe.

De ceux là étaient les Nervèze, les Durand, les Bordier, et généralement les rimeurs de cartels ou de ballets. Pour se donner une idée de leur effronterie, on comparera la Prihe [tour le roi alhuitcR Limousin à la Prière à Dieu pour le roij en son voi/age de Normandie de Nervèze, (2) ou bien on se reportera à la Relation du ballet de Tancrède. (3) En voici quelques strophes prises au début :

Donq après un si long séjour.

Fleurs de lis, voicy le retour De vos advantures prospères, Et vous allez estre à nos yeux Fraisches comme aux yeux de nos pères, Lorsque vous tombastes des deux.

A ce coup s'en vont les destins Entre les jeux et les festins Nous faire couler nos années, Et commencer une saison Où nulles funestes journées Ne verront jamais l'orizon.

(1) V. Malh. éd.Gh. et Mén. III, 209, 240, 248, 354, 204, etc.

(2) 1617. Bib. de Lyon, Recueil vert XXXVII.

(3) Recueil des Cartels T., 6, 7 avril Uil2. Paris, Mioar.l 1612. Recueil vert, LVI.

Lr.s i'\i!iis\\> m; M M.iii.r.iii. 581

Ce n'est plus coima" MiipniMviml Que si l'Aurore en se, levant D'avanturo nous voyoit rire, On se pouvoit Wien assenrer.

Tant la lorlunc avoil (reinpirc.

Que le soir nous verroit pleurer.

0 qu'il nous etist coustO de morts, 0 fpie la [''rance eust l'ail (rctVi»rls Avant que d'avoir i)ar les armes Tant de Pi'ovinces qu'en un jour, Belle Reine, avecques vos charmes Vous nous acquérez par amour.

Il n'est pas besoin de renvover au modMe. On devine aussi où le sieur l)aron de Nangeville a pris la comjiaraisim (pii suit:

Mais MOU, Musc, c'est m'abuser J'en dois seulement accuser La vicissitude des choses, - Car à qui n'est-il tout certain Que les beautés comme les roses Se passent du soir au matin ! (\}

Le plus souvent cependant on s'elVorce, non de transposer comme ici, en mauvais vers les strophes célèbres, mais d'imiter le rylhme. riiarmonie, la correction de Malherbe. lOn ce sens, il est le modèle de Ions, même deceux qui, comme Liugendes et Hoisroberl, on! un lour d'cspiil bien éloi^'iu^ du sien, (2) même, pour bien dire, de quelqnes-ims de ses rares adversaires.

Mais il y a mieux et l'on pourrait montrer, nou plus par des rapprochements entre ses vers et ceux de ses conlempor;iins. mais |>ar des témoignages formels, qu'il a eu sur beaucoup d"en(re eux. — nous dirions sur tous — si beaucoup de lc\te> n'«'laicul pas perdus, une action très direcle. De Porchères «l'A rbaud e>l prc-qut>

(1) Les Muscs. V'ixvls, Edme Mailiii. ltJK>.

(2) Boisroberl était en relations avec lui. (V. Malli. Œw., IV. 'J\ C'était du reste son compatriote.

582 LE SUCCÈS m; MALUliRBE

;i mettre à cote'' fies Racan et des Mayiiard. ('"est non seulement un ami, mais un éli've. (1) On peut en dii'e autant de .Montfuron, de du Périei-, de Palrix; (2) d'Urfé, n()iis l'avons déjà rapporté, reeoil de lui des conseils. (^oen'clcaii. avec (|iii il es! en relations de lettres, lui demande son opinion sur les tliriicnllés de la langue, (3 1 Vangelas s'enlretienl avec lui de litléralure et de grammaire. (4)

Faret lui soumet son Histoire et ol)[ient des oncouiagements, (")) Tiombaud étiulie avec lui les amélioralions à aj)porter au rvthnic et à la syntaxe (d. (loni-art i'(HMieille ses [)r('mièies pii'ces, il eollectionneca plus tard tout ce (|iii vient du « graïul » .Mallierlx; (7). Chapelain lui présente des vers (8), ('olletet d'autres qu'il veut bien apostiller (9). Voilure lui fait montrer les siens et ainsi de suite.

Bref il est le « docteur » en langue vulgaire, l'homme qui consulte et même qui condamne sans appel. Les doctes de son temps, comme il l'a dit un jour, sont contents de l'élire pour arbitre, ({uoi qu'ilen doive coûter pai-fois à leui" amour-pi'opre, caries qudques-

(1) li sera l'exécuteur testiuuentaire de INIallierbe. (V. Malli. (Eur . 1, LXXXVII, XCII. XCIII.

(2) Malli. Œur. IV. 62, 04.

(3) Malh. Œuv. IV, 97, 98. Comp. Vaugelas Rem. II, 426.

(4) Vaugelas critique très souvent Maliierbe. (Voir plus loin;. Mais en revanclie il parle de lui avec très grand respect (I, 216). Il est incontestable qu'ils se rencontraient souvent, Malherbe le dit {Œur. IV, 90 et 98) et Vaugelas aussi (11, 47. II, 42(1 . D'autre i)art il est facile de constater, en examinant les Remarques, que certaines opinions de Malherbe y sont rapportées, sans que Maliierbe en paiie dans ses eeuvres. I, 111. ib. 117, II, 426.) Vaugelas avait donc recueilli l'enseignement oral du maître.

(5) Malh. Œuv. IV, 97. Malherbe l'engageait à faire une histoire dr France.

(6) Ils étaient grands amis. V. Kerviler, Et. sur Gombauld. Comp. Goujel, Bib. fr. XVII, 126. Malh. éd. Men. et Ch. III, 71, et Fremy V Académie des Valois, 166. On connaît l'épitaphe louangeuse :

L'Apollon de nos jours, Malherl)e ici repose [Eyig. ôU)

(7) Epît. à Boisrobert dans les EpHros de celui-ci, p. 197.

(8) Voir plus loin.

(9) Malh. Œuv. I, 199. CoUetet le met à côté de Virgile et fait son éloge à plusieurs endroits. (V. Disc, de l'èloq. 49. Comp. du sonnet, 77).

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