‹ La doctrine de Malherbe d'après son commentaire sur DesportesChapitre 17 sur 106 · MALHERBE ET DESPORTES · texte numérisé non relu

MALHERBE ET DESPORTES

La copie B ajoute en haut de la page, d'une autre encre : « Ce sonnet a été fait pour une scarpoulette sur (]ui sa maltresse se plaisoit d'aller, » C'est l'explication de la difficulté, la réjidnsé mrnie à la question (,1e Malherbe.

Il est ici hors de doute que Malherbe a écrit cette deuxième remarque af)rès la première, et qu'il l'a écrite à pari. Si sur un autre exemplaire il eût fait la remarque au folio où est le" sonnet, d'abord le copiste de H l'y eût trouvée au lieu de ne la rencontrer qu'après, puis il est vraisemblable qu'il eût effacé ce qui était à la marge et que le reste démentait.

Je sais bien qu'il existe contre ce système quelques objections.

1° Comment Malherbe n'a-t il pas souligné au moins les vers qu'il annotail?

2° Comment aurait-il reporté à la fin des fragments insignifiants de remarques,, qui répètent quelquefois la remarque faite en marge de la page?

Ces deux objections seraient très fortes si nous n'avions dans le volume original une page très précieuse à ce point de vue qui présente avec celles que nous supposons perdues une analogie frappante.

Qu'on se reporte à la dernière page de l'original, ou à la page 472 de l'édition Lalanne, on y verra dix observations, absolument insignifiantes comme importance, qui répètent ou complètent elles aussi d'autres observations déjà faites et qui souvent ne correspondent même pas à un trait dans le volume de la Nationale.

Reste une dernière question, la |)lus embarrassante peut-être. Si les additions ajoutées postérieurement d'une autre encre s'expliquent, d'oii viennent celles qui sont de la première main et de la première plume? Celles-là n'étaient donc pas rejetées en arrière?

On peut répondre : A supposer qu'aucune ne vienne du copiste (et il est permis au moins de lui attribuer quelques remarques insignifiantes qui ne sont que le commentaire de soulignures) n'est-on pas autorisé à admettre que la ou les feuilles qui contenaient ces annotations se trouvaient en tète du volume, comme les autres à la fin?

LE TEXTii bl COM.MENTAlIlt: 103

Celle simple liypollièse ex|)li(|ue tout, Hemarquées dès le débul, elles auront été insérées en leur lieu et place.

C'est la seule concession que dans notre système il faille faire à rincerlain.

Supposons au contraire (jiio l> ait été copié sur un deuxième exemplaire annulé par Malherbe ei (jue nous aj)pelIerons B', on se heurte à une série d'invraisemblances.

D'abord plusieurs objections présentées plus haut lorsque nous avons examiné si lî était un autographe de Malherbe reprennent ici leur valeur.

Lui qui se coi'rigeait avec tant de soin se serait inutilement et patiemment copié, mot par mot, ligne par ligne, sans presque aucun changement? Il eût reproduit fidèlement jusqu'à ses fautes et ses négligences?

Et dans quel but? Pour se faire éditer? et fournir une copie plus propi'e? Mais que font alors dans cette copie ces barres et ces traits qu'aucune observation n'accompagne et qui ne pouvaient pas, j'imagine, être imprimées?

Puis à quel moment eût-il exécuté cette copie? Evidemment 0 est un premier travail, car c'est un brouillon, et puis il porte une date : IGOli, qui est, nous l'avons vu, celle de l'année où Malherbe a eu à lutter contre Desportes.

]}' aurait donc forcément été fait après? Et alors comment eût-il été moins complet que 0? Pourquoi les omissions? Malherbe, reprenant plus tard son travail et disposant de deux exemplaires, aui'ait écrit sur le premier, sur le brouillon et non sur la mise au net pour se compléter I

Enfin, pendant que ^lalherbe ajoutait certaines observations sur 0, il ajoutait les autres en appendice à B' et il marquait les numéros de renvois non pas dans B' mais dans 0! C'est tout à fait absurde.

Non, il n'a jamais existé de copie B' de la main de Malhei-be; il y a eu des feuilles ajoutées à 0, et B est la copie de 0 avec adjonction du contenu de ces feuilles, moins les additions que Malherbe a faites après coup sur 0.

104 M \Mif-.i'.itE i:t desportes

Malherlx' inira «le son vivaiil prèle son Desportos annoté ta quelfiiK', disciple (|iii en a pris c(»j)i('. De là provient l> avec ses ({iiel([nes variantes qui traliissent par endroits un Imninie |)ensant par lui-même, soucieux de bien transcrire, mais ca[Kil)ie en même temps de changer une formule ou d'ajonter un trait par ci par là.

Est-ce à dire que H soit cette copie même, prise du temps de Malherbe?

Ici nous n'osons plus nous prononcer avec autant d'assurance. L'écriture seule pourrait nous dire de quelle époque est U et on sait combien il est difficile de dater exactement les manuscrits du XVIP siècle (1).

Qnoi({u'il en soit, du reste, de ce dernier point, sur lequel il n'est pas absolument nécessaii-e de décider, nousconclurons cette longue discussion en disant :

n n'a pas la valeur d'un orii^inal, c'est une copie de l'exemplaire de la Nationale, mais une copie d'un haut intérêt. I^^lle donne un premier état d'un texte, dont une partie est perdue.

II en résulte que : 1° les omissions qu'elle présente ne doivent pas fair(; considérer les remarques su[)plémentaires de l'original comme des interpolations. Elles sont authentiques et leur absence dans la copie s'explique.

2° Les additions contenues dans cette copie peuvent et doivent être utilisées pour les études à faire du commentaire. Elles suppléent aux lacunes de l'original.

(1) Nous avions pensé que B pouvait être de la iDaiii de Vaugelas. Mais l'écriture du célèbre grammairien présente avec celle de B des différences notables.

Le copiste de B ne serait-il pas l'auteur de la Grammaire anonyme de 1657 qui s'est servi du Commentaire, ainsi que nous le verrons?

CIIAIMiriK VI

Il 110 saurait y avoir aiiriin (ioiilo sur riiileiition <jue .Malliorbe a eue en composant le Commentaire qni nous a été conservé.

C'est bien là le livre de combat ([uil promettait à ses adversaires, le recueil de leurs fautes ([ui di-vaitèlre j)lus gros que leurs œuvres mêmes.

On ne saurait supposer en etTet que Malberbe a annoté Desportes pour lui seul, dans un accès de rage solitaire. Souvent, il est vrai^ rimpalience comme Tadmirationnous met au cours de nos lectures la plume à la main, et l'ouvrage que nous lisons ne quitte notre table que hacbé de traits^ illustré d'exclamations ou de réflexions. Quelques-uns éprouvent même le besoin d'interpidler l'auteur, comme s'il était présent et qu'il dût répondi-e. C'est une sorte de vengeance, parfois une manière d'exercice, car la doctrine s'aflirme et se précise dans ces critiques, on commence par colère et on poursuit avec intérêt.

Mais il n'est pas vraisemblable que par |)ur dépit ou en vue d'un résultat aussi indirect un homme économe de son temps et de sa peine comme l'était Malherbe eût annoté, quelquefois longuement, des milliers de vers qui forment un volume de'plus de si^x cents pagçs^ Du reste, s'il n'eût travaillé que pour lui-même, pourquoi se fût-il adressé de temps en temps, comme il le fait^ à un tiers qu'il

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prcnrl pour ar])ilre? Pourquoi ces observations qui commencent ou se terminent par ces mots: Jufjc, lecteur. —Unmarqup crci, lecteur? (1)

Le volume devait donc rtre lu, mais par qui? par le public ou simplement par les élèves du maître ?

On saiX-q*HvJ^H"''be teriaH. école. « Il se faisoit presque tous les jours, nous dit Uacan (2), quelque petite conférence oii assistoient particulièrement Colomby,Mayiuird^UaçaiiJDyjm^ils^ autres ilontle&JiQjiis-tt^oftt^as été eminus dans le monde. »

L'état d'imperfection du Commentaire m'avait fait supposer quebjue temps qu'il avait bien pu être destiné à ces conférences.

L'enseignement qui s'y donnait était en-eiIai-Jx ès réel et fort précis, ce que Racan nous rapporte en fait foi. Or il ne pouvait être question de rime ou de grammaire qu'à propos d'un texte et ce texte, ce n'était point sans doute les œuvres de Malherbe lui-même qui devaient le fournir : le poète était trop fier pour se censurer ou pour permettre qu'on le fit devant lui. Ses vers pouvaient bien être proposés comme modèles, mais les observations critiques destinées à montrer ce qu'il fallait éviter devaient en général trouver ailleurs leur matière.

C'était donc tour à tour quelque autre poète que le régent examinait avec ses élèves. Il n'y a rien d'invraisemblable à supposer que Desportes fut appelé à son tour devant ce tribunal. (3)

Les notes qui nous sont parvenues auraient été alors pour Malherbe une sorte de mémento préparatoire, comme ces notes sommaires d'audience que les avocats — ou ici le ministère public — apportent avec eux, dans lesquelles ils n'ont souvent fait qu'indiquer les principaux points d'un développement confié ensuite aux hasards de la discussion. Oralement il eût complété, justifié ou éclairci celles de ses observations qui en avaient besoin, i Cette hypothèse expliquerait bien la foi-me même sous laquelle le commentaire nous est parvenu.

■ (1) Im. de l'Ar., Roi. fur. Malli.IV, 400. Am. d'H., son. 4:^, IV. 311. • (2) Dans Malli , Œuv. I, LXX. Voir au dernier livre, cliap. 3.

(3)' On verra ailleurs qu'un \o\w Malherba lisait et eomnientait avec Gombaud des vers d'Anne de Rolian.

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