‹ La doctrine de Malherbe d'après son commentaire sur DesportesChapitre 19 sur 106 · I, 20, IV · texte numérisé non relu

I, 20, IV

120 MAL[ir:RBE ET DES PORTES

L'imitation italienne n a rion inspiré à Desportes de plusalambiqué que le sonnet 46 du premier livre de Diane où il n'est question que « d'ardeurs », de h feux ardans », de « gelée », de « froid », de glace », et qui se termine par ces trois vers :

Hé donc, puis-je pas bien vous nommer mon soleil, Si je sens un hyver m"éloignanl de votre œil, Puis un esté bouillant lorsque je le vois luire ?

Toute cette météorologie amoureuse ne semble pas avoir choqué Malherbe, il ne trouve qu'un que mal employé et une césure placée irrégulièrement (1).

Ailleurs au lieu de censurer des vers comme ceux-ci pleins de la plus insupportable alTélerie :

Quoy donc? je vy sans cœur contre l'humaine loy : Non, non, je ne vy point, je suis mort dedans moy; Hélas! si fay, je vy, mais c'est en vous, madame!

Malherbe se laisse absorber par une faute d'impression (2).

Et ainsi dans bien des endroits. Si l'on veut encore des exemples, qu'on lise avec leur commentaire le sonnet 2 du IP livre de Diane, le sonnet 19 des Amours d'IIippolyte, les sonnets 6, 29, 86 de Cléonice, pour ne citer que ceux-là. Partout on verra que la critique véritable, nécessaire, est absente, comme si Malherbe n'avait pas compris par où péchait principalement celui qu'il a repris si souvent.

Et cependant ce n'est point son goût qu'il en faut accuser. Ce n'est pas non plus sa bienveillance; s'il ne pénètre pas mieux son auteur la faute en est à cette préoccupation du détail qui l'absorbe.

(2) Z) , II, 6, IV, 274. Malherbe a du reste corrigé dans son exemplaire toutes les fautes de TErrata, mais en outre il a relevé celles qu'il a pu observer (Z>., I. 60, II, 21, 33. Am. //., 2^\ Clèon., El. de Bertaud; EL, I, 10, 9; II. Av. prem.. Av. sec; Im. de VAr . Roi. fur; Epit. sur

la mort de Loys). Ici le texte porte nourrir pour )nourir.

LE COMMENTAIRK CONSIDÉRÉ COMME (ELVHE DE CRITIuCE 121

et l'enipc'^cho d'apercevoir ce qui frap{)0 (ont le monde tandis qu'il aperçoit ce (jui ne frappe pei'sonue (1).

Malherbe pouvait et savait certainement distinguer dans des fautes de détail le résultat de méthodes mauvaises et d'erreurs de principe. Mais à le prendre tel qu'il est, son commentaire ne laisse pas soupçonner cette largeur d'idées, il fait croire que le grand législateur ne voit pas loin et mi-'me ne voit pas juste, ([u'il est indulgent à dos fautes lourdes et ce qm est beaucoup plus grave, insensible à des (jualités évidentes.

Il faut bien le dirp^p^poi-lcs nsf m^l j"pé 11 était poiîte^Qial^ré tout, et poète fort agréable par endj'oits.

Sans doute son œuvre est monotone et le lecteur moderne se contenterait volontiers de quelques morceaux bien choisis dans ce fatras de sonnets, de plaintes et de complaintes. L'ensemble est trop long et

Quiconque à ce voyage après moi s'ose mettre Ne fera long chemin avant que se lasser (2).

Rien, en elTet, d'attachant dans le roman de ces amours monotones et plus galantiLque pnrr-ionnéir Le livre de Diane ressemble à celui d'Hippolyte qui ressemble à celui de Gléonice et ni l'un ni l'autre ne diiïôrent bien profondément, au moins quant au fond, de tous les innombrables recueils du temps, qu'ils s'aj)pellent Olive, Francine ou Parthénie.

(1) Il faut voir avec quelle exactitude il tient le compte des répétitions : Sans relâche revient dans un même page, un mot est trop prés de son composé, deux stances commencent par mais, las\ (Voyez EL, I, 10. IV, 365; Z). I, proc. IV, 207; El., I, 19, IV, 376; El ,1,2, IV, 355;e6.. I, 10,1V, 364; Div. Am. couip. 1. 1, IV, 432). Il renvoie d'une stance à' l'autre, dune page à une autre page: « Ces deux vers sont répétés mot à mot en la page 203. » [Div. Am. St. du Mar. IV, 446, EL, II, 4, IV, 381; Div. Am., 28, IV. 437 où le renvoi est faux).

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