‹ La doctrine de Malherbe d'après son commentaire sur DesportesChapitre 20 sur 106 · D. II · texte numérisé non relu

D. II

122 MALiir.itnr. ht despoktes

C'est partoul la vieille et éternelle histoire : Le pot-to a vu un soir Ilippolyte dans l'ombre (1) ; vite pour fuir le « soleil » de ses yeux il a abaissé son regard qui est malheureusement tombé sur son sein d'albâtre et sa gorge d'ivoire (2); immédiatement il était pris du frisson symplomatique, il se sentait mal et bien, chaud et froid à l'instant (3), son martyre allait commencer.

La dame joint naturellement à une « douce, humble et angélique figure ))(i) la dui'olé d'un cœur de pierre. De là une passion désespérée et folle qui trouble son esprit et ravage son cœur « comme les triumvirs saccageaient Rome. » (5).

La raison revient bien par instants et avec elle les désirs de révolte, les secousses données aux liens qui l'enchaînent. Mais la liberté refuse de retourner (6), le sommeil de revenir^ l'amour de pardonner.

Vaincu, il s'agit donc de vaincre ; et l'amant essaie de persuader, il raisonne, il s'adresse à la vanité et à l'orgueil de sa dame, aussi à sa justice. (7).

Celui (pii garde en sa pensée Une amour de loin commencée, Et qui ne l'a jamais laissée Mérite estre bien reconnu (8).

Mais il sait bien qu'il faut surtout émouvoir et toucher, et il dit combien son sentiment est résigné, douloureux, désespéré (9) et malgré tout fidèle. (10).

Entremêlez ces prières et ces plaintes du récit des quelques menus incidents qui sont les aventures de la passion, un gant qui

(1) Am. H., son. G.

(2) Ib. son. 40.

(4) 'Am. H., son. 46.

(5) Ib. 56, 27, etc.

(6) Am. H. Chanson 1

(7) Ib. son. 15, 21 ; compl. I.

(8) 76. ch. 11, p. 174.

(9) 76. son. 35. 36, 52, 58.

(10) Ib. son. 5, 9, 7, 53 etc.

LE commi:ntaire considéré comme œuvre de critiole 123

fombo et qu'on baiso, une cnlnnuc promise (1), puis accor(b''0 ^2\ l'arrivée intempestive d'une lumière (3) portée par un frère ou un mari jaloux (4), une absence de quelques jours (o) et vous aurez la physionomie de cette passion, se débattant entre la tristesse et la joie, l'espérance ou l'accablement jusqu'au moment de l'iidicu linal on du joyeux cri qui salue le triomphe et la possession.

• Puissions-nous vivre ainsi toujours, Maistresse, heureux en nos amours A qui nulle autre ne ressemble, Et, s'il faut sentir du iiimIIicui", Que ce soit la seule douleiu' De n'être pas toujours ensemble (D. II. cli. 5).

C'est sur ce thème moins usé que de nos jours, mais déjà un peu banal au xvi" siècle que Desportes a brodé pour chacune de ses maîtresses des centaines de sonnets, sans compter les autres pièces. Aussi vingt fois, las de l'entendre soupirer ou pleurer ses plaintes raffinées, souhaite-t-on que sa Diane lui dise enfin le « doux ouy du cœur et de la bouche » qu'il a assez imploré ou bien qu'il soit à jamais « consumé » ; mais non, elle refuse, et lui, (( comme un phénix renaissant de sa cendre )>, recommence à chanter. (6).

Il faut ajouter que ce qui achève de nous gâter le recueil, c'est ce mauvais o:oùt italie,n dont une foule de pièces sont entachées, ce maniérisme des Bembo et des Sannazar outré encore par leur imitateur, qui contourne la pensée, obscurcit ou cache le sentiment, affadit l'expression, fait en somme d'une passion profonde et vraie, quelque chose d'artificiel, de faux, de puéril, somme toute de ridicule. (7)

(1) Son. 11.

(2) Son. 82, 83.

(3) Son. 6.

(4) Son. 86.

(5) Son. 33, 35, 47.

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