‹ La doctrine de Malherbe d'après son commentaire sur DesportesChapitre 21 sur 106 · D. II · texte numérisé non relu

D. II

(7) M. Michiels a bien montré comment les" italiens ont fait tort à Desportes. Préf. de son. éd. LXIX.

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Mais à coté de ces défcaiits sur lesquels il ne convient pas d'insister puisque les critiques de Malherbe les mettront souvent très- vivement eu lumière (1 , Desporles a des qualités aimables. (2).

Ce qu'on sait surtout de lui, c'est qu'il est souvent gracieux et délicat. Son érudition n'a plus la lourdeur pédantesque quelle avait chez ses prédécesseurs. Il connaît comme eux les antiques mais les imite avec mesure et tact. Il se joue parfois au milieu de leurs fictions comme un peintre du xvni° siècle : Qu'on relise cette jolie scène : (3)

Amour, grand vainqueur des vainqueurs, Et la Beauté, royne des cœurs, Jadis firent un vœu notable ; Et pour n'y manquer nullement Chacun jura maint grand serment Qu'il le tiendroit irrévocable.

Premier, cet enfant passager Jura (4.) de ne jamais loger En esprit ou en fantaisie (5) Sans exanter homme ni Dieu Qu'il n'y retint toujours un lieu Près de soy, pour la Jalousie.

Beauté jurant après Amour Promit de ne faire séjour Ny d'arrester jamais en place, Sans y loger aussi soudain L'orgueil fantastique et hautain. L'aigreur, le mespris et l'audace.

(1) Voir en particulier: D. \, 8, 63 ; comp. 3; son. 49 ; IL 70. Am. d'Hipp. Le cours de l'An avec les appréciations de Malherbe.

(2) Nous ne parlons ici bien entendu que des Premières Œuvres, puisqu'elles sont les seules qui aient été examinées par Malherbe.

> (3) D. II, ch. 5 p. 107. Nous citerons en note jusqu'à la lin de ce chapitre le Commentaire de Malherbe. On pourra ainsi juger comparativement de l'œuvre et de la critique.

1^4) « Premier jura mal pour il jura le premier )) (Malli. IV, "292).

(5) « Bourre ».

LE COMMENTAIIŒ CONSIDÉRÉ COMME à-.lVlU: DE CRlTlOCt: j 2.J

Seuls, Diane et lui onLéchapj)é aux rigoureux elTels de ce pacte, et le coûte se termine par un gracieux duo d'amour :

De ces vœux trop bien observez, Nous avons esté reservez, 0 ma belle et chère Déesse...

Car, bien que la mesme beauté Ait en vous son siège arresté, Rien de fier ne vous deshonore, Vos yeuxet vos propos sont doux; Il est vray que ce n'est à tous, Mais à moi seul qui vous adore.... (1)

Encore est-il des chansons d'où ce reste même de mythologie a disparu et qui, par la légèreté de leur rythme, leur allure aisée et riante valent autant et plus que celle-là. Sainte-Beuve lavait déjà dit: (( Il est diflicile d'entendre mieux que Desportes la marche du couplet, la gaîté ou la malice du refrain. » (2) Je n'ose plus citer la y[\\a.nelU' Rozeile ! pour un peu d'aùsence (3), ni le Onutct '.jalouse iiuict (4). Ce sont les Va»es brisés de Desportes, et à force d'être connus ces deux morceaux font croire que le reste ne vaut pas la peine de l'être.

Voici pourt int une déclaration d'amour qui fait penser à Musset parlant à Ninon (o) :

Le mal qui me rend misérable, Et qui me conduit au trespas, Est si grand, qu'il est incroyable ; Aussi vous ne le croyez pas.

Amour, qui des yeux prend naissance.

Court aussi tost vers le désir, ■Se conserve avec l'espérance, Et trouve repos au plaisir,

(1) Comp. : Ceujo qui peignent Amour sans yeux. (D. I, p. 51).

(2) XVr siècle en France p. 109.

(3) Ed. Mich. p. 450.

(4) Div. Am. 378. Celte chanson est du reste imitée de l'Arioste, comme l'a observé Sainte-Beuve.

(5) Am. H. cil. X p. 172

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Mon amour est d'une autre sorte :

Le désespoir la rend plus forte, Elle reiiaist de son trespas, (1)

Perdant, elle acquieii la victoire. (2j C'est une chose forte à croire, Aussi, vous ne le croyez pas...

Une des strophes qui suivent rappelle, à travers l'écorcc encore fruste d'une langue inachevée, 1' c Eclaircie » de Sully Priuihomme (3) :

Quand on est sous renchantement D'une faveur d'amour nouvelle, On s'en défendrait vainement Tout le révèle...

Si j'aimois à l'accoustumée (4) Je croy qu'il seroit bien aisé De juger mon ame enflamée Par quelque soupir embrasé

Si tost qu'une autre amour commence, Elle apparoist, chacun le pense, On la connoist, on en fait cas ; Mais le feu qui me met en cendre Est tel, qu'il ne se peut comprendre ; Aussi, vous ne le croyez pas.

Les débats surtout sont heureux comme les refrains. Suivant le mot un peu lyrique de Chasles, ce sont des envolées de colombe. (5)

Mais il ne faudrait pas croire que Desportes n'a excellé que dans la seule chanson qui a réussi à presque tous nos poètes. Le sonnet même, celle forme si étroite, si mal faile pour les effusions de la passion, vraie géhenne de l'inspiration, dont on ne s'explique

(1) « Cela ne veut rien dh-e. » (Malli. IV. 325>

(2) « Ni cela aussi » (ib.).

(3) Vaines tendr. p. 85 éd. in-18.

(4) « Sottise, et ce qui s'ensuit aussi ». Malli. IV. 325.

(5) Rev. de Par. p 144, IIJ. Voyez le début de la chanson I des Am, d'Hippt>iv. Ain , chans. p. 410, etc.

Llî COMMENTAIHË CONSlDliRl': COMME ŒUVRK UK CRITIOrK 127

guère la vogue encore aujourdliui universelle, ne l'enipèciie pas toujours d'avoir de l'aisance et de la légèrelé.

Mais il est lenips de diic ([uil a daulres mérites que celte facilite un peu mièvre.

lîeaucoup de ses vers, quelcjue tort que leur fasse l'atTéteiie et la reclierclie italiennes, ont de la tendresse. Sans prendre l'amoureux à la lettre quand il prétend nous donner « le papier journal des maux ([ii'il a souffers (1) » il est impossible de ne pas voir qu'il a été sincèrement passionné, et que certains de ses sonnets vraiment « enfants du cœur (2) ». Feux de paille menue sans doute, mais qui brûlaient bien, et sur la durée desquels lui-même se faisait peut-être illusion. L'émotion n'est pas rare au milieu de toute cette galanterie.

Avant Musset, avant Lamartine, Desportes a éprouvé le chagrin noir de retrouver tout semblable^ dans l'éternelle et insensible nature, alors qu'elle et lui ne sont plus là :

Las! tout est bien ici ! les bois délicieux,

Les costeaux, les buissons et les prez gracieux !

"Voilà le clair ruisseau si souëfvement coulant (3), Où pour passer le chaud du soleil violant, Je souloy demeurer sur l'herbage (4) éstenduë, De mon fidelle amant bien souvent attendue (5)!

Il a connu la jalousie, la rancœur sourde mais inelTaçable ([ue laissent les soupçons restés :

La foy de mesme au cœur qu'elle a laissé Jamais plus ne retourne

(1) D. II, son. 1.

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