‹ La doctrine de Malherbe d'après son commentaire sur DesportesChapitre 24 sur 106 · LA CONSTRUCTION D'UNE PIECE · texte numérisé non relu

LA CONSTRUCTION D'UNE PIECE

De l(( manière de conclure. — Def; coniradictions. — Des incoJirrrnces. De l ordre et de la </radation.

Malherbe conçoit lui soiinrl on uncuiiLâgie comme iiae— «fiité

1 logique g ni démontre, discute, tout au moins expose quelque chose

I de bien déterminé. (1) (Chacune de s(^ odes à lui î^ un objet précis :

l'une célèbre, l'autre console, toutes vont à un butJixçLiTaxxuice.

Pindare, il est vrai, faisait autrement; mais le dessin de ses

mosaïques faites d'idées, d'images, de souvenirs que le hasard seul

semble avoir juxtaposés échappait aux yeux de Malherbe qui ne

voyait dans ce beau désordre que « galimatias. » (2)

Aussi quand Desportes tombe dans la même faute, fait du décousu, énumère, par exemple, sesjnisèrea. dnng nno série d'exclamations détachées, Malherbe ne s'inquièle pas de savoir s'il a voulu de la sorte imiler l'incohérence de la j)assion, ni même s'il y a réussi : « Son sonnet ne veut rien dire, el tous ceux (pii seront composés de piècesrapportéescommecettui-ci,ne vaudront non plusque lui.)){3) Il faut que les strophes, les quatrains et les tercets, de quelque

(1) On peut voir dans le Coninientaii'c qu"!! fail souvent un sommah'e des pièces de Desportes, pour se les résumer à lui-même. El. \, '.), IV. .'iG-2; Ib. 1;î, IV, 309; Ib. 14, IV, 370; 15, IV, 371. etc.

(2) Rac. dans Malh. Œuv. I, LXX.

(3) Cleon. 85, IV. 349.

IGO i,\ nocTiîivr-: Dr m \Liii;iii(i:

|Hiinl (|irils |);irl('iil r| (jii('li|iic l'oiilc (lilIV'rciilc (|n ils -iiisciil, so rcjoignoiil ;i un ciidroil (|(ii csl l:i coucliisioii (»ù I iiii|ti('ssi()ii ^éiKM'ulo se coiulenst' et saccusB, où Tidée ({iichjiiclois se (Jf-nouc, ([iiel(|iiof()is se fixe on so résume, s'affirme on Ions r-is loujonrs ;ivoc son maxininni de force et de clarté.

Desportes, qui conmience son\(Mil hicn, a le lorl d'onhlier fjnc finir n'est pas conclure, et soit que sa verve s'épuise^ soit (pi'il ne se donne pas la peine de la soutenir, an lieu d'une surprise il ne ménage au lecteur qu'une d(''ceplion. Voici un acte de foi qui s'annonçait résolument :

Je ne suis point jaloux, ny ne le veux'point esti-e... J'ay sur vostre constance assis mon bastirnent, C'est une éternité, s'il ha bon fondement. Sinon au premier vent adieu rarcliitecture...

On prévoyait, on sentait venir des menaces, la pi'omesse ferme ([u'une faute commise s'expierait vite et cruellement. Mais non, dans les derniers vers toute cette colère préventive s'édcinl et se Ici'inine pai' un sei'ment naïf, pr(>s(|ne ridicule :

Si ce malheur m'advient, sainctement je promets Qu'ans sermens et aux pleurs je ne croiray jamais, Ny qu'au cœur d'une femme une seule amour dure. (1)

Malherbe trouve non sans raison que « c'est froid. » Il ne iolèiie pas /M^ vnl>,- l^riKfpipment interrompus qui tombent au moment o l'nn croyait qu^ Ip poèto nllnjt planer on pont êtrrr s'éleTFTTncore et son lecteur avec lui. Et vingt fois il proteste contre ces défail lancés. (2)

11 lui faut à cet endroit plus ({u'une pensée ordinaire, plus ({uun bon vers, quelque chose de supérieur, qui arrête et qui frappe.

(2) D. IL IS. IV, 278; ib. 4, IV, 273; ib. 3(j, IV, 284 ; ib. 01, IV. 291 ; comp. : 1, IV, 281 ; Am. H. 29, IV, 305; ib. 40, IV, 311 ; ib. comp. : 2, IV, 316; ib. 77, IV, 320; Cleon. 50, IV, 341; Div. Am. sur son portrait, IV. 447; ib. 27, IV, 437; ib. pour un miroir, IV, 448; ib.G, IV, 423; Berçj. et Masc. 1, IV, 450: ib. ép. 7, IV, 4rj5 : Epit. de Diane, IV, 403.

Page 1