‹ La doctrine de Malherbe d'après son commentaire sur DesportesChapitre 25 sur 106 · I. \ (.(».\siiu ciiiiN ni M, l'iKcf.; im · texte numérisé non relu

I. \ (.(».\siiu ciiiiN ni M, l'iKcf.; im

A son jir(' on (( (lil jir('S(|iic loiijdurs lrn|> prii. ., La jn-irrc (jiii .nJt no le salislait jtas :

celle qui me touniienle Ignore que je meurs par l*eiïori de ses yeux.

Madame, hélas ! inonstrez que vous estes divine. Lisez dedans les cœurs ainsi que font les Dieux, Et voyez que mou mal a de vous origine. (1).

On no voit pas assoz nollomonl co qui n-sullerail do ce premier succès, il faiU tro£dov[ner ce qu'espère le poète, convaincu qu'être compris, c'est déjà presque être aimé.

Dosportos est souvent plus précis, encore que Malherbe le trouve toujours mou. Un jour il demande rendez-vous dans des termes qui nous paraissent fort vigoureux. Ses droits, ses raisons, ses impatiences, ildil I oui, il montre le bonheur possible et proche :

Depuis quatre ans entiers vous m'appaslez ainsi ; Je vieillis cependant, vous vieillissez aussi, Et perdons de nos ans la saison mieux aimée. D'en taxer la fortune et les empeschemans. C'est une foible excuse : oncques deux vrais amans Ne trouveront pour eux de porte assez fermée.

C'est encore « faible, » sans doute parce que le dernier vers n'est qu'une « sentence » trop générale, qui oie du mouvement. (2)

Quand au contraire il se rencontre là une belle antithèse, au besoin une pointe bien aiguisée, alors c'est bon : Ainsi Despo'rt'es s'est demandé s'il rendrait ou non ses lettres à Diane, il a d'abord résisté, puis consenti, eniin il se décide et la pièce se termine :

Tien, repren tes papiers et ton amitié fainte,

Et me rens mon repos, ma franchise et mon cœur.

Malherbe applaudit. (3) Ailleurs le dépit inspire mieux encore le poète qui veut détourner sou prin.-e d'aimer l'inlidcle qui la

(1) Am. H. 1, IV, 207.

f3) D. Il, 72, IV, 29.'i.

BRUXOT

\{Y) \.\ hOCTItlNi: l)F, MAl.lM-.Itlti;

liahi lui-i.irm.'. Son raisoimrnicnl vers la lin so'ramasso (-(.mmc un li.Mi <lisc(.nrs en nnc r.'-capilnlalion de prcuvrs et de faits :

Elle cul ])oui- me donler toutes les mesmes armes : Cestoyenl mesmes serments, mesmes vœiis, mesmes larmes, Vous pom-rez-vous fier à ([ui n'a point de-foy ?

Cette lois le sonnet est u un des bons de ce livre. » il/,

Pour aboutir ainsi, il faut nécessairement qu'on ait jétroilkMnent fMiehainé les idées l'une à l'autro, qu'on les jLiL-nhûi&ia^-^^^^-'^. .lisiribuccs ensuite de manière gulelLej^aient uncsnite rigoureuse.

Desportes fort souvent se soucie peu de ces exigences de la los;i(iue. Ainsi nous faisant l'histoire de sa passion, il nous racontera que le ciel l'avait averti des dangers qui le menaçaient. C'était le jour où il allait être frappé de la fatale étincelle, il était à peine sorti qu'il trébucha et se blessa le pied :

Mais le malliour, ajoule-t-il,

Fit que je ne pris garde à ce mauvais présage. Toutesfois par trois fois je voulu retourner.

Malherbe l'arrête. Il n'est pas permis de se contredire ainsi. « S'il voulut retourner il y print garde. » (2) ^^

Ailleurs l'amant dans son désir impatient des bonheurs promis, conseille à sa maîtresse de laisser là le respect humain qui les a jusqu'alors retenus. Soit! Mais il continue :

Aveuglons les jaloux, trompons les plus rusez.

« Le vers est contre le sens, observe Malherbe, car il lui veut persuader de n'être plus si considérée et de commettre quelque chose au hasard. » (3)

(1) Div. Am. 2, IV, 421.

(2) El. I, 2, IV, 35.5, Comp. Am. H. CI, IV, 3IT.

(3) El. II, 1, IV, 379. Comp. Am. H. Prière, IV, 302 ; Div. Am. Ad. à la Pologne, IV, 447, etc.

i.\ CdNsifsrniôN d'i NF. i-ikcf. |(]3

\ DnivUos ivciN lo^ >lni^U4^-4ximinLi:mK.onl.>r, romn.c Ips rhnif^os <lnTis un nnsaniicnKMiL Apivsnous avoir point Ho^^^or ot Ho.lom<.ni <-'>r|.s à c<H|)s. il no f;,,it pas nous diro qno Roi^or ronvorso s..n a.lv.Ts.i.v ,Mi n.rllanl l.- pio.l .lovant lui. . Ils so tonoiont embrasso^ ot parconsô,,„onl il n. pnnv..i( m.lhv Ir pi.,1 ,j„o dorrioro pour lo faire tombor à la renverse ». (1 i

La promièio condition pour écrire quoique chose de sensé^^ .lo neja^iro une chose .1 on la sUuici.siiiHmtoune autre qui démenti a p l'o niière(2 1 . " — ^

I .^" ^'-coadJiiiugUaiit éviter les incohérences avec le môme 'soin qiuiig,s contradictions.

A-t-on conté qu'on parlait péchera la truite, il est bizarre qu'on rapporte ensuil,> un saumon (3). Parlera un personnage el soudain sans transition marquée à un autre (4), prier un roi do vous ouïr puis haranguer ses compagnons (5), annoncer quelque chose et no non dire, ou inversement prétendre résumer ce dont il n'a pas été qnostion (6), c'est risquer presque à coup sûr dinquiétor et de i d(iconcerter le lectonr

Il y a plus. Une idée étrangère au développement ot qu'on iell,> 1 soudain à la traverse apporte moins de variété que de confusion ello^mbrouillo. Ainsi Desportes pour attendrir TAmour énumoi-o

(1)//». Ar. IV, 407. Comp./6., ]V 400

un livre de vers intitulé Dernières Amours (Clcon. 49 IV 340,

(3) Berg. Disc. IV, 452. • . /.

(4) El. I, 17, IV, 374.

(5) EL II. Av. 3, IV. .398.

(6) /m. Ar. Ad^. IV, 419 Onmn irj t i ttt n-~

Idi i.v Dor.TuiNi: i)i: m \i,iii;itiii:

dans une |iri('T(' (iii'il lui aih'ossc (oui ce (jh'II a lail |)()ur l)i('n mériter de sa divinilé :

Si i"ay lavé tes ailes de mes pleurs.

Si mes soupirs enlretiennent ta Ilame... Cliasse, ô grand dieu, ceste crainte nouvelle.

Voilà (|ni irait l)ien malgré la froideur de cette longue allégorie, malgré les pointes, s'il n'avait pas intercalé ces deux vers :

Et si tu fais des cheveux de Madame Les forts liens qui retiennent les cœurs.

Car à quoi propos viennent-ils? « Quel mérite peut-il avoii- on ceci (1). »

Sortir ainsi de son propos par une simple proposition, par un mot même ou une épithète « impertinente » est une sottise non pareille (2).

Malherbe a de se pordi-e une peur parfois ridicule. Dans la cinquième élégie de son deuxième livre, Desportes nous conte que près de ([uilter son amante^ il se désolait, non tout à son aise cependant, car, dit-il,

La toui'be importune Des bateliers crians, m'empeschoit le loisir D'honorer de mes pleurs ce mortel déplaisir.

Rien de plus vraiment humain que celte pudeur. On pleure difficilement devant dos rustres, surtout pour des chagrins d'amour. Malherbe ne sent pas cela, il lui faudrait une relation do cause à effet entre les deux actions pour permettre de les rattacher ainsi : « Ils ne l'empêclioient pas de pleurer, dit-il, c'est chose qui n'eût pas gardé les bateliers de ramer. » (3)

Il serait cruel ici de commenter l'observation.

(1) Am. H., prière, IV, 301 ; Comp. Cleon. l, IV, 328 ; Im. Ar. IV, 420.

(2) V. D. I, Gl, IV, 2G0 et plus loin au chapitre de la sobriété. On trouvera un exemple Am. H. ch. 7, IV, 324.

(3) IV, 383. Gonip. : Im. Ar. Rod. IV, 409. où Desportes a commis cette monstruosité de dire que Platon est en fureur et sanglote, comme si les deux choses se pouvaient accorder ! Ailleurs (Chans. des Be)'(j. et Ma^ic.) il nous conte que le bal fini « il dresse en haut la vue pour voir le teint de la lune cornue ». « Ceci n'est point un plaisir des champs, dit Malherbe, il se peut prendn^ aussi l)ien en la ville! » (IV, 4501

LA CONSTHLCTIU.N L) L Mi PIÈCE | 6o

Ijiliii. (|ii;iml ou aura élai:;né loul co, (|ui peut dislrairc de la penséo diicclrico de la pièce, il reste à mettre Je tout en bel

(orilr('Ji^rouper les idées suivant leur nature et à les placer, comme disait Malherbe, chacune en leur rang.

I Or il est bien pvidpnt gne m sont lo< pli]^ faibles ([ui doivent I venir d'abtoxiLjinnonçant et préparant les plus fortes. Il est absurde de commencer par dire rendons-Za parfaite ci {Vn']ou[cr ensuite: rendons-la belle i^l), de parler d'une humeur qui aveugle et qui bande les yeux, attendu que bander les yeux à un homme après l'avoir aveuglé, ce n'est pas lui faire grand mal (2). De même comparer ses tourments d'abord aux luisantes images du ciel, aux eaux delà nier, aux herbes des prés, aux sables des rivages, [)uis pour terminer aux jours d'un siècle et aux moments d'un jour qui sont mesurables, c'est affaiblir au lieu de la renforcer l'idée d'infinilé ([ue les premières comparaisons avaient pu éveiller (3). Il faut au |^ou[rair.e « direb.^ plus après le moins » (4). Il existe bien une figure que quelques pédants sont allés rechercher dans des livres grecs et qui s'appelle 'jcrTccov TTpoTEfov, mais c'est une sottise et pas une figure (3).

La raison veut qu'il y ait jusqu'au dénouement une progres'-iinn ininterrompue dans les idées et dans les mots qui en rhétorique s'appelle la gradation.

(1) Div. Am. Premier jour de l'an. IV, 122.

(2) D. II, 5t, IV, 289. Comp. El. I. 7. IV, 3G0. Im . Ar. Kol. fur., IV,

(3) Clcon.hO, IV, 341. Comp. Cart. et Masc. st. 1. IV. -160 et encore D. II, 40. IV. 285.

(4) Im Ar. Ang., IV, 418.

(."•) El. II. av. deuxième. IV. 300. [m. Ar. Rod. IV, 408. Div. Am. 21. IV, 434.

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