‹ La doctrine de Malherbe d'après son commentaire sur DesportesChapitre 27 sur 106 · D. I, 50, IV, 259. CA. H. 57, IV · texte numérisé non relu

D. I, 50, IV, 259. CA. H. 57, IV

J7) Epit. duj. Maugiron. IV, 467; EL II, av. 2. IV, 397; D. II. '22 IV 278. Comp. dans l'ex. orig. D. II, son. 53.

(8) Bcrg. Ode, IV, /iSO.

(9) Ces termes sont barrés dans le nis. orlirinal. El I 14- Am H St 3, p. 99r"; Clcon. St. p. 137 r"; D. 11, compl. p. 51 v».' Cette opinion est tout a fait celle de Deimier. {Ac. p. 281).

j-jQ L\ DOCTRINE DE M VMIi: IU!F.

• pénétrés do ranliqnilé, si bien identifiés avec elle, qu'épris de la poésie qu'ils trouvent dans ses fables, ils s'en servent presque comme s'ils y croyaient réellement, lcs^léveloH)ont, les coiiamient, les imlLcnt^omme des^Giiixi^s môme l'eussent pu faire.

Malherbe, au contraire, en use froidement, par calcul. Il n'y

^trouve plus d'enchantement, mais seulement de la commodité.

C'est à ses veux un admirable arsenal d'allusions, d'exemples, de

comparaisons qui relèvent le développement, et donnent à

l'expression quelque chose de concret, de moins sec.

S'agit-il de prouver que la morl surprend les plus vaillants? Il y a le cas d'Achille; que personne n'est éternel? Il y a celui de Sarpédon. Parle-t-on de révoltes domptées? Voici l'histoire des Cyclopes et l'Ossa sur le Pélion. Et ainsi de suite. Hommes et choses de la vie légendaire rapprochés à propos des hommes et des choses contemporaines donnent aux vers une grandeur (pii est pdur beaucoup dans la majesté de la poésie de IMalherbe.

Dans ce trésor de souvenirs on peut et on doit puiser à volonté. Les noms des vaillants, des braves, des belles aussi y ont des synonymes illustres, leurs sentiments, leurs aventures, des analogues en nombre inlini. Si on a soin d'y choisir parmi les traditions les plus connues en même temps que les plus frappantes, l'effet de ces réapparitions qui durent suivant les cas plus ou moins longtemps est certain, le poêle se priverail d'un de ses moyens les plus sûrs

en y renonçant.

Mais si sa mémoire a tous droits sur ces choses de la fable, son imagination, en revanche, n'en a aucun ou presque aucun. Tout au plus peut-elle les accommoder à ses besoins. Elle ne doit m les tronquer, ni les refaire, ni surtout en faire de nouvelles dans le même goût. La fable est morte, et comme telle immuable. Tout ce qu'on en rapporte doit être vrai, de la vérité mythographique ou traditionnelle.

Non seulement il ne faut pas prendre comme Racan Lycophron pour la ville oh demeurait Cassandre (1), mais il faut éviter, outre

tl; lAacun {Œuv.. h 349), raconte la réprimande qu'il reçut de Malherbe pour cette méprise.

IMAGI.NATIU.N IJT HAISO.N

K'=^ boviios, jiis.idaux |H-li(es incxactitudos voloulairos ot inv,,lontciiros : Dfklalo ol Icare no doivent pas ('tro confondus, « leur sucrés eu uicmc dcss.Mu fuivul dillrn-uls (|) „; Tare enchanté qui seul a les deux sortes de nèclies napparlienl pas à Venus, mais à TAmour (2). Les Parques n'ont jamais eu de culte ni de sacriiices (3). Aucun auteur n'a dit ,(ue Lerne fût couverte tout entière I)Hr le serpent, ce qui serait ridicule (4). Cassandre même esclave iK' P'Mil pas èlre IraihV i\r chambrière, « c-ét..il une grande pnucesse, encore qu'elle fût j)risonnière (5) ».

QuaiU aux^fçiblcs nonvidle.^, il iv'en faut point faii-e. iXul, p;,s "^'"^^ P'^li-at-que, n'a le .lr..ii d'ajouter un ch;.pitre à h, liste .il. Miétcimoriiliûse^), de prêter un sentiment au zêphire (|ui courbe sous ses caresses les tiges frêles des graminées. La raison est form.dlement dite : « Les fables nouvelles n'ont ])oint de grâce (7) ». r<' n'est donc point là encore qur l'invention poétique va pouvoir . se JDuer libremenl.

Or on |.,.nse bien d'apivs <-e qui précède .pie ce n'est pas non plus dans le domaine' des choses réelles. Qu^-l'iuc lointains qtie '•'^•^'^^ t^^^'iiils ilssontlesf-n-lsetil nV (•■■n,j j>^ ^.,„.i,p,. Desportes les allère quand il l'ail des C()ni[)arais()ns comme celle-ci :

Ouaud le triumvirat Iramoit ses factions, alleudii (jue « les proscriptions ne se firent pas quand le triumvirat ti-amoit ses factions » ^8} et non seulement on ne peut pas fausser ainsi l'histoire, mais le poète doit, s'il se p(>ut. la véritier et la <'oidroler encore, quand les données en sont suspectes ou invraisemblables, « C'est l'opinion de tous les auteurs que les Parthes

(2) D. l, 22, IV, 253.

(3) Clcon. 55, IV, 342.

(•i) Cartels et m. L'hydre d'Amour, IV, 4(il.

(5) D. I., proc. IV, 2G7. Comp. El. II, av. 2, IV, 3%. Malherbe re.-evra du reste lui-mûiue de semblables reproches. (V. Œuv. éd. xMén. 111,250) (0) Z)eu. Am. 10. IV. 424.

nrU^''^- ''^'"' ^"- ^' ^^'' ^~^' ^^'"I^- •■ ^- I' •■'• I^'- "^0 ^t ib. II. comp. I, IV, <co 1 .

(8) Am. H. 56, IV, 315.

J72 '•'^ i)0<;ti«im: uh m m.iiki'.iu:

vai.HiM.Mil ("Il r.ivi.Til, mais il n'osl ncii si ridicule On priit bien on liiyani lucr (les poursuivants, (1) mais (Je vaincrcs il est ininiaginal)l('. » Aussi l'ode devra, au nom de la raison, exclure cette Iradilion, (iuoi(iue admise par tous les auteurs. Et elle rejettera ainsi toutes ces légendes indécises ([ui IloUcnl dans l'inccrlain du passé, ([ui eu font souvent la poésie et dont il semblait que le lyrisme au moins comme le drame allait pouvoir se servir.

Encore si un bon manuel chronologi(iu(' cl un diclionnan'e critique pouvaient suffire au poète et le garder de toute ei-reur !

Mais le champ est immense et la poésie prend son bien, surtout ses images, un peu partout. N'importe! elle ne doit les prendre qu'à bon escient. Il faut d'abord beaucoup observer, beaucoup voir et puis beaucoup savoir, ou en tous cas fréquenter les livres de ceux ([ui savent. (2)

' L'histoire n'ejt pas seule à mériter je^respect,Jl-Xaut^aacrjic ce <[ui est avec le même scrupule que de j^ej]ji|juélé^ on n est même pas en droltiexêvei- inconsidérément ce^jui sera, la religion le révélant fornicllenient. Les passages sont vraiment curi(,'ux et méritent d'être cités :

Desportes se promet de jouir en paix de la beauté de sa dame lorsqu'ils se seront rejoints aux enfers. Alors, dit-il,

Quand tous les damnez se voudront émouvoir

Pour empescher ma gloire, ils n'auront le pouvoir.

C'est oublier son catéchisme. •' Les damnez n'ont pas charge de

[1) Clcon. 84, IV, 349.

(•>) Desportes laisse échapper par étourderie, il faut le dire, un certain nombre de sottises que Malherbe relève complaisamment. Il lui fait remar- (jurr que les esprits n'ont pas de langue (/m . de VAr. Mort de Rod. IV, 412) ; et les colonnes pas de cœur [Bcrg. et Masc. Ode, IV, 4Ô6\ qu'on ne nage pas au fond de l'eau (IV, 412), qu'on ne plante pas de trophées sur le front des vaincus (Div. Am. pour une faveur, IV, 448), que si on meurt on n'aime plus {Berij. cl Masc. dial. 2, IV, 457) etc. etc. (Comp. Im. de l'Ar. mort de Rod., IV, 410; El. L 8, IV, 362; D. IV, 250; Im. de l'Ar. Rod., IV, 41i; Ber<j.et Masc. compl. 1, IV, 157; Dh-. Am . compl. 3, IV.)

IM.Ull.N A I Ion 1,1 IIAISU.N i",',]

(oiirniciilcr les aiilros » m.iis le, diahlcs avec l.-.(|ii.'ls il n.- faut ]>as les confondre. (1) La nécessité do rimer avec ?//^//,!f/;v' n'excuse pas ce vers: Sous quel astre, ù mes yeux, le Ciel vous list-il estre?

1 1 lai lait dire luiistro, car c c'est le point de la naissance qui s'observe pour la considération de nos fortunes » (2) Kn voici un qui choquerait tous les apothicaires : Ce mal ne se guarist par jus ny i)ar racines.

« Les racines n'onl-elles pas du jus comme les herbes ? » Desporles ignorerait-il le jus de réglisse ? (3)

Ailleurs on dirait qu'il n'a jamais vu la campagne, lui qui est chasseur. Il n"a jamais jui voir eu tous cas le ciel

Sur le midy plus de chaleur espandre, Les vents .cesser,

car « le vent s'élève ordinairement sur le midi. » (4)

Les usages judiciaires semblent lui être aussi peu familiers. Ne compare-t-il pas l'Amour au bourreau.

Qui donne à boire au criminel Pour le reserver au supplice?

« Un bourreau ne donne point à boire au criminel pour le réserver au supplice. S'il en demande au supplice ou en y allant, on lui en baille. » (.^)

Et les discussions, on poui-rait dire les chicanes continuent ainsi sur tout et sur rien; sur un détail de l'armement militaire (6), sur le titre d"un défunt que le poète s'est permis d'appeler maistre de rnmp de la garde, alors qu'on dit : maistre de camp des gardes ou <lu régiment des gardes, (7) enfin jusque sur un baiser où deux

(1) D. I, Gl, IV, 2G0.

(2) 7m. Av. du 23 ch., IV, 113.

(3) D. II,delajal.. IV, 283.

(4) Am. H. st. 3, IV. 311; Comp. : Ib. 31. IV, 308.

(5) Am.H. ch. 4, IV, 300.

(0) Im. Ar. Rod , IV, 405.

(T) Kpit. IV, 405.

\ iï ].\ iXtC.riUNK l>K MM.IIKItKK

langues se, sont (''IrciiilfS, r'c f|iii csl iiujxjssiMc nous .itliiiiii' \r prie Liixiii'c (|iii s'y connaissait. (1^

l*ailout scjévclo un amour oxclnsif. <'troit. intolôi-anl de l;i véi-itr* riM'Jlo. .

Co u'ost pas là nnc des inoimlrcs (•iiii(»sit(''s de notre liistoiio littéraire (jnc do voir ('luniuc siècle et |)res(|ue cliiKine école se r(''clainer ainsi snccossivomeut do la voiil*'-.

Héiilistes, romantiques, classi(|ues l'ont liiil tonr à Idiu'. Mais Malherbe est leur ancôtre à tous. Donc quand on lui roj)rocliait ses projiros erreurs (2), on le battait avec ses verges, c'est lui (|ni avait posé la doctrine : le poète no se sert de la parole que ])0ur la pensée et de la pensée que pour la vérité auciui dos poètes de la cour n'aurait osé ajouter : et la vertu ).

Ces observations permettent pour conclure de rectilior une opinion trop généralement accréditée sur la réforme poétique de ce temps-là. On répHe Sivnjv-Cjis:ie que la poésie do Ronsard était savante et que Malherbe l'a tirée du pédant isnio. Ce que nous savons maintenant nous permet de faire la comparaison avec plus de précision.

Si l'on entend que la Muse de la Pléiade était plus que celle de Malherbe riche en connaissances, qu'elle faisait plus souvent abus de cette érudition, oui, cela est juste, elle était plus savante au sens que le vulgaire donne à ce mot.

Malherbe lui a recommandé, nous l'avons vu, d'évi4e.r la.Jiiy4feologie trop peu fpmiUère^ il ne vout pas, uous le vorrous, qu'elle use des mots d'école. Il lui conseille de ne pas être troj)|)hiIosophique en parlant aux: dames. A des Vers comme ceux-ci :

Je tien des simples corps dont constante est la loy, (3)

qui, un peu rajeunis, entreraient sans peine dans la Justice ou le Bonheur, il préfère la simplicité banale d'un de ces lieux com-

(1) Berg. et M, Baiser, IV, 454. Comp. encore: /). II, cli. 4, IV, 287; EL I, 14, IV, 370; Div. Am. 7, IV, 423 ; Angel., IV , 420.

(2) Guyet lui demandait à propos de quelques-uns de ses vers s'il y avait des roseaux dans la Seine devant le Louvre.

IMACI.N vrlON i:i 11 MSDN

miins (i.i'il (lrvcl,.|,|„. li.i-iiiMme sur riiic.M.lann- ,1,. la ruih,,,,.. h.

iiL'Ci'ssilr ,1e la iiDrl, laMi,.,!,-, oie. ,1 : Tout cela es! vrai.

Mais si ^[alherlje ne .l<-m;n..l.> ,..,,^ aniv.èf,^ ,1,. <•,.,.;.. l .

^^..-■■1,111111 |iii> .111 piiiK' (i|i >,.i\ ()ii- bcaiicoiij)

•' '"' "l'"maH4<-4^^amLiJiieii. (le laisser là les raiolés. mais ,1e

iH.sséder ÎLfomlJc-resl^e. En onln-, il elai.lil pnnr la premi,-.re f,:.is

•in .1 n'y a de joli ni^ be^ui que ce ,,ui est ynii. ,ine marcher dans

les étoiles n'est pas marcher dans les nuages et que « Téloile dn

c,enr humain . c'est la vérité. 11 rapproche ainsi, ce qui n'avait

jamais ete ia.t ju<,|u'al,.rs en Franc, la poésie de la science il

lcurass.o-uelenième,d3Jet,il les anime dn mèm.' esprit, il leur

croit la même nature et les mêmes moyens. Partie dti vrai, la

poésie qu'il crée n'arrive aubeau que par la métliod.'.

Dans ces conditions jV^^^^iTFien qu'elle soif moins savante nue

celle de Ronsard, elle est en tons cas plus scienlili,jue.

ciiapitrf: iv

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