‹ La doctrine de Malherbe d'après son commentaire sur DesportesChapitre 28 sur 106 · DES QUALITÉS ESSENTIELLES DU STYLE · texte numérisé non relu

DES QUALITÉS ESSENTIELLES DU STYLE

La Pureté. — La Clarté. — La Préci

Cos po.nfs généraux acquis, rien n'est plus facile que de .lélermmer les qualités auxquelles Malherbe accorde le plus grand priv Les préceptes qu'on peut extraire de son Commenfaire, très noml'ivux, mais fort peu variés, qu'ils regardent l'expression ou la IH'iisee I J), le style orné ou le style simple, se classent .l'eux-mèmes • 'H quelques grands chapitres.

11 ost évident que, ],our lui, il y a tj^vinilus es^-eiiLLdks, tlléû- '"ffiii^i^ faut penser et écrire avec pureté, avec clarlé, avec précision.

Le droit à It. Uconco (Hait indiscut(! au XVP sièclo. C était un |M.v,lege reconnu aux poètes non seulement par les doctrines de. anciens, mais par la nature même; étant inspirés d'en haut, ils

,*,'',''"" '"',""" "':''■«''""-'■ '"■■• i'opinioa de Chastes (art. rUé) qui prétend eue

Ivônsvurirf P''*r™"* ''"'"^'*^ <=' "i- * '- P<=-«- il n'a cure N " avons ^ u deja le contraire, nous le verrons encore. On trouvera s..uven des

remarques qui ne se rapportent qu'à la pensée seule, d tlnluéë de itx

pression qui ,„ est donnée (voir /;. „, ..,8, iv, ^«8 ;/..,. 2»! I V, , ; ft ,'

^s.t:ûqSi:rr :i:;s::'^"^ - - -'■"-- --■ - "-"^

nnuNOT

•178 La Doc.ruiM-: dk mm.iikiuu:

))()iivai('iil ('cjirc coninic ils dovair-nf ponsor. aulrcmciil (juc les autres : verhis imperarr, non sfrrirr (/ri/cnins M).

Honsard avait bien fait quelques réserves. Il conslate, par exemple, qu'un article omis « défigure un vers » et voudrait que « la licence fut rarement prise » mais s'il conteste l'abus, il admet l'usage : « Je suis dadvis, dit-il, de permettre quelque licence à nos poètes françois » (2), et quelques pages plus haut il a avoué la vraie doctrine de l'école : le poète doit être « porte de fureur et d'art » sans toutefois « se soucier beaucoup des reigles de grammaire ».

Y manquer est même quelquefois une beauté, à condition (pion le fasse discrètement et sobrement, comme Virgile : Impelratum est a consuctudinc ut peccare suavitatis causa liceret. C'est ainsi « que le bon écuyer se plante à dessein un peu de travers sur un cheval, que le courtisan qui a bonne grâce laisse exprès manquer un lil i\ son bas de soie ». (3)

Au contraire, dès 1610, Deimier ne veut plus eniendre parler de ces prétendues coquetteries ni même des droits supérieurs de la pensée sur le langage. Ce sont des « sottises qui ont fait leur temps (4). »

« Lorsque l'on parle contre ce que la juste grammaire requiert, écrit-il, on ne sçauroit bien parler (5). C'est la couslume aux poètes licencieux de s'eslargir à tout coup contre l'équité de la grammaire pour éviter la peine et s'armer après d'une excuse sur le subject de la mesure du vers ou de la rime. » (6) Ils « alambiquent » les termes qui alors <( ne sont plus en bon françois et n'y estant pas, les vers et les stances n'y sçauroient cstre de bonne sorte » (7). Il n'y a pas à

(1) Cité par Mlle de Gournay [Omb. G26). Comparez : Les grammairiens suivent l'usage de la langue, les poètes sont au-dessus de lui comme les sorciers obéissent aux démons, tandis que les magiciens leur commandent. (76. 572).

(2) Prèf. Franc. III, 26, III, 8.

(3) DeGûurn. Omb. 581.

(4) V. Ac. p. 102, U3, 132-146, 179, etc.

(5) Acad. p. 208.

(6) Acad. p. 116.

1)1';^. orAF.ITKS l'SSFNTlKLLKS l»r STVI.i: {"JQ

'''"''^'•' : « <^<'"'< '!"' '''^•■"I 'liiils ayiii(T.)i("M( riii.Mix l..o(.,- uiir. 111:111 vjiiso phrase on un vers que se desparlir aucuiiciii.'iil du sujet .l'une bonne invention » n'ont qu'à « se travailler en sorte que les erres de celli; invention ne soyent point séparées du bien dire ». « De proposer que les conceptions de l'àmc doivent avoir une carrière libre, c'est le vray. Mais raison par tout : car il faut pour le devoir que ceste carrière soit bornée et mesurée de quelques reigles et observations. » (2)

Et cette conviction est si forte chez lui (pril en renie son passé de poète et essaie de pallier ses fautes antérieures :

« Dès ma plus tendre jeunesse, ayant déjà en quelque mespris ces licenciemens poétiques, j'en usay fort rarement comme on le peut voir en mes livres des Illustres avantures de la.\éreïde ou Victoire navale des Vénitiens et au premier qui se nomme de mes Premièrps œurrrs qui ont esté imprimez à Paris et à Lyon (3) dans lesquels livres sont compris environ trente mille vers, que j'avois tous composés avant que j'en alteinct l'âge de vingt ans. ^[ais on ne sçauroit pas voir un traict de licence entons les vers qui sont aux livres du Pnn/cmps des lettres amoureuses et des Amoureuses destinées de Lysimond et de Clitije que j'ay faict imprimer à Paris depuis un an et demi en ça (4). Aussi j'ay toujours détesté l'usage de ces permissions poétiques et n'estoit que du temps que j'estois en Provence, on me disoit que cela se pratiquoit tousjours à la cour, chez ceux qui eserivoyent le mieux, et que cest avis m'estoit comme confirmé par les termes licencieux que je lisais dans les œuvres de Ronsard, et mesmes par les opinions de son abrégé de i art poétique, i^x^'^x^^x jamais usé ; non plus que je ne m'en serviray jamais plus. » (o)

Ce qui avait amené cette révolution, c'étaient les exçès de certains disciples de Ronsard du genre de du Monin qui avaient effrayé

(1) Acad. p. 7-8.

(2) Ib. p. 342.

(3) Prem. œuv. Lyon, 1600. in-12.

{i) Histoire des amoureuses destinées... Paris IGOS. in-l'> Le nrin- ^emps. .. Paris, 1608, in-12. ' "• /

(5) Acad. p. 108

I nll

, ,„,„ ,„i „,mo .. Ils onl, .lisail-il ù IVinM, I -pnt plus n,l,u- ,e„t<,ucrass,s - -M .^^^^1^^ ^^^^^ ^,^ Je Caire .au ; qu. altagncnl <^^ moM .^^ ..^tarassent do mois cl

"'■'■"'^^r a e â"' . f-tasUqucsel inso.cnle.. le. quelles

'° nie'" vlillice penlit en effet » non seulement leurs « inventions Celle < v^>"»'=^P'=' ^,„, i semblait les autonser .

„élancoUq«es . -- JJ^^ ^^„.^ \,. ^a langue eut beau se La « vetcnuc » de Dt,po, tes n p ^,^^^

poliv et les périodes s ordonne (2) on ^"^ ^^^" ^^

«'"«"'-- >-:-tl:f:ai;erore:X:'nrie mot(4) de

r;::lrr:ie eu. r^'>ourriffée et lesmains négligées-,

nrt un homme décidé à lui lisser ses bandeaux et à rogner

rn'Ï, lotion était disposée Ue laisser faire, ou nr.eux a

.rs^iaiberbc, c'est douteux, -'^i^,^"j:z:::z:^::z

écrivains. Utte soumibsiu ..o.: rlprniprs temps, est si

,,„eUenousnous^.o„^

''""rtCs é -■ OMenirl la Un du XYP siècle non pas souvent les cil an e ,^n, ievint complète, continue et

„ du tyran des syllabes? «

(1) Rons GiKU. Y 11, 308.

(2) Vauq. Œttu. 1, -43.

(3) Deim, Actid. Préf. p. 2 (4)RepnsàQmntmen. V. Pm'on.,U4.

(5) Acac/. p. 101.

DES OUALlTlis ESSENTIELLES DU STVLE 181

Si l'on vont jui^or l;i pail qu'il ;i eue en ce cIiangcnKMil. il suffit (récouliT ses aclversaifes. (^Cst Ijicn à lui qu'en a lli'^^Miier quand il (li'IVud les vieilles libertés de la verve qui (juel({uefois s'égaie (Il la licence. C'est lui aussi que visent, sans ([u'il soit nommément désigné, les diatribes et les plaintes de M"*' de (lournay, contre le poète grammairien, le poète valet (1), critique et hypercritiqne des mots (2), qui a enseigné à « s'informer s'il est permis de coucher sous les deux genres, épithète, espace, épigramme, poison, foudre, œuvre, amouis. pbMirs, alTaire, et plusieurs autres : s'il faut dire, il est sur pieds ou sur les pieds: quelle hardiesse est la vostre ou quelle est vostre hardiesse..., je dis vérité ou la vérité : je veux voir que c'est, ou ce que c'est..., le Dieu de gloire, ou de la gloire : fay ou fais : rcn ou rends à l'impel'atif, outre une ([uanlité de semi)lables. » Ç.\\ C'est bien lui encore (|iii a attaché « la gloire et le triomphe de la poésie en la polissure, cl en la syntaxe, toute simple, vulgaire et crïic du langage natal. » (4)

En ell'et, s'il a fait ses autres réformes avec amour, il a poursuivi celle-là avec fanatisme. Il n'est pas sûr qu'il y pensât encore en pleine agonie et qu'il ait repris sa garde d'avoir laissé échapper un barbai'isme. Ces mots de mourants, composés le pins souvent après coup, de façon à résumer une vio ou un caractère tout entiers, sont suspects. En tous cas, pendant vingt ans, le principal efl'ortMe

M a l h e rho^avalt porté s m- pr> pnint .

La^loctrine. toujours rigide, prenait ici un caractère plus absolu et^jliis impératif enron\

Qui qu'on soit, fût-on le roi, on ne peut faire dire une cuillère, si l'usage n'en a pas décidé ainsi, « à moins que de faire défense, à peine de C livres d'amende, Tle la nommer autrement » (o).

A plus forte raison se faut-il interdire toute fantaisie si l'on n'est (jue poète. Nulle pensée, quelque jolie ou profonde qu'elle puisse

(1) Omb. 443, G25.

(5) Le mot est à peu près repris aux anciens, comme beaucoup de ceux qui font radmiration de Kac-an. V. lUc dans Malli. L\X1X.

182 i.A I)oi;iiiim; \)K .maliieiuu:

ôlre, n'excuse une Taule. Si on ne peiil l'oxprimei- eon-ertemcnt, il faut en faire le sacrifice (1). Quel que soit le j>r(Hexte, on doit ccriic purement, il n'y a pas de droit contre la règle.

Je sais bi<'n rjiic malgré tout il s'accorde à lui-même de temps enj^mps certaines libertés. Il hasarde des mots nouveaux, il s'opiniàtre même à en employer que personne ne veut recevoir (2).

Mais ce n'est que dans ses lettres familières ou dans sa conversation qu'il se laisse ainsi aller.

ïrouve-t-on dans ses œuvres soignées qucKjucs rares cas d'insubordination à ses pi'opros l'ègles, c'est, le cas de se souvenir de l'esprit de contradiction qm faisait U\ fond de son caractère.

Les applications qu'il fait à Desportes de ces théories sont si nombreuses, elles vont remplir une si grosse part de ce volume, que nous sommes dispensé ici de donner aiu-ni) ovcmplo jnstificatif. La sévérité minutieuse du maître éclatera à cha([ue })a^(' et montrera, sans qu'il soit besoin de l'annoncer, quel cas il faisait de la pureté.

Son chapitre des licences se résumait comme celui de M. de Banville : <( Il n'y^ a pas de licences poétiques », avec celte différence, toutefois, que l'observation est jetée en passant par nos Parnassiens comme une chose reçue et approuvée, tandis ({ue dans l'art poétique de Malherbe elle eût été placée en tête de tout l'ouvrage, comme la hase et le fondement même du système.

Aprèsja pureté, Malherbe a passioniiément aimé Qa clarté^du langage. Deimier. qui a le premier posé d'une manièi'e'"iTttTïchement impérative le principe de l'école nouvelle, à savoir « qu'il vaut mieux n'escrire point que d'escrire parmi les nuages de l'obscurité », dans le long chapitre où il justifie et développe ce pré-

(1) Rac. Œuv. I. 3i3. Le conseil de Malherbe se rapporte, il est vrai, à une ([uestion de métriqu.', mais il nexcuse pas plus un genre de fautes que l'autre.

;2) V. plus loin aux néologismes.

DES QLALITKS ESSEMIIÙLLliS DU STVLh 183

C(>pte, reconnaît et compte Malherbe parmi les ennemis de la

« sombreur » à coté de du Perron, dos 1». Ilichoommo cf Collon, do

d'Urfé, de CoetTeteau et do Du Vair(l).

L'éloge est mérite" elou pourrail ;iriirni('rà;;;7V>r/: ([u'il doilTéti-e,

car il est peu probahb' ([u'uii liomme tout de raison, comme Malliorbo, n'ait pas voulu avant tout comprendre et étre çomj)ris : En etïet, quoiqu'on relève jusque diins^st^mcilleures pièces 2) des vers embarrassas et obscurs, son style est en ^^énéral. même dans sa prose, infiniment plus clair qne celui dr> AfnT^tnip"^ par exemple. M"" de Gournay le sentait bien quand elle discutait l'iuiporlance accordée à cet avantage et la prétention de l'école qui (> croyait avoir deiïait un livre quand elle avait dit : Je ne Tentends pas». « 0 Dieu ! s"écrie-t-elle, dans une apostrophe aussi in(|uiète qu'indignée, si la mesure du prix d'un écrivain despend de la facilité d'intelligence, que deviendront Aristote et Platon ? que deviendra Plutarque, si dur et serré en son original, si peu intelligible an vulgaire en sa version mesme..., que deviendra Seneque en plusieurs traictez? quoy les Essais'? quoy Tacite? Thucidide? etc. ». Ces questions allaient droit à Malherbe. C'est lui qui voulaitfaire du style un bouillon d'eau claire. Le mot avant d'être repris contre Yaugelas avait été lancé contre lui. De fait il a employé tous ses soins, le Commentaire le démontre, à ii 1 1 rer ieJ)Ouillon. (3)

En elTet, sitôt que Desporles laisse échapper une phrase comme celle que voici :

Si ramoui- de ma foy rend vostre ame craintive,

Malherbe l'arrête. « Qu'est-ce »? dit-il (4). Il veut (juc rien ne reste indécis ni de l'ensemble, ni des détails, et ne pardonne jamais, je

(1) V. Acad. 276. Comp. tout le chapitre.

(2) Voyez par exemple dans l'ode à M. de Bellegarde (I, 110) les vers 51 et suivants, et aussi GS à 70. Comp. I, 213, v. 93, etc.

(3) V. Omb. 191 etSorel, B. franc. 250, 2G0 (1667) Comp.: Lnniothe le Vayer, Latt. à Naudè, p. 24.

18i i-v uocriuM!) i)K MAI iiEHni;

110 (lis piis il lin vers cnlifr, mais mr-iiM- à une imu^o ou à une expression dont le sens n'cippiiraît pas sans retard.

Hien de plus facile à suivre (]ue le sonnet où Desporles cxj)lir|Me comment chez tous les hommes, sauf chez lui, <' tout, ainsi que le lemps, se change le désir », la sagesse leur venant avec la maturité. Mais il se perd ici :

Chacun lors, par le tans rendu plus advisé,

Voyant l'âge qui glisse à la miict diaposè.

Songe à faire retraite ains que le jour luy faille. (Ij

Malherbe ne manque pas de noter le vers. Ailleui's le poète s'adresse à son cœur :

Je te Tavois bien dit, pauvre cœur désolé,

Que tu ne devois pas si laschement te rendre

Tu vois comme il t'en prend, toniheur est envolé, Tu demeures captif, ton bien est mis en cendre.

11 est dans l'^s ^Tn^vurs du temps si souvent question de Ilammes, (jue l'image des cendres se présente tout naturellement. Néanmoins à y l'ogarder de près, on ne voit p;m l^ion cf gno \o rœur do Despoiles 4iûiLVxLLt-4msâMer , Malli^erhe vpudiait le voir : <( Que veut-il dire que le bien de son cœur est mis en cendre ? » (2)

Et ainsi partout. Qu'est-ce que des nuits ordonnées au mal de quehprun? (3) Que peui faire Dieu quand il courre une influence'^. (4; Comment s'y prendre pour faire épreuve de glaçons] (.o) De quelle manière se représenter un brouillement confus tout bruyant de tempête (6), un cJiar allumé de rayons (7), un homme (jéné de courroux'} (8) etc.

(1) Clcon. 30, IV, 336.

(3) Am. d'H. 22, IV, 303.

(4) Epit. Marg. duch. de Savoie, IV, 41)5.

(5) Am. d'H. son. 12, IV, 29'J.

(6) El. I, 19, IV, 376.

(7) El. H, La Pyrom., IV, 386.

(8) Div. Am. St. du Mar., IV, 44G. Comp.: El. II, av. 2, IV, 397; ib. 1, 19, IV, 376 : 76. Disc, IV, 378; Div. Am. st. 2, IV. 439; D. I. comp. 4. IV, 269, cil. d'Ain., IV, 265 ; D. \, Proe. contr. Am , IV, 263. II, cli. 4, IV, 2S1 ; ib. 76, IV, 296; fm. de lAr. Rul. fui'., IV. 399; El. II, 4, IV, 381. Bcrg. et Masc. cump. 2, IV, 459.

I)f:s oiAMTKS i:ssi;mii:m,i:s ur styi.i: 485

Toiil cela |»iii'aî( à M:iIIici-Ih' inr<innin'-lu-»sil)lc il Icdil et souvent avec \ivacil(''. Afais là ne s'arrête pas son anioiir de la clarté et il montre d'antres exigences. Non senlenienf II veul eiilendi-e, mais entendre sans elTort. (4).

Ainsi il blâme ce dél)ul de sonnet, (jui nous (-tonne un jieii, mais (jui était plus clair pour les gens de l'époque :

Souci chaud et i^lacé, que la crainte a fait naistre, Et qui, craignant 2^ lu s fort, deviens jjIus violant.

La vieille langue admettait en efîet cette construction du participe remplaçant une proposition conjonctive ; Malherbe le savait bien puisqu'il va s'en prendre à ce tour, il se rendait donc compte (jue craignant plus fart é(j[ui valait à à nicsurc que je crains plus fort. Mais il ne veut pas d'explication : « Je ne vous entends point, » (2) dit-il.

Voici un deuxii^mie exemple^ les vers sont empruntés aux stances 4 d'IIippolyte :

Qui aime en plus d'un lieu, ne sçauroit bien aimei". D'une seule lumière, en la nuit allumée, L'ombre entière se fait qui se perd consumée, Par les rayons esj)ai'S des flambeaux d'alentour.

Il n'est pas difticile de voii- (jue le poète, las sans donlt^ de comparer l'amour à une llamme, le compare à une ombre. Poiir qu'elle existe il faut une seule lumière, car si vous entourez la chandelle de plusieurs autres placées de l'autre côté des objets, tout se trouve éclairé « par les rayons épars des flambeaux dalenlour », donc plus d'ombre.

Malherbe eut sans doute pn-féré IjrnTipe banah^ et transpareiilii : 'il répète encore son « je ne vous entends point. » (3)

(1) « Je crois qu'il a intention de dire quelque cliose de l)on, mais il faut deviner. » {D. I, comp. 4, IV, 260).

(2) Am.d'H. son. 70, IV, 319.

(3) Am. H. st. 1. IV, 318.

186 LA DOCTIUNK DE MALIIKHHE

Et vingt fois, cent fois on retrouve dans le Commenlaiic ces points d'interrogaliou et ces apostrophes. (1)

Il ne lui ftiul-|.)oinl de flemi-clartés. I/éniii vogue mi'nie lui est 0 dieusc. C h o i s i r Aptro donv sont; n.'n<it nn^niQ devlnci' ctiljùic c o rd e jiuiiais-tpuan l'y oblige ; quand on lui parle d'un désir qui offusque les esprits et les va bandant, il trouve que c'est « mal parler, car il semble que bander les esprits, ce soit leur faire faire un effoi't et non leur mettre un bandeau. » (2) Mauvaise aussi et [)()ur une raison analogue cette apostrophe à une maîtresse :

Si vous voyez mon cœur ain>ii que mon visar/e Meurdry, couvert de sang.

Il semble, dit-il, qu'il veuille dire : « Si vous voyiez mon cœur meurtri, etc. ainsi que mon visage » et il veut dire simplement : « Si vous voyiez mon cœur, comme vous voyez mon visage, vous le verriez meurtri... et en auriez pitié. 11 s'est mal exprimé. » (3)

Ouclquefois, pour qui n(> lit pas seulement des yeux, le texte de Desportes ne peut prêter à aucune erreur. Quand il parle de deux beaux yeux, aux rayons si nuisants, personne n'imaginera ([u'il veuille dire qu'ils sont nuisants aux rayons. (4) De. môme lorsc^u'il nous peint trois belles sœurs, immortelles déesses, Malherbe prétend en vain que belle ne se met jamais devant sœur, mère ni fille, le lecteur n'aura nul besoin de se remémorer sa mythologie pour apercevoir de qui il s'agit, (o)

Mais aux yeux de Malherbe aucune ambiguïté, même si elle est

(1) D. l proc, IV, 267; rimes tierces, IV. 272: Am. d'H. 63, IV, 317 et 64 ib ; ib. 70, IV, 319 ; 75, IV, 320; ib. El. 2, IV, 307 ; ib. El. 3, IV, 308 ; Div. Am. ch. 1, IV, 426 ; son. 19. IV, 434; Im. de l'Ar., Rod., IV, 410 ; ib. Angel, IV, 414; i6. Roi. f., IV, 400; Cart. et Masc. Hyd. damour, IV, 461; Epit. Cl. de l'Aub., IV, 469 ; ib. Marecli. de Briss, IV. 464, etc.

(2) Cleo7i. st. 2, IV, 336.

(3) El , I, 11, IV, 367. Gomp. : Div. Am. cli. 5. IV. 438; ib. cli. 2, IV, 429. Berg. et M. st. 1, IV, 454.

(4) D. II, pi. I, IV, 274.

(5) Cart. et Masc. M. de faunes, IV. 4.59. Gomp. encore : D. I, ch. d'am. IV, 265; Im. de l'Ar. Rod., IV, 406: D. II, 75, IV, 295; Div. Am. ch. 2, IV, 430. EL I, Disc, IV, 378.

DKs (jrvLiTKs i:.ssi;mii:lli:s uu style 187

|)Iiis;i|.|.;in'iilof|U(MV('ll(',iicp(.n(sc'lolér('r,(lùll;im(.iii(lr('all.-iili.>n IV'claiicii- Il laiil ([ii'on puisse lii-c, même dislraitemeiil .

Si l'on v(nil mc'ditor ou vC'vov sur un vers, ce ne doit {)as rire [•OUI- riiileipiéler. Comme un hel argument, une belle phrase p<)éli(iU(> ne lait d'oiret qu a condition d'être éclatante de lumière. '< (rest peu(iu'on puisse nous comprendre, il faut (ju'on ne puisse pas ne pas nous comprendre ». (I)

Pour cela un certain nombre de vices sont à éviter, il faut se^^. garder dog Gllip»]or tHfrp-fnrfc^des expressions impropres, ainsi ^ de siiite. Nous retrouverons ces indications ailleurs. Constatons ( seulement ici qu'elles existent et que Malberbe a non seulement / condamné l'obscurité, mai^xlicj^obé-e^-d^temiiné d'où elle venait. )

« Entre toutes les difTérenfes expressions qui peuvent rendre une seule de nos pensées, dit La Bruyère, il n'y en a qu'une qui soit la bonne; on ne la rencontre pas toujours en parlant ou en écrivant; il est vrai néanmoins qu'elle existe, que tout ce qui ne l'est point est faible, et ne satisfait point un homme d'esprit (jui veut se faire entendre. » (2)

C'est la doctrine même de Malherbe II en avait si bien pénétré ses disciples (3) que Racan ne veutd'autie ornement pour sa prose que <( la netteté de bien exprimer ses pensées » et Mavnard persuadé qu'on ne peut atteindre en vers cette netteté en raison des embarras

(1) Vaugelas. Cf. : « C'est à faire aux paroles de faire entendre le sens et non pas au sens de faire entendre les paroles, et c'est renverser la nature des flioses, que d'en user autrement. C'est faire comme à la feste des Saturnales, où les serviteurs estoient servis par leurs maistres, le sens estant comme le maistre et les mots comme les serviteurs. » II. 370.

(2) Des Ouv. de l'esprit .

(3. Rac. Lettres, Tome I, p. 33'.). Comp. ; iMainard, Lettres ; à de Flotte p. G34.

188 L\ UOCTIUNE Di: MALlILKlli:

tic lu vci'silifjilioii, 110 so lasse pourtant pas de la clici-clicr et de la vouloir.

Le maître avait, eu ellet, couseieuce que toutes les exigenees seraient vaines s'il n'arrivait sur ce point à un succès complet. Il sent ([uc Dosporles « pense souvent quelque chose de bon, mais s'explique ensuite comme il peut. » (1)

Dès lors à quoi bon des^4d4as--jxi5ies que l'expressionjausse, des idées claires qu'elle obscurcit, de beaux mouvements auxquels elle ôte leur grâce et leur force?

Il faut donc choisir ses mots. Desportes prend les siens avec une telle insouciance qu'il lui arrive de dire tout le contraire de ce qu'il veut dire et d'aboutir à des absurdités. Ainsi une de ses maîtresses se rappelle avec mélancolie que là où elle passe aujourd'hui seule, elle a eu bien dos rondoz-vous. « C'est là. dit elle, où j'étais étendue sur l'herbe, de 7non fidèle amant bien souvent attendue. L'hémistiche fait évidemment contre-sens. Si elle était couchée, c'était elle qui attendait. (2) El de semblables négligences sont fréquentes. (3)

Il faut commencer par dire ce que l'on pense. Mais c'est là une vertu si élémentaire qu'elle n'est môme plus do la précision. Malherbe veut qu'on aille plus loin et qu'on parle non seulement vraj^jnais juste .

Souvent, nous en avons parlé déjà, c'est une condition pour èlre clair. Ainsi que veut dire cet hémistiche : Chacun le pense, dans les doux vers suivants :

Si tost qu'une autre amour commence Elle apparoist, chacun le pense "^

(1) El. 1, 11, IV, 367. Et de semblables notes reviennent à chaque instant : « ce n'est pas ce qu'il veut dire » [Am. H. 63, IV, 317); o II veut dire — vous pouvez voir comme il s'exprime » [Div. Am. 36, IV, 438.) « Il ne dit pas ce qu'il pense dire. » (Div. Am. st.. 2, IV, 439). Comp. encore/). 1, ch. d'am.. IV. 265

[T) Bcrg. et M. comp. 1, IV, 157.

(3) V. Im Ar. mort de Rod., IV. 411 ; D 1, 4. IV, 250; Cleon. \\, IV,

W.9, OUALITKS KSSKNIIF.LI.KS hV STVLF, I S!)

Il faut deviner que cela sif^iiilie : chacun s'en aperçoil, le découvre (i).

Ici encore :

Mais six lustres si tost n'ont, mon à^^e borné, Que du chemin passé je nie snis destourné Tout honteux que si tard^'a^e e.s-^é variable ;

on esl obligé de faire elfort pour comprendre que être rariahlo veut dire changer de façon de vivre (2). Et ainsi à chaque instant par la faute de l'expression; si elle n'est pas choisie avec la plus grande exactitude, elle devient la source d'une multitude d'obscurités (3) ou d'équivoques. (4)

Eu second lieu s'exprimer au hasard, c'est s'exposer à dénaturer la pensée.

Desportes dit quej^a mort liaiinltiuJustesse, c'est mal : elle no la hamiit pas, elle la finit. (5) Il nomme sa passion un « accès » ; quand on parle à sa dame, à moins qu'on n'affiche des intentions volages, une pareille erreur est la dernière des maladresses, elle dément tous les serments. (6) Se plaindre de l'exil, affirmer qu'on compte les jours, et deux vers plus loin parler du choix ([u'on a fait de son séjour, c'est une nouvelle inconséquence, il faut nécessairement un mot qui indique qu'on est là « par force et non par élection ». (7)

« Il advint » peut être une formule commode aux conteurs. Mais il ne faut pas l'employer pour annoncer qu'Angélique « eut envie

(1) Am. f/. cil. 10, IV. 325.

(2)D. Am. 3G, IV, 438.

(3) V. Am. H. Pi-ière, I, IV, 301. D. II, Ch. -2, IV, 29G. Ib. Rimes tierc. IV, 272. Im. Ar. Angel. IV, 420. Cart. et Masc. des Chasseurs, IV, 'iGî. Dir. AmAQ, IV, 131.

(4) El. I, Disc. IV, 378.

(5) Am. H. 38, IV, 310.

(7) Am. H. 86, IV, 323. Comp. : Dir, Am. conip. 3, IV. 441; C/enn., st. 3, IV, 338; Div, Am. st. i. IV, 442; Am. H. 58, IV, 315; El I 18, IV, 375; Ib. dise, IV. 377.

iOO LA UOCTI'.IM; l»K .M\Llli:UIil':

de s'en rotoiirnor on son pays pour y l'aire couronner son anmnt, ce n'est pas un accident ni une aventure, mais nu besoin ou une autre telle chose ». (1)

Au mieux aller, si on n'écrit pas juste, on est presque sur de ne dire plus que partiellement ou faiblement ce qui, grâce à la |)ropriété des termes, eut ressorti avec force, peut-être avec éclat.

Ainsi, voilà que sa maîtresse a réduit iJesporles en cendres et il ne trouve pour qualitier ce crime que le mot iyautraf/rr alors vieilli et usé. Comme dit la note, c'est vraiment « trop })(mi jxjur ce qu'il veut dire. » (2) Dans ses Stances du mariar/e^'W reprend contre les femmes la vieille fable de Pandore suscitée par Jupiter après le crime de Proméihée ; il a le choix pour peindre la colère du dieu entre courroucé, irrifj', furieux, etc., et il ne trouve que despilé, comme s'il était question d'un caprice. (3)

Un autre jour il nous conte sa tristesse. Que de fois il a pleuré et maudit sa vie ! Et pourquoi ? parce qu'il se forgeait sans raison un mécontciiteitu'iit. Les modernes qui ont fait tant de mots, de vers et de volumes pour essayer de traduire ces désespérances, ne pourront que reconnaître avec Malherbe que « s'il n'y avait que du mécontentement^ cela ne valait point maudire sa vie. » (4)

On trouvera dans les poèmes de Desportes pas mal de ces défaillances soudaines d'expression qui font tomber le lecteur des hauteurs ou un bel élan avait porté la pensée ou le sentiment (3). . Malherbe en voit fort distinctement la cause. Un autre que lui se laisserait pourtant tromper par les artitices qui dissimulent ces défaillances, séduire à l'éclat des images, lui jamais.

Voici deux vers sur lesquels on passerait facilement :

(II) fuit, libre d'amour, d'un cœur léger et pront, Plus soudain qu'un torrent ne s'escoule d'un inont.

(1) hn. de l'Ar.. Angel. IV, 416. Comparez ce qu'il dit de soutenir la fièvre. D. I, 19, IV, 253 et Cleo)i. 55, IV, 342.

(2) Cleon. 53, IV, 341.

(3) Div. A m. st. du Mar. IV, 445.

(4) D. I Cont. Am., IV, 271.

(5) Im. Ar. Angel., IV, 417 ; Am. H. Ch. 4, IV, 306 ; Div. am. Dial. 2. IV, /j28; d. II. 34, IV, 2SÏ:E]nt. comp. I, IV. 470.

Di:S UlALITliS ESSÉNTlKLhLS 1)1' STVLI-: '19^

II Iroiivo la comparaison maiivaiso (li. Celle-ci ne vaut pas mieux :

Du coraj fut sa boticlie et sou œil j^^-ossissant Tressailioil de clairté coiniiie un nouveau ci-oissant, Il eut le teint de lis et d'œillets mis ensemble, Ou comme la couleur d'une rose qui tremble, Nageant tout lentement dessus du laict caillé : Bref, il semble à le voir d'un pré bien esmaillé.

Même après la description (jui précède et prépare le dernier vers, il lui semble que comparer un liommfi à un pré esf evtiîuvagant(2). ^

D'autres figures, pour être moins étranges, n'en sont pas mieux reçues : Les pensées des hommes peuvent ressembler aux girouettes qui tremblent inconslammentsurles maisons, mais non à lair, aux vents et aux saisons. Pour les deux premiers, passe 1 « Mais à (|uel propos aux saisons? Elles sont réglées en leur changement, et puis les saisons ne changent pas à bien parler, mais elles succèdent l'une à l'autre (3) ».

Donc iiiétaphpres. çom.mu:aisons. images quelconques doivent être justes avant toiit. La loi du style simple s'applique aussi au style figuré. jUaut écrirc^xactement. si l'on veut écrire clairement et fortement.

Cela veut-il dire qu'il faut toujours employer le mot propre et jamais d^jiirconlocutions? Non. La périphrase compte au nombre des ligures autorisées, mais à condilion d'ojjéir aux mêmes règles que nous venons d'énoncer.

(1) El. II, av. 1% IV, 387.

(2) hn. de VAr. Angel. IV, 415. Comp. : Clcon. 20, IV, 334 et surtout tpit. de Cl. de l'Aubespine, IV, 4G7.

(3) Div.Am. ch. 6, IV, 144. Comp. : I), I, cont Amour, IV, 272 Div Am compl. 1, IV, 441.

192 r.\ i)f)f:'iniNr: ur. mm.hriîiu:

C'est-à-(lii'o (ju'unc [XM-iplirciso- no doil [)as êiro un moyen j2^^ (l 'cm ployer doux mots pour un et do l'cmplif son vors : Voir refrappé

pour \'f'c//o, la flniiinw iHlutrêj' pour le soleil^ lo jdufi cJuiud élément [»()ur le feu, ne soûl que dos sortes de chovillos (1). Avant nos modernes, Malherbe s'est moqué des Delilles de son temps et de leur façon de peindre le feu du bricjuet :

Comme on voit un caillou refrapé maintesfois Par force avec du fer, servir d'amorce au bois. ('2)

Passant à côté de ce vers :

... foudroie en ioinbant les trésors d'un bocage,

« Il aura foudroyé quelque buisson », romarque-t-il ironiquement (3). Et dans son exemplaire il a fait un massacre général dos archers paphiens^ enfants cijprifns, enfants de Mars, et autres périphrases de Gradus, dont la Pléiade avait tant abusé (4).

Renoncer aussi à ces tours par lesquels la pensée se trouve rendue plus vague, plus faible ou plus obscure, exactement comme tout à l'heure. En effet, qui sera bien sur que verser une angoisseuse pluie c'est pleurer? (a). Compter du printemps la richesse amassée ne dit pas si on compte les herbes ou les fleurs, ou les feuilles ou tout ensemble. Une amoureuse envie n'est pas V amour, ce n'est qu'un épisode, qu'une forme de la passion (6).

Il faut donc écarter ces expressions qui prétendent traduire la pensée et qui la trahissent.

(1) Dit.Am. ch. 2, IV. 430. FA. II, La Pyr. IV, ;384 Cleon. î)3, IV, 3.^0.

(2) Am. H. 54. IV. 31 i.

(3) /m. Ar. Rod, IV, 405.

(4) Voir dans l'exemplaire de la B. N. Berg. Discours; Efit. sur la mort de Maugiron; Masc. pour le roy Henri III. M'" de Gournay (Omb. 962, 964), défend la voûte éthérée, le rond habitable, d'autres encore.

(5) Am. IL 2(1. IV, 303. Comp. dans le M. de la B. N. El. av. 1* et ib. I, 2 où le mot angoisseux est rayé.

(6) Ms. de la B. N. .4m. // S(Mi. 20. Comp. : Clcnn. 3n. IV, 337.

I)i:s Ml \(jTi:s lissF.MiKi.t.r.s m .si\i.i;

(le iTi'-l pas (|iioii rii- Iioiim' dans .Mallicil).' <|iic|i|iic>- vrr^ .|iii ia()|n'll<Mit (-«Mix-ci cl (|iril a (lu icinplir lion j^iV- mal -i('- un jour (le besoin. Mais, en général, il lail ini |)jiis sa^o et. pins jhHJnIo nsa^e de la périphrase. Entre ses mains elle devient souvent non pins un nunen de dé.i^uiser sa pensée, mais au contraire d'v ajonlcr. Elle ne la rend pas vague, mais |)récise.

Je n'en cilerai ([uHn cxeinijlc. (le son! les derniers vers de celle strophe :

Aussi bien cliaiiler d'aiilrc chose, Ayant cliaulé de sa grandeui-, Seroit-ce pas après'la rose Aux pavots chercher de l'odeur:' Et des louanges de la lune Descendre a la clarté conuuuiic D'iui de ces feux du finuauirul, Oui sans |)rofiter et sans nuii-c, N'oiil reçu rusa,i4'e de. luire }ne ])ar le nombre seulemcid? (Ij

Sans doute on pouvait simplement nommer les étoiles, il était peut-être m 'ine possible de marquer par un ou deux adjectifs d'une façon plus concise leur infériorité par rapport aux autres astres. La périplirase tient de sa nature même ce défaut qu'elle est un développement. Mais tgiis Les d iwel o piiaQienis.ne aimLpiisj^-£rbiag(' , ot celui=£Ljiéoiûntre avoc uiiû i:ai:ilabJc força l'idée qujmjnot n'eùt^qu'indiq^uée.

Voilà la figure telle que Mallierbe la veut, semblable à un chemin circulaire^d'on le Iprfpn.» h.upnn.^.^„tonr de lii pendre, non pas sans jamais la voir, mais au contraire en la découvrant sans, cesse sous de nouveaux aspecls et en emportant uïîëconnaissance plus profonde que s'il l'avait abordée directement en un point. Au lieu de contredire la doctrine, cette concession l'affirme.

(l) Malh. Œuv. l, 210, v. 41. Comp. : I, 77, 117. pa-e KiS : il y en a jusqu'à trois dans la même strophe.

RRUXOT ..t

494 '-^ DOCTRINE i>K M M.ni.inîf-

Malherbc se rond fort bien compte, ajontons-le en terminant, qu'arriver à la précision qnil désire ne sera pas Chose facle, et que l'écrivain devra rélléchir. Toutefois, un i.istant .1 altml.ou bien souvent suflira pour l'avertir quo raru-ut n'est pas liquide (4 par conséquent qu'on n'y saurait détremper des couleurs (1) que la froideur ne sèche rien, mais la chaleur (2), que le feu, l air. l'eau n'ont pas de fers dont le sommeil vous puisse retirer (3) qu'on ne gît pas au ciel (4) ; tout cela n'est rien. Un auteur qu. se relit effacera en seconde lecture ces inadvertances. Pour le reste, il devra vouloir et peiner.

En outre il lui faudra une langiiç où chaque terme aura des sens bieiLdétermin^ et des nua^einottementdéiinies. Malherbe lésait et s'en préoccupe.

Il se met, nous le verrons, à ce travail d'analyse et commence la Mljnlim -^- ^^-^- ^'" vocahulaiiic à laquelle Jes^ramimu riens n'aviiienLosé encove^jlïUm^ directement.. Nous dirons plus tard avec quel sûr instinct, la nature même de ces recherches nous ayant obli^^ à les classer dans la partie -rammalicale de ce travail. Toutefois il importe de les annoncer ici même, afin de montrer que Malherbe n'a pas fait qu^indiquer des tendances. Il a voulu la fin et les moyens.

(2) Am. H. 68, IV, 318.

(4) Epit.Bn latin de M. de Pimpont. IV, 408. Comp. EL I, 13, IV, 3Gfl; ib. IV, 370, Epit. de la mort de Diane, VII, IV, 470.

CIIAPlTIli: V

DES AUTIÎKS OUALITÉS DU SIÏLr:

La sohriéti'-. — Le c/ioix tirs ornonionts

Avant Vaiigolas. :\lalhcrbo avait remarqiuj que. lc.s.ii supprossiong de mots-Mmt-aixLiiiiiirriiiiMit viripn^o^ on nncf.>n )f^nr.-,iP „ ^ j|,.g les quelques alinéas des Remarques à ce sujet, on pourrait croire tout le contraire, car Yaugelas prend précisément pour exem{)les de mauvaises phrases des phrases de Malherbe. Il est certain qu'il y a encore des ellipses dans son langao-e, il y en a, et heureusement, encore dans le notre, mais nul plus que Malherbe n'a haï l'abus, on peut presque dire l'usage habituel de cette figure, car un des plus sûrs moyens d'embrouiller la phrase, à son avis, c'est d'en sousentendre un élément. Ainsi il semble y avoir une contradiction dans le second de ces vers :

Puis donc qu'elle a changé de flamme et de courage, Et que son cœur tout mien s'est ailleurs diverti C'est qu'il manque, suivant Malherbe, un verbe comme qui fut. indiquant que les deux actions se sont succédé, que le cœur a été :i lui, puis s'est seulement diverti ailleurs (1). Dans cette autre phrase :

Si rien me faitpallir, c'est hélas ! seulement Que mon feu soit connu -par mon embrasement . le sens se retrouve, le premier hémistiche renfermant implicitement ridée de crainte dont la pâleur est le signe extérieur; n'importe il eût fallu ajouter « la peur ou la crainte ou queb^ue chose de sem-

(1) Clcon. son. 84, IV, 348.

1,^ ixii.riiiM: l'i: \i m.iii.hi-.i;

blahlc. ))(l,L.'l.M-lonr «loil suv.m- co riu'.m v.miI .lin- H non 1<. (IcviiuT i)ar aiscrrlion. (2)

P„li (io co principo.Malhorbo va jusqu^à préiéivr nWulMT.Mnn.l à r,xurossinnl..TVcnK>isincompl.Mo la forme lour.l. mu. n'<.l.l...' a rien suppléer, el cela dans une foule de cas où la .lail.'- u. 1 rx.ge plus : Ce refrain de romance

Fasse le ciel ce qu'il voudra, Ce joui' au cœur me reviendra.

n'apasbesoiudu ujol « toujours. » On sait bien que quand Vhomme promet de se souvenir ce n'est jamais que pour 1 éternité. ^ importe Malherbe tient à l'adverbe banal et menteur. (3)

Eprh de gloire ne lui plaît pas; oui bien : épns de desir de qloire (4) La moisson semée pour d'autres le laisse anxieux. Il ne sait si c'est bien dit, pour lui il ne le dirait pas (o). Nous retrouverons dans les différents chapitres de la grammaire une foule d'ellipses ainsi relevées. Beaucoup constituent des fautes contre la correction, de là la place que nous leur avons donnée. On ne saurait oublier toutefois que toutes ses exigences sur ce pomt procèdent d'une doctrine générale, à savoir que la pensée doit être exprimée entière et complète.

En revanche Malherbe^-nmeit pns qn'on perdit sej^iaroles. <c 11 ne uouvoit soulïrir qu'un mendiant l'appelât noble gentilhomme, ,t, ',H,u qu,^ si on (^st gentilhomme on est noble. » (6) Et en vertu du même principe il avait effacé de ses Heures les noms particuliers

D. I, comp. 3, IV, 264 ; Cart. et masc. des faunes, H , 400.

(3) Cleon. od., IV, 351.

(4)/m. ylr. mortdeRod.IV, 411

(5) Jb. Angel. IV, 414. Oomp. : Am- <l Ihri>. VA- K •>^«'-

(6) Racan dans Malli. Œuv. LXXII.

I)i:s \l ruiJS ni ALlTliS 1)1 .Sl\lj; J(J7

(les SuiuLs, ic.sunuiiiL loiiles li;s litnnics dans iinc mmiI.. plunsc : Omnrfi snncti fit sanrtœ Dfi, oralfi pro nohis. » I i

I 11 hoiniii.' (iiii ji(.ii<s;ii( ainsi rrcoiiomi.. jiis(|ir;i ivI'iixm- à cnix <|ii'il priait l'hoiiiieur auxquels ils cusson! pnil-rliv ('(é sensibles, tlVlre aj)()elés par leur nom et implorés individiK'Iloment, devait rire sinj^uliènMuentagact^jaHi-iiiiu-unii^^^ qui o.;H,.„t

si souvent les œuvres des poètes du XV!*" siècle.

AussLaittej)rolixii« es( un des viees qu'il attaqne le p[ii> m.mv.'hI dans les pocMues de Desportes. A chaque pa^^c il (roiivc quelque bourre ou chc-ville, et sa hache va bon train à travei-s le fouillis, al. allant de ci de là grosses et menues branches dont (|U(dques-unes portaient d(»s lleui-s. Jamais bûcherons de la i'onH de Gastint's ne 1 avaient dévastée avec plus de rigueur.

D'abord il arrive souvent queues chevilles intmdnilo^ pn...- Uûvo le vers l'alTaiblissent on le gàlent.

Quaml on a parlé d'une fièvre cfamour Inhumainr, ajonler fl contraire pour avoir la rime, c'est déiruire l'efTel du picmier adjeclir beaucoup plus forl (|uc celui (pii le suit. Diiraù/e après immortelle produit un ellet tout semblable. (2) De même encore après avoir dit iju une beauté vous allume, à quoi bon dire qu'elle émeut votre cœur. « Si elle vous allume, observe avec raison lÀhilherbe, que voulez vous qu'elle fasse davantage? »

Or souvent le résultat de ce système trop facile de remplissage ost pire encore. Les mots superilus jetés la pour faciliter une versi- (icalion négligée et indolente troublent le sens (3) ou le corrompent tout-à-fait. (4) Le duc d'Anjou partant en IN.loom. p,.„i ^iji,, ^ i^ France :

0 l-'rance où j'ai reçu tant d'honneurs

Mais ajouter à honneurs mérités^ c'est prêter au futur roi ime vanité déplaisante. Le mol, comme dit Malherbe, sied mal en la

(1) Kacan dansMalh.. LXXVII.

(2) Am. (VH. ei. 2. IV, 308. Im. de l'Ar. Hod. \\\ lio.

(3) D. I, ch. dam., IV, 264.

(4) EL I, y, IV, 3G3 à propos de finement; Ctcon. 54, IV, M'2 à propos A'cteinte, et Epit. du lat. de M. de l'in.pont. IV. KîS. à propos de loiule et la tlamme.

198 I,A I^UCTIUM-; dp: MALlIERltK

boucho de celui à (|ui le poMc le l'ail dire. Un mol de Irop rend tout mauvais, (1)

Mais m<*me en dehors de ces cas spéciaux, les supcrduilés iniispiit au slyle. On dxjit dire ce qu'il faul, rien de plus el « ne pas faire deux morceaux d'une cerise. » (2)

Desportes pèche souvent contre ce précepte, et cela de deux façons ditîérentes. Tantôt il répète ce (ju'il a déjà dit, tantôt il dit ce (jui n'a pas été dit déjà, mais qu'il est inutile de dire.

Dans le premier cas il ne prend souvent môme pas la [)eiu(' de dissimuler sa répétition. Ex :

Mais enfin je m'arrête aux effets de nature, Puisqu'on sait que nature est même une femelle... |3) Et si n'avez pitié de mes gémissements. Prenez au mams pitié de vos cruels tourments. (4)

Malherbe relève avec soin ces passages. Ce n'est pas qu'il ignore que la répétition est une figure de rhétorique qui fournit parfois des efl'els. Il est troj) oi'ateur pour ne pas la coniuiître et la prati- ({uer. (5) Mais il fait une différence et fort légitime, entre les endroits où elle vient d'un calcul et ceux où elle n'est (ju'une simple négligence (6)

Au reste Desportes, pour lâché que soit son style^ est déjà un poète soigneux, et le plus souvent il cache mieux son péché.

Ce n'est pas le mot qu'il répète, c'est l'idée, sous plusieurs^

(1) Dii\ Am. comp. 3, IV, 440. Il faut dire que les vers qui suivent sont pleins de la môme vanité maladroite. L'épithète n'a donc pas échappé à Desportes. Comp. : D. I, 69, IV, 2i\i\ ib. 11, 03, IV, 292; EL 11, 5, IV, 382.

(2) EL II, La Pyrom. IV. 385.

(3) EL I, 19, IV, 377 « Ce dernier nature ne devoit pas estre réitéré ».

(4) « 11 eut tout aussi bien dit : ayez-la pour le moins » Im. de l'Ar. Rod. IV, 409.

(5) Esprit Aubert dans ses Marguerite? p. 868, col. 1. en donne douze espèces.

(6j Encore est-il très difficile. Voyez /). II, 15, IV, 276, et dans le manuscrit de la B. N. la fin du Contre-Amour de Diane, I, où à partir de adieu amour, les vers snnt barrés.

lJi:S ALTHDS OLALlTliS DU STYLli 199

(ILCCéiaMilos; voici quel([iiL's ox('m[)les, nous joignons les noies (jii'ils ont ])rovoquées :

// se tourne, il se vire.

« Quolk' (lillcroncc entre ces deux? » (\)

Amour, trie et choisi les plus beaux de ces vers.

« L'un ou l'autre est supcrllu. » (2)

quel brasier véhément Te dévore l'esprit, Vame et V entendement ?

i( En voilà trop. » (3)

Le Payen est ainsi qui ne peut respirer, Ni des pou Imons pressez son haleine tirer.

« Qu'est-ce que respirer, sinon tirer son haleine? » (4)

Cessez, femmes, de vous vanter De ce que vous pouvez les hommes enfanter, Et qu'ils naissent de vous n'en soyez arrogantes.

« Et qu'ils naissent de vous est supei'tlu après ce qui précède. » (5)

Et Malherbe, dun bout à l'autre des Premières œuvres, souligne discute, retranche ; de tout ce travail se dégage un premier précepte très net : point de redites.

Le second ne s'aflirme ni moins rudement ni moins fréquemment : point de chevilles !

Les poètes négligents comme les commençants auxquels leur paresse les fait ressembler, se servent par insouciance, comme les

(l)/m. de VAr. Roi. fur. IV, 403. Cf. un autre vers tb.

(2) D. Il, 1, IV, 272.

(3) EL I, 19, IV, 376. Comp. Cleon. 6, IV, 329.; /). II, 27, IV, 279. (1) Im. de VAr. Rod. IV, 407.

(5) El. 1, 19, IV, 377 ; D. T, 5, IV, 250; 35, IV, 255; 48, IV, 258; rimes tierc. IV, 272; ib. c-h. d'am. IV, 264; ib. Contr. Am. IV, 270; ib.ll, 4, IV, 273; ib. 27, IV, 279; ib. pi. 1, IV, 274; ib. ch. 2, IV, 277; Am. rVH. 86, IV, 323; C/eon.28,IV, 335. El.de Bei'taud, IV, 352; Im. de VAr. Roi. fur. IV, 399; Rod. IV, 404; Angel. IV, 414; ib. IV, 417: El. 1. 7, IV, 360; Div . Am . 7, IV. 423; ib. 11, IV, 424; ib. Ode, IV, 434; ib. St. du Mariage, IV, 446, etc.. etc.

200 l,\ KOi/IHIMO l»i; M\l,fir,Rftr

autres par besoin, mi piMi de loiitc csjx'cc tic hois |MiMr chox illcr. Quelquefois leui- indilléreiice va si loin qu'on lioiive de gros morceaux rapportés. Illieii coûte ^uèi'e à Desporles dajouler un vers j)0ur allraper sa rime ou même un tercet pour clore son sonnet, comme ici :

Mais le plus j^iaiid ennuy dont je sois tourmenté,

C'est de sentir le feu sans en voii- la clairlé.

Mon soleil luil ailleurs quand plus fort il nrenllanK.',

N'est-ce un présage seur qu'en bi'ief je doy mourir ?

Je suis loin du plaisir (jui ine peut secourii-,

Et porte en tous endroits le tourment de mon ame.

Il est visible que les trois derniers vers i( nont rien de concluant » et même ne se rapportent nullement au sujet. (Ij On pense si Mallici'be a fait lun^ belle joncbée de loules ces végétations parasites. (2j

Mais il n'en veut pas seulemeni aux grosses branches et sail bien que les obstacles se font surlout de la masse des petites brindilles. Aussi s'en prend-il d'abord aux vers superflus, mais ensuite aux mots superflus.

Ce sont d'abord ces propositions relatives, dont on peut tirer parfois grand effet si on se donne la peine de leur faire signifier quelque chose et de les faire contribuer à la définition d'un mol ou dune pensée qu'elles précisent parfois avec éclat. Or, le plus souvent Desportes, content d'y trouver le moyen de finir son vers, ne cherche pas au delà . Ainsi :

Lors que le trait par vos yeux décoché Rompit le roc de ma poitrine dure, Ce mesme trait dont vous in aviez touché'. Dans mon esprit grava vostre figure. (3j

(1) Am. d'H. 87, IV, 323.

(2) V. Am. iVH. 54. IV. 311; Ib 71, IV. 3î'.l. : El. 1. 12. IV. 36^: hn . ,1e l'Ar. Ang., IV, 415.

(3) /). 1, i:^, IV. 2:.l.

IJK.S AlCIil.S <J| VI.IIKS Dl STYl.i: 201

ChiKjue fois (ju'cllcs soiil comiiic ici (!<■ |)iir iniijilihS!',"'' (»ii in<"iin' (luCllcs n'ajoiilciil pus assr^^|ri(l('M', faille (lavoir élé un peu I la vailltM'sot choisies, on trouve en marge un des deux mots: bourre ou clie\ ille ( 1 .

Kn second lieu vient toute la léo'ion des petits mots, interjiii:^^ lions^ adverbes, pronoms, etc. (|ui conihlout si facilement <'t si maladroitement les trous du vers.

Elle écrivit ces mots tous dessus de la glace, (2)... Hastez-vous de passer, c'est trop tard arresté, f3j... Son cœur enflé de rai,'e au dedans se mutine, (4j... Que mon destin, Insl trop soudainement Par vostre absence a changé de visage! (5).

A cette catégorie on peut joindre des comph'menis circonslanci(ds qui jouent le rôle d'a(Uaiil)es redondants:

Ainsi dicl le Coun-ier, despliant de la )naia Un parchemin couvert. (Q)

des j)énpjirasesjx)mme : mon esprit est rusé au lieu de /<" suis rusé\ au plus cif de lu flauune, ahjrs qu'il suffit de dire dans lu flamme^ bref toni l'arsenal des petits riens dont Dosporles use assez souvent poui' être, si le mot de Musset était vi-ai. parmi les derniers des MKirtids. (7)

(1) D. I, L-oiitr. Am.l^^ ^71. ; Am.d'Hipj). 7, iV, 2',)l.Cleon. El.de Bertaiid, IV, 352; Div. Am. st. 3, IV, 439 ; Angel. IV, 420; Epit. de la barbietie de M"" de Vilieroy, IV, 4G4: Cart. et Masc. Gliev. du Pliénix, IV, 459; Coinp : EL I, 8, IV, 362. Ces elieville.s faussent parfois le sens (/;. I, 69, IV. 262i.

(2) Berg. et Masc. 7, IV, 4ô8. Coaip. : Am. Hipp. 50, IV, 315; Angel. IV,

(3)£:/. I, a, IV, .Tm.

(4) Angel. IV, 418.

(5) Div. Am. conii)l. 1. IV, 111. Comp. : Clcon. l'.t. IV. .111.

(6) Angel. IV. 418; Comp. : Ib. 398; Am. d'H. 42. IV. 311.

[1] D. II, 37, IV, 284 ; Cleon. 22, II, 334; Dh\ Am. comp. 4, 11, 441; .4m. d'H. Fantaisie, II, 303; Div. Am . st. 4, II. 443; EL 1. 3, IV. 355; .4m. d'H. 42, IV, 311 : Ib. ch. 3, II, 305; Ib. st. 5. IV, 326; EL I, 12. IV. ■■<^>8; Ib. Disc, IV, 378 ; B'.rg. cl Masc. comp. 2, IV, 159; Kod . IV, 101.

202 LA Docri'.i.M:: dl malukuisl

Petits ou gros, ces riens sont notés au passage, nn'me s'ils ne sont que « suspects ». (1)

Mais ce sont les ^^i^l^''^^"^ ^mfnni gui sont victimes d'un viai massacre. II serait niais de dire que Mallierbe les proscrit, lui (|ui en fait si grand usage. Que deviendrait avec cela son fameux Ira- (jique dont Chevreau avait déjà remanjué qu'il jouait si souvent? (2)

Tout au contraire il en veut une lorsqu'elle est nécessaire pour compléter le sens :

Les Mânes foiil un bi'uil et Caron par ses cris...

Quel bruit? dit-il. (.']) 11 ne faut pas plus supprimer un adjectif que l'ajouter pour la mesure. Si le sens le demande il doit y être, voilà la seule règle.

Nulle part Malherbe n'a dit comment il fallait le cjioisir. Il est évident qu'un peu hardie, rv<l|)ithète l'etTraie. Il craindrait par exemple de parler d'un cœui' hathi par la vague ellrénée ; licence effrénée, h«n ; vague effrénée lui |)araît aventuré. (4)

Mais d'aulre part il semble redouter le mol banal. Quand il voit Desportes abuser de félon^ comme d'autres plus tard abuseront de traîlresse^ il nous avertit que cet un « mauvais épithète. » (o) Il est vrai que sa remarque trop sommaire n'en donne pas les raisons.

Ce qu'on peut seulement afliruKM". c'esl ([u'il demande à ré[>ithète comint; çyiJiiim.JXujjlle accompagne d'èlre claire, juste et forte, et non ])as vague et « lâche » comme elle est trop souvent chez Dcsporles, ici par exemple :

Plaisans flambeaux, serains et gracieux,

Qui comme un beau soleil, esclairoient à mon àuie, (6)

(1) Am. H. 56, IV, ;n.5.

(2) V. Œiiv. éd. de M. et Ch., 272. Ce tragique se trouve particulièrement I, 1.51, 177, 21.3,218.

(3) Ira. de VAr. Roi. fur., IV, 408. Cf. ib. Rod., IV, 409.

(4) El. II, av. 2, IV, 396. Comp. : D, IK pi. 1, lY, 274, et encore fier//. ot Masc. Métam., IV, 452. Mauvaise sorte sans être l)làmé lui paraît contestable. D. I, proc, IV, 236.

(5) Cleon. 75, IV, 347.

(6) Div. Ani. couip. 1, IV, 432

ul;s ai:tiu:s ui amtls di; stvi.i; 2U3

on encore :

La France n'a rit-n mu (jii'un llyvei' soucieux, (\)

A Ui place (le ces mois Mallierbe en eiil vouln d'antres.

Mais ce ([n'il vondrail snrtont voir disparaître, cj^sl jj'-|iilliL't<;. n aï vcmeiU, o s 1 e ii sJJiiijiiiiLiiL-iUApH'Il ne: Il v o u d r a i Ijjj i e T o n ce s s à t d'appeler le prinlemps dhirablc . le plaisir r/racieiix, attendu qu'il -^ u'est pas de priutenips qui ne soit désirable ni de plaisir (2) non. gracieux. U trouve avec raison qne claire n'ajonle rien à ce vers :

Mais ce divin Soleil m'ai'd plus crnellement, Plus je metrouve loin de sa lumière claire (3j

A ([uoi bon a])peler une fontaine champHrc^ puisqu'il souhaite d'être aux champs. Quelles autres fontaines y a-t-il dans les champs que champêtres ? (4) Pourquoi dire

Bien-heureux mes yeux bruns, dont vous tenez l'empire, (5)

En ([uoi seraient-ils moins heureux s'ils étaient bleus?

On voit la doctrine. Dans une phrase, tout logique, les ornements même (lojvenf comcomi-ji- h TelTot oé|2£rn1 II ne s'agit pas même de savoir par exemple si le ciel où habitent l'Amour et Vénus est le troisième, cela peut être, sans qu'on soit autorisé pour cela à écrire :

Amour qui ces propos tout colère entendit, Soudain pour y pourvoir du tiers Ciel descendit: (<o)

r''pillv''l'^ Qct bonne pour la pfnsée^ mauvaise pourjcstylc. parce (qu'elle n'ajoute pas une idée, pas un caractère particulier à cette intervention soudaine ^le l'Amour.

(1) D. I, \2, IV, 258. Comp. : El. IL av. 2% IV, ;302; Ange!. IV, 11 1; .Lh. H. 21. IV, ;{0:5.

{2) D. L comp. \. IV, 208; Bei-çj. et Masc . Baiser, IV, lô.i.

(3) Ain.H. faut. L IV, 3U2. Le texte est changé dans rédition Miehiels. Comp. : Am. H. son. 77, IV, 320; Berj. et Masc, st. 2, IV, 155.

(1) Cleon. 42, IV, 3:39.

(5) Bei-g. et Masc. 7, IV, 458. Comp.: Hod , IV, 111; D. I, comp. :i, IV. 2G4; Div. Am. st. 3. IV, 1:39; Ib. st. 1, IV, M2 ; El. I, x, iv, :362; Cleov. 19, IV, :m: /•;/. I, Disc, IV, :378; AngeL, IV, 118.

y>] El. II, Av. pi-em.. IV, :187

2U4 i.v uuciium; ul .UALiiLimi::

La consériiiciicc de ce; syslrme était la suppi'ession des cpijjii'tes dltcs-de Mulurc que; Itou^^-d avait essayé de réintroduire. Malherbe les condamne non seulement quand elles entraînent la ci'éation d(! mois (ju'il réprouve, mais même (juand elles sont exprimées |)ar des adjectifs usuels. Quand il trouve des prés qualifiés iV herbeux, le sommeil à'ocieux, la nuit d'ombreuse, il ne compi'cnd pas « à quel propos » viennent ces adjectifs. (1) " lieaucoup on! donné 1(! nom de sainte à la déité, mais (ju(dles déités sont profanes? » (2j

Si on ne trouve pas plus d'observations analogues, c'est ([ue Desportes qui ne fait pas d'épopée, sest déjà montré sur ce point beaucoup plus c retenu » que son prédécesseur. Nul doute que les porte-flanibeau, chasse-nue, de Ronsard ne fussent rayés dès la première lecture, avant que Malherbe eût ellacé lout le texte. (3)

S'il s'agissait de discuter les arrêts de Malherbe, on pourrait en contester un certain nombre. Quanlité de choses qu'il juge superllues peuvent se défendre.

L'épithète d'ouverle quil voudrait voir « au logis », si elle ne sert à rien de précis, se lolère néanmoins dans la description suivante :

Des serpens

(Jui jettoieul })ar les yeuN. el par ht bouche ouverte De grand's pointes de feu. (4)

D'autres ne s'analysent pas mieux, et cependant ne pourraient

dis|)araître sans dommage. Tel est le pauvre si mélancoli(|ue du

i^W dernier vers de la Prière au Sommeil (3) ; d'autres encore : pro-

(1) Im. de l'Ar. \\o\. fur IV, m; Div. Am. IV, A^l'y. Ara. H. El. :{. :i09.

(2) Cleon. :U, IV, :{:{7.

(3) « Passons aux epithetes, appeliez autres chevilles par ces correcteurs, s'ils ne sont nécessaires : qui seroit bien parlé toutesfois, pourveu qu'ils sçeussent jusques à quelle mesure la nécessité s'étend, et que les universels. c'est à dire de belle à Vénus, de ])orte fruicts et porte loix à Ceres, et encoresceux d'ornement et d'hypotypose sont des nécessitez de la Poésie... » (de Gournay, Omb . . 986) .

(4) Im. Ar. mort de Rod., IV, 412.

(5) Me donner pour allégement

Une 'pouvvid nuict lout entière (V. pins haut p. 110)

i»i:s \n iii:s oi m.u i^s i»i" sim.i:

csl plus plein encdi'o.

^'"' ' 'L^P>-i« analy(ir|u.> et rioour.ux do Malh.rho s'acrommodc mal .1,. CCS services vagm>s. Ouan.l on lui ,,;u-I.. ,1„ drslin n.alr,,conlrcux des amanis niiscral)lcs, il eslime qu'il suflirait dr dire • deshnmalenconlrcnxdcsanianls;car les amants ne sont misérables q„ en ce (ine lonrs destins sont malencontreux (1,. La troupe eto.lée lui suffit. Il ne veut pas que le soleil chasse du firmament Uit/randc troupe éloilée.

Cette tenda,ica à su4)jmmejJout ce guMui ,,arait hors d. m-opo. jointe a un^^A^j^n^^i^Won, la coniLLiilAiL^,:^^

Amsi il condamne trop légèrement ce vers où il feint dV ne pas comprendre l(> rùle de fadjeclif :

L'homme mortel doit obéir aux Dieux.

Mortel donne tout simplement la raison de ce devoir en indi quant avec une heureuse concision quelle sera la sanction pour (•eux qui s y refusent. ■

Ailleurs il marque ou rappelle rapidem.M.l une vieille antithèse :

Aimer, homme mortel, une divin lié.

'l"''^f"if^donda„ceenaucunefaçon,quoiqu-enpenseMalhc.-be liomp,. par la ressemblance extérieure ,les doux mois synonymes

en certains cas (2).

Kf on pourrai! ciler des vers entiers, victimes des mêmes injustes

soupçons (3j. ''

Toutefois on ne saurait contester la ,loelri„e, comme la fait Nunle Jteuve.Non, Mdl.erbe ne parle pas seulement pour lui et ne .luge pas les autres à son aune quand il relève des bourres et de.

A<- IL av. pr. IV, 389. > ' ' • -f^- , /'j- i, i, l\ . ^,.\ ;

(2) Ani d'H. Prière. IV. ;5()1.- ih eoinn I ;/, r analogue: /l,.,. //.,;ii, jy, ;}09. ' ' ' ^""'P* ""^ «'^^ervr

iition

(3) 4 m. d'H. L IV, 297: H

mourut poursuivant une haute aventure.

201) i.\ txMirsiM; kf, \i \i.iir:iti:r.

Il osl parfailomonl en dioil de siiritfenilre lJon[ioi'len dnnr, V-vmbiixi-gii rie riirtrrH Vliii i-i s'y Irouve, on elVel, cl le laisse voir Iroj) souvenL Si donc il doit rire désormais parlé des poètes comme a de nicMiiisicrs, ([iii rabolcnt, lournonl cl |tr)lissent », la première faule n'en est pas à celui ([ni les reprend d'avoir mal travaillé, mais à C(Mix qui parlaient si souvent d'inspiration, sauf à se négliger au point de paraître l'aire du mécanisme. (1)

On sait la vogue dont l'Arioste a joui en France presque dès Tapparilion de son œuvre. (2") C'est chez lui que Desportes trouva le sujet de ses premiers vers, et plus tard (|uelques-unes de ses meilleures inspirations. (3) Mais il lui prit aussi son goût pour riiyperbole dont les autres poètes italiens dn reste étaient euxmêmes infectés.

De là certains passages de ses fragments épiques et aussi de ses sonnets qui nous j)araissent presque burlesques aujourd'hui, bien que certaines imitations modernes des épopées du moyen-àge les égalent en enflure voulue et conventionnelle :

il crève de rage, écumant, enflammé.

Et fait aussi grand bruit que le Ilot animé De la mer courroucée au tans qu'elle s'augmente. Et que le froid hyver par les vents la toui-mente. (4)

Malherbe laisse passer un certain nombre d<; ces vers d'une grandeur soi-disant épHjjie ; toutefois il se révolte assez souvent pour nous prouver qu'il ne donne pas môme à l'épopée le droit d'excéder la mesure marquée par le bon sens. Il n'admet pas que des soupirs, si enflammés ([uils soient, allument des tas de

(1) XVI<; s. en France, 157,

(2) Ratliery, Infl. do l'Italie, 107 et suiv,

(3) Ainsi la clianson d nuit, jalouse nuit (v. p. 125)»

(4) Rod. p. 330, éd. moderne.

nr.s MTiiF.s orvLiTKs r»r srvi.i; 007

cyp.vs, oncoro moins l'mr. I.-, (env H Irs ohainps, ni <|no Dnranflal '■ll<'-mrmo brise los rochors on si polits morceaux qu'ils ne fassent plus l'ombre nécessaire à abril.T une bivbis. (I)

A plus forte raison ne peut-on tolérer dans des vers .l'amonr «les exagérations déjà cl.oguantes dans les légendes des paladins. L nsage qui autorise les amoureux à comparer leur passion à une 11;"niii,. ,„. leur p.>rme( pas ponr cela de faire croire que cette Ib.mnie leur sort par labouclie commeaux diables du moyen-âge. (2) <Juune pensée, qu'un rèvc « ravisse les poètes aux cieux*», los^fassc niarclier le front dans les étoiles, soit encore, l'image est reçue, mais y ajouter .prou vit ainsi assez longtemps parmi les dieux « pour y compter un à un les astres, et voir toutes les i-évolutions qu. s accomplissent d'un pôle à l'autre, c'est se faire dieu quand on est homme, c est-à-dire se donner des prétentions ridicules. (3)

« Tout beau >, ! (4) s'écrie alors le lecteur sceptique, à moins qu'il n encourage ironi,|nement Desportes à aller plus loin encore « C'est trop peu de deux torrents, mes yeux, devenez denx mers • car a moins de deux mers, une douleur grande comme celle-là ne se sauroit dignement pleurer. » (5)

^'^^^'^ P^-^mièrejnanière d^avoir du mauvais goût s'allie o-,îné- "^''"^'"^ ^^^ï^^^T^^^T^^^^Î^^^ contem-

porains a d autres beaucoup plus choquantes.

Pétrarque, nous l'avons déjà dit, ses successeurs surtout sont oxtrèmemont maniérés. Desportes Test peut-être plus qu'eux comm.. il arrive toujours aux imitateurs, et l'éditeur moderne de ses œuvres, forcé d'en convenir, s'est borné à plaider les circonstances atténuantes et à rejeter sur les maîtres la responsabilité des erreurs du disciple.

^ Malherbe avait déjà vu d'où venaient, dans bien des endroits ces imaginations tourmentées, ces niaiseries puériles et cher.hé-..".

(1) Rod. IV, 411; RoL fur. IV, 40?- ib m r^) A II, ch. 2, IV, :.>77.

{'i}A)n, d'H^ 78, IV, ;k>l .

(4) EL I, 19, iv^ ;{7G,

(5) Am^ H. st. 5, IV, 327.

2()K i.\ hiMiiiiNi; m; \i \i.iii:itiii:

" siii'40ii(' (lo l;i singerie do la passion ilalicniic, » (îoniinc ilis;iil le <Jiiiiitil censeur (1), ol l'on voit sonvcnl dans le coninicnlairc revenir cotte note : <( pris de l'ilalien ofi cela ne vaut non piu> (|u"en l'rnncais. » (2)

Mais Mallierl)e n'y voyait pas motif'à adouci)- sa critique. Tout au coniraire (-'était alors double joie (|ue de pouvoii- condamner d'ini coup el la copie et le modèle, Despoi'tes (ju'il haïssait et Pélrarcjne (|u'il n'aimait pas.

La manière dont les poètes d'alors pèchent dans leurs mauvais jours est bien connue. Ils ne sentent plus, ils composcnl, ils remplacent les élans du cœur par des eiïorts de l'esprit ; on ne peut même pas dire qu'ils raffinent lejiciiiijiient, ils le suppriment. De là les pointes^ les concelti, les paronomases et tout le reste :

Geste belle Déesse, ah! non seulement belle, Ains Bellone et guerrière, ainsi m'a surmonté. T.'î)

Si vous estiez mortels, vostre esclair si luisant Ne me rendroit pas Dieu par sa douce iniluance. (4)

Son cœur ne doit estre de glace, Bien qu'elle ait de neige le sein. C5j

On te dit frère de la Mort, Tu seras père de ma vie. (G)

Soleil, lu aideras à cest autre Soleil Qui esclaire en mon ame. (7)

C'est déjà « froid » comme dit Malherbe, mais où les Italiens deviennent intolérables, c'est lorsque ils ne travaillent plus(}ue sur les mots.

(2) D. I, 15, IV, 252; D. Il, .12. IV, 282; Aw. cVH. 2, 1V.2'.IT; I). 1. 1'.:!. IV. 260, etc.

(3) Excellent, dit ironiquenu'nt Mallicrbc. CIcon. 18, IV, :i33.

(4) Cleon. m, IV, 345.

[h) D. I, ch. 2, 256

(6) D. \, Pr. au sommeil.

(7) Clcon. st. 1. IX. 313. Comp. : Dh^. .4»!. Pour des pend. dor. IV, 115.

DKS MTMKS nlALIIKS Dl SIVI.i: ^((()

LiiJanaMio^amounuiso leur lonniil nosjiiots : so/ei/, //ammr, A' ^

hn'iln-, torrrntdr p/run, fli-chr, irait, olc, venus tous ou .lo souvoiiirs mythologiques ou (rimn-es, les unes connues, les autres inventées suivant les circonstances.

Puis au lieu de semer simplement ces mots comme des synonymes ordinaires ainsi que cela s'est fait jusqu'à nos jours, tant que les opéras nont pas eu délinitivement usé et ridiculisé ces formules, ils les jirennçiit pour thème d'un développemç]iL|ii:iilcû4« liguré et le plus souvent aJj^tmK;.

'^■'^'^ ""^ maîtresM esLuilW^l,> soleil qui échauffe l'âme do -^^-^ l'amoureux. Mais un soleil a sa révolution et se plonge réguliôromeut dans les eaux, il faut que celui-là ait aussi son « voyage » :

Mon Soleil, qui sur l'autre lia beaucoup davantage. De mes yeux à mon co^ir fait ainsi son voyage, Et sans outrepasser de mes pleurs serepaist. Cl)

L'amour est une flamme qu'ini dieu entretient. Or toute fiamme s'alimente à un foyer, etc. De là la façon dont le malin dieu s'y est pris pour « allumer » Desportes :

Il fit pour me laisser en éternel tourment,

De mon cœur son fourneau, ses charbons.de mes vaines.

Mes poulmons ses soufïlets. (2)

Ce n'est pas tout; cette llamme, quoique intérieure a un pouvoir éclairant. Desportes, privé de l'œil de sa belle qui était sa lumière, va s en servir comme d'un llambeau et on le voit partir :

N'ayant pour se guider que sa flamme immortelle. (3)

(1) Cleon. son. 8, IV, 330.

9r!f' ^: ^' ^'''"'" '^ ' ~^^ " Drôlerie » Comp. dans le même stvie. Ib (13 IV -iOU. « lout ce sonnet est, ce me .semble, pris de Pétrarque; mais il n.-n lut' jamais de si impertinent ». et Berg. et masc. compl '> IV 159

28fittT";,v:2M.'"' " "■°"' "• """'"■ ''^ "'*'"^ ""'^^ "■■•'"^ " ■'• '"• ■^•.

BRUNOT

2d0 La DonrniNK uk MAMiF.nBn

Un autre jour il offrira cette même flamme comme nn cierge dans le temple mystique qu'il (jlève à sa déesse :

Je veux bastir un temple à ma chaste Déesse, Mon œil sera la lampe, et la flamme immortelle Qui m'ard incessamment, servira de chandelle : Mon corps sera l'autel, et mes soupirs les vœux (1).

et ainsi de suite. La flamme métaphorique de Desportes va servir à tous les usages du feu ! (2)

On voit le procédé, il est aussi simple que mauvais, il consiste à pr endr-e..dps métaphores pour dos réalités.

Ti'illusimi (\f Dopportn^i n cft égnrd nst si grandp, il prend ces imaginations vaines pour quelque chose de si concret, qu'il va sans s'en douter et avec ses maîtres jusqu'aux limites du grotesque.

II a versé « une mer de pleurs » soit 1 on lui passçj/hyperbole ; qu'il s'y noie, c'est déjà difficile à admettre, mais qu'il se représente et nous représente ce naufrage singulier comme une chose assez réelle pour qu'elle puisse soutenir la comparaison avec un naufrage connu de l'histoire légendaire, qu'il nous invite pour ainsi dire lui-même à nous figurer comme en un tableau un homme se suicidant dans ses pleurs, voilà qui indique jusqu'à quel point d'aberration Timitation aveugle, née de la mode, avait pu conduire un homme d'esprit. C'est là cependant ce qu'il a fait dans le 32' sonnet de Diane (liv. II) :

La misérable Inon d'Athamas pourchassée, Portant so;i fils d'un bras, esperdue, insensée, S'élança dans la mer et noya ses douleurs : Et moy de vos courroux fuyant la violance, Et portant sous le bras ma débile espérance. Troublé je me submerge en la mer de mes pleurs. (3)

(1) « S'il y a rien au monde de ridicule, c'est cette imagination », dit Malherbe. D. 1, 43. IV, 257.

(2) On pourrait cataloguer aussi les rôles des pleurs, au moins aussi étranges. {Ayn. H. 2, IV, 297 ; D. I, 43, IV, 28G. Cleon. 49, IV, 341 ; Am. H. Prière, IV, 301. etc.)

(3) « Etrange imagination, prise de l'italien et sotte partout. » I"V, 282.

'.KS AI'TIIKS nCAtlTKS Dr STVI.r:

Que jo h .ujol ,1e c, ■„.,,(,„.,.. si Mnlhorbo oui voulu illuslrer son 1-mpl.loU tl I am, IJu Mouslicreu eu. l.-ouvé l,ic-„ ,l„„(,es ,lons le volume Lu, qui élait portrailiste, il eût pu représenler labbé à |k;» près sous 1 aspect de tous les animaux-, en cerf blessé par 0.ane I) e„a,gle,,„i,-esa,.,lelesoleil(2),eu papillon ,,ui vient e brûler a 1 e. at des yeux (:,,, en caméléon ,,„i change de coueur .), on phen.x renaissant de sa cendre (o), en cvgne (6) qui exhale sa dernière plainte, etc., etc.

>-:"'=ore si les mélamorphoses s'arrêtaient à la faune mais ;i';-''l. '^-^^-mèm.. sonnet ,7), oa voit l'amoureux deven r tour "^

peut subir au cours de tant de£ièces

de'vil're''™ '''"' 7""'" '^"^'-^^^^'-^^^^^im-A^Jm^^^ 'i- .t s, ma s accommoder. Néanmoins le .ÙT^^^^T^^^^,, -s hgures c est surtout d'être trop continuées (8) ; il n'a nullem n

i:".i.ment supposer qu'un esprit pauvre comme le sien eût !-»"; 'I "" coup de quoi changer tout ce vocabulaire" " .">a,?">o pas Malherbe trouvant asse. d'in,a,es pour remplace,'

Page 1