C)^. 1,34, IV
(^) Am. d'H. el 3, IV, 309.
(3) Clcon. 57. IV 34 1
(5) D. II, 15, IV, 27(i.
(T) Ib.
W AU, m, IV, 284; ib. 1,08, IV 261.
Geste divinité, des Dieux mesme adorée Ces iraicls d'or et de plo„,b, ceste trousse doré. Ces a.sles ces brandons, ces carquois, ces apas. ' Sont yrayment un mystère ou je ne pense pas. La sotte antiquité nous a laissé des fables. Quuu homme de bon sens ne croit point recevable. Kt jamais mon esprit ne trouvera bien sain Celui-la qui se paist d'un fantosme si va>n Qm se laisse emporter à des honteux mensonges Et v,enr. mesme en veillant, sen.barra.sser de songes.
(A M. du Fargis, Œuv., I, -iSi)
212 LA DOi-.TlUNR DE M M-llKltHK
r,„i,, l.sniarlvrcs. le. morts do sos prédécessours (1), découvru.t pour ( :ali^lo on ,...,..•( h-anthe des comidimonls plus nouveaux
nu. los noms de déesse, daslres, de soleils (2,,, comparani leurs veux leur teint, leur cœur à autre chose quà la llamme, la ne.ge et les rochers (3V Aussi relrouve-t-on dans ses <euvres toutes ces vieilleries. 11 fait, en particulier, un fréquent usage du sole.l, qu. éveille .les idées grandes vers lesquelles l'espnt de Ma herbe est souvent tourné et qu'on voit luire un peu pour tout le monde, pour Marie de Médicis et pour Anne d'Autriche (4). Une veine qui les conduit, De tant de merveilles reluit, Que le soleil qui tout surmonte, Quand même il est plus flamboyant,' S'il étoit sensible à la honte, Se cacheroit en la voyant.
La manière d'imaginer que nous avons vue chez Desporles ne lui est même pas étrangère. Deux yeux le font s écrier : Les voici de retour, ces astres adorables, Où prend mon Océan son flux et son reflux. (5) Les pointes de Desportes ne le scandalisent pas non plus régulièrement. Celles que nous avons citées se valent à peu près toutes. Malherbe a blâmé les unes, et n'a rien dit des autres. Or il ne peut pas être ici question de distraction et d'oubli. S'il passe sur ces abus de mois, c'est qu'il les tolère, en usant lui-même: Je vous souhaite douce, et toutefois j'avoue Que je dois mon salut à votre cruauté. (6) Que le rigoureux sort Dont vous m'êtes ravie Aimeroit ma vie S'il m'envoyoit la mort! (7)
(1) V. Malh. Œuv. I, 129, 135, 159. 131. 164, 137. 1 13, 157.
(3) 130, 153, 177, etc.
Li:s AUTIIKS (JCALITIÔS l)V STVLK •> ] ' j
Ce n'est pas sans raison i^mi ses adversaires le lui reprochai. Mil. Malherbe partageait sur ce point les -oùfs dos poètes courtisans^ et voilà pouniuoi.pi'il a l..ur dans Desportes des vers comme ceux-ci :
Cent fois tout conrroucé de voir que mes escris N'ont pou rendre à m aimer vostre cœur plus facile, Jettons (ce dy-je) au feu cest ouvrage inutile, Aux. destins de son maistre il doit estre compris (l) Doy-je espérer qu'un jour la pitié vous surmonte, Et qu'avecques mes pleurs je vous puisse esmouvoir. Vous qui de vostre sang faites si peu de conte ? (2)
Il n'est pas jusqu'à riiyperhole que Malherbe n'ait cultivée. Sa voix qui s'enfle volontiers déclame aussi assez, souvent. N'est-ce pas lui qui a dit :
On doute pour quelle raison
Les Destins si hors de saison
De ce monde l'ont appelée.
Mais leur prétexte le plus beau,
C'est que la terre étoit brûlée
S'ils n'eussent tué ce flambeau (3).
et aussi :
L'image de ses pleurs, dont la source féconde Jamais depuis ta mort ses vaisseaux n'a taris, C'est la Seine en fureur qui déborde son onde' Sur les quais de Paris. (4)
On le voit même reprendre pour lui des vers analogues à ceux qu il a blâmés chez Desportes :
La mer a moins de vent qui ses vagues irritent Que je n'ai de pensers qui tous me sollicitent D'un funeste dessein (5)
(1) Cloon. 63, IV, 345. Gomp. Dtv. Am. 29. IV, 438 (2} Cleon. 31. IV, 33G ; comp. : Div. Am. 8. IV. lei".
(4) Ib., 17y.
21',. l.\ 1)U<.11U.M. IJI. MALIIKKIli:
Bref, Malliorbc ne pousse pas jusqu'au bout Ynnumv de la simpUcilé. Il a <léjà plus de goût que ses prédécesseurs, il n'a pas encore le goùl. Sa croisade contre les choses vulgaires et contre les choses trop raflinées n'est qu'une entrée en campagne et d'autres devront lui succéder. Notre image n'est même pas très juste, car sur ce terrain il y a désaccord entre Desportes et lu., non pas rupture.
Faut-il croire que nous avons là tout l'art poétique de Malherbe"^
Evidemment non. ^
L'analyse de sa manière faite d'après ses œuvres nous révélerait tout un ensemble de procédés dont il n'a pas été question dans les courts chapitres qui précèdent.
D'autre part la synthèse, si on l'essayait, montrerait que même avec une pensée très juste, très logiquement développée, rendue avec soût, avec justesse, en phrases claires et correctes, en vers bien cadencés et bien rlmés, ne lait pas qui veut une stance de Malherbe, j'entends une des bonnes. Il y manquerait quelque chose dont le Commentaire ne donne pas le secret.
.le sais bien qu'en le tourmentant, on y trouverait des mdications de détail dont il n'a pas été parlé.
Encore sont-elles bien peu nombreuses, celles «lui ne se rapportent pas à quehiu'une des aspirations de Malherbe que nous avons essaye d'indiquer.
Vinsi on pourrait faire un petit chapitre des figures, montrer comment Malherbe entend qu'on bâtisse une comparaison, une antithèse, ou qu'on choisisse une métaphore (1). Mais comme il n a pas une règle pour le style simple et une autre pour le figure, .1 demande aux images toutes les mêmes qualités qu'aux expressions simples : clarté, justesse, etc. Dès lors nous avons laisse les remarques ([ui les concernent avec les autres.
(1) Am H 72. IV, :U0 ; Cleo,. 2\, IV. :W5 : El. I. 17, IV, :^7;3 ; Div. Am. compl. 3. IV. 1 10 ; Ib. 81. du mai., IV, Ib.
LES AUTRES QUALITÉS DU STYLE 2i5
Il y aurait ou lieu île nietlro à part ce qui touche aux orncmenls (lu style si Malherbe en avait réglé l'emploi, s'il avait dit combien il ou voulait par strophe, où il les voulait, etc. Je ne serais point ('•Ion né qu'il ait eu aussi des idées arrêtées là-dessus, mais le Commentaire ne fournit pas le moyen de les découvrir.
Il a bien dit quelque part que deux comparaisons, l'une sur l'autre, ne valaient rien, et fait sur tel ou tel point une observation analogue. Que peut-on on tirer?
Ce sont là des renseignements isolés et épars où il ne faudrait pas chercher ce qu'ils ne contiennent pas.
Y insister serait les forcer et fausser l'esprit do la doctrine. Telle qu'elle est, elle ne renferme pas autre chose que des indications générales, ainsi que nous l'avons montré. Nul doute que Malherbe ne les ait commentées et détaillées à ses disciples. Mais cette tradition s'est perdue, et l'œuvre que nous étudions ne saurait la remplacer. Cela tient à son caractère même. La doctrine ici n'est pas directe, ne l'oublions pas. * ■
Quand Desportes a failli, ou le reprend, mais la plupart du temps sans dire ce qu'il eût du faire. S'il s'agit de grammaire, la chose est facile à deviner, mais quand la critique porte sur le stylo ou la pensée même, comment suppléer au silence de Malherbe? Voici une allusion à Régulus, il ne la trouve pas suffisante:
On dit qu'un vieux liouiain, lors que Rome et Garthage
De tout cest univers combatoyent l'héritage,
Pour ne manquer de foy, quittant femme et maison,
Et ses enfans pleurans, revint en sa prison :
Bien qu'il fust asseuré qu'une mort très cruelle
Seroit l'injuste prix d'un acte si fidelle. (1)
En elfet, c'est assez mal exprimé, comme dit la note, et Malherbe eût sans doute tiré un autre parti de co lion commun de l'histoire, il ont donné une autre grandeur à ce type élornel de loyauté.
Mais comment s'y fùt-il pris? La note no l'apprend pas. Et on n'est
J) El. I, 1, IV, 354.
2Hi LA DiJCTIllM-: bi: MALULUUt;
j);is tiulorisé, sans sorlir du sujet de ce Iravail, à le deviner par induction.
Or tout le Commentaire est fait sur ce modèle. Il est cssentiellemcnl néf.:;alif. On j)eut donc en déduire des préceptes très nefs sur les vices à éviter et par conséquent sur les vertus contraires à la pratique desquelles il faut s'exercer, mais rien de plus. Au reste c'était là sans doute la meilleure part de l'enseignement du maître.
Section 2 DU VOCABULAIRE POÉTIQUE
ciiAPnni<: i»iii<:Mii<ii
LA LANGUE l UAXÇAISK. SES SOURCES
Ce n'est pas Malherbe qui a rcvcndùiiié le premier pour noire langue le droit cà l'existence. Le procès avait été engagé plus de (luatre-vingts ans avant (pi'il vint à Paris et l'on peut dire même qu'il était gagné.
Une foule d'hommes, d'esprit et de professions très diverses, avaient successivement contribué à montrer que « notre vuloaire » était capable de tout exprimer, les uns par leurs doctrines, les autres par leur exemple.
A tout prendre même l'ensemble de l'immense travail uramnialical du XYI° siècle se résume là.
C'est pour mettre le français au rang des langues littéraires que les Ihéoriciensappclés par 0. Tory se travaillent aie régler bien ou mal, que Ronsard essaie de le développer et de le fixer par de grandes œuvres, que Henri Estienne le com|)are aux langues voisines, que Fauchel et Pasquier en font l'histoire (I).
(1) V. Geof. Toi'v. Clui.mpfl. fol' 21 V, 4 v^ 12 r°elc... Du Bel. Dcf. et III. \. 4. 10, 11: Prèf. de l'Ol. 2' cd.;lUms. Prcf. de la Franc. III, :i\. ;^5. (Le passage contre les lallneurs s'adresse à ceux qui écrivent en latin, et non. comme l'a cru AI. Darmesteter (TVT i:. c7iF. p. 122) aux emprunteurs de mots latins) Comp. II, 13, Pelletier du Mans. A7-f poèt. p. 31.
218 LA DOCTlUNi: DK MALllEKIiE
Qu'ils le servent ou qu'ils le faussent, qu'ils l'iiunorent ou le comi)romeftenl, tous n'ont en vue, suivant l'expression même de tlu Jiellay, que de le défendre et de l'illustrer.
Cet effort, venant après l'ordonnance qui faisait 'du français la langue de l'Etat, et en même temps que le schisme qui en faisait la lanj^ue d'une Eglise, ne pouvait pas échouer.
Quand le XVII° siècle s'ouvrit, toutes les sciences, tous les arts, la théologie elle-même, avaient parlé français. (1)
Toutefois, si la position était conquise, l'ennemi no lavait pas évacuée; on s'était fait une place à côté, de lui, mais sans le chasser. Ecrire bien en latin était encore un honneur comme c'était un jeu pour les hommes du temps, et le prestige de la langue savante ne tomba pas .tout d'un coup.
Quoiqu'il en soit, Malherbe reprit sur ce point l'œuvre où ses prédécesseurs l'avaient laissée. Copiant presque les anathèmes de du Bellay, il déclara pour se moquer des « lalineurs », que Virgile et Horace, « s'ils revenoient au monde, bailleroient le fouet à Bourbon (2) et à Sirmond » attendu qu'ils n'entendaient pas et ne pouvaient pas entendre la finesse de langues « qu'ils avoient apprises par art. » (3)
Dialo(jue (1555, p. 75). J. Tahureau. Dialog. 166 et suiv. Pasquier. Let. à Turnèbo, liv. I, let. 2. II, p. 3. H. Estienne. Prôccllcnco, Dialogues du fr. passim. Vauquelin, Art jioèt. éd. Genty, p. 77.
Les principaux arguments f(iui'nis sont 1° que les langues sont égales en valeur si on veut les cultiver. Du Bel. [Def. p. 50, 51) ; 2° que la nùtre a des formes variées comme les anciennes (ih. p. 75) ; 3° qu'elle est aussi sonore [ih. 77); 4' qu'elle a été estimée des anciens (Pasq. t. II, 5, cf. ih. p. 39 et Rech. de la Fr. liv. VIII) ; 5° quelle est étudiée par tous les étrangers. (Pasq. Let. 2, II, p. 5 c.)
(1) Du Perron rapporte môme un mot curieux. « Je luy dis, écrit-il, que M. de Sponde l'écrivoit (il s'agit d'une histoire ecclésiastique) en latin ; il me respondit : il fait mal, personne ne verra son œuvre, il y en a tant d'autres, il ladevroit faire en françois. {Perron'^^ p. 225). Comp. p. 1.57.
(2) Bourbon de son côté, qui aimait fort le vin, disait que lire des vers français, pour lui c'était boire de l'eau.
(3) Rac. dans Malh. Œuv. LXXX. Comp. du Bellay. Def. I, 11 : « Que pensent doncq' faire ces Reblanchisseurs de murailles qui jour et nuyt se rompent la Teste... à transcrire un Virgile et un Ciceron, bâtissant leurs poëmes des Hemystyches de l'un, et jurant en leurs Proses aux molz et Sentences de l'autre ? »
LA LA.NGIK FH ANTAISK. SES SOLUCKS 2 1 'J
La IMéiado obtenait au moins ceci, que son ennemi le plus acharné allait continuer conlre les héiiliers de Turnèbe la croisade commencée par elle einquanle an^ aiip;ua\ant (1).
De la sorte l'union entre la langue nationale et les écrivains devenait à jamais indissoluble. Peu imjujrlait, dès lors, que cette langue lût aimée par .Malherbe autrement que par Ronsard, c'était même pour elle une heureuse chance. A deux périodes très voisines de sa vie, elle avait ainsi le boidieur de rencontrer l'homme qu'il lui fallait : d'abord un grand seigneur de lettres, fastueux, prodigue, qui la charge de riches babils, de bijoux et de broderies, seulement qui reste insoumis, prétend régler ses largesses plutôt sur ses caprices à lui que sur ses besoins à elle, qui l'aime sans doute, mais pas exclusivement encore, car il lavent faire ressembler à d'autres qu'il a connues, admirées et (jui n'ont pas pu lui appartenir.
Plus tard, quand ce premier l'a quittée, il se trouve juste ce (|ni fallait à son âge mùr : un bourgeois n'ayant guère connu qu'elle, qui n'apporte ni dot ni présents autres qu'une soumission absolue, mais lui enlève ses goùls do luxe, lui fait dépouiller ses ornements supertlus,lui compose une parure très simple de grande dame et plus d'aventurière, cultive ses instincts naturels d'élégance et lui arrange entin une vie aisée, sérieuse et honorable où elle commandera sans conteste.
iNous avons déjà dit plus haut comment Malherbe entendait soumettre rigoureusement l'écrivain aux règles de la langue, la première question qui se pose est de savoir où il prenait ces règles.
illLelogedu la laiigue iVaayaise est alors dans loules lus bouclies. Le Sieur de Bellepesche la juge « ni si perplexe (pie la grec(iue,ni si variable que la latine, ni si aspirée (pie la toscane, ni si pesante (jue la castigliane » (.4c. du Roy). Duval, dans son avant-propos, dit ; (( Si ce n'eust été pour complaire à (juehiues-uns, je n'en eusse pas mis un mot (de latin), tant je trouve que noslre langue i)eut aller au [)air avec celuy-là et tout autre. »
22U LA uuciiuM.; ut; .malukuiu';
A cette époque lu grammaire de la lanj^iie moderne élail à peu près faite, elle n'était pas rédigée. Il n'avait guère paru depuis vingt ans que la compilai ion de Serrejus (1), et l'Escliole fi-ançoise de du Val (2), ouvrage très incomplet, presque vide de loulo doctrine pratique.
Il fallait donc remonter aux travaux du milieu du XVI" siècle et on sait «luels étaient leurs défauts. Une méthode mauvaise, la prédominance de questions purement extérieures à la langue comme celle de rorlhogra})hc, la nécessité aussi de défendre le français conti'c la réputation des langues anciennes ou l'influence des langues voisines, avait détourné du vrai travail des hommes dont quelques-uns étaient supérieurs comme 11. Estienne et Meigret. A côté d'eux Pillot et (iarniei- n'ont écrit que pour des étrangers; (3) Ramusest tout à fait incomplet; (4) Dubois n'a pas de syntaxe ; (5) Mathieu (6) est un amateur; Robert Estienne est gêné par des |)réoccupations érudites. (7) Aucun des ouvrages qu'ils ont laissés n'était assez sûr ni assez complet poui- servir de fondement à une doctrine.
D'autre part, eussent-ils été parfaits pour leur temps que trente ans plus tard ils se fussent trouvés complètement arriérés. Au XVP siècle, la langue changeait beaucoup plus profondément que de nos jours, dans un même espace de temps; lout le monde nous en avertit, Yauquelin qui s'en réjouit comme Montaigne qui s'en })laint,et la comparaison des textes nous montre qu'entre loTO et 1600 le mouvement, moins sensible que dans la période précédente, avait cependant été considérable encore.
Aucune grammaire n'en donnait le résultat. Sur quoi donc Malherbe allai l-il se fonder?
(1) Grammatica Gallica, Argentorati, 1508 in 8'.
(2) IGOi in 8°.
(.3) Gall. Imcj. instiiutio, l.j.Vl. Inst. l. (jall . 1.558.
(4) Gramcre 15G2.
[b) Sylvii... in linijuam ijaUicarn . Isaijr,>gc (15;n).
(6) Devis de la l. fr. 1559.
(7) Traite de la Gr. franc. 1557.
i.A i.ANci); Fii.wrAi.si;. sF.s sonir.Ms 021
Rvidcmmoiil il .lim.iil Irop pon los anciens ponrlonlop de di-cidci- • les .lifficiillés i\o noliv ian-.ic à la lumière dos leurs. Eclairé par les ciiviirs do SOS prédécesseurs, préservé aussi par une ignoranoo r(da(ive de riniluence, morne inconsciente,, do la orammair.' ancienne, il la laisse au lalin et au grec pour lesquels elle a été faite, et n'a souci ni de Varron, ni d'Aulu Gelle.
A un seul endroit la construction du verbe blasphémer lui parait dovoir se régler sur la syntaxe grecque : « Les Crocs, dit-il. construisent p.a-ror.y.sïv ttso-: ou y.y.ry. t-.vo: on doit donc dire blasphémer contre la fortune et non blasphémer la fortune. » (1) Mais le cas est tout particulier, il s'agit de régler la construction <1 un mot étranger tout récemment emprunté sous cette forme savante. (2) La g-rammaire de la langue d'où il vient garde sur lui quelque chose de ses droits, au moins à Torigine. ^De là cet aj)pol unicjue, et qui étonne, à la syntaxe grecque.
Pour tout le reste, M^alherbenc connaît qu'un maître : l'usao-e (Z) /, / Ji est inutile de le montrer ici longuement, puisque tout^Flâluite lo prouvera. Ce n'est pas sans dessein en otTot que pour presque tous les articles qui suivent nous avons rapproché les doctrines de Malherbe descelles des conlemnarains et particulièrement de M au pas.
Celui-ci ne peut pas, comme Deimier, être soupçonné d'avoir écrit sous l'influence de Malherbe. Il enseignait le français au dehors avant que le nouveau maître fut connu, il publie une première édition de sa grammaire dès 1607, c'est-à-dire si t«M après 1 arrivée de Malherbe à Paris, qu'il n'eût matériellement pas pu subir son action à temps, môme s'il se fût trouvé auprès de Un à cette époque, et il n'y était pas.
Or nous verrons que, presque partout, les règles que donnent Maupas et Malherbe coïncident. Donc puisqu'il ne peut pas être
(2) Littré n'en connaît pas d'exemple avant le XVI- siècle
D.Se^rrL'^""'.''^' '" '''''""' '^' la syntaxe:, Gm,„.'77) « En sete ru aie dn ' " ^"««-"^^"' «-^- J-^-e la prouvables, c'ilz explù-ot
^ pai nouveaus exemples »
222 LA Dor.TniNF, de MALIir.RnK
question d'induoncc de l'un sur laulre, ni de rencontres fortuites, dont le nombre seul dirait l'invraisemblance, c'est que tous deux prennent aune même source : Tusage.
Cet usage était celui de Paris ; il ne pouvait m<*me «Hre un autre, car depuis un demi-siècle le choix était fait : « Sicul Athen/r Gr.vcia GrœcisB appellalœ furrunt, disait Estienne, ita Lnlet'iam, ad sermonem etiam quod attinet, Franciam Francue vocare possis (i) », et tous les contemporains, malgré le prétendu provincialisme de quelques-uns, au sujet duquel nous nous prononcerons ailleurs^ (2) ont reconnu à Paris cette suprématie.
La seule question qui se posât était de savoir qui il fallait suivre à Paris, le peuple, la cour ou le Parlement, les « savants » ou les courtisans. Les grammairiens du XVP siècle, suivant les époques, suivant aussi leurs affinités et leurs répugnances personnelles, avaient hésité. (3)
Malherbe, lui, semble avoir tranché la question en faveur du
(1) Préf. des Hypoynneses, p. 4. V. tout le passage.
(2)V. plus loin aux dialectes.
(3) Je voulais faire cette histoire, mais on la trouvera dans le bel ouvrage de mon ancien maître Cli. Thurot. Pron. fr. I, p LXXXVIl et sv. Tout au plus ai-je trouvé quelques adjonctions ou corrections à y faire. H. Estienne, en dehors des ouvrages de polémique, ne se prononce pas avec autant d'énergie qu'on pourrait le croire d'après les pages XCIV et XCV, contre l'usage de la cour. A preuve : «J'ai toujours eu cette opinion que la cour estoit la forge des mots nouveaux et puis le palais de Paris leur donnoit la trempe. » {Conform. p. 14). Ses opinions s'accentuèrent seulement plus tard avec l'invasion italienne. Il y a même un passage où il assimile dans un même dédain courtisans et parlementaires : c mon intention n'est pas de parler de ce fran^ois bigarré et qui change tous les jours de livrée, selon que la fantasle prend ou à M le i-oin-tisan et à M. du Palais de l'accoustrer ». [Conf. p 20). Cette attaque a son explication dans quelques lignes très curieuses de Pasquier que M. Thurot n'a pas citées non plus : « Je ne dy pas que le bien-dire ne soit une propriété et vertu qui deustestre annexée à nostre estât : mais je ne sçay comme le malheur veut que la pluspart de nous non seulement ne s'estudie d'user de paroles de ciiois, mais, qui pis est, le faisant, il y a je ne scay quelle jalousie qui court entre les Advoeats mesmes, d'imputer non à louange, ains à une atlectation, l'estude que l'on .y veut apporter. » Bien parler était donc considéré au palais aussi bien qu'à la cour comme du pédantisme. (V. Pasq. Let. liv. II. 12, II. 4.^ c.)
r.A LANT.TT. FRVNCMsr. SES SOmCFS 223
langage populaire. « Quand on lui .leniandoit son avis do quoLpio mot fVcinrois, dit Racan, il renvoyoit ordinairement aux croci.eleurs du port au Foin, et disoil ,,„.« cT'toient ses maîtres pour le lan^^age. » (1)
Kl il est impossible ici .le contester le témoignage de Racan La preuve qu'il est fidèle, c'est (pie Régnier et "vaugelas (2) s élèvent chacun à leur point de vue contre cette doctrine et la
combattent. Malherbe a donc bien dit cela, il Fa même probablement repété avec rentètement qu'il mettait à défendre ses opinions, (juand on les lui discutait.
Mais d'abord il ne s^igit que de la manière d^écrire en pro.e ^ augelas l'a dit formellement (II, 28i) : « Un de nos plus célèbre, escrivams vouloit que l'on escrivist m prose, comme parlent les croclieteurs et les harangeres. »
Est-ce à dire qu'il faille prendre le mot à lalethv comme Ta fait \ augelas, se souvenant sans doute de quelque discussion où le maître n'avait pas voulu céder? Non, les faits que nous 'avons en main ne nous permettent pas d'être dupes comme le bon grammairien de TAcadémie, homme naïf et confiant, ain.i que chacun sait (3) et de plus de bon goût que de critique.
M. Moncourt s'en est déjà douté et a deviné qu'il y avait .ur ce point plutôt malentendu que dissentiment. « Malherbe dit-il a voulu dire surtout que le peuple ne pouvantiatteindreaux subtilités de la langue des beaux esprits, MM. les beaux esprits doivent se mettre à la portée du peuple. Et le mot ainsi entendu se concilie parfaitement avec l'ensemble des idées de Malherbe » (4) Je SUIS convaincu en efTet que Malherbe n'a pas eu originairement 1 i.lée de dire autre chose. Rompant avec des hommes\iui prétendaient représenter encore les idées de la Pléiade, qui vantaient la plupart du temps sans en faire, la poésie érudile, qui n'eussent
(1) Rac. dans Malh. Œuv. LXXIX. "^'^^ <^-<^y
(2) Sat. IX, éd. Courbet, p. 67.
Gomment il nous faut doncq' pour faire une œuvre aniudo
Parler couinie à Saiuel Jean parlent les Grochoteurs. " Comp. Wang. Rem., Préf. p. 12 et encore I, 210, .379; II, 281 et 11 1 3 \ oir en particulier Tallemant, Histor, Vaugelas (4) De la méth. gram. de Vaugelas, p. .52.
22i LA bOCTiu.NK m: .MAr.iiKiiiiK
jamais oonvoiui fjue le potMc parlail la langue (](■ loul le monde. .Malli(M'l)0 va (l'un coup à l'autre cxtrènn) ; |)Our midux huinilicr leur oririKMl il leur doimc pour maîtres ainsi que [)our auditeurs ce qu'il trouve aulour de lui de plus grossier: les porlcfaix cl les m;i,nœuvres. (1)
Le mot vaut juste ce que vaut un mot de combat, une phrase do ralliement électoral qu'on lance parce qu'il faut aux jours de discorde une formule tranchante, nette, que personne n'adopte du reste comme définitive, ni celui ([ui la trouve, ni ceux qui s'y rangent, étant bien entendu ([n'vn j)ralique on en rabattra la moitié.
Ceux qui voudraient croire que Malherbe a donné vraiment toute autorité sur la langue aux braves gens des bas ports n'ont qu'à relire ses Lettres. Ils y verront avec (jucib^ facilite il l'envoie à tout propos à ses croclieteurs. Un jour il écrit à M. deliouillon qu'il n'a qu'une nouvelle à lui donner: « Après cela qu'on ne lui demande que ce que savent les crocheteurs. » (2) Une autre fois c'est à Racan qu'il écrit « J'ai le courage d'un philosophe pour les choses superflues ; pour les nécessaires, je n'ai autre sentiment que d'un crocheteur. » (3)
Oui donc voudrait accepter 'ces phrases dans leur sens liltc'ral et rigoureux? A plus forte raison faut-il se délier de celle que nous discutons, émise pour la première fois dans une période de discussion ])assionnée.
Du reste il est temps de raisonner autrement et de montrer que, la formule eût-elle été pesée, réfléchie, elle ne correspond pas à la doctrine. Tout dans les chapitres que nous allons trouver la dément.
Sinon que veut dire cette classilication des mots bas et des mots nobles qui constitue une bonne part du travail de Malherbe sur le vocabulaire? Pourquoi ce massacre général des expressions u plébées »? S'il faut parler comme le peuple d'où vient que
(1) Le mot est certainement de l'époque de la lutte, puisqu'il est déjà relevé par Régnier.
(2) Œuv IV, 05.
f.v r, \.N(iii'; 1 1< ANcvisi:. ses socmcfs 2'2'.i
l)L's|)orlos est blàm.'. de l'avoir Hiit ? || y a dans le Commciilairo <les phrases tout à fait signilicativos telles que celle-ci : « Le peuple dit : votts,^lrs un malhnweux homme pour vous Hes un méchant homme. Copcndaul, ^/zm-ùvm/, je ne le von. Irais prcu.lre quVn sa vraie si-uliicalion d'infortuné. ..(i) On ne peut pas avouer plus nette- ^ ment que ce qui se dit dans le peuple ne s'écrit pas toujours.
Non, ici encore comme souvent, c'est M""^^ de C.ournay, qui a la colère très clairvoyante qui a dit le vrai mot : « Ils veulent parler la la langue ainsi qu'on la parle, pourvu qu'on la parle comme eux. » (2)
Sans doute, si Malherbe eût dû choisir entre la langue semi-latino de certains érudits et la langue populaire, il est très probable qu'il eût opté pour cette dernière, mais il n'a pas eu à faire ce choix, et il a trouvé entre les deux extrémités un parti plus sage à prendre, celui d'adopter l'usage des gens qui parlaient bien.
Où les trouvait-il ? A la Cour ou au Palais ? Plus probablement à ^3-^S^^h flans la partie de cette Cour au moins qui était dégasconnée. Il ne l'a dit formellement nulle part, comme Deimier qui se prononce net, (3) mais du moins il l'a laissé entendre en condamnant des mots parce qu'ils sont « peu courtisans, » (4) en se montrant d'autre part très sévère pour les archaïsmes et les mots techniques que le langage du Palais conservait. C'est dans la bonne société que se forme « le bon usage (l'expression est déjà usitée) par lequel le cours du langage est maislrisé. » (oj
Malherbe est donc beaucoup plus d'accord avec Vaugelas que ce dernier ne l'a cru. Et ils s'entendent non seulement sur les principes, mais presque sur les applications qu'il en faut faire. Tous deux déterminent à peu près scmblablement le domaine du bon et du mauvais usage, ce dernier ne pouvant être toléré (jue dans les
(\] Div. Am. comp 2, IV, 133.
(2) Omb. p. 623.
mAcad. m et 325 : Ceux qui parlent bien ne sont pas le vulgaire de Pans mais les demoiselles de ceste grande ville et tons antres gens de bon lieu. Il faut aussi écouter ceux qui s'y sont beaucoup estudie/
(4) El. 11,2, IV. 380.
(ô) Deimier, Acad. 207.
BRUNOï
• f -on,., na. r.ouli.M-omonl dans la saliro ri la comédie, (l ,,
r/a.-,ii flo son temps, nn-me a la Unw. (2j
s,He Ln bien ,-oconnaU,.c ,uc raulon.c ,lon„ec au bon
. M>llH.rlM. est moins grande .[ne celle qu >1 aura pins
:"f° i rus ;,.e..a.c, moins impc.a.ive, msagc n'ayan.
; lii n e^ 0 n s pas asse. de consistance encore, cl n-é.anl repr,.-
:;;,',';"' par aes^autoril^s trop incertaines pour s .mposer avec
" M ■: ;::nt .. a-,ssiae„ces ae .UHaU. Les P^ncipes c„e. run et «;i~ iU visent à nn même résultat, qui est ae ,He.,.aUre so,U pa eu se t a^^^^^^^^^ .",„vi<lueUes, de la
:::r::u;:t!::i ne laissant. c,,acun que la propria, ae^
style.
D f 9p, Cp dernier ai ouïe le burlesque qui II] Malh. IV, 326. Vaugelas Pref. 20. Ce deiniei cj nexistalt pas encore au temps de Malherbe. (2) Comp. Vaug. Rem. H. 290.
CIlAI'iriil' M
LA LANGUK l'OKTIOli;
b. rtformo ,|„i |„v,.,-..|o n-al,„,„issail pas néoossair,.„„.nl à l-,
■I' . gn,„,ma,,.o, so,t ,l„ loxi,,.„. ,Ios ,.,-osa,ou,..s o. ,1,. p,„Mos
On p,,„va, ,a,sso,. à ces derniers, sinon lo ...oit lonjL.s dango- - V 1.- .n.hal.vcs MKlividuellos, du n,„ins „nc ce, aino liber.,".
Il- vcJapossdnli,,édeseseni,.d^n,,.,Hainn„n,l,,.ode,o . '!'■ mois ,|u, i^.ur Inssi-Ml ,,r„|,ros , il 1,,,,,. ,| •,, ■ "n usase spécial. ' ' 'l"!"''"'"...,- en „„ ,
Quoi,,,.'»,, qui cùl ,.u ,l,.,s idées ou aboudauce, qui se fù. nnnlu n.,do des besoins pa,.,ieu,ie,.s de ce .en.-e dV.n.i'.e e,H p n -
^;.;......ecnn,,.end..e,apo.iepou;:;::::C^^^^^^^
l'™"l'';bien l-rai,e une langue à elle, mais non pas plus U^Se .ou. au con.,.an.e plus ,.es.,.ei„te encore que cell | ,n , V
".- -MI,., ,1 n,mag.na nen de mieux „ue de cont.Jnd.o la
(I) Vaugelas en accorde une dni-ni ri^,w„-
mM«r (II, 192,. Parmi eu.-,f ,Vé„t a ,eM.?r^r" '"' "'" '■""• <"•
' n ! en a que Mallierlw .ivaJt eondanniés.
i)2^ T.A DOnTRINF. HE M ALUKRllK
poésie à Choisir oncoro .lans ce choix, la vraie distinction consis- ^ tant non dans la richesse, mais dans l'éU-ance. (1 )
Vau-elas dira dans le m^^me sens : « Noslre po.-=sie Françoise lire une de'ses plus grandes douceurs de ce qu elle ne se sert jama.s que de mots usitez en prose..., au lien que la langue grecque et 1h langue italienne ont une infinité de termes parlicnliérement afTeck^s a la Poésie, qui semblent sauvages d'abord à ceux-mesmes de la Na ion, et comme tout le monde scait, les Italiens naturels n'entendent pas leurs Poètes s'ils ne les estudient. » (2)
C'était renverser d'un seul coup les théories admises depuis ^ cinquante ans, et anéantir le principal elTort de la Pléiade .
On sait, en effet, sans qu'il soit besoin de le redire ici, quel som, quelle ardeur l'école de Ronsard avait mis à a amplifier le langage. » C'était là pour elleune condition nécessaire si noire langue voulait être admise aux honneurs des grands genres littéraires, et entrer en lutte avec celles des Anciens. La langue poétique principalement devait se peupler de mots relevés (3) et sonores qui u font batterie aux vers, » (4) éloignés du parler vulgaire. Et sur la permission d'Iloraceon s'était mis à l'œuvre, empruntant partout, aux anciens, aux prédécesseurs, dans les idiomes voisins et dans les dialectes, ..reffant, provignanl, plantant, sans que personne eût conteste uli- Uté du travail ni le profit qu'on espérait tirer de la moisson, (o A p.ine Sebilet, dernier représentant de l'école antérieure, ava.t-i lait quelques réserves, les mêmes que faisait aussi Ronsard . avait lui aussi acquiescé. (G) Et si depuis le mouvement s était
(1) Notons qu'on ne tronve qn'une senle fois dans le Commentaire cette note a langage de prose », c est à propos de ce vers :
Roger voyant l'erreur où il peut encourir
{Im. de l'Ar. Rod. IV, 407).
(2) N. Rem. II, IH.
(3^ Rons. Préf. Fr. Œuv. III, 30 (41 Id. ih. III, 31.
Àv Ronsard Art. poèt. et Prèf. Fr. ; du Bellay, Dcf. et il. pass.m (5)V. Ronsad, a»î. / i^^ ^^^ Mans, Art. poct. SI
\a\iq\ie\ir\, Art. poct. éd. Genty, p. -, -~. i «"«^- "
et sv.
(d) Art. poèt. \-i.2\, éd. 1573.