‹ La doctrine de Malherbe d'après son commentaire sur DesportesChapitre 3 sur 106 · AUXQUELS SE HEFEREM' LES CITATIONS · texte numérisé non relu

AUXQUELS SE HEFEREM' LES CITATIONS

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Là où Malherbe a simplement tiré des traits de plume, je renvoie à rexemi>laire de la Nationale et j'abrège alors ins or. ou l)ien e,v. or. ce qui signifie monu.<(rit ou exemplaire original, le Commentaire étant écrit en marge d'un exemplaire de l'édition de Pâtisson, comme on le verra filus loin

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(•i/L'édilion prenniéro, oiiôe quelquefois, est de 1G07.

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Wey (Francisj, //'is^o/re des révolutions du langage en France; Paris,

LiVKK imu:mii:i\

INTHODUGTION

MALHKRBK KT DESPORTKS EN I6O0

LE COMMEiMAlRE SLR DESPORTES

CIIAIMTIU: IMlKMIKJî

ni:si»()in i:s i:\ loo:;

Ci'ôlail (Micoreon IGOo, bien qu'il semblAl dimiiui»' depuis la mort (rHiMiri 111, nii [torsoniinixo for! considiM'é qiio Philippe Despoiles^ ,il)l)('' (!'' Tii-du, (!<> |{on[)orl cl aulres lieux, couseiller (]o su Maj('sl('' eu s(»s Conseils d'Etat et privé (1). La preuNc eu es! que liii-UKMUc, tiu ('picuriou prudent, s'estiuiait assez riche d'Iiouneurs et do biens ponr ne plus rien demander à la fortune, ne rien accepter même de ce qu'elle venait lui oiïrir. L'archevêché de Hordeaux, qu'on lui proposait, lui eût « donné charge d'àmes », les fonctions de secrétaire des contimandements du roi l'eussent rejeté au milieu de toutes les intrigues de cour, il refusa ces bénéfices résolument (2) et avec des airs de sage bien imités pour que son épitaphe pût, sans trop faire sourire, compter la modestie des désirs et le mépris d(^s gr;indeui"s au nombre de ses vertus (3).

il) Après avdir délDuté comme secrétaire «le révèque du l'uy. de Claude de l'Aubépino et du marquis de Villeroy, il était devenu secrétaifo particulic!' d'Henri III, puis par Joyeuse, favori et beau-IVère du roi, un de ses conseillers intimes. C'est de ce temps que date sa grande fortune. En 1582 il avait reçu l'abbaye de Tiron. en 1588 celle d'Aurillac, bientôt échangée contre les Vaux-de-Cernay, en 1589 Josaphat. Il était à ce moment là un vérilable ministre des plaisirs, mais aussi des afïaires du roi, admis dans tous les conseils de l'Etat.

(2) Primo amplissimo notarii sacrarum jussiouuui dignitatem, ileinde Burdigalensem archiepiscopatum recusavit. {E}>ii. dans Niceron. .A7c)« . XXV, 312).

(3) Moderatissimi viri nalura— raro cxcmplo sprette potestalis (76. i. nnuNOT 1

.M \L)lhlVlih El |)i;.SI'(>H IKS

IMuîicLii's unni'cs auparavant il uvuiL môme scmbli'' «loiincr un ^rand (!xcmp]e,cn allant vivre avec ses moines à lîonport, dans la plus loinlaiiic de ces abbayes (i). Mais ce n'étail là (|u'une Jemirelraile, dont reiniilc sortait souvent, maison de campagne de mondain plus que solitude de moine.

Au Louvre même sa situation restait excellente. 11 e^t possible que la reine ]\Iarie l'aimât assez peu, sa voix étant restée muetle alors que laiil d'autres, de Marseille à Paris, avaient salué de cris de joie et d'espérance l'arrivée de cette Majesté nouvelle. Mallierbe, en accueillant la « merveille d'Etrurie », presque au débarqué par l'Ode à la Reine, avait conquis pour toujours près d'elle la priorité el l'avantage.

La chose eût été grave, si la maison de la « grosse banquicre », suivant le mot de Tallemanl, n'avait eu « une quantité étrange de succursales . »

Mais d'abord le roi avait commencé à revoir Marguerite, et Marguerite avait toujours vu Desporles. Leur amitié était ancienne, et, dit-on, fort intime, le poète ayant de grandes séductions et la « bonne Margot » peu de préjugés (2).

En outre, la vraie cour se tenait à ce moment chez Henriette d'Entragues. l'enlrée engrâce, et la lille de Marie Toucliet ne pouvait oublier sous quels auspices s'était fuite la réconciliation entre sa

(1) Desporles sur sa fia aux champs .s'estoit rau^é,

Ayant quitté la Cour, pour n'estre plus eu peiue De mendier des grands la faveur ineerlaino-

(Rapin, Œuv., p. 85).

[2] Desportes avait, paraît-il, écrit riiistoire de la reine Marguerite, en chilTres, et s'en était vanté à du Vair, qui essaya plus lard d'en avoir comniunication, mais « sans en rien arracher ». « Vous pouvez penser, écrit Peiresc à Dupuy, s'il yde])voit avoir de belle besoigne, ayant eu la part qu' il avoit eu dans tout ce célèbre b... et intrigues de cour » (Peiresc à Dup.. Let., I, 193, 1G27). Toutefois Marguerite avait à cette époque d'autres poètes, Jean Alary, Maillet, Deimier, mais surtout son favori Maynard. Quand elle perdit son iniianl Sainl-Julien. !o. 5 avril KitiO, ce fui lui (pii composa les Regrets quelle disait tous les soirs « coiiiuie elle eût fait ses Heures » {Journ. do t'Est., 6 avril IGOG).

môro ol (Iharlf^s IX. ni -i <|iii le dur (rAn^oul("'mo. son Tiviv, (Icvail d'rlio iir ' I .

Un ri-slc. litMinMisenii'iil [xuir lui. lo poMo n'avait plus licsoin

(le l'oconrii à I inlrioue pour se lair<' nno place dans l'aniili.' du

roi 2 . Il l'avait concpiise au (li'linl et de haute lutte. Sainle-Heuve et

M. Michiels ont raconté d'apiès Sully et Palma (^ayet cette euriense

lii>t()ire (3). Après avoir combattu Henri IV presque juscpi'à la

dt'iiiiric heure, lui avoir occasionné. j)ar la l'ésistance entêtée de

Uouen. de sérieux échecs, causé des inquiétudes et des impatiences.

il avait si habilement négocié, si artiliciensement parlé et écrit,

enfin si opportunément livré la ville «piil semblait plutôt avoir aidé

le roi contre Villars que Villars contre le roi i4'i. Dès ce m(Miienl.

eornuK^ le dit naïvement nne |)hrase de Sainte ^larthe, il s'était

assuré <' de quoi adoucii- un peu plus facil(Miient le i-eo-ret de son

ancien maître »> (.■;). EneU'et l'importance du service en avait si bien

obscurci la nature, la ^vAcq avec laquelle il était rendu avait

l(dlement dissimulé les arrière-pensées du tin diplomate (jue roi et

ministres l'avaient largement payé sans cesser de se croire ses

«ddigés. Us donnèrent d'abord beaucoup, puis comme ils voulaient

ajoutera ces largesses, Desportes eut encore l'habileté de refuser,

ce (pii lui valut de garder la sitimtion (fiin serviteur insuffisamment

récompensé, qu'on paye en reconnaissance et en estimt» (6}.

(1) Il faut noter toutefois que la marquise de Verneuil était peut-être, fut en tous cas plus tard très Inen avec iMaliierbe. Celui-ci écrit à Peirese le 18 juillet 1GÛ7 : qu'il fut la voir et qu'il reçut d'elle des caresses plus qu'il n'en pouvoit espérer (Malh. Œuv.. III. W].

(2) Tall. Hist, de Desp. l. 0(i.

(3) Sainte-Beuve. Poès. fr. au xvr s. 4:{3. Michiels Intnvl. XI. IX.

(4) V. tout le récit de Sully, Econ. 2. II 172. Coll. Petitot.

(5) Quarto post anno, cuui restituenda? novo Régi totius fere Xeustrijv priecipuam se auctoreni et adminislruui Portaeus pnestitisset. hoc nt)bill facinore viam sihi et aditum ad ejus benevolentiain aperiret, haberetque deinceps unde prioris doiuini desiderium aliquanto facilius leniret. (Sainte-Marthe, Elog. p. 148.)

(6) Palma Cayet, Cliron. nnv. III, 3.50, éd. 1608 : Pour la peine que prit l'abbé des Portes à faire cest accord et réduction de Rouen, il fut encore nommé par Sa Majesté a une bonne Abbaye et eut plusieurs autres biensfaits du Hov.

4 MM.iir.iU'.ii; i;t desportks

De ce coup ixuirlaiil. sa loiliiiic, un moment compromise, élait refaite, peul-(Hie augmenlée. Ménage la porte à 12,000 écus, les coiilcmporains à 10.000 (1). Celait, nirme en admettant cette (lernièi'c évaluation, et si l'on tient compte de la moins-value de l'argent, l'équivalent de plus de trois cent mille francs de rente d'aujourd'hui, revenu louj(Jurs considérable, énorme à l'époque.

Qui a l'argent a les pirouettes, dit un proverbe qui n'est pas d'hier. Desporles, ayant les millions, avait les révérences. C'est plus tard seulement, et après sa mort, que Jial/ac (2) et d'autres relèveront, par des comparaisons amères, l'énorme disproportion qui existait entre le talent du poète et le prix dont on lui en paya les produits.

Personne alors non plus pour lui reprocher d'avoir avili sa muse et puisé à un Pactole qui roulait autant de fange que d'or [3).

Desportes eût eu, d'ailleurs, une réponse toute prête. Depuis les affaires de Rouen, où décidément il avait plus gagné à combattre le roi qu'il n'eût pu faire à le servir, sa fortune avait trouvé de nouvelles et nobles origines. Tout ce qu'il avait acquis sous Henri III avait été séquestré, il n'en pouvait plus être question; ce qu'il possédait maintenant, c'était la guerre et la diplomatie qui le lui avaient donné. En les risquant à ce jeu, par attachement

(1) Rég. Sat. IX:

(Quand) leur Ijelle muse ù mordre si cuisante Leur don'ra, comme à luydix mil escus de rente.

Comp. : Reg. éd. Brossette, Sat. IV, note; Journal des Savants, ll'SO, p. 439 et sv., Colletet, Art poat. Du sonnet p. 117. Cette fortune a fait longtemps l'objet de discussions.

(2) Dans cette niesme Cour où l'on faisoit de ces fortunes, plusieurs poètes estoient morts de faim... Dans la même Cour, Torquato Tasse a eu besoin d'un escu et l'a demandé par aumosne à une Dame de sa connoissance. Il rapporta en Italie l'habillement qu'il avoit apporté en France, après y avoir fait un an de séjour. Et toutefois je m'asseure qu'il n'y a point de stancc de Torquato Tasso, qui ne vaille autant pour le moins que le Sonnet qui lui valut une Abbaye. (Balz., Diss. chr. et mor. II. 400). Cf. Baillet, I. '29" et Anti-Baillet, I.'214).

(3) Les vers de d'Aubigné sont postérieurs, ou du moins ils ne parurent qu'après la mort du poète.

DESPORTES EN 1 0O.'i O

chevaleresquo à la famille des Joyeuse, il avail à jamais purifié ses millions de l'odeur (les alcôves où ilsavaient élé amassés; le salaire du coui'lisan élai[ pei'du, il ne lui restait plus que les conquêtes du politique.

Et les actions humaines sont si viles (juc le l'aisonnement n'eût pas élé trop mauvais, la politique nuMue intéressée et personnelle étant encore, par rapport à certains trafics, un emploi supérieur du talent.

Mais Desportes ne semble pas avoir eu à calmer les susceptibilités trop vives des consciences. Un moment, la haine politique, comme il arrive souvent, avait donné à quelques adversaires des délicatesses subites. Dans le monde huguenot, dans le parti bourgeois lui-même, on découvrit que le « poète de l'Amirauté » était athéiste et ses œuvres immorales il).

L'orage passé et la paix revenue, tout était si bien oublié que nous voyons lessatii'iquesdela Ménippée et leui' victime eu relations intimes. L'abbé fait des vei'S funèbres sur la tombe de l'un d'eux (2\ et un autre en fei'a sur la sienne. 11 n'y a plus que les « frénétiques » qui se souviennent de ces misères passées.

Tl faut dire que jamais abbé n'usa plus chrétiennement d'une fortune plus immorale. Ses amis nous disent qu'on l'enviait, qu'on lie le jalousait pas. C'est qu'il avait pour désarmer la rancune des déshérités un seci'el qui ne devrait jdus en être un, tant ou en a ré|)été et commenté la formule. C'était un bon riche.

Soit qu'il eût gai'dé vivace le souvenir des quelques jours

(1) V. Sni. Mèn. éd. Lab. p. 9. Comp. la Dcscripfinn de l'ilo des Hermaphrodites, imprimée plus tard à la suite du journal de rEstoile. {La Haye, 1744, IV, p. 51 et ft3}. Le passage suivant se rapporte évidemment à rabt)é : Les ministres ordinaires du temple seront chantres, baladins, L-omédiens, farceurs, et autres de semblable étoffe. Les Prédicateurs seront choisis entre les poètes les pli's lascifs. Comment ne pas y voir une allusion quand nous savons que Henri III fai.sait haranguer « ses confrères « les Hieronymites par l'abbé de Tiron, son favori poète? {Journ. de l'Estoile, 31 octobre 1585).

(2) Voir l'épitaphe de Passerat dans ledition de 1606, 465. Rapin un peu plus tard fera le tombeau de Desportes et l'adressera à Gillotl

6 DESPOhTK.S F.N I IKI.'i

d'angoisse pur icsquols il av:iit passé (ont jciiiic avant tic laiir la bienheureuse renconln- de Tévèque du Puy (V), soit que la naluie eut donné à son CdMir cçtlc iiildligcnce dos mauv d"aulnii (pii l'ail laconipassion, il n'attendait i)as les occasions d'oblitrer, il les cherchait ou môme les faisait naître (2), étant de ceux qui éprouvent un besoin instinctif défaire du bien autour d'eux.

Et souvent encore la (;liaril('' fait des réserves égoïstes, elle veut bien aider et secourir, mais jus<jn'au jour seulemcnl où les secourus deviennent des rivaux.

Celle de Des|)ortes, nous le verrons pai- des faits, n'avait point de ces retours et de ces défaillances. Il poussait Sainte Marthe (3), Vauquelin à la poésie, du Pei'ron (4) à la politi([ue, sans craindre de se créer des égaux ou des successeurs.

Et ses services ne se bornaient pas au prêt d'un livi-e, à l'offre d'un dîner, à l'avance d'une somme d'argent. Sa protection valait plus et mieux. Sollicitations, démarches, rien ne lui coûtait pour les affaires de ses amis qu'il faisait siennes.

On sait comment de Thou lui dut son mortier de président et Sainte Beuve n'a pas manqué de rapporter d'après les mémoires de l'historien cette anecdote caractéristique (5) :

Le vieux de Thou voulait pourvoir son neveu de sa survivance. IMais le neveu répugnait à toutes les démarches qu'il fallait faire. Un jour Choesne en parle à Desqjortes, au moment oîi celui-ci parlait chez Joyeuse. En revenant la succession était réglée. Le nouveau président confus se précipite chez son bienfaiteur. C'est moi, lui répond-on simplement, que vous avez obligé; on se fait honneur quand on lend service à un homme de mérite, et il se trouve même dispensé de la peine d'aller remercier le tout puissant favori du roi.

(1) Tall., Hist. Desportes (1, Oe).

(2) Vita ad bene de cunctis nierendum iiistituta (de Tlioii. CXXXVI 1247 A.).

(3) Non tameii isla tu() suli nomiiie pauca vereliar Edere, teqiie meis ornandum includere charlis.

(Ste. M. S)/lr. I, IHJ).

(4) Vie de l'illustre card. du l'erron en tète de ses Œuvres. ("\'. plus loin}. {h") XVI' .s. cii Fr.. \). 4:]\).

f»FSPf)HIF,S KN ir>l)."> 7

Noilà un (>\(Mii|>lt' de la roinplaisanco do Desf>or(os, cômplaisanco dont ses amis n'i-laicnt pas seuls à piolilor, rai- il la mettait an service de Ions ceux ipii rapprocliaient. snrlonl de ses (•oiiri-(M-e> en poésie. L'un d'(^n\- nous l'a dit :

Nul Laiit que liiy ne cliéfit ceux Qui secondent (non paresseiisj L)une cadence mezurée Tes Seurs par la brune serée.

Quand Phébus d'un pié bondissant, Portant le carquois en écharpe, I-es guide au branle de sa barpe Dessous les flammes du Croissant (1).

Ln jour m;Mne sa libéralité s'étendit jns(ju"à ses moines. Quoiqu" « ils n'eussent pas d'àmes » il prit pitié de leurs corps et ou |)artagea les biens de Josaphat (2j.

Un riclie de ce caractère, possédant ainsi à ioml l'art de donner, en outre enjoué et spirituel autant que doux et atTable, poli à l'égal des plus i-aflinés, causeur aimable et gai. abbé point bigot (3),. homme de cour enfin autant (juiiomme de cœur, ne pouvait manquer de compter de nombreux amis.

En effet, ses maisons de Bonport,mais surtout deVanves étaient des lieux de rendez-vous pour les Parisiens et les provinciaux. La, table y était somptueuse [i), la lîibliotbèque ricbe et largement

(1) Cl. Garn. Extr. des Poe:;ies à la suite de VAm. viclor. 2:9 r'.

(2) Bona ejusdein monasterii anno 1591 inter se et nionaclios divisit,. {Gall: chrii^t, eccl. Carnot YIII. 1285. Comp. Gall. cJirist VU'. 897. '

(3) M. (le Tiron disoit qu'il n'appréhendoit rien tant que de se trouver eu la conq^agnie des nouveaux (.-onvertis. car ils ne i)arli'nt jamais que de Purgatoire et de prières de Saints {Perrort^'^, 1G8;. Comp. : « Il est papiste mais non bigot ». (Sçali(jcrana, des Portes).

(-1) ouvrant ta splendeur et la table à tes amis (Rap. p. 52), Xullus eum vel hospitalis mensa^ lib^ralibus epuîis. vel instaurandre bibliottiecfesumptu. vel omni dcniquc civilis vitre splendore superavif. (Sainte-Marthe. El. 1. v p. 1 'i8).

8 DESPORTES hN 1 HOo

ouverte (i). Tout ce (jiie la France comblait alors de distingué passa chez ce grand seigneur de lettres, et fut en relations avec lui.

En 1605, il est vrai, beaucoup des anciens commensaux, des amis d'autrefois : Daurat. de la Guesle, Grojan, Baïf, d'autres encore nélaient plus. Mais dans une semblable maison ils n'avaient pas tardé à être remplacés.

Régnier et Robert Estienne peuvent cà peine être comptés comme des étrangers, ils étaient là chez eux, l'un neveu du maître, l'autre son .pupille, élevé à ses frais, n'ayant eu longtemps d'autre domicile que celui de l'abbé (2).

Apres eux venaient les intimes et ils étaient nombreux. Nous avons déjà nommé de Thou; S'" Marthe n'était guère moins attaché à Desportes. Depuis le jour où il avait mis ses premiers essais sous son patronage, il avait pris l'habitude de faire de lui, qu'il fîÀtprès ou loin, le confident de toutes ses pensées, l'ami auquel on raconte jusqu'à ses ennuis domestiques, ses chagrins de famille (3).

Du Perron lui devait tout; non seulement il l'avait fait cardinal, mais peut-être catholique. En tous cas^ si l'histoire contée parTallemant est vraie, il l'avait tiré d'un fort mauvais pas, en désintéressant une famille dont le futur prélat avait assassiné un membre (4).

(1) On comptait déjà de belles biljliothèqLies à Paris, en dehors de celle du roi, celles de Harlay, Passerai, Petau, de Mesme, Paucliet, du Piiy, l.efèvre de Roissy, etc. Celle de Desportes était néanmoins iiarmi les plus importantes. Peii'esc en 1627 y faisait cliercher un livre rare. (Lci. à Dnprty, I, 419).

(•2) C'est ce RoJjert Estienne qui est l'auteur des vers insérés dans l'éd. Michiels p. 525 et 526. I^ar une inadvertance étrange l'éditeur le confond avec l'auteur du Thésaurus, mort près de 50 ans auparavant, c'est la note elle-même qui le rappelle. Voir sur ce î?ob. Estienne ; La Croix du Maine, II, p. 385. (Paris 1772). Il est l'auteur d'nn certain nombre de petites pièces de vers grecs, latins et français sur lîelleau, de Thon. Birague, Ronsard, du l^uy, Henri IV. Il iuiprima de t6u6 à 1G30. On a de lui un recueil intitulé : Les larmes de Saint-Pierre et autres vers. Paris 1606.

(8) Nec minus inlerea me hella domestica ve.'ir.iit

Anxiaque iniiumerà' consumunt pectora lites, Quas socer iiicautus peperit, frigente senecta, Inlempestivum Veneris dum coiicipit ignem Infelix, miserasque novercam indiicit in sedes. {Sylv. I, 143).

(4) Tall., Hisf. I, 103 : En un cabaret il Cdu Perron) prit querelle avec un homme, et quelque temps après, ayant rencontré ce mesme homme, il se

DESPORTKS EN 1 ftO.'l \)

C'était lui encore qui l'aviiil inlroduil dans la faveur de llciiii III et avait assuré les débuts de sa fortune (1). De là des rapports constants entre eux, on se rendait mutuellement visite, on échangeait des livres (2), on s'invitait. Tallemant raconte que l'abbé ne pouvait se décider à appeler le cardinal Monseigneur et qu'il lui écrivait : Domine. L'histoire n'est peut-être pas vraie, elle est vraisemblable. D'abord on n'appelle pas Monseigneur un homme qui chez vous « saute 22 semelles avec des mules et des escarpins» (3). Puis si l'un des deux était dans leurs relations traité en supérieur, c'était malgré les apparences Desporles et non du Perron. Une lettre très curieuse en fait foi (4) Le ton est d'un ami, mais qui se souvient avoir été un protégé.

Il n'eût tenu qu'à Vauquelin /l'avoir aussi sa part de fortune,

le fit tenir ])ar trois ou quatre autres (ju'ii avoit avec luy et le poignarda. Le voylà en prison. Des Portes, alors en grand crédit composa avec le.s parents du mort pour deux mille escus quMl presta à du Perron.

(1) (Il eust l'honneur) d'entrer au service particulier du Roy Henri III, à la sollicitation et recommandation dudit sieur de Tyron, qui. comme las de la Cour, et voulant joiiy du fruict et du loyer de ses dignes services, le proposa au Roy pour entrer en sa i)lace {Vie do Vill. card. d. Perron dans du Perron, Œuv. p. 5).

(2) Je n'ai plus aucun livre d'humanité, ni poètes, ni orateurs, ni historiens, j'ay tout baillé à M. de Tyron. [Pcrronna p. 232-233).

(.3) Perron'^'' p. 232-233.

(^i) Voici le texte de cette lettre qui ligure dans les Ambatisades et nè<jo~ dations du Cardinal du Perron, \^. lîO.

A Monsieur de Tyron, Conseiller du Roy en son Gons-il d'Etat à Boniujrt.

Monsieur, j'estois party de Coudé, en intention dépasser outre, et vous aller voir à Bon-port. Mais mon Cocher estant tombé malade, j'ai esté contraint de changer de dessein etde prendre lechemin du logis, sous la conduitie d'un chartier, que j'ay substitué comme un nouveau Phaëthon. en sa place. Cela me fait vous envoyer ce laquais, pour scavoir de vos nouvelles, et vous supplier me mander, si je n'auray pas l'honneur de vous voir à Condé, devant que vous quittiez l'air de ce païs, et quand je me puis promettre ce l)ien, afin que j'advertisse Monsieur Chovayne de me venir aider à vous y recevoir, selon la prière qu'il m'en a faitte. Je conterayceste laveur, pour la meilleure aventure qui soit arrivée à ma maison, depuis que j'y suis et qui y arrivera jamais de mon vivant. Et en ceste espérance, demeureray. Monsieur, vostre plus affec^tionné serviteur. J. Evesque d'Evreux. (D'Evreux ce jourde Penteçoste. I60i).

10 MVr.HKKBE KT DESPORTES

Desporles le poussait h la demander. On sent môme à la réponse que lui fit ce provincial entrté avec quelle insistance il essayait de le séduire, d'attirer vers la cour un sauvao:e épris de l'amour des champs. Quand le favoi'i vit qu'il n'y réussirait pas. il Lui envoya du moins dans sa retraite tout ce qu'il put de faveurs: l'inteiidance des côtes de la mer, la lieutenauce du présidial de Caen (1572) (1). En outre il eut bientôt liberté de recommander le fils à défaut du père, et sur ses instances Nicolas des Yvelfiuux devint précepteur de César de Vendôme (2,.

A ces noms, ou ajoute en général ceux de Hertaut, de Nicolas Rapin, de Monstreul, de Pasquier, dont les relations d'amitié. avec notre poète sont très connues et certaines.

Ceux qui ont voulu grossir la liste se sont appuyés — sans le dire — sur un document qui n'a qu'une valeur très relative, la fameuse élégie de Ua[)in sur les obsèques de Desportes, dont l'aruilyse mérite de trouver place ici.

C'est un long poème en latin adressé à Gillot, et qui figure à la page 47 des œuvres de Rapin :

L'ami de Desportes a fait un songe affreux qu'il veut confier a (fillot, comme il lui confie ses joies : « Voici que vers, la fin de l;i nuit précédente, alors qu'il dormait ou semblait dormir, car il n'est pas sûr d'avoir rêvé, il a vu un long cortège fimèbre défiler devant lui.

« En tétC;, les Amours, enfants de chœur de celte fête païenne, vêtus de noii-, ouvraient la marche, suivis bientôt des Satyres, des Faunes, de Pan entouré des divinités champêtres, portant des torches funèbres ou des bannières, entrechoquant des cymbales, emplissant les rues du bruit des trompettes. Les Naïades, Dryades. Nymphes ont apporté des couronnes faites avec les fleurs de la saison : violettes, jacinthes, i-oseset safran poui-pré. Elles pleiirenl silencieusement.

« Derrière, les trois Grâces, leurs bras blancs entrelacés, précèdent les neuf Muses, dont le manteau traîne longuement comme

(!) Voir yauquelin.Der)!..s«!'. dulivrel. Cf. Préf. de l'éd. Travers LX^III. (2) Tall'., Hist. I. 340.

DESPORTES EN J 60o j ]

uiKM-obe de deuil. l<]rato a mis le voile des veuves; Vénus a le visage tout décomposé, d'une main elle conduit son fils, de l'anli-e elle essuie les larmes (jui coulenl comme au jour où elle a perdu Adonis.

« C/est Apollon (pii officie, vêtu de la Irabée, Mercure a le bâton du maître des cérémonies, Pallas fait la pleureuse.

u Alors vientle corps, à demi soulevé sur un siège d'ivoire. Hélas! Uapin ne le reconnaît que trop, malgré sa pâleur, il semble animé encore du souftle intérieur, c'est Desportes, l'illustre Desporles!

Et ICI commence l'énumération des personnages vraiment intéressante pour nous :

'« Di.x hommes portent le corps sur leurs épaules. Ce sont les grandsmusiciensdu temps, Savornin (1 idont la grâce avait conquis la faveur du roi Henri Wh le Bailly {2),Balarcl{^\\ii vÏQuxde Vau-

ninu/ (4), le Polonais français (5), Emtache du Corroiz (6 .

(1) Savornin avait clianté dans le « ballet comique de la reine » le 15 ocl 1581. Il était chanoine de la S'" Chapelle.

iX) Henri le Bailly, surintendant de la inusique du roi Louis XIII, qui a composé des ballets et des psaumes encore manuscrits. (V. Fétis. Bio^ir. des miisic ,art. Bailly^ Malherbe a collaboré avec lui (Malh. Œuvr., \U, 290)Comp. encore Recueil des cartels .. d'avril 1612. Paris, Micard.

(3) Pierre, de la célèbre famille des Balanl ou plutôt Ballard qui nendant si longtemps eut en France le monopole des impressions musicales (V Fétis, ib , art. Ballard),

{■\) En latin Valmenius, ne peut guère être le même t seigneur » auquel Ronsard adressait un sonneteu 15G7 ; Y. Bons. Œuvr. t. V, p. 341.) Celui-là est mort, car on trouve son épitaphe dans les œuvres de du Peyrat. 160, V (1593). Il s'agit donc sans doute de son frère le chanteur (V. Perr"", p. 314 . (5) Quel est ce Polonais « qui touche l'ivoire d'un doigt puissant» ? Sans doute Jean Baglar. Nostradamus dit en effet dans ses vers funèbres càCli. du Yerdier, escuyer du due de Guise fp. 13, Tolose 1607) :

Tu vei ras Ediiiton et ces sonneurs antiques

Dont encor l'Univers honore les cantiques

Francisque de Milan et Bagfar Polonais

Oui font mille concerts environnés de Roys.

(G, Ce Corroie en latin Corro^ius, natif de Beauvais, avait été maître de chapelle de Charles IX et de Henri III. (V. Bourdelot, HisL de la musique et de ses effets, I, 215). On lui doit une Théorie de la musique.

12 MALFiKiiiii: i;t r)r;sP0RTRS

Leff'vre {{), Cape/ (2), Maudnit (3) et Gurdron fiV Aux coins du drap, Aclnlle do Ilnrloi/, on grand costume, de TItoit, le " prince de riiisloirc », du Perron, en robe de poupre, le poète Bertaut, pleurant le chef sous lequel il avait débuté.

« Puis la famille : le frrM-e du défunt Bevillers(o), insensible à la joie d'hériter de tant de biens, son neveu Rérpiier, portant dans sa phvsionomie, comme dans son esprit, la flamme de la race. Ensuite, P<?/'7<'y (6 j, des Yveleaux {1), deins un élat d'abattement

(i) Le personnage nommé ici est incertain, car il n'y a pas mal de Faber, Fab'ri, Favre etc., Lefcvre qui ont vécu à cette époque. Je crois cependant, que Faber désigne J. Le Febvre, musicien français, auteur de musique à quatre parties, connu sous Louis XIII et déjà sous Henri IV.

(2) Est-ce Capel, dont parlait déjà Ronsard dans les Bacchanales en 1540 ? (Œkv. VI, 362) C'est possible, mais non certain.

(3^ En \ann M al ducius: né à Paris en 15.57, greffier du dépôt des requêtes du Palais. Ami de Ronsard, il composa pour lui une messe de Requiem. chantée depuis à l'anniversaire de la mort d'Henri IV, puis de Maudnit lui-même. Il a aussi dirigé des ballets, entre autres le Ballet de la Délivrance de Renault M61T\ Son caractère était non moins honorable que son talent. Le P. Mersenne a fait de lui un éloge enthousiaste (Harm unir, VII. G3 et 64).

(4) Né à Paris en 1565. était chanteur de la musique du roi dés 15'J<i. En IGOl. il succéda à Claude le .leune comme compositeur de cette musique : en 1603 il était valet de chambre du roi et maître des enfants de la musique. Plus tard il devint surintendant de la mu.sique de Louis XIII (V. Fétis, our. cit. Guédron\ A la fois chef d'orchestre, compositeur et poète. Giiédron eut une grande situation à la cour. ( V. Beauchamps, Rcch. si(r les Th. de Fr., III. 63). C'était un novateur. Avec Mauduit. Boesset et Bataille il mil à la mode la chanson à voix seule M. Chouquet dit que ses mélodies naïves ont encore delà grâce. ^H/st. de la rnus. dramat., p. 85).

(5) Sainte-Beuve avait déjà remarqué que Beuterim^ élah une faute d'impression pour Beulcrhis. [Tab. de /« por.?. fr. au XVI^ s.. 410)

rO) Ce Pclleqœus, le même que Clavdius Pelfieius auquel Sainte-Marthe adresse une jolie pièce de vers sur .ses amours. (Lync. hb. II. p. 111) était poète, musicien et savant. Comme il avait été secretan-e du duc d'Anjou il avait dû connaître intimemsnt Desportes. De là. la place qu il occupe ici. (V. Dreux du Ra lier. Bib. du Poitou. IIL 166 et Goujet, B>b.. XIII, 263).

(7) Des Yveteaux était alors précepteur du du.' de Vendôme.

DICSI'dltTFS KN KiO') 13

iiuli{^iic (lu précepteur diiii eiit'anl royal, le tils de liaïf \ et Monstrcul (2), dont les larmes avaient coulé les premières.

« A la suite de ce groupe d'iulimes se presse une foule d"hom-> mes aiiiciiés par leurs sentiments personnels ou la sympathie (|ue l'ait naître la similitude des travaux : hommes d'épée et de cour, gens d'église, magistrats. D'ahord Nicolas de- Neufville de Villeroij (3), secrétaire des commandements, puis Ilurault de Mais.se, les conseillers et ambassadeurs du roi, le tout puissant Pierre Forr/et, Pasclud (4), Tlntmery [Vi], Jeannin (6), de Vie (7),

(1) C'était un fils naturel d'Antoine, noinnié (iuiliaiiine, qui semble aussi avoir été poète. M. Fournier dans les V<irictcs historiques et littéraires (VIII, 31) a publié un petit pamplilet de lui daté du 14 juin 1609.

{2) Jacques de Monstreul fit un tombeau de Desportes inséré dans rédition Michiels page 527. Il était à cette époque attaché au cardinal de .Joyeuse.

(3) Gui nomen nova villa et régla sanxit'

(4' Le sieur de Fresnes avait déjà été sous Henri III un grand personnage, il grandit encore sous Henri IV, devint président au mortier (1590) secrétaire d'Etat et conseiller du roi. En cette qualité il fut nommé chef du conseil de César de Vendôme, d'Alexandre et d'Henriette enfants légitimés, et sous-intendant de leurs atfaires. Il mourut en 1611.

Le Paschal ou Pasquali qui l'accompagne (1547-1025) était né à Coni. Henri III l'envoya en 1576 réclamer en Pologne les meubles qu'il avait laissés. L'habileté avec laquelle il remplit cette mission lui en fit confier d'autres. En 1589 il obtint à Henri IV des secours d'Elisabeth. Nommé avocat général au Parlement de Rouen (159>) puis conseiller d'Etat, il contribua à la pacification du Languedoc, de la Provence, du Dauphiné. On l'envoya en 160-1 à titre d'ambassadeur auprès des Ligues Grises. Il y resta jusqu'en 1614.

La liste de ses ouvrages a été faite dans l'Histoire ecclésiastique d'Abbeville du P. Ignace Joseph. (Cf. Niceron, t. XVIL •239). L'un de ces traités lui occasionna une querelle avec Hotman, c'est le Légat us {Rouen, 1598 et Paris, 1613, in-4).

(5) Il y a eu deux Thumery, mais il s'agit ici probablement de Jean Robert, reçu conseiller le lî août 1605 et non de Charles qui ne fut reçu que le 9 décembre 1609 (V. Blanchard, Cat. à la suite de Présidents au mortier, 1647, page 114 et 116 et Lettres des Peiresc à Dwpuy, I, 378).

(6) C'est le célèbre président et ambassadeur (I54U-1622).

(7) Seigneur d'Ermenonville, serviteur dévoué d'Henri IV, le même qui afin de pouvoir repartir en campagne se fait couper la jambe qui le rendait impotent. Le traité auquel Rapin fait ici allusion fut conclu avec les Ligues Grises par de Vie, envoyé en ambassade extraordinaire.

14 MAT.MKRIii; VA' DËSPORTF.S

Jacr/Hf's fit' Champvaloii, de lilliislrc famille ries Ilai'lay, accompagné (le ses deux (ils (1), du Laurens{2), Eranl {?>), le précoptour (lu fulur roi, Louis Lefobvvf (i\ l't^loquent et fidède avocat général Servin (5) et ses deux collègues, enfin Jacqiios Gillot '{\), le célèbre collabora leni- cl ami de Hajtiu el de Passerai.

« A ce moment, un signe de Gillot fait si mal au poète qu'à peine peul-il i-espirei" encore. Il ne s'éveille pas pourlani el la vision continue.

« Voici Pasquier (1), courl)é par l'âge, les Sainte- Marthe , le Maresrhal ['8), Petan (9), Ri hier (10 1, Dollé (11 , Mo,--

(1) L'un, (Idut Rapin célèbre la piété, devint archevêque de Rouea, Taulre, Achille, continua la famille. CV. Blanc])ard. Les Prcsidents av mort., p. 245).

(2) Sans doute le médecin du roi (V. Achard. H. ill. I, UO et Peircse Let àDup., I, 107).

(3) Il s'agit probablement d'Ehrard (Jean) ingénieur, né à Bar-le-Duc. mort en IGÎO, auteur des traités intitulés: La fortification démontrée et: Les neufs 'premiers livres d'Ëuclide. (posthume). 11 était admis au conseil royal.

(4) Il ne peut y avoir aucun doute sur cette identilication. malgré la vulgarité du nom. car les vers de Rapin sont rappelés dans la collection des Eloges adressés à Nicolas Lefebvre. (Nicol. Fabri Opuscida, iGl4, p. IV, Eloi/.). Rien du reste n'indique que cet intime de Pithou ait été lié avec Desportes. Lebègue ne cite pas le poète au nombre des amis du défunt. Malherbe parle en termes émus de ce pauvre M. Lelévre.et dit que c'était'» un homme de bien (III, 262.)

(5) Servin (Louis) nommé à cette charge en 1589. Il est un des premiers qui aient commencé la réforme de léloquence française.

(6) Gillot, le même auquel est adressé tout ce récit, avait été l'adversaire de la Ligue et avait même résigné son canonicat eu 1582, pour la combattre. Il avait attaqué Desportes dans la Ménippée. Mais, comme nous l'avons déjà vu, il y avait eu réconciliation. Il nest mort qu'en 1619.

(7) On connaît le distique de Pasquier à Uesportes(Desp. éd. Mich. 'i90)

Versibus ut lenis, coiiiis sic moril)us idem es,

Si logo te video, si videoque lego.

, (8) In senatu patronus ^Sainte-Marthe, Tumulus, 59 . (^e fut l'exécuteur testamentaire de Desportes. Le poète lui laissa un saphir bleu en témoignage d'amitié .

(9) Conseiller au Parlement (1589).

(10) Conseiller d'Etat 1591) Ribier était parent de du Vair et Malherbe lui rendait visite (V. Malh. Lett., 26 oct. 1609; III, 112\

(li) Jurisconsulte, nommé au conseil du Roi par M. de Médicis. Il refusa les sceaux. Mort en 1616.

Dii;si'OKTi:s EN HKl.'i i:\

nac (I), Honnf'fons (2), Dnvund i^X), Richoh.'t fi , H'n/aiitl .'i , liri^sou (t)),7>V.v/y (7).

« A c(Mé d(^ tous ces amaleiirs de poésies et de hellcs lellics, s'avance une troupe dliomuies non moins considérable. On dirait la Chambre des comptes accompagnant le Parlement, Ce sont les critiques.

« En tète vient celui (\\ù les domine tous, SraliQcr accompagné de son rival Casaubon (8), \n\\s' Douza[^dy, Huiidius {{{));

(1) On serait d'aboid tenté de traduire Mornacius par Moniay, mais celiu ci ligure ailleurs, autrement nommé. Il s'agit ici d'un ami de IXapin, avocat et poète, nommé Ant. Mornac, auteur des Feriœ foreuses, dans lesquelles se trouve un éloge de Desportes. Mort en 1619. (V. Baillet, numéro 13y7).

(2) C'est à Bonnefons « à l'enmiellé pouce ». lamide Rapin, qui pleura sa mort. 11 avait alors, comme poète latin et français, une grande célébrilù. ;V. Baillet, n° 1373. Une note renvoie au Mcnagiana, II, 367).

(3) Gilles Durand, sieur de la Bergerie, le délicat poète des Rt'jre/s sur la mort de l'âne ligueur et d'autres chefs-d'œuvre.

(41 Nie. Richelet, avocat au Parlement de Paris, éditeur de Ronsard, en ITt^ij. Il était ami particulier de Rapin [V. Rapin, Œuvres, Tombeau].

(5) Rigault, conseiller à .Metz, puis à Paris, annotateur de nombreu.x ouvrages latins, connu surtout pour ses travaux sur Tertullien et Saiiit- Cyprien,

(6) On serait tenté de croire que Rapin ressuscite pour la circonstance le célèbre président (mort en 1591), mais le reste du vers inditpie clairement qu'il s'agit d'une nuise compatriote de celle de Rapin, c'est-à-dire liabitaut Fontenay-le-Comte. Or, Fontenay eut pour sénéchal le frère de Brisson, nommé Pierre, auquel succéda son fils François.

(7) Ce Belius. rapproché de Brisson, est sans aucun doute Besly son gendre. Il était avocat du roi à Fontenay. On trouve de lui des vers dans les teuvres de Rapin ^P- 38). Mais il est surtout célèbre comme historien. En 1GU4, il commentait encore les liymnes de Ronsard. Voir les Lettres de Pciresc à Dupuy, I, 770.

(8) Ces noms sont bien connus. Ajoutons cependant que le Scaliger, ici présent, est Joseph et non Jules, mort en 1558.

(9) Il y a eu toute une famille de savants de ce nom. Douza ^van der Doës), seigneur de NoordwN'ck. né en 154.5. dont parle Baillet. numéro 434. est mort en 1004. Son (ils. Jean, éditeur de Plaute. était moi't avant son père en 1596. (V. Baillet, numéro 417). Il ne peut donc être question, à moins que Rapin n'ait confondu, quede François Douza. frère du précédent, né en 1577, critique comme les deux autres, ijui a publié en lô97 les fragments de Lucilius

(10) 11 est assez étrange «pie Rapin. entre tant île litres qu'avait Rautlius à être nommé ici, aille clioisir celui qui rai)pelle la lutte de 1592 contre les Ligueurs, au noudjre desquels comptait Desportes.

16 M M.iiKiiiii:: Kl ni;si'orrii:s

le vaillauL ol reiloulaljlc .Vfcliil(j(|UL', iJriiaius, le « ^lanimairicM divin » ({), Hfiinsif/!<, et tous ceux qui sont groupés dans les Pays- Has, ou le lîliin répand la plaine de ses eaux (2).

« La France, de son côté, fournit ses lulteur-s : thi Plcssis Mornny, tVAulnr/né, Conslanl (3), la Noue (4), tous ceux qui savent manier à la fois la plume et Tépée.

(' On voil paraître encore lloltiitin (."i), Crr/o/t ((i , Ilo/if/ars (1), Claudi' Chrcstirn. (8), Castrin (î)\ et enliii Pieii-c l)u Puij^

Kii qui vit lanl recommandable Le nom cl l'iionnour [)aternel.

(1) On Driescli, rfOudenarde. Il s'était donné luimùiiie vx-, siinioiii. [)ar(;e qu'il avait consacré la majeure partie de ses travaux aux textes sacrés. (V. Baillet, ^468,738).

(2) Rapin désigne en bloc Técole alors célèbre de Leyde.

(3) Plusieurs personnages huguenots peuvent avoir été visés par Kapin, le nom de Constant étant très répandu. S'agit-il de l'ami et collaborateur de d'Aubigné, Aug. de Constant? (V Haag, la Fr. proéest, W'^ édit. IV, 594). On pourrait penser aussi au poète P. Constant, le iidéle défenseur de Henri IV.

(4) Odet de la Noue, lils de François, capitaine poète, auteur des Poésies chrétiennes . (Viol, le Duc, Bibl. I, 373), et probablement aussi du Dictionnaire des rimes françaises de 1.572.

(b) Franc.-ois Hotman était mort en 11390, Antoine en 159G. II est donc question ici de Jean Hotman, sieur de Villiets, 111s de François, auteur du traité sur les Ambassadeurs, le môme que l'Estoile cite à chaque page.

(6) C'est l'auteur des i-ers Iciponrammes de L. C. d. R. (Sedan, 1G20).

(7) Orléanais, né en 154G, mort en 1612. Ambassadeur d'Henri IV, Bongars était en même temps un bibliophile et un érudit. Son principal ouvrage est ]e Gesta Dei per'Francos, mais il a laissé plusieurs autres choses, entre autres des lettres estimées, plus tard traduites par Port-Royal.

(8) C'est le fds de Florent :

Glaiido, (lu (Inde Florcnl

niLcnc poririlit, iiii:t;^p xWo.

On! (li.Lfue (lo et' ikhii se rend,

Ml (le Christ viaiiiicnt lo dérive.

Ces vers, extraits du tondjeau de Rapin (V. I>apin. (Km- r es), sont \ a traduction parai)hr;isée du j^ropre vers de Rapin. Il s'agit donc bien ilu même Claude « qui a pâtre et a Christi nomine numen habet ». V. sur ce personnage Let. de Peireisc à Dupuy, I, 387.

(9) Castrin, secrétaire de la Giiambrcdu roi. ami de Rapin, (( de son àme douce la cUère etprétieuse part, » dit la pièce que nous citions dans la note précédente.

DKSPOIVIF.S F.N l(l()."i 17

Alors les c()(\< «[iii rlnintriil. la limiiri'c du malin ijiii (Milre éveillent le poi^'to. Il repasse lians son esprit la lugubre cérémonie et litule la journée, comme si Desportes était vi-aimeiil mort, il reste sous rim|)ression île ci'lle li'islesse.

« 'l\)i <[ui demeures près de lui. (lillol, s"écrie-t-il, délivre-moi de ces craintes. Les souires dont on se souvient sont vrais et se rc'alisenl. »

Tel est, allégé des lormules et des chevilles qui ne sei'venl qu'à remplir les disti([ucs, le conte de Rapin.

Il n'est pas besoin de montrer (jue c'est une o'uvre d'imaginatinn et non un récit historique.

Xon pas qu'il faille en placer la composition avant la mort de Dcsporles, comme la fin semblerait y autoriser. C/estlàencore une tiction. Pour trouver une conclusion moins banale que les souhaits (ti-dinaires d'immortalité, jugeant aussi qu'un reste d'espérance donnerait à l'émotion sans cela uniforme du regret quelque variété, l'auteur a supposé sa vision antérieure à la mort de son a m i .

Mais ill'a écrite plus tard, comme le prouvent différentesallusions. r.omment eût-il su autrement que Monsireul verserait les premières larnieS;, c'est-à-dire composerait le premier tombeau (1)? » Comment eût-il deviné que les déesses porteraient des guirlandes de tleurs d'hiver : violettes^ jacinthes, roses et safran? » Qui lui eût indiqué avec cette sûreté que l'abbé mourrait en automne?

11 va donc lieu de s'en tenir, malgré Hapin lui-même, au témoignage de Sainte-Marthe, ami de tout ce monde et qui était bien renseigné: « Quand il fut mort, nous dit-il, Raj)in. peu avant de s'en aller lui-même du milieu des vivants, célébra ses funérailles dans un brillant })ocme latin (2). »

Rapin avait donc vu les vraies obsèques de Desportes, lorsqu il écrivit sa pièce, cela ne veut nullement d'wo qu'il les raconte, et la seconde partie du tableau, pour nous présenter des figurants plus

(1) L'Estoile a acheté ce tuaiheau parmi dautres bagatelles, le 21 nov.

{'!) Ste-Marth. Elo<j V. p I IS. Rapin étant mort en février 160S, la pièce serait pro])a]>leiii,'nt de lin lOOT.

MALiiKiutr: LT i)iisPOini:.s

réels que les dieux de TOlympe ne les donne sans doute pas plus authentiques.

Celte longue procession où tout est mrlé, catholiques et huguenots, pailcmentaircs et professeurs, musiciens et ambassacburs, n'a jamais eu lieu ni rien sans doute qui lui ressemblât. C'est un cortège fait à plaisir où l'auteur a réuni autour de son héros tout ce qu'il trouvait d'illustre, sans s'embarrasser si les personnages étaient absents comme Scaliger, Baudius et Paschal. La liste est si bien ainsi composée de tète que plusieurs des amis que nous connaissons : Robert Estienne, Garnier, Deimier, qui, eux, étaient là sans doute le jour de l'enterrement,

sont oubliés.

Dans ces conditions l'œuvre garde-t-ellc une valeur documentaire quelconque? Peut-on considérer la liste dressée par Rapin au moins comme la liste des amis ou connaissances du défunt?

Ce serait encore s'abuser, croyons nous. Sans doute beaucoup de ceux qui figurent dans celte énumération ont été, nous le savons d'ailleurs, des amis de Desportes, de Thou, Bertaut, des Yveteaux, Baïf, Monstreul, Villeroy, Gillot, Pasquier, Sainte-Marthe, le Mareschal, Mornac, etc.

Il est vraisemblable que si des documents suffisants étaient conservés — ou même nous étaient connus —, nous retrouverions la trace de ses relations avec d'autres encore; si un héritier imbécile n'avait pas vendu le Journal de r Académie de Henri IIL nous y verrions le poète en compagnie de quelques-uns des musiciens qui sont cités là. On peut même admettre comme probable que Desporles conseiller du roi a été lié avec ses collègues les Forget et lesThumery, mais ce n'est pas sur la foi de ce document qu'on doit compter parmi les siens toute la gent érudite et critique, les Baudius et les Casaubon, pour ne citer qu'eux .

En somme, la nomenclature qu'on pourrait extraire de l'élégie de Rapin serait à la fois et trop longue et trop courte. 11 faudrait, pour être exact, rayer au moins provisoirement certains noms, et en ajouter certains autres. Nous avons déjà cité Deimier, Garnier. Les pièces même insérées dans les œuvres de Desportes

DnSPOFMKS EN KJO:; |(J

njoutentChovayno (li.IJianl; Mul/.ac nous ail que s ,.i pr-re élail aussi de ceux qui voyaient l'abbé (2).

Le dépouiliemenl des œuvivs du temps eu indique bien d'autres encore : du Pey.at (3), du Monin, Fiefmelin, xNervèze, la Ho.,ue (4), Fimothée de Gbillac (5), Lasphrise (6), etc., tous hommes de lettres sur lesquels nous allons avoir à revenir.

On pensera peul-ùlre qu'il n'était pas sans importance de déterminer rapidement quelle pouvait être en IGO.^ la situation de Desporles dans la société du temps, attendu que l'autorité d'un écrivain nestpas indépendante de ses relations mondaines, qu'elle ne 1 était surtout pas à cette époque, que ce serait donc une grossière erreur de ne pas tenir compte de ces relations en parlant .1 un homme comme celui-ci dont le caractère avait au moins autant d'attrait que son talent pouvait avoir de renom.

Il est nécessaire cependant pour savoir quelle force de résistance il pouvait opposer aune attaque d'examiner maintenant de plus

(1) Ce Chovayne, dont M. Micl.iels ne retrouve pas de trace est évidem-

us 1 irr'Tr'' '"' T''''' '^ '''''''' ^"^'^^''--^ ^^- — donnons plus haut. C est hu auss. dont on retrouve un sonnet en tête des œuvres

d Amadis Jamyn (Paris, Rob. le Mangnier, 1575>. qui avait écrit avec B ard

sur album de Mme de Villeroy au sujet de la barbicbe dont Desportes al i

efKtaphe Feud. de Couches, Caus. d'un cur., II, 393). Il devait être paren

% n '?'"'' ^^^^"•^''^'"' -'^^^'^- d^'- Dirertisscmcnts. (Chartres, 1645^. U) Diss. chrét, 1° liist. Il, iOO.

diL'^p^rtes:'' ''"' "' "^''"'^ ^''^''"'' '" '" '''''''' ces quatre vers Si uostre amitié grande et nostre conférence De tnn rare scavoir m'avoient autant fait part Que j'ay de tes Amours acquis de cognoissance Je serois ton Muret, tu serois mon Ronsard. (4) La Roque chante la maison de Yanves. Mélanges p 3G'>

PaSien ^^ "'"' '"" """"' '' ^''''" ' ^^ ''' ^' ' ^'^^'^-^^ ^e Desportes,

Amour mourroit sans toy, et tu mourrois sans luy, Sa valleur sans tes vers, auroit vescu sans vie II charme les.esprits, tes vers cliarment l'envie' II te sert de suport et tu luy sers d'apuy. («) V. Div. poésies de Lasphrise, II, 537, sonn. CXX.

'2{) M \i.iii:i;i!i; i:i- dkspohtf.s

prôs commciil il ('l.iil (;i»ii>i(li''i('' par les (''ciin aiiis (•(Hitcuijioi'ains, (|ti('ll(' [ilacc il tenait comme poète dans le groupe des ])oèles el dans le j)ul)lic.

C'est ce dcrniei' point qui est le plus délicat, (jiii j)ouiiail dire aujourd'hui jusqu'où va la j)opulaiiti!' d'un écrivain? 11 ne i'ant pas oublier qu'un employé de mairie a demandé à Victor Hugo, alors à l'apogée de sa gloire, comment on écrivait son nom. Encore la politique avait-elle fait à celui-là une deuxième notoriété, d'ordre particulier.

Mais j'imagine qu'au xvi" siècle la renommée même d'un Ronsard ne s'étendait guère au delà d'un groupe de quelques milliers de personnes à Paris el d'autant dans les provinces. Ce qui allait j)lus loin c'étaient quelques chansons comme le 0 nuit, jalouse nuitl (1) ou bien la villanelle Rozetie, pour un peu (fabsence (2) auxquelles la musique donnait des ailes.

Les amours de Cléonice et de Diane ne devaient pas franchir un cercle assez restreint de grands seigneurs et de grandes dames, de familles de magistrats et de bourgeois letti'és.

Ces réserves faites, il est certain que le succès de Desportes avait été considérable. Les femmes surtout semblent avoir aimé ces poésies voluptueuses. Elles sentaient bien dans la vie et les vers du galant abbé, quelque maniérés qu'ils fussent, l'admirateur sincèrement attendri de leurs charmes et de leur puissance, l'homme qui vivait pour elles et par elles. Elles allaient donc à lui d'instinct comme elles vont à quiconque fait d'elles la préoccupation exclusive de son cœur et de son esprit, qu'il les exalte ou qu'il les maudisse.

Plus d'une se cachait pour le lire, et négligeait son ménage et ses heures pour rêver aux amours de Diane et d'ilippolyte (3). Plus d'une aussi enviait aux maîtresses du poète l'honneur de se désho-

(1) Cette elianson resta célèbre en plein xvii-^ siècle. Un vers de Régnier nous montre que le début était passé en proverbe. (X, 98).

Croyez qu'il n'estoil pas: O iiuict, jalouse imict. On l'a souvent imitée (Y. Nie. Bonlons, Rec. de ch. amour, IV, 2).

(2) C'est en chantant Rosette que le duc de Guise fut assassiné. (Sainte- Beuve, XV? s. cnFr., p. 109 .

Les recueils de chansons du temps en conliennent beaucoup de De.sportes. Voir celui de Mie. Bonfons (1585-1586} que nous citons plus haut.

(3) Odet Turnèbe : Les Contents, III, T.

i)i:si'iiin i:s v.s KiO."'» 21

norcr [tour lui ol se disait avoc S" ^[ai'lhc : " FIcmitmiso Hippolvlo (H sa rivale, lieui'oiisc celle Diane que l'aile d'un poêle emporte jusqu'an ciel I » (I).

Longtemps les« douillettes >■> de la (^-our, comme dit mademoiselle de (iouriiay, lui restèrent fidèles et il garda '-he/ elles le tiln* et le rang- de poète du cabinet et du chevet.

Cliez les courtisans son succès avait peut-être été moins grand, mais considérable encore. Sans prendre à la lettre les vers de Rapin et les témoignages ti-op amicauv de Sainte-Marthe (2), il est certain qu'il lit sous Henri III les délices de cette génération éprise des glaces italiennes. Ce ne fut pas l'engouement qu'on avait eu pour Ronsard, un siècle n*a pas deux enthousiasmes comme celui-là, mais une vogue assez grande pour laisser croire qu'il lui succédait.

Ronsard lui même le pensa, rien ne le fait mieux voir que les quatrains jaloux qu'il cacha et qu'on a retrouvés (3) ; mais l'élégie même qu'il adressa à Desportes contient déjà des vers bien équivoques :

Des-Porles, qu'Aristote amuse tout le jour... Je te donne ces vers à fin de prendre garde De ne tuer ton corps, désireux d'acquérir Un renom journalier qui doit bientost mourir (4).

(1) Lj/ric, II, p. 110.

(2) Non gallicœ modo Nobilitali et illustvibus aulse feminis verum et eriiditis hominibus ita placnit ut cum in Portœo Tibullianuni characterem verissimeexpressumagnoscerent, principem ei lociim inter Gallicos poetas, qui (le amore seripserant, non iniquo judicio detulerint CSainte-Martl»., EL, V, p. 147).

La coui- ne chantoit rien que tes vers et l'Amour

Par ton esprit son haut atour La gloire croissoit et de ton vivant tu vis

Les Princes en ton lut ravis (Rap.,p. 51).

(3) Rons. Œuv., YIII, 130 :

Desportes, corrige tes vers Et les tourne mieux sur la presse, Ou l'on dira que la tristesse T'a tourné le sens à l'envers.

Ménestrier, qui veut promptement Avoir en nostre art quelque estime.

Pour bien fayre sonner ta ryme Accorde mieux ton instrument.

(4) ib. IV, 2-:o.

22 MALIlKRItK 1:t DESPOmTS

Le conseil est renouvelé d'Horace sans doute, et inspiré par l'amitié; néanmoins la sagesse qui s'en dégage n'a-t-clle pas quelque relent d'amertume?

Dès 1380 en effet la siluation de Desporles est pour ainsi dire reconnue de tous, et les œuvres qui paraissent renferment un ou lusieurs sonnets sur les mérites de rabbé(l ); lilanchon le compare au saint harpeur de Tlirace ».

Tu as reçeu du Ciel, des Portes, mesme grâce, Et comme un autre Orphée, entre tous je te voys. Le Marbre le plus dur s'amollist à ta Voix, L'insensible Métal et la plus froide Glace. Fluide, Doux, Coulant et Grave et Copieux, Tu emporte l'honneur de tous les Siècles vieux, Appollon t'a donné sa Lyre plus prisée, Le Grec, le Mantouan,ny l'éloquent Romain, N'ont jamais approché ny ta Voix, ny ta Main. Tu marche le devant et leur fais la Brisée (2).

De Birague n'admet point qu'on ne sente pas le charme des « Amours » :

Quiconque lit ces vers et ne sent en son cœur La rage, la fureur, la poison et la flamme,

(1) En tête on pourrait citer Lefèvre de la Boderie Gall. cercle V. p. 125 r".

Desportes soit planté sur l'un de vos portaux Et son nom engravé au plus cher des métaux.

(2) Joach. Blanchon. Prem. œiiv. poèt. 280. Le même Blanchon répond page 245 aux stances sur le mariage comme Nicole Estienne, Vauquelin. La Roque, etc. De la Jessée avait salué presque en mêmes termes que lui le départ du poète pour la Pologne :

Tu valut Argivœ classis cognes Orpheus alter,

Toy comme compaignon de la flotte des Grez,

Tel qu'un Orphé nouveau, pour charmer leurs regrez.

Venant à manier la Harpe Bistonide,

Tu suis à ton départ ce second Aesonide :

Tandis qu'il s'en ira vers le pont froideureus,

Tu flatteras l'ennuy des chemins dangereus,

Par tes douces chansons et les nerf/, de ta lyre

Apaiseront soubz toy des Symplegades l'ire,

Fichaut les rocz errantz : pouiveu que sans danger

La nef porle-Jason puisse là voyager. (Œuv. p. 602).

PESPORTKS i;n 100."; 2.1

Dont le cruel Amour nos poitrines entame, Ensorcelant nos coeurs d'une feinte douceur. Celuy n'a point succé la mielleuse liqueur, Des tetins pommelez d'une bénigne femme, Ains une Tigre fière a soufflé dans son ame Sa rage plus cruelle et sa fiere rigueur. Amour ayant perdu ses flames et ses armes, Luy mesmes a tracé ses soupirs et ces larmes Pour par iceux (lechir les cœurs les plus félons. Ceux qui ne sentent donc leurs poitrines atteintes De ces tristes regrets, de ces pleurs, de ces plaintes, Ils ont le cœur plus dur que les peuples Gelons.

Quand Ronsard mourut en I080, la question de succession ne se posa pas, ce fut autour do Dcsportcs qu'on se groupa ; ce fut lui qui organisa l'apothéose funèbre du maître (2); il eut présidé la cérémonie, si la chose se fût passée comme de nos jours L'orateur, du moins, s'adressa àlui et lui dédia son œuvre « comme à celuy auquel Ronsard sembloit avoir résigné la gloire de sa profession, et qu'il avoit laissé comme son unique successeur » (3). Pour la même raison, Robert Garnier mit son nom en tète de l'élégie :

Desportes, que la Muse honore et favorise

Entre tous ceux qui ont Suivi le Saint Phébus et sa science apprise

Dessus le double mont.

Désormais, la consécration était complète, do « poète des princes », Desporles devenait le « prince des poètes » (4).

(1) Les j)rein .œiiv. poèt. 137 V. Comp. un sonnet "de Guil. du Biiys, Qnercinois, dans ses Œuvres (Paris 1583. p. 195).

(2) A quoy (à faire une oraison funèbre) les porta plus particulièrement qu'aucun autre M. de Tyron. (Vie de l'illustrissime cardinal du Perron p. 7). Voir la lettre qui précède l'oraison funèbre dans du Perron, 650. Ce fut à un banquet chez Desportes le'18 mars qu'on régla tout.

(3) Or. fnn. de Rons. par du Perron. (Ib.)

(4) Blanchon lui donne le titre officiel de « ponte du Roy 0 (Ouv. cité p. 280\ Sur le* second mot v. Baillet IV. 149.

2i M.\i.iii;iti!K i:i hKsi'oii I i:s

11 110 manquail ;ï sa glolro qu'un onvioiix, il 1 • Iroiivaà Habaslons, flans la personne d'Augio fiailiard, le '( roii'lii'i- » dont les œuvres sont pleines d'imprécations on de méchaiwL'lt's ;i son adresse.

Tout le choque en Desporles. Le culte (pi'il a de la femme, la déification de robjetaimé auquel il piodiguc les teimcs d'adoration ([ui ne sont dus qu'à Dieu, révolte le clirélien et le dévot .

Desportos, un sounet ey vist dins vostre oubratge

Qu'abets fah de Diano. amai de sa beutat :

Mas lou diables alaro et vous abio tentât,

Car vous la vantats la trop a son avantatge.

Vous disets que sous els son figuor (1) et visatge

Surpassou lou soulel et sas mas lour beautat.

Passou, disets, lou vori e la Divinitat

N'es pas vous malhurous de tene tal lengatge.

Jeu vous pregui, jamais nou tengats tal prepaus.

Car tous lous Catoulics, amai Ions Huguenaus.

Elis dison per tout a lou maissant Des-Portos,

Que las fennos comparo a la Divinitat

Que de milo las cent non sou que vouluptat,

Et pudon la plus part coumo carrognbos mortos.

Comment, à n'en juger que sur ce dernier vers, le talent délicat de Desportes n'eût-il pas écbappé à Gaillard? Il est de l'école de Gascogne, son maître est du Bartas (3). Chez celui-là on trouve quelque chose de « bragard », les autres, les faiseurs de ritournelles d'amour, les Ronsard et les Desportes, sont des conteurs de fadaises (4); s'ils ont quelque gentillesse, ils la doivent à la fréquentation des belles dames et d'une société raftinée (o).

Encore sont-ils contraints de prendre sans cesse à Pétrarque qui est venu s'en plaindre à Rabastens :

Darrieiromen Pétrarque uno fort longuo pauzo El debisec ammi, amai el me disio

(1) Le texte donne tiipior.

(2) Aug. Gail. Loubanqvcé. p. 261.

(3) Lou banq., p. 131.

r):;si'nnTr:s i;n IIIO.') 25

Quel Desporlos cii ri iiii ^f.-iiit loil li l'asio Disio qiielli paveccent vers o dabaïUalge

(Jue Ions a louis de renc Tiquais eu son hubratge

(]arel ua lah le plus rpie cambia lou lengalge (l).

Qu'on cesse donc de i'('M-oiupenser si liant de j)areil> nuM'iles. Un peu |»liis, voilà ([ne Desporles rcL-evail encore l'évèché de Seiilis. Il lui élait donné dt'ià. (juand esl arrivé un courrier apportant la iKuivelle contrariante (jue le titulaire était encore en vie (2 .

Les poètes ne sont (las tous comme les cornemuses, qui chantent' d'autant plus clair ([u'elles sont pins pleines. Desportes, chargé d'abbayes après avoir été chargé d'écus, sera comme « ces moulins ([ui ont trop d'eau et qui deviennent incapables, non seulement de laire dt' belle farine, mais d'en moudre une bouchée » (3).

I^]t d'un bout à l'autî'e de ses œuvres, le rude manieur de « pégasse » frappe ainsi sur le " pauvre » Desportes, comme il Tappelle ironi- (|nenieiil. Ciclni-ci en dut bien rire avec Henri III et la reine de -Navarre. Il fallait d'autres attaques pour le déconsidérer près d'eux.

Les lointaines protestations de Gaillard se perdent alors en efTet dans nu concert de cris d'admiration. Pas de poète qui n'envoie à Desportes son tribut d'éloges. On connaît ceux dont Vau(iuelin sème ses œuvres :

Desportes, d'Apolon ayant l'ame remplie,

Alors que nostre kngue estoit plus accomplie,

Reprenant les Sonnets, d'art et de jugement

Plus que devant eiicor écrivit doucement (4).,...

Tu auras pour loyer toute immortalité

Car Dieu donne tonsjours, par la postérité

Un loyer immortel pour une œuvre immortelle (5j.

(1) Ib. p. 38. Compare/^ encore page 53 où il lui propose un arrangement ironique.

(2) Ib. p. 37. L'anecdote est-elle authentique? Personne autre en tous cas n'en a parlé.

(3) Lou banq. p. 38.

(4) Art. poeé. éd. Genty, 30. Coinp. p. S-,>, p. 13G. p. 147.

(5) Desp. éd. Mich. p. 525.

26 MArjlElUtK ET DKSPOfVIK^

Des Yvetoaiix voit dans son style le dernier terme de révolution poétique, en lui le maître suprême qui :

Ny trop près de la fin ni du commencement Seul quand et la fureur a eu le jugement.

et seul a trouvé :

Ces paroles d'amour qu'Amour a révélées,

Plus pures que les lis qui croissent es vallées (1).

Du Perron est plus lyrique encore :

Soleil des beaux esprits, lumière claire et sainte Des autres tans l'envie et du sien Tornement, Qui fait luire son siècle et voile obscurément Tout le passé de honte et l'avenir de crainte, Qui seule monstre plus en efïet de sçavoir Que n'a fait, ny fera nulle autre en apparence De ce que Ton a veu, de ce qui reste à voir Toute l'expérience et toute l'espérance! (2)

Sainte-Marthe compare son ami à Virgile :

Des-Portes, quand le temps, qui toute chose enraeine

L'usage du François aura tout aboly.

Par le même Destin, qui rend ensevely

Et l'usage du Grec et la langue Romaine.

On verra ton ouvrage une vive fontaine

Où ceux-là puiseront, qui pour vaincre l'oubly,

Apprendront en lisant ce langage accomply

Dont aujourd'huy ta voix est l'escolle certaine

Ils trouveront chez toy cette naïfveté

Qui sçait bien la douceur joindre à la gravité,

Et diront en voyant tes rythmes si faciles ;

Il parait bien qu'alors que ce Poëte escrivoit,

Un Prince tel qu'Auguste en la France vivoit,

Puis-qu'il fit de son temps renaistre des Virgiles. (3j

(1) Desp. éd. Micli. p. 8 et 9.

(3) Ste Marthe. Bocage de son., p. 121

DESPORTF.S EN 1 00.') 27

l)iM-l;iut s'îivoiie vaincu par cos vers divins, car : Ainsi soupireroil au l'oit de son martyre Le dieu mesme Apollon, se plaignant à sa lyre, Si la flèche d'Amour, avec sa pointe d'or Pour une autre Daphné le reblessoit encor (1).

Ce sont là sans doute compliments d'amis, mais compliments sincères pourtant, car ils ne diiïôrent pas sensiblement de ceux des clrangors dont nous allons rapporter quelques-uns pour (ju'on puisse faire la comparaison.

Voici de Trellon, l'auteur de la Muse guerrière, qui adresse à iJesportes un sonnet. Il est tout humble et suppliant:

Grand appuy d'Apollon, source de beau langage, Voz œuvres ont si fort eslonné mon esprit Que je maudits ma main quand jamais elle prit La plume pour graver mon amoureuse rage... Miroirs de beaux esprits, pour Dieu consolez-moy! (2).

J. Grisel lui porte son «bouquet poétique», comme au chef, en lui demandant assistance et protection :

Cher amy d'Apolon, et soleil de nostre âge

A qui les saintes sœurs leurs secrets ont ouvert,

Desportes qui nous a des premiers descouvert

Comme il faut mignarder nostre françois langage.

Si ma Muse te fait ofïre de son ramage,

Et lie son premier fruict bien qu'encore tout vert.

Ce n'est que pour m'ombrer sous ton saint chef couvert

De myrthes et lauriers et pour te faire homage.

En quelque art ou mestier qu'on se veuille adonner,

La raison a voulu comme loy ordonner

D'homager celui-là qui chef s'y fait connoistre.

Permets donc que ces vers tesmoignent mon devoir,

Et me sers de rampart vers l'envieux pouvoir,

Puisqu'au mestier des sœurs on le cognoist le maistre.

(1) El. dans Desp. éd. Mich. 226.

(2) Hermitage à lu suite de la Muse Qi'crrtcre. (1589), p. 141, b. 3) J. Grisel (Rouennois). Prem. œuv. (1599.) p. 96.

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