‹ La doctrine de Malherbe d'après son commentaire sur DesportesChapitre 34 sur 106 · LA nOCTRlNK DK MALHERBE · texte numérisé non relu

LA nOCTRlNK DK MALHERBE

Mais il parail. ;iii «lire do Henri Estiennc (|U(' •< les loiuuigcs «lu vioil ianj^'Mf^o ('laionl subjectes à preuve » el (|n(' [ilusicurs jiersistaient à le « mcspriser » (1). Kn eiïel, ceux (jui rélléchissaient, comme lui, sentaient bien, et plus sincèrement "que Ronsard, qu'il y avait là une question de tact et de goùl ; (ju'il serait impossible de « desrouiller » quebjues-uns de ces mots et qu'il fallait ne le tenter que pour un petit nombre qui étaient « les plus conformes au langage du temps. » (2)

Desportes avait à peu près tenu compte, en prali({ue, des mêmes réserves qu'Estienne recommandait. Mais la réaction devait aller plus loin.

Du Perron, avec l'air d'abonder encore dans le sens de Ronsard, ne donne plus à ces reprises qu'une importance très secondaire. Suivant lui « les anciens mots prêtent quelques fois de la dignité et de la majesté au style — grandiorem reddunt orationam, comme a dit Cicéron, mais voilà tout. (3) — C'était les admettre dans la proportion où Virgile s'en sert (l'exemple est de Pelletier du Mans), c'est-à-dire, suivant l'expression de M"' de Gournay, la « veille du jubilé (o).

Deiraier est plus net, il rompt ouvertement : « Si l'opinion de Ronsard estoit receuë, dit-il, il faudroit remettre en pratique toute la vieille légende des mots dont les anciens François s'exprimoient. Ce qui seroit justement aller de mieux en pis ; au lieu que despuis cent ans on a veu que d'un lustre à l'auli'e la langue Françoise s'est perfectionnée de mieux en mieux, en s'espurant des mauvaises phrases des anciens, aussi bien que de plusieurs de leurs mots qui n'esloient pas si propres de beaucoup comme ceux qui ont esté introduicls en leur place. » (a) C'est bien là l'opinion de Malherbe, non pas qu'il l'ait exprimée, mais les arrêts spéciaux qu'il a rendus et que nous trouverons plus loin la disent assez haut .

(1) Prèc. 191.

. (2) Confcn-m. p. 22.

(3) Perron, p. 308.

(4) Ménage s'exprime à peu près de même, Ed de Malli, III, 101.

(5) Acad. p. 368. Comp. i). b72, 373. 10.").

DE 1, AHCIIAIS.ME O.'i I

A (luoi LoM (lahonl laiit ,1,. mois? Kl puis, siiil„ii(, à «luoi bon ces vi.Mix-là qui (lonneiil au langage dos airs anciens, alors .lu'il faut au ciilrair.' s-eiïorc(M- de faire, en tout, autrement que les prédécesseurs qui onl mal fait?

Si encore on y trouvait profit! Mais au contraire les vieux mots (Malherbe pense là-dessus comme Deimier^ ne valent pas les neufs, comme des monnaies usées qui ont perdu enlre tant de mains leur beauté et quelque chose de leur poids. Ceux qui veulent leur redonner cours sonl des esprils chagrins qui croient que -< le Irançais s'est corrompu avant de venir à maturité. » (I) C'est le contraire qui est vrai. Le français est en progrès.

Il n'y a donc pas lieu de ressusciter ce qui est mort dans le Lexique, il n'y a pas même lieu de retenir et d'essaver de sauver ce qui vieillit. La langue populaire, le jargon du Palais s'en accommoderont.

Je ne sache pas que pour un seul des termes qu'il abandonne ainsi, Malherbe trouve même une de ces phrases de regrets dont Vaugelas accompagne ceux qu'il enterre.

On pense l'accueil que les partisans des anciens firent à ces arrêts et à ces doctrines. Ils sentaient bien que les admettre c'était reconnaître du coup pour archaïques leurs auleurs favoris, accepter pour eux cette premièVe déchéance qui fait sortir un écrivain, tout en le laissant quelquefois parmi les hommes de génie, du petit nombre de ceux qui sont d'une lecture couranle, et avec lesquels toutes les intelligences cultivées restent en constante communication.

En eiïet la condilion essenlielle, nécessaire pour cela, est que la langue dans laquelle ils ont écrit nous soit familière, plus encore (in'elle soit la notre, (pie des différences profondes n'obligent pas à une étude, ne condamnent pas à une fatigue dont seuls\ilors les gens instruits et passionnés de recherches deviennent capables. Jamais étranger ni antique ne peut sur ce terrain lutter avec un

(1) Le propos est prêté à du Perron par le Pen-oniann. On le retrouve toutefois el presque identique dans le Thuana : Ha esté de notre langue comme de fruicts qui se corrompent par les vers, avant que de venir à maturité. {Thuana, éd. mm, p. 3-18. Ronsard sur sou déclin, parlait a peu près de même (VII, 308). ^

.)...) i.A l.Of.TFUM: UF. MALUKIUU:

,.o..tomporaiu. VA Monlai}.ne, Uabclais, Ronsard allaient .l..v,.nir des antinues si on laissait leurs mots tomber en <lésuétn(le ; ,1s allaient le devenir d'autant plus vite qu'aucun enseignement nexislait alors où Von apprît la langue nationale, et que la tradition rompue, leurs façons de parler seraient incomprcdions.blo pour les générations qui allaient venir. Il ne resterait .lésorma.s que les modernes, que Malherbe et son cénacle, résultat dont leur van.te s'accommoderait fort bien, sans l'avoir peut-être espéré, mais que les fidèles du vieux temps devaient éloigner de tout leur effort.

Aussi M"- de Gournay s'attacha-t-elle « à retenir de bec et d'Ôn-les, suivant le commandement de son second père, fous ces mots%ui lui eschapent. » (I) Nous le verrons en exammaut l'histoire de beaucoup d'entre eux.

Cest à peine si elle « voudroit rebutter en son œuvre quelques dictions d'Amvot ou de Ronsard, » sauf dans le premier ccstiuj

homme, celle femme, moult (s'il y est) ; dans le second o .\ jeleuse

« ce qui s'appelle rien. » (2) Sa colère éclate en vovant qu'on j.rétend corriger le& livres qui

,ir.-ulent avec des termes à la charge desquels on ne sait quel crime

uieltr.^ . leur reprochant d'estre, qui vieux, qui laid, qm rude, qui

malsonnant, et qui d'avoir mangé la Lune ; » (3) et quand elle

entendait dire « hypocritement »: « on ne parle plus ainsi ». cest

vrai, répondait-elle, « on ne parle plus si bien. »

Mais c'était là un mot et non un argument. Citer Du Perron on

Rertaul ou Montaigne nétait pas plus convaincant. Ni les uns n.

les autres n'avaient « cloué la langue à l.-ur livre » suivant son

expression même ; en employant les mots ils n'avaient « pas couppe

broche à leur flestrissement. » (4)

Le travail d'épuration continua donc, et sur Malherbe lui-même

que Vaugelas, Ménage. Chevreau épluchèrent à leur tour. L epn j thète de vieux appliquée à un mot fut presque aussi infamante et

nuisible que celle de bas. (o)

(1) Omb. 615.

(2) Ib. 616. Ajoutez encoie honvi.

(H) îb. '.156,

(4)/fc. 612.

(5) V. dans ied. Mén. 1 p. V21 et s;i;v.

I»K L \IUII MSMi:

Hcmaniucs sur /r v.hnpilrr

1° Les arclmïsnios dont on va Iconvcr la lislc ne sonl j.as, (aiil s'en faut, tous ctaix que Malherbe reproclie à Desporles/

Ce son! seuleuienl les mois et les expressions qu'il eonsiilère comme hors d'usage.

Si l'on voulail suivre d'un hout à l'autre la démarcation que Malherbe trace entre l'ancienne et la nouvelle langue, il faudrait se reporter ailleurs et cbercher parmi les formes et les tours.

Il y a mieux, il faudrait reprendre ce travail tout entier, car la l'AtoiQ^e ieJMalherbe n'est autre chose dans son ensemble qu'mie ^ rupture avec le lexique, la grammaire et pour aller plus loin avec les habitudes et le ge'nie de notre ancienne Ian.oue.

2° On verra que nous avons fait une courte histoire de chacun des mois en litige. Il nous a paru inutile, en effet, de l'allonger et de reprendre les choses de trop haut, ceux de ces mots qui ont survécu étant dans Littré, les autres dans le Dictionnaire de M. God(4roy, tous ayant, par conséquent, à un endroit ou àl'autre, leur biographie entière. Nous ne nous sommes donc attaché qu'à chercher quelques renseignements détaillés sur la période qui nous occupe et dont Malherbe tient le milieu, entre Desportes d'un côté et Vaugelas de l'autre.

Notre enquête a été faite moins au moyen des textes des auteurs que des œuvres des grammairiens ; nous nous sommes, en effet, et de parti pris, adressé de préftfrence aux théoriciens, pensant qu'il vaut mieux, puisque nous étudions en Malherbe le grammairien, mettre leurs décisions en regard des siennes, de façon à pouvoir, le cas échéant, comparer les méthodes (1).

(1) Rappelons loivlre dans lequel se succèdent les principaux auteurs • rinerry 1572, H. E^tienno 15(;5-138', de la Porte 1582, des Accords 15«7, Mellema 159-2, La xNoue 151)0, Hornkens 159«J, Nicot 1006. H. Victor 160(i L. Hulsius 1007, Maupas 1007, Gotgrave 1011, Canal 1011 yV éd 1598'' C. Oudin 1010, de Gournay 1020. Monet 1035, Ant. Oudin lO.lO-lO'.s' Vaugelas 1047, van den Ende 1650, Ménage 1050-1072, Duez 105!). Labhè 1001, Pajot 108Î), Furetlère 16i)0. Riclidet 1003, Acad. fr. 109-i

254 LA DociRiNK m: malukiuji:

lia gciiéral cCsL là aussi un riu)y('ii plus sûr de connaître exactemcnl l'usairc d'une (''[)(if|uo. Si on s'adresso en cfrcl aux (écrivains, poMos ou prosateurs, rien n'assure qu'ils n'aient |)as suivi leurs sentiments ou leurs fantaisies propres. Ronsard on du IJartas parlent-ils comme on parlait de leur temps?

Nous ne voulons cependant pas dire (juc les grammairiens auxquels nous nous sommes adressé, soient, eux non plus, des témoins bien fidèles. L'histoire lexicologi([ue de ce temps, là, manque de documents sûrs, nous le savons et nous ne nous faisons pas d'illusions sur ce point.

S'il fallait discuter un à un les auteurs que nous citons, un volume y suffirait à peine. Disons seulement, en général, que leurs œuvres sont de valeur très différente. Quelques-uns, comme La Noue et Oudin, se montrent hommes consciencieux et dépositaires assez fidèles de l'usage. Mais d'autres, comme M"" de Gournay, sont passionnés et de parti pris. Quelques-uns, beaucoup même : Cotgrave, IIulsius,Mellema, van den Ende, sont des étrangers qui savent peut- être assez bien la langue, vous promettent même souvent d'y distinguer ce qui va contre sa pureté et, malgré cela, entassent les mots pêle-mêle. Ou bien d'autres, qui sont français. se bornent à rajeunir les travaux de leurs prédécesseurs, tels : Thierry, Nicot et Monet qui se copient les uns tes autres, de. sorte que le dernier est tout à fait archaïque par rapport à son temps. (1) Mais peut-être ne faut-il pas chercher en ces matières une certitude que rien ne peut fournir et qu'en tous cas nous ne promettons pas de donner.

Aitis est un « vieil mol, qui ne vaut rien (2) ». Malherbe, au dire de Yaugelas qui était présent, après l'avoir supprimé dans ses

(1) Chaque fois qu'un grammairien est indiqué comme citant un mot sans qu'il soit fait de renvoi spécial, c'est qu'on trouvera ce mot à l'ordre alphabétique.

(2) C(eo7i. 30, IV, 330. Comp. D. 1,1, IV, 219. Dans le ms. orig. le mot est barré 0 autres fois. D. dial. 1, f^ 22 r" ; Ib. II, 71 ; Cleon, '24; 30; 53, st. f° 13G v°.

Ï)R I.'aMCII AISAfi: Ovv

vers(l)onaver(,ilM. CoellV (,..„. qui ne s'en sorvil plus à partir de la v.e de T.bère. (2) Le pnhji,. (H bienlôl comme M. Coelleleau.

^M van. M'" de Goumay p.ilja défense de K ce scol.M-at neanlmoins s. nécessaire, et seul encores (p.i peu! .-.dairrir un ,nacs trop frétillent sur le papier, » (:{) le mol était condanmé. On le trouve encore clans les dict.onnaires, (4) mais il ne se dit plus à la Cour à partir .le la seconde moilié du XVII- siècle, si ce n'est en raillant et avec celle queue: cnns au contraire. L'Académie le déclare vieux et La IJruyere ne put faire entendre à ce sujet que des regrets plato-

nujues

Ains^ue\, suivil ,lans sa disgrâce, il avait ôlé également blâmé par Malherbe, qu, lui préférait avant que ou Uevanl que. (M)

Mnçois „ ne vau t„ul rien ». (C) De fait il avait vieilli plu,

V, e que «m< Ce n-esl pas qu'il no se trouve clans les auleuri du XVI s.ecle. Il y estaucoulraire fréquent, mais Nicot fait déjà une d.st,uct,o„ et dit qu- ,. il est plus usité en poésie qu'en prose. . On e retrouvera dans C. Oudin et dans Monet. (7) Mais l'usage l'a des lors abandonné. . r

Ardre. „ Tout ce verbe est hors d'usage. 11 n'y a que le participe

'^VuT: ^"'"Î"'""- " <^' ^"■*'' ^™i' ""^"'-o '^'<-' "'es usité au

V '"t"- f """"' '" '"" ^" '^''^ '^"^ mots qui traduisent «-■*,-e; lh,erry le donne avec ardoir, Mellema, La Nuoe, Victor N,eot, IIulsius, et après eu. Canal, Colgrave, C. Oudin, .Monet le comptent sans faire d'observations. Maupas en donne la coniugaison. (9) Nous savons néanmoins par M"" de Gournay que l'obser-

(1) I, 40, var.

quoD^;;,.,' ';.■"'• " ^' ' '""="■<•"" ""' ««'■'■-' 'emploie aussi souvent

(3) Omb. 591 .

(4) Mellema, Nicot. Hulsiu.s. Cotffrave C OnHin \r^n .f n • ., • çrun ^tius, Duez i. n.u-q.e dun^ côn^; ^ ' l!.' i^^^;^' ''^'' '= ^"""^'

(0) £•/. I, 2 et 3. IV, 354 et 355 °

l\ f/^-/"!;*^°™P- 2, IV. 433. Im. do l'Ar. Roi. fin- ,v 40^ '

(9) J ards, j ardi, j'ay ars. Ardre et Ardoir, Ardant, Ard^ay (f^ 123 r')

2r»() l.\ liOi'.THINF. DK M M.lIKIthK

valioii (le .Mallici'lx' ii\ail [torh'. Maigri'. ranlorih' des deux [irrlaU (lu'elle inv(Kjia', (i; malgré rcxoinplc de La Fonlaiiic. ardent seul survécut, sauf dans les écrits burlesques où ou relrouvc des formules comme celle-ci : Que le feu S' Anllioine les nrde. (2)

Atlrairc « est un mauvais mot; atlrui/tnit cl tittruil nii' plaisent, mais non altraire. » (3)

Atlrairc était encore dans les Lexi<|ut's du temps : Thierry, Mellema, llornkens, Victor. Hiilsius, (lotgrave. Nicot lui consacreun long article, où il explique son étymologie en même temps que ses diverses significations. C. Oudin, Monetle considèrent encore comme le synonyme de alichcr. Maupas dit qu'il a le délini beaucoup plus en usage que le simple traire. (4)

Y. den Ende le donne, Pajot cite atlraire, altraier et attirer. Labbe le compte au nombre des composés de traire, (p. 2% p. lo8j. Mais Furetière s'étonne que Mezerai se soit servi de ce mot, « qui n'est plus guère en usage », avis que confirme l'Académie.

Remarque : Retraire ne plaît pas mieux à Malherbe qui veut retirés. (5)

Bénin. « Je serois d'avis de bannir ce mol de Técrilure; il l'est du langage. » (fij Le mot était très vieux comme le montrent les exemples rassemblés par Littré ; Thierry, La Xoue, Cotgrave, Hulsius, Nicot, C. Oudin et Monet, van den Ende, Pajot le donnent sans commentaires. Maupas enseigne comment il forme son féminin en ir/ne. (1) Cependant, d'après Vaugelas, « les bons aulheurs qui font choix des mots » n'en usaient pas et M. Coeiïeteau ne s'en

(1) Omè. 954.

(2) L'exemple est donné par Furetière ; Kichelet fait précéder le mol d'une croix. L'Académie n'indique que ars, arse comme hors d'usage. Van den Ende donne ardre et ardoir, Pajot ardre sans observations.

(3) El. I, 18, IV, 375; Cleon. 35, IV, 337.

(4) Qram. 120 \\

(5) Berg. et Masc. Ode, IV, 456 ; Palsgrave, Thierry, Mellema, Nicot, Monet, C. Oudin, Cotgrave donnent retraire contrairement à R. Estienne qui ne cite que retirer à retrulw. Furetière ne l'admet plus que dans la langue juridique.

(G) Am. d'H. ch. 5. IV, 313.

(7) Gram. 41 r°.

iti: i/akciiais.mi: o*^*^

élait jamais servi. C'ctail sans doulc sur lavis de Mall.o.bo L Acaaeaue IW.iut néanmoins. Aujourd'liui il a do nouveau vieilli.

BienUeurer (I) ,. „'csl plus ,lu momie ; il faul donner con^é à ce verbe cl d„-e ,jm l\„ou rendu OienUeunux. » (2) Le vieu/dérivé A.henh,:ur élait encore très fréquenl au XVI- siècle; Yauuuelin et egnier I emploient (3) ; Thierry, LaNoue, Ucrnkens, Nieot, Victor Uuls.us Colgrave le citent ; De.mier le recommande ind.rcctemen . (i) .!"■ de Gournay s'autorise des deu. l'rélats pour le défendre. (5)

Mais elle ne le sauva pas, et le mot ne reparaît guère au XVII- ^.ocle que dans les Lexiques (C. Oudin, Jlonet, van den Ende, JUuez, Pajot). '

CA./est un mauvais mol. («) Malherbe ne lavait pas dc-cide ainsi tout d abord ; c est dans une révision postérieure de son ouvrao-e qu 11 a ajouté cette note. "

Il serait superllu de montrer que chef, dansie sens de tète, où il est pr.s .c.ela.t encore 1res usuel au XVI"siècle.Il se rencontre en elTet

dans tous les textes. L'article de ^M\r^ n\ ,.,.^ i

, j -i^diutic ae j^ittie (/) prouve que beaucoup

de grands auleurs postérieurs à Malherbe, Corneille, Pascal Mass.llon mr^me l'ont encore employé. Mais n'ont-ils pas vouln le sauver et leur exemple assure-t-il qu'il ne sentait pas déjà " le vieux et le rance ? » "^

Nicot l'oppose à tète qui se dit des animaux. Levinus llulsius le cite sans observation. Canal traduit : capo pcr la testa.

(1) V. Godefr. p. 621, col. 2.

(2) Im. de l'Ar. Roi. fur. IV, 400 • Cleon 1-^ IV -vn r

IV, 289. ^i^eon. i^, i\, j,ji. Conip. D. II. .5].

(3) Reg. Sat. éd. Courb. 190. v 2. Vauq. t. II, 563.

(^)La raison oblige d'escùve, Bien heurant, ei non nas d'e^nmvh... t diviser ce mot comme il fait (Jodelle) iAcad u ii-Vr . ^/f^^chei- et même observation, 889, col. 2' C^n^;:^]!-^^' ^^^'"^ ^"'"'^ ^^^ '^

(5) Omb. 954.

(6) EL II, Av. V, IV, 390. Cop. I3.

(7) Art. Chef, i.

2o8 LA DOCTRINE DR MALHERBE

Quoi qu'il on soit, Hicholet constate qu'on lo dit burlesquement des choses profanes, au moins la plupait du temps. Suivant l'Académie, il n'a plus j^uèie d'usage qu'en poésie, à moins qu'il ne soit question des saints. Furetière était du môme avis.

Clameur Q%i « liors d'usage », et Malherbe conseille « de n'en point parler. » (1)

Vieux comme la langue^, il se retrouve au XYP siècle, non seulement dans les auteurs mais dans les Dictionnaires de des Accords, Mellema, La Noue, llornkens, dans les EjnUiètes de M. de la Porte, puis dans Victor, Ilulsius, Canal. Malgré l'observation du maître, C. Oudm, Monet, van den Ende, Duez, Pajot, l'enregistrent après Nicol; et Furetière, Richelet, l'Académie ne font à ce sujet aucune observation. (2) Pour les exemples des écrivains, on en trouvera en foule dans le Dictionnaire de Liltré.

Confort « est hors d'usage et fâcheux. Son cou\\tosé réconfort est bon et déconfort aussi. » (3)

Au XVP siècle le mot était en pleine floraison. R. Estienne le traduit par 5o/a/mm, Henri l'oppose à lilaiien confortar (4). On le retrouve dans Thierry, des Accords, Mellema, La Noue, Hornkens et ensuite dans Nicot^ Victor, Hulsius, Canal, Cotgrave, C. Oudin Monet, Van don Ende, Duez, Pajot,

Après Vauquelin et Régnier, Corneille l'emploie encore. (5) Mais dans l'école de Malherbe on préfère réconfort, (ô)

A la fm du XVIP siècle le choix était fait ; l'Académie considérait le simple comme vieilli, et il a fallu la mode anglaise pour le réintroduire avec une prononciation exotique et un sens ditférent.

(1) EL II, 5, IV, 384 ; Cleon. 47, IV, 340.

(2) Dans la /?e(7. des dict'" Ménage l'emploie sans le souligner. (Livet, H. Ad, 485).

(3) EL II, Av. 2, IV, 39i ; Cf. D. H. ch. 1, IV, 277; Am. H. ch. 7, IV, 324. Dans le nis. orig. confort est plusieurs fois bané. yBrad. P 245 r°; Div. Am. Adieu, f" 293 v; Epit. comp. p. 335 c° ; ib. p. 337 r°).

(4) Préc. p. 3U9.

(5) Vauq. Il, 73J ; Reg. XII, IH ; Corn. Mcd. V, 4.

(6) Racan Berg. I, 27,

fiF- I.'AliCiiAISME cs»n

Con/o)-to-a suivi con/or/ .la,,, si. dism-ice II nvli .:, - „ , en mOme temps, ^|y '"«e'-cc. Il a^., il el. condamné

Co,«o«m«.(les yeuxj est un „ mauvais mot „ (2) «el. dans Li.tré) (3) ^ ''■' '"' '^ ™ ^'""''""'-' ^ "-'« C^"

'-™u':i,e r:r" '"""■^ "" "'pp"-" "" ■"^■- coup

sapiunelle, (4) et que tournoyer ne réussif n^« il ■este que ,W.,. qui est un peu vulgaire. (5) ' ' """

^""™' " «^' ™«1 <"it, il faut dire tassètes „ Un trouvera dans Liltré la preuve miP I-, v.oii i naiss.! pas d-antre forme .uL^Al^^l^ti"^" "^ ^""-

e.uTo:rrs:"s;:;:^'r^^^^^

On le retrouve du reste dans .Mellem V or CoT"" v"''"" Endo. T..He que Malherbe ,out lu" s'ubsU uer^ '"''' ■■"" '"' au XVP siècle. sufistiluer se rencontre déjà

Mermer ., pour ouvrir, n'est guère bien. ., (6) Oudin.PajotettnrenEr^lTr"^ """'""'' "^ '"'^''""^•^ "^

"u"; mî: SLr ,t":^£,;;:ï:r ^t- ^^■■^-'"" --

ee sens qu'il s'est conserlé au ^12. ^ " ' "' ^" ^■"^' ™

(l)C/eon. dial.fl31r»; son. 48 f 13:3 r» (^j Im. de l'Ar. Roi. fur., IV, 404.

(3) V. Littré hist. et Godefr. If 266 en] q r.

etMonet. Dans Hulsius il est té nr^tn ''• ^'^""'' ^''^°^ t'-aduise. NiHornkens, ni Victor ne emben^^^ >»ot allemand qui le

(4) Omb. 428. semblent le connaître.

(5)/m.rf.r^r.Rol.fur.;IV,403.

(^ Div. Am. cont. une nuit trop claire. IV 425

.- Desporte. ,. ,o„„e le. ,,r ^î'.rnf.'e ^"«^jr.tr ■■"-'•-

c)f;() ].\ I.OCTRINK DR MALHERBE

I>^,>m,l,r au sens .1. */«""■'■. """^""'■"^ J""l"'=""' '"fT f noire langue (l).ïoullo XV1= siècle l'avait employé et MalInTbe

lui-mi'mc lit comme ses pi-édéccsscurs. (2)

Néauuioins il l'a noté chez Dosportes, (3; conlirmant ams, 1 anecdote ,iue Uacan nous a contée : Un jour M. <le lîellogarde qu. etod, comme l'on sait, gascon, lui envoya .le.nan.ler lequel etot lem.eux Z de cl^pc^é ou *,»</«. il répondit sur-le-champ que *,... éloit plus françois, mais ,ine /«-.*<, dc'penJu, repe,^., ç tous e, composés de ce vihun mot qui lui vinrent en labouche, cto.ent plus propres pour les Gascons. » (i)

Simple boutade, comme l'on voit, car suivant le mol de ^ augelas, si Ion allègue « que les deux dernières syllabes de <kpemlu représentent un fâcheux objet, c'est une trop grande déhcatesse quL ne mérite pas de réponse. »

Néanmoins l'opinion de Malherbe a prévalu dans la deuxième moitié du XVII- siècle. La cour, qui préférait dépe,vh-c du temps de Vaugelas, ne toléra bieutût plus que dépenser, (b)

mdre a été souligné par Malherbe dans ce vers :

Et que raesme les pleurs fussent duils à mentir. (6)

C'est donc encore à lui qu'on doit la disparition de ee vieux verbe INiM. Littré qui constate la restrielion des sens, m M. l.odefroY nui nous apprend que ,/»;« s'est conservé jusqu aueommencerléntdu XV»" siècle, n'ont relevé ce fa.t. C'est une des suppressions que SCS ennemis même ne lui ont pas reprochées.

(1) Dans LUtré dlpcnire 3 un long historique. „„„„^„, „ 439

(2) Il ne dcpcndoit pas un soûl à chaque repas, (II, 331) Comparez II,

6tC.

(4) RacandansMalh. LXXIX. „. ^f^^rin- À V Vau- Rem. I, 388, avec les observations de Ménage e de 1 Aca

.i ■JvX^^uxiaPpe le les condamnations de Bouhours et de Ménage.

ZeTiTI 71 'I semble que Hulsius, sans noter duire parmi les m t horsdisallle considère cepemlant comme rare, car il le tradu. . Tre est accoustumer (p. ^.70). Canal n'a que sedrure.

i>E l'.ahciiaisme 251

Emoi est « hors d'usage ». (1)

Usuel au XVl- siècle, cnioi provoque cepoudauL celte observation de Thierry: « Usez de formules en « soulci, soidcier ». La m.-me remarque est reproduile parNicotel Ilulsius. Uornkens et Canal disent : 'esmoij ou soulci.

^ Aussi, au XVIl- siècle le mot semble-l-il en péril. Les écrivains

révitent,Furetière, l'Académie le donncntcomme vieux. (2) Depuis il n'a jamais repris faveur el est resté presque exclusivement propre au style marotique.

Encependant « Je dirai plutôt cependant que encependant » (3) Maupas professait sans doute la même opinion sur ce vieux

terme, car il ne mentionne que cependant et ce temps pendant (4) Au milieu du XVI' siècle pourtant le mot avait si peu vieilli que

Du Bellay raconte avoir employé à sa place ende^nentiers par affec-

lation d'archaïsme, (o)

Encommencer est un mot que Malherbe « n'aime pas » (6) Son histoire est dans Godefroy. On peut ajouter que ce verbe très usité au XVl' siècle se conserva longtemps dans le langa-e de la procédure, dans lequel il fut confiné, (7) malgré l'exemple^'isolé de Lafontame. [Faiseur cVor.)

Fortuner est « mal pour rendre heureux, bénir, etc » (8) Tout le moyen français l'avait employé. (9) Néanmoins il semble qu'il ait

(1) CarL et Masc. des chev. agités. IV, 462 ; Cleon \, IV, 328; souligné en outre dans le ms. (Epié. enmp. p. Henri Ul, f» 337 r )

(2)Van den Ende, Pajot le citent cependant sans observation. Trévoux confirme le jugement de l'Académie.

(3) Im. de l'Ar. M. deRod. IV. 4U7. Comn. El. I dise IV TO

(4) Gram. 161, v°. '

(5) Epistre au seigneur J de MoreL Embrunois. cité par Mèna-o (Dict etym. au mot isnel.) ° '

(6) El. h Disc. IV, .379 ; comp dans le ms. Am. d'il El -^ f' 00 r

U) Cestà ce titre que Furetiére l'admet. Ni C. Oudin ni aucun de ses prédécesseurs ne faisaient d'observation A ce sujet. Les phrases citées par Nicot appartiennent cependant, sauf une. au stvle juridique

(8) Cart. et Musc. p. la M. des chev. fidèles, IV 461

(9) Parmi les exemples, Godefroy en cite un emprunté à la haran-ue de Henri III aux Etats de Blois, 1588, uaian^ue ae

été surtout usité avec l'adverbe bien. C'est ainsi que Thierry, Mellema, Nicot, Hulsius,van den Ende le citent. Pajot ne fait aucune observation.

Esclaver est un « mauvais mot. » (1)

Il se trouve fréquemment au XVP siècle. Il est dans L. Labé (I, 130),Baïf {Am. 81) Montaigne (I, 29), etc.

Thierry dit « esclaver aucun, id est: le rendre serf, l'asservir... Ronsard : esclaver ma liberté. » Mellema, La Noue et Cotgrave le mentionnent aussi, mais je n'en trouve trace ni dans Hornkens, ni dans Victor, ni dans Nicot^ ni dans Oudin. (2) Seul Van den Ende le donne encore. Duez le marque d'une croix.

Espanir est une vieille forme à laquelle Malherbe préfère cspanoiiir. (3)

Mellema, Hulsius, et Cotgrave après Thierry présentent encore les deux infinitifs comme équivalents. Au XVIP siècle la forme moderne avait prévalu. Seuls Van den Ende et Duez se souviennent encore dî espanir \ mais le dernier le marque d'une croix.

Finablcment. « D\^ finalement ei jaTasiis ^nable?7ient . Il se forme de final et finale. » (4)

On pourrait croire que c'est la première fois qu'on se prononçait entre les deux formes concurrentes. Thierry, Mellema, Nicot, Cotgrave, Van den Ende, donnent l'une et l'autre, Maupas aussi. (a) Cependant j'ai trouvé le mot barré par H. Estienne dans son exemplaire de du Bellay.

Il est à noter que finalement lui-môme fut menacé ; Richelet le signalait comme vieux et remplacé par enfin. (6)

(1) Cleon. 27. IV, 335. On sait par Vaugelas que Malherbe préconisait en revanche le substantif esclavitudc. (II, 124) (2i Hulsius : esclaver aucun, {Ronsard}.

(3) Cart.et Maso. p. une masc. de faunes, IV, 450.

(4) Am.d'H.bl, IV, 313.

(5)Gram. p. 162 r*.

(6) Van den Ende le cite, sans plus.

IH-: i/akohaisme 263

Gel (ou glel) est un « mauvais mot. » (1) Il (^tail vieux comme la langue. On en trouve des exemples au XVP siècle. (2) Mais il s'en faut qu'il soit dans tous les dictionnaires. Ni Thierry, ni Mellema, ni des Accords, ni La Noue, ne semblent le connaître. Cotgrave le donne, et Monet aussi, quoiqu'il ne soit pas dansNicot (3). Trévoux affirme qu'il subsistait encore de son temps dans le style de la conversation , c'est de là qu'il a reparu dans le langage scientiliquc.

Grève)' est, comme le précédent, « un mauvais mot. » (4) Usité danstoute la vieille langue, et aussi au XVI* siècle, le mol seretrouve dans les lexiques. Toutefois Mellema le fait précéder d'une croix. Il vieillissnit donc, malgré Yauquclin et Régnier, (o) Nicot, Canal, Cotgrave, Oudin, Monet le donnent, (6) mais Furetière, Richelet et l'Académie, tout en citant des exemples du XVIP siècle le trouvent « un peu suranné ». On sait comment les discussions budgétaires lui ont redonné une nouvelle jeunesse.

Guerdonné est « un vieux mot. » (7)

Hulsius le donne ainsi que rjuerdonneur oX guerdonnement. Il est cité sans observation par Duez et par Monet comme par Nicot qui traite de son étymologie.

Hichelet le marque d'une croix et le confme dans la langue du burlesque.

L'Académie est du môme avis. Suivant Furetière, guerdon est burlesque et le verbe hors d'usage.

Hébergé est corrigé dans ce vers:

Et plus cruel l'Amour dans mon sang hébergé. (cS)

(1) Im. de l'Ar. Mort de Rod. IV, 409.

(2) Vauq. Œuv. II, 615.

(3) 11 n'est pas non plus dans Hulsius.

(4) Im. de VAr. Roi. fur. lY. 402.

(5) Rég. Dial.

(6) Hulsius siii;n;ilc grevance comme mot ancien.

(7) El. H, av. 1, IV, 389, cop. B.

(8) D. 1, conip. 1. IV. 2(i2.

2Q4 L\ DOCTRT^'F> DE MALITERHE

Malhorbo mot on marge : « en mes veines logé ». Il n'a sans doute pas l'intention .le proscrire le mot qui n'a ])as cessé d'Atre français, (1) mais il ne voudrait pas qu'on l'employât au sens moral. C'était un vieil usage: travail et dolor là herbergent, dit la Rose (4539), et on trouve beaucoup d'exemples pareils. (2) Thierry donne esberr/er en soy une faiilte.

L'acception a disparu (3) et le mot lui-même n'est plus usité que dans un style spécial.

Inêqualité est irrégulier. « On dit égal et inérjal ; et pour ce, il fautdire im^a/e^e ». (4)

Le XVP siècle hésite encore entre les deux formes. Montaigne dit inéqimlité, km^oiin égalité. (5)

Thierry donne la forme latine seule, Mellema, llulsius et Nicot aussi. Cotgrave à inêqualité renvoie à l'autre. Van den Ende donne les deux, Pajot seulement la forme moderne, que Victor et Canal semblent déjà connaître seule.

IsneU^i un « mauvais mot ». (G) Les auteurs du commencement du XVP siècle l'avaient conservé, et du Bellay dit explicitement l'avoir repris dans son Epître au Seigneur J. de Morel, Embrunois. ,< Pour cette mesme raison j'ai usé de galée pour galère, imel pour léger... àoni l'antiquité... me semble donner quelque majesté au

vers. »

Après eux les grammairiens l'avaient inséré dans leurs recueils. (V. Palsgrave 294,Thierry, Mellema, Nicot, llulsius, G. Oudin, Monet et encore Van den Ende). Nicot dit en 1606 que le mot... « n'est tant usité à présent qu'il estoit par les anciens François, comme il

(1) Il faut cependant noter que l'Académie le déclarait « vieux ».

(2) God. à hébergement.

(3^ Canal donne beaucoup d'exemples, mais pas un seul nu le mot ail cette signification. Héberger est marqué d'une astérique par Duez. (4)£:M, 16, IV, 312.

(5)\'. Littré inégalité (liist.).

(«) Im. de VAr. Roi. fur., IV, 399.

DK L AnciFArSMl-:

so voit aux anciens romans. Nos poùtes françois en usent encores communément.» (i)

Dans la Recuite des Dictionnaires de Mdnage, isnel fig-u,,. parmi les mots bannis de la langue « depuis trente années. » (2)

Jà est un « mauvais mot » qui « ne vaut guère d'argent . parce qu .< Il est v.ed et ne s'use qu'entre les paysans, on dit d.jà » ^3) Au temps de Malherbe ce vieil adverbe était encore très usité Un le trouve à chaque page dans Régnier (.^^/. II XIII^

Les lexiques d'Oudin et de Monet l'enregistrent encore ; Maupas en parle à plusieurs endroits, môme dans sa dernière édition (4)

Mais bientôt, parmi les courtisans, « on ne le reçut plus qu'une

o.s en sa vie comme nous l'apprend M- de Gournay, et la veille du

Jubile ., ,a) le style burlesque ou familier en usa seul, et l'audace

de Lafontame ne le sauva pas. Richelet nous apprend que de son

omps certaines gens « ne pouvaient le souffrir, même dans le bas

burlesque. »

Jà déjà disparut du même coup. (6)

Jouvenceau est remplacé ^^v jeune homme dans ce vers : Que je trouve a mes pieds un jouvenceau blessé (7)

A partir de ce moment le mot est confiné dans le lexique spécial Hn burlesque. Furetière, l'Académie, Richelet sont d'accord contre iui Qu il fasse mieux, ce jeune /o...,.,,,/, disait déjà Corneille [X ^9) dans un sens évidemment plaisant, auquel la vieille forme ajoutait encore.

(2) Pellisson et d'OI. H. Ac. (I. 478),

mIh ^'; ^;.^^'^^' ^^^- ^'^' '^' ^'^^- f^°'- f"''- I^^ 399 ; ib. Anc^el IV AlO Malherbe 1 a en outre rayé dans Roi. fur. f» 0.4 v» et Rod fo^3T r '

(ô) Omb. 956.

2gg LA DOCTRINE DE MALHERBE

Liesse est « vieil >k (I)

Il élait <( vieil » en effet comme la lan-iie, puisqu'il se trouve déjà dans le Saint-Alexis. Mais le XVI» siècle en avait encore usr couramment. Eslicnne, Tliicrry, etc. le donnent comme traduction de Lvlitia. M. de la Porte le fournit d'épithètes. (2) Les premiers dictionnaires du XVll' siècle ne font non plus aucune

observation. (3)

Mais bientôt l'opinion de Malherbe avait prévalu. Furetière le citait comme vieux mot. Richelet dit qu'il entre encore dans le burlesque. L'Académie ne veut pas qu'il sorte de l'expression : Notre-Dame de Liesse.

Maints est marqué d'un nota (4) dans les vers suivants : Vous qui fuyez les pas du vulgaire ignorant, Et par maints grans labeurs gaignez la connoissance. 11 n'est pas besoin de montrer combien ce vieux mot avait encore de vigueur au XVP siècle. Régnier l'emploie souvent (5); Thierry, Mellema, La Noue, Cotgrave, C. Oudin, Monet le citent et après eux Van den Ende et Pajot. Néanmoins il vieillit bientôt. Canal ne le sépare déjà plus de hommes et gens.

Suivant Vaugelas, c'est un des mots français particuliers a la poésie, il ne se dit plus en prose. (6) Saint- Amant s'excuse de l'avoir employé par « privilège de Ihéroïque .., où l Académie elle-même, dit-il, l'a jugé de beaucoup meilleur que plusieurs ou beaucoup. (7) Cependant Ménage l'abandonne (8).

Et à la fin du siècle il est délaissé, quoique La Bruyère conteste qu'il eût jamais dû l'être. (9)

(1) Am. d'H. 17, IV, 300. Comp. ex. or. El. L dise. T 196 v^

(2) p. 241. Voii- des exemples dans Canal.

(3) Voiture et Théophile en usent encore. ïhéopli. éd. 1621 p. 36, ^ o.t.

ds. Richelet). On le trouve aussi dans La Fontanie.

(4) Cleon. 33, lY, 330.

(5) V. Sat. 8.

(6) Rem. II, 410. Comp. 1,250.

(7) Œuv. 11, 142.

(8) Rca. des Dict. ds Livet //. de l'Ac. 1. 478. , ,,a „

(9) Car. XIV. Comp. Richelet (vieux mot burlesque^, Furet.ereet 1 Aca-

demie.

DE l'archaïsme 0^^-y

Nave est un « mauvais mot. » {{)

On le rencontrait assez souvent dans le moyen français où il entrait en concurrence avec nau et nef. (2)

Mellema ne cite que nau, Palsgrave, Nicot, Canal, C. Oudin -Monel, ne semblent pas connaître d'autres formes. Au contraire Cotgrave donne nave « as navire >> ; de la Porte cite : nau, nave navire ou nef. (3) '

Mais les renseignements les plus explicites sont fournis par ' LaNoue: Nous empruntons cesfuy-cy de l'Italien... on a plusieurs mots pour signifier cestuy-là, comme ?iau, nef, navire et autres plus particuliers comme carraque, hourque et les semblables .. (4)

Je ne retrouve plus le mot dans les Lexiques postérieurs.

Nuisance est un « vieux mot hors d'usage. « (5) Très anciennement français, nmmnce est encore donné sans observation par Hulsius ^icot, Victor, Canal, puis par Monet, qui cite porter nuisance, avoir nuisance, souffrir nuisance.

Il est même retenu par Richelet, qui lo signale comme vieux L Académie ne l'a plus. Furetière le donne comme particulier au râlais.

L'expression /«z>e nuisance, qui était dans jMontaigne (II 12 Comp.^/,,V. de de la Porte 283 v»), et même dans François de belles (v. Godefroy, nuisance), est également condamnée par Malherbe. (6) ^

One, oncquesQ^i un vieux mot, d'aprèsdeux notes de la copie B. (7) Il est superflu de signaler après Littré et Godefroy l'existence de

ce mot jusqu'au XVP siècle. 11 est partout. Au XVIP Maupas le compte au nombre des .adverbes de temps

Ni Nicot ni Hulsius ne font aucune observation sur son emploi.

m f V^'iV^r'.i-"'^- "'°^^'"^ ^^'" ^'' remplacé par rtcf.) IV, 371. {•}) tpith. p. 2/8. '

(5) Div. Am. ch. 2. IV, 429 copie B.

(6) Div. Am. St. pour Ch. IX, f 280 r»

(7) El. II, av. 2% IV. 397. Ib. \\, uv. 2, IV, 392, en note.

2{J8 I.\ DOCTIUNE DE MALIIEIUÎE

Malherbe lui nK^mc s'en sert <lcux fois (1, 290, v. 122 cl :;3, vers 178 var.) Toutefois il a corrigé le deuxième de ces passa-es. La mode doit doue dater juste de son temps.

La Requête dc< Dlclionaaires prétend que o,i<: a été conservé (I). Cependant lUclielet et Furetière le déclarent vieux et burlesque.

Oppresse « ne vaut rien. » (2)

C'était un de ces substantifs verbaux si légers, que la langue a semés uu à un sur sa route. Celui-ci a été usité au XV et au XVI* siècles.

Gepeudant je ne le trouve que dans quelques recueils,, comme Palsgrave (p. 249) et les Rimes de La Noue. Tous les autres dictionnaires l'omettent, à part Colgrave qui l'aura trouvé dans quelque texte et le donne comme synonyme i^oppression. Il n'eut donc pas de peine à périr. (3)

Or « pour maintenant ne se dit point. Ce mot est la cheville ordinaire des vieux poètes français; surtout du Bellay s'en est fort

escrimé. » (4)

Et quarante-huit fois, plus même sans doute, car je me suis lassé de compter, Malherbe est revenu sur cette remarque, biffant le malheureux adverbe partout où il le rencontrait, qu'il signihât maintenant ou tantôt. (5)

Il serait superflu de citer des exemples de or au XVP siècle, il y en a à foison.

Les contemporains de Malherbe s'en sont escrimés aussi, moins

toutefois que du Bellay. (6)

(1) Pell. et d'Ol. H. de l'Acad. éd. Livet, p. 480.

(2) Epit. comp. 2, IV, 471 .

(3) V. Littrèà riîist. d'oppression (sans exemples). Comp. Godef. oppresse,

p. 609, col. 2.

(4) Epit. de Tim. de Cossé, IV, 463. Comp. Cloon. st. 1, IV, .iS'^. (5)Voirdanslems. orig. D. I, son, ^23. 33. 42, dial. 1, eompl. 1 ; cont..

amour f^ 35 V" ;II. ^44v"; ib, f 51 v° ; .6. f> 56 v° ; ^«^•/":; /~^\'7^^^^^ 231 1-,234 r"; El. I, 5, 14; II, Pi/rom. 1*209 r% 210 v^;advA\ 1*212 v ,Î13 i ,etc, (6) V. Rég. à M. de Forquevaux.

l'i: i.'ahcMai.smk

Doimier, lui mrme, si gran.l ...nemi des archaïsmes, emploie encore le mol couramment; Maupas l'inscrit an pr.-mi.M- ,a„- des adverbes de temps. (1) '^ '

Ilya plus, on le relmuvc dan. Malherbe lui-nV.me au milieu .1 une pièce négligée et qui n'esl pas ,le ses premières. (2)

Sa remarque pourlant lil au.orité. Maynard el liacan,évileul le mot. M ' ,1e Gouruay est obligée d'en prendre la défense, sans aucun sueeès d'ailleurs, (3) car Ménage constate (i) qu'il a vieilli < opuis longtemps; l'Académie, Furelière et Richelet sanctionnent il(!lui[|ivenient la sentence.

Or qito suivit le simple dans sa chute. (3)

/•«;■«»«/ est souligné trois fois par Malherbe, dans son exeml>laire (i/, I, 11, 17 ,.( ji^ç^ f, ,9g ^,„y

Cet adverbe appartient au moyen français, où on le rencontre fréquemment. (6) Autour de Malherbe Ilulsius, Nieol, Victor, Canal et Monete signalent encore. Maupas le met entre „v.,u et au,an,va,U (7) Plus tard van den Ende, l'ajot, Due. même le donnent sans observation.

Corneille s'en sert, mais en qualit.:> de conjonction.

Par/in (à la) est souligné (EL II, 1 f« 199 i>on

Malherbe visiblement le trouve 'vieu... Ses contemporains Nicot,

Huls.us, Canal, Monet enregistrent au contraire la locution san

commenta,res Maupas lui fait aussi place, (8) et on ne peut que

cy citer que leurs successeurs aient été plus sévères. (9) Rien en

ffetdans la langue moderne ne peut ainsi exprimer ce temps de

Ici « un finale. » '■

Î4I ol?* '^"; S'T- ^'' ^'"'- '^'' ^'^^«^- 'Livet'//. Ac. I, 430). Liv! Z:7l: I \^ ''' ^^*"^- ''■ '^ ^^^"^- "^' ^^ ^^ «^^ ^- ^^^ct. dan.

(7) Gram. p. 162 r"

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