‹ La doctrine de Malherbe d'après son commentaire sur DesportesChapitre 36 sur 106 · IV, 3G(J · texte numérisé non relu

IV, 3G(J

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274 LA DOCtRtNF: DE MALHERBE

Sic/uc (( ne vaut rien » ; [\) c'est un « vieil langage dont on n'use |)lus et qui éloit déjà Iiois d'usage du temps de Des Portes. » (2)

Mallierbe veut luire l'expression plus arcliaï([ue qu'elle ne l'était. Palsgrave la donne (so thaï) (3), Mcllema aussi (soo ol't alsoo dat), et après eux Nicot, Cotgrave, Monet.

Au XVIP siècle même, elle n'était pas éteinte, puisque Vaugelas, tout en la combattant, reconnaît qu'elle est « très familière à plusieurs personnes qui sont en réputation d'une haute éloquence. » (4) Mais La Bruyère ne lui adresse plus que des regrets posthumes. (5)

Shnplesse est « noté ». (6)

Fait comme tant d'autres abstraits, ce dérivé ligure encore dans une foule d'écrivains du XVP siècle (7). Tous les dictionnaires le donnent, et Malherbe Uii-mème n"a-t-il pas dit : Quelle simplesse et quelle folie est-ce à un homme de se glorifier? (8)

Voiture, d'après Furetière, approuvait le mot et, à la tin du XVIP siècle^ l'Académie l'admettait encore dans la phrase : il ne demande qu amour et simplesse.

Spasme, d'après une note de la copie B, est « vieux mot. » (9) Je vois bien dans Richelet et dans Furetière que le mot était considéré par quelques-uns comme un terme proprement médical, mais je ne sache rien qui explique pourquoi Malherbe a pu le considérer comme archaïque. Il y a un traité d'un médecin de son temps : Despasnio.

(1) hn. de l'Ar. Roi. fur., TV, 403

(2) El. II, av. 2. IV, 395.

(4) Rem. II, IGO.

(5) XIV. « Il y avait à gagner de dire si que pour de sorte que. (Comp. l'avis contraire de Tli. Corn, et de rAcadémie dans Vaugelas, endroit cité).

(6) Div. Am. st. 1, IV, 422.

(7) V. L. Labé, I, 88 ; de La Porte Ep. 378 v" ; Rég. Dial.

(9) El. II, av. 2% IV, 395, note.

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Troubhmont est soiilioné ( i j

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K'>.;-n,. vaulrien, il., oslauvieuxlo,,,,. „(2)

II" . 1... Ifod.c. d Aub.gn,., les auteurs de la Ménippée. (3) Les ,.ocue,ls d'E.licnne, Thien-y, Jlollema. La Noue Nicol

Jelrebas. 1 Acadcm.c lu. reprochent seulement

Appendice au chapitre de iarchaïs

^nie.

Voici encore un certain nombre de mois .(uo Malherbe a barréans son cxem,,laire ou marqués d'un noU, sans dou par' et I lui para,ssa,enl vieux, sans ,,ue tonlefois on puisse lalCe.T

a 1 io Tou,; • ^'^^ ''»"'=. "'•«'"•'"^ 'in-il le considérait comme

a;i::L?::::';:;:rrer::rs"'™'''-""""'---^'»'''-^^

CeJuy qui bien aimant .respoir se réconforte Ne se peut dire aimer s'il m'est accomparé.

(1) Ms. orig. Cleon. st. fM36 v".

l'explication de cette ex, ressnn f ^'''- ^^"'- ^^ ' ^^'^- O» t^'ouvera

|3; La B aaas ut:rr \r ;:tr.^:,:r:;;: ^'^"-^^•

Ménage traduit,,-... ;ar„-"r(Dtt^ryl,r'''^"'=™""' ^-^^ '-™« - 10- Von- cependant de Godef. deu. exemples de Théophile et de Tabarin .

^^0 t-^ iJOf'TIlINF. I)F, MALlIKUnr^

Alhimrllr.{\\o<\. 1" X\V^ v") Le mol n'a pas on n-alilé oompliMcMiient disparu. Alais il a |)er(lu le sens noble darnic qu'il a ici :

Roger

le presse et le poursuit à grand coup d'allumelle. (l)

Dès le XVir sii^cle, il ne si-nilie plus que lamo de couiran; Mallierbe l'entendait sans doute déjà ainsi. Il n'est pas en eiïet à supposer (pi'il vise l'incorreclion de la forme allumelle pour (illcmcllc, bien que celle-ci IVit également conservée. (2)

Cestoïi [D. II, 66). Lui semble-t-il vieux ou peu séant? (3) D'après M"° de Gournay, l'école n'aurait plus voulu non plus de mamniclles.{y) ./ ChamaiUer (Hod. f234v°) Ici mêmes doutes. Ce verbe était très usité au XVr siècle. (5) Mais au XYIP, il semble qu'il appartienne surtout au style comique (6), et signifie combattre à coups de langues jdulnt qu'à coups d'épée.

Estomach [Epit. sur la mort de Diane, IV).

Mes yeux versent l'humeur, mon estomach la llamme.

Le mot a ici le sens de cœur que les poètes du XVP siècle lui ont si

fréquemment donné. (7) Malherbe ne veut-il plus de cette acception ?

Ou bien entend-il proscrire le mot estomach comme médical?

C'est plus probable, car il ne remploie lui-même qu'en prose.

(V. OEiiv. II, 619, 'Sol, 486, o27.)

(1) Comp. Ronsard VII, 16 :

Donne que hors des poings eschappe l'allnnielle De ceux qui soustiendront la mauvaise querelle.

(2) V. un ex. dans l'iiist. de Littré. Godefroy donne l'histoire ancienne du mot. AjoiilcMis qu'on le retrouve dans Nicot. Monet, Riclielet, Furetière, et l'Académie, qui l'indique comme vieilli.

(3) On le trouve dans des Accords (p. 110), et une observation de Deimier prouve qu'il était français, car Deimier repousse caste, mot étranger, en faveur de ceston (Ac. p. ÎO).

(4) Omb. 964.

(5) V. les exemples de Littré (hist.) Nicot disserte sur l'origine du mot et le considère encore comme synonyme de frapper, combattre.

(6) V. Lex. de Molière. Furetière cependant lui laisse encore son sens ancien ainsi que Richelet, mais en enregistrant le nouveau .

(7) Vauq. II, 475; Bertaut, 223.

DR i/au(.u\ismi: 277

Estoin' (Tm. de VAr. Ro,l. 235 r").

Ici il no |)(Hil guère y avoir de doute. C'est bien à ce vieux mot que Malliei'be en a. L'liyj)()llirse "st conlirmée par un passage de M"° de Gournay, 4111 nous montre la nouvelle école se faisant scrupule de s'en servir. (1)

En elTot Monet le donne encore, mais évidemment d'après .\icot, (2) et Furetière avait raison de dire qu'il était de son temps hors d'usage.

Estoiirdunrnl aii « mal. Il hwiià'wa csttjnrdisficinpnt, ctourdimcnt est adverbe. » (3)

Malherbe ne se doutait probablement pas que l'école de Ronsard avait souvent employé le mot ainsi. (4i C'était donc non une confusion, mais un archaïsme.

Fiance « est mal » (o). Le mot en réalité vieillissait, quoique les auteurs du XVr siècle l'aient très souvent employé (6), et (ju'il se retrouve dans les Lexiques du XVII" (Nicot, Hulsius, C. Oudin, Monet). A la lin du siècle il était archaï(|ue, comme nous l'apprennent Furetière et l'Académie.

Mais, en outre, il a ici un sens concret assez rare, et c'est peut-être là-dessus que porte la critique de Malherbe, ma fiance ne pouvant guère signitier Yobjet de. ma confiance. *"

Harnais est barré (T/n.Ar. Uod. 235 v") Voici le vers : Le harnais retentit sous le fer (jui le presse..

En réalité le mot vécut encore longtemps, et Litiré a puciler des exemples du XV L' siècle en grand nombre.

Néanmoins Furetière considère « ([u'on s'en pourroit servir plus tôt dans la l'oésie qu'en Prose », et l'Académie le trouve vieilli,

(1) Omb. 95S. Hulsius le traduit : estour, c'est nnconflict.

(2) Notez qu'il est aussi dans Van den Ende et l^ajot. Canal dit; estour, cerchez combat.

(3) Im. de l'Ar. Mort de Rod. IV, 406.

(4) V. Ronsard, Hymn. I, 2. Cette forme ne se trouve pourtant pas dans les Lexiques.

(5) El. II, 4, IV, 382.

(G) Sur l'histoire du mot v. Littré et Godafr. qui cilo des exemples du XVU° s. Gomp. Thierry, Mellema, Canal. Cotgrave.

278 LA [)Octrim: r>i: MALunnuE

ajoutant qu'il « n'a plus guère d'usage que dans les expressions:

endosser le lui mois ot hlanchir sons le harnois ».

Hautessc {Am d'il. son. 70).

Est-ce le mot lui-môme ou l'emploi de cet absljait au pluriel qui a éveillé l'attention de Malherbe ? Voici les vers :

Quels thresors, quels honneurs, triomphes et hautesses, Pourroient mouvoir mon cœur si ferme en vous aimant?

Dans les deux cas, c'est toujours à un archaïsme qu'il s'en prend. Le mot se trouve anciennement dans des exemples tout-à-fait analogues :

Patronage, présentation, collation de bénéfices., autres hautesses, noblesses et seigneurie. (Acte de mai 1400, cité par Godef. Voir d'aulres phrases semblables col. 3, en bas). Mais au XVP siècle, hautessc a surtout le sens abstrait d'élévation qu'il gardera au XVIP (1), jusqu'au jour oi!i l'Académie, appuyant liouliours, décidera qu'il ne se doit plus employer que comme titre (2).

Heur [Cleon. El. de Bert., IV, .3:;2).

Comme loin quelquefois de péril et de paine,

Un Roy void d'une tour en la voisine plaine

Ses soldats combatans l'ennemy surmonter,

Et llieiir d'un nouveau sceptre à son sceptre adjouster.

Il y a ici une impropriété d'expression ; bonheur ne satisferait pas micux^ c'est Là sans doute ce que Malherbe a dû noter.

Je ne puism'imaginer, en elîet. qu'il ait voulu proscrire le mot heur qui était encore en pleine vie. Tous les contemporains l'emploient (3). Malherbe lui-même s'en sert dans ses dernières pièces et jusque dans l'ode au Roi allant à la Rochelle, qui est de 1627 :

Mais est-il rien de clos dont ne t'ouvre la porte Ton heur et la vertu ? (4)

(1) V. L. Labé 1,82; Mont. I, 1 ; Comp. Nicot (sublimitas. Ex. liautesse d'un grand roy) Ivlonet (altitudo). Hulsius fait la même réserve que Nicot. Canal ne connaît pas le mot.

(2) Bouhours avait repris MM. de Port-Royal pour avoir dit : Toute la hautesse et tout réclatdu monde n'est que folie et vanité (V. Furetière).

(3) On le rencontre vingt fois dans Bertaut (Δ/r. 138, 147,327, etc.).

(4) I, 281. Comp. I, 2G, 40, TU, 74, 15'J, 180, 185, 197, 232, 314.

DK i/aiu:iiaism1': 279

Je le n'd'ouve, d'autre part, dans les œuvres de ses disciples Uacan et Mayiiard (1), puis dans les meilleurs écrivains des deux premiers tiers du XVII» siècle (2). Racine lui-même l'emploie encore (3). C'est en 1666 seulement que Ménage, dans ses notes sur Malherbe, dit que le mot n'est plus guère en usage et, en efïet, rép()([ue de la décadence s'ouvre alors pour lui. Furetière le considèie comme bas et dit qu'il commence à être de peu d'usage, Hichelet le fait précéder d'une croix. Ce fut la lin, et les regrets de La Bruyère et de Voltaire ne changèrent rien (4) à sa destinée.

Impiteux, impitié {Im. Ar. Rod. f° 234 r" ; D. I, s. io).

Ces mois du genre de impoliii, impirux, incoupabl*^, se rencontrent surtout au XVI' siècle. On en trouvera de nombreux exemples dans M. Godefroy.

Nicot, Hulsius, Monet, enregistrent encore impiteux ç\p.' on ivouMi dansTliéopliile et Saint-Amant (5). Mais, réservé au style burlesque, il disparut bientôt de la bonne langue.

Malherbe, du reste, ne semble pas avoir aimé beaucoup le simple piteux, au moins au sens de quia pitié (6), qu'il avait eu si fréquemment autrefois (V. Littré, Jiist.). La Bruyère regrette que pitié n'ait pas conservé piteux (XIV).

Loyer donne lieu à une observation assez obscure. Voici les vers :

...Quand pour vous chérir cent fois plus que moy-niesme,

Je ne recueilliroy que Tninuy d'un refus,

Et que de vos beaux, yeux je partiroy confus

Pour avec desespoir mettre fin à ma vie :

Si n'aurois-je regret de vous avoir servie.

Car je tiens cest honneur pour un si grand loyer,

Que cent mille trespas ne le sçauroient payer.

(1) Rac. Œifu. I, 24, 30, m, 41, 51, 8o. 107, 11!), 1.50, ICI), 195, 198, etc. - Maynard, Œiir . III. 29, 294, 295, 29(;.

(2) V. dans Littré des exemples de Corneille, Descartes, Molière.

(4) La Br. Car. XIV. Volt. Corn, sur Corn.

(5) Voy. Furetière.

(6) Il l'a souligné au son. 16 de D. I

Mais vous ..

Feignant un œil piteux de me voir miseiaijle.

280 LA uûcit.i.n::: w.i .mamii;iu!1';

« Mal exprimé;, <> dil Malherbe, et en eirel h^ sens appellerait plutôt le mot de bonheur que celui de récompense.

Cependant on peut se demander si la critique ne porte j)as sur ce vieil archaïsme de loyer ^ signifiant /jrix^ rcconipcnsf.

Tout le XVP siècle avait employé le substantif dans cette acception (V. Reg. sut. 3. Bertaut, 329 et Malh. I, 281) ; les dictionnaires de Thierry, Mellema, La Noue, Nicot, Colgrave, C. Oudin. I^Ionet, etc. l'enregistrent : On le retrouve même dans Corneille 1, 133) et jusque dans Boileau (sat. 8) (2).

Mais il est à remarquer que la deuxième partie du XVII' siècle l'a considéré comme vieilli (Furet. Acad.) Richelet ne le tolérait plus qu'en vers et Corneille se crut obligé de supprimer les passages oii il se trouvait. 11 se pourrait donc que Malherbe eut marqué par avance cette décadence.

Le fait est toutefois invraisemblable. C'était trop lot. ^Malherbe emploie lui-même le mot comme nous l'avons vu ; de plus il le laisse passer dans un vers qui précède immédiatement ceux qiie nous venons de citer :

Et quand pour le hier de mon amour extrême.

Narre est « pire encore » que plaints (3).

Mais Malherbe ne nous a pas dit pourquoi. Est-il archaïque ou familier? Peut-on « conter » ce conte aux étoiles de la nuit, et non le leur narrer? L'observation ne nous l'explique pas.

OEillader « ne hii plail point », sans que Malherbe nous en dise la raison (4).

Le verbe est dans Thierry, Mellema, Nicot, Uulsius, Monet van den Ende^ Pajot, tous enfin, sauf Canal. Cotgrave lui donne deux formes œillarder et œillader qu'il traduit lookc on ivantonly.

(2) Le mot loyor, dit'Môiiage, est ti'ès beau et ceux (jiii font diflicullé de s'en servir sont trop délicats (III, 134 de l'éd. de Maliierbe).

(4) Im. de L'Ar. Mort de lîoil. IV, IIU. Le mot est aussi rayé dans la même pièce, p. 337 de l'éd. mod.

DL l/Alti;il MS.Aii; .)^i

Fureliôre prétend .,„\,n remploie peu et Uichelel le marque

(I une croix.

Toutefois les auteurs du XVJl' siècle lont employé, môme les plus châtiés. (1) '

Richelet cite Desmarest {Vision. III, 2). Seulement cet exemple est du style comirp.e. Dès lors on peut se demander si Malherbe trouvait ICI le mot trop familier, ou si c'est sa sentence qui la condamné à la déchéance.

RenchiUe est u noté » (2),

On pourrait croire qu'il y a là un vice de forme, car Littré ne cite qu un exemple de renchute.

Mais en réalité c'était une forme archaïque, encore assez fréquente au XVr siècle.

Mellema, Nicot, Hulsius la donnent et Pasquier l'emploie (3) Au XVIP siècle même, d'après le témoignage de Ant. Oudin « le commun peuple s'en servait >, assez pour que ce grammairien recommandât de « ne pas s'arrester à cet usage, le vray mot étant recheute » (4).

Soldan (auj. soudard) est plusieurs fois souligné [D. II son 3- Rod.239r«;i)/...l,,,.s.l2}. ^ •ii,son. 3,

Desportes employait encore le mot comme Régnier, sans nuance péjorative (3). C'est ce sens probablement que Malherbe a voulu viser.

(1) Littré cite Tli. Corneille.

(■2) Am. d'H. son. 7, IV, 298

(3) Let. XIX, 9.

(A) Gr.fr. p. 169.

(5) V. Reg. s«^. X; Ep. I.

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