CHAPITRE V
DE LA CllIJATlOX DE MOTS DÉRIVÉS
I^ous savons paMiculioremonl par Y^ngeU,, o. nous avons ou <leja I occasion d on parle-, que Malherbe a hasardé cer.ains néolog.smos les que ofliciosilé (1). lleuraison (2), esclavi.ude (3i insidieux (4), sécurilé (S). ^ '
tonl'ôsir' r> ■"°'"V'"'""'""'^*='>'"-"^ '••= '•^"'"^ 1''^ innovations 1 ni os dans la angue depuis cinquante ans. Et il ne semble guère
q.. I ait eonsidéi-é futilité des mois qu'il supprime, ni leurs
c,ual,tes propres, leur air français ou leur harmonie. L-;sa.e s
le guide comme partout. ^
Dérivés
Acc-oist était un joli mol simple, formé comme surc-oisl, et Ires supérieur a accroi.saneuL Le XVT- siècle l'avait connu (.i, et Uesportes disait: ^ "^
Par Vaccroht d'un lurreiil plus liere et plus hautaine
(3) Vaugelas Rem., II. 124
(•3) V. Littré.
2^1 LA UOCTRIM': DK M.\Lllt:i<ItF.
Est-ce Malli.Tl.o qui Ta amHÔ dans sa fortune? u J'ai bien lu et ouï dire surcroist, remarque-t-il, mais jamais accroist pour accrois-
sèment. » (1) . i . -i
Kn l«"s cas, ao|H,is lors, .,„ ne le tn.uvo plus ,„ (m sens al,sHmt ni au sens concret. Mais il fanl dire ,,n,. beaucoup de cesdenves de Ihftmcs verbauîc se sont perdus d'eu.-n.èmcs, la langue préférant contre toute euphonie les termes à suflixe lourd en mcat ou Uon.
Adjectifs en in.
Quelques-uns de ces adjectifsétaient anciens comme hob-ini^), mais ils ne semble pas qu'ils aient été jamais bien usuels. Dans les poètes du commencement du XVI' siècle, grands latm.seurs, comme on sait, on les trouve déjà en asse^ grand nombre. Louise Labé, ne voulant pas sans doute élre en reste de science avec Maurice Scève emploie ébénin, marhrm et d'autres encore (4). La Pléiade reprit ces mots à l'école antérieure et en forma une foule de nouveaux : «tt«s<«'«, cmahin, conun. lawurm, onii, prrlin, pucelin, v,-mn, et jusqu'à ho.'login (lia'if, Passc-U;„i>s
^"^Malherbe, retrouvant ioomn dans Desporles, en profile pour .. donner congé » non seulement à celui-là, mais à ovm, mdrbrm, et « autres telles drôleries. »
Larmoi/abk est un « mauvais mot » (6).
Fréquent dans les auteurs du XV1« siècle (7), cet adjeet.fne semble cependant pas avoir été jamais bien naturalisé. lisUenne ne
!lî v'dans G^den-'. 'au Zi<-oirin des exemples anciens H. Est.enne fait .loU-e \ nos vieu)C poètes d'avoir par ces mots . monstre leur hardies.eaa fà::;e° ranger,' et faict grand ..onneuv au le-'. ;«™""« «-"^ pou ;,;";«;..,,, ilsontdict pourpnn: pour ,nannoreus marbr.n.elc (Prcc.UiU
{4! On ïiouvl la plupart de ces ,nots dans l^Dictionnai,-e de rin,^ der.es Accords (1587, p. 109-1 lu) dans celui de La Noue (lo%, p. 160, 16,)
et dans "Nicot.
(5) Am. d'H. 82, IV, 322.
(6) Div. Am. comp. 4, IV, 444,
(7) V. Godefr,
f»i: î-A r.itKATioN nr: mots dkiuvks Ofi;-;
le donne ni à llend.is, ,.i à lacryman.Ii,.. ,.i à ,,lo,-an.l..s. Tl.i.MTv la ajout.'., mais entre emcl.rls. D'aprrs lui, Mrllema. Ilornkens -N.col, II.,ls.us,Viclor. C. Ondin et Col^ravo le reprodnisonl : mais je Me saclu' pas qM'on le .cln.uve plus l„in que dans les premières années du XVIP siècle. Ni l'Académie, ni Furetiere, ni Ricl.elet n ont pris la peine de le condamner, ils l'ignoraient (I); van den Knde et Duez seuls le conservent.
Les adjectifs en eux sont très fréquents dans les poètes de la 1 ieiade, qui en emprunte quelques-uns au latin et forme les autres par analogie. Citons seulement : arbreux [ll^iî, Po, \) [miteux (id. ib, 40) sourceux (id. ib. 41) huUreux (Bel. I, 71).
Desportes emploie encore sueux :
D une sueuse escume il est tout dégoûtant. {n.d. f«242vo)(2). Malherbe a souligné ce mot dans son exemplaire, (d) Il ne veut pas non plus de soucieux (4); anooisseux lui paraît « étrange » (3). ' '
Printmuer ne trouve pas grâce non plus. Malherbe « n'aime point » ce mot (6). Il parait être du XVP siècle, où Ton avait créé aussi pnnlannal et prinlannin. Les poètes l'avaient employé et le Iresor des épithètes de du Bartas, celui de M. de la Porte l'inscrivent parmi les épithètes de fleurs; en 1613 un recueil de vers parait sous le nom de Bouquet prinfanier.
Néanmoins il s'en fallait bien qu'il fût enregistré dans toutes les nomenclatures. Estienne traduit verni flores par fleurs du printemps. Ni des Accords, ni La xNoue ne semblent le connaître pas plus que Thierry, Mellema, Nicot, ni Uulsius ; Richelet le traite
JJu.r.T' T-''"^' ^"^ ^'"^'^■''' ^^^^^^' "^ ""^^^ P'^^- •l'-'^^tres témoignages que larmoyer lui-même avait disparu du style noble
(2) Malherbe a rayé aussi larveux. Masq. des visions, p. 4(5-^
(3) Sueux nest pas dans le Dict. de rimes de des Accords mais on le eZ:: " '"°^ ""' "^ ^"^"P'^ ■ J^ -^"^-^ ^-^ — ^ van den Ende 1 a
Îb) m 'nt\ 'n^'SîirP" ^-f ^^- ^' ^^' ^^'' -'-^ ''' '^' Py--. IV. ^«^.
(G) Berg. et Masc. chans. IV, 450 ; printanier est souli-nc i deux nnhv* endroits dans le ms. original. (E/. 1. U et Ejnt. CanX^iT::, ui\
286 LA DOCTRiNi: DE MALHERBE
de Icrmo de n(Miristo, el Furetièro ne veut plus qu'on dise comme autrefois saison printanière, âge printaiiier, mais seulement fleur pi'intanièro. Maigre ces restrictions on sait que le mot, grAce aux écrivains, a lait, son chemin ela forcé l'entrée du Dictionnaire de l'Académie (1).
Des diminutifs.
Malherbe n'a pas, à vrai dire, condamné les diminutifs, et sa sévérité pour quelques-uns d'entre eux s'explique par des causes particulières.
11 trouve l'expression faire le doucet, la doucette « basse ». (2)
Pourprette d'autre part lui paraît sot, (3) « parce qu'il ne sait comment Desportes « entend de faire d'un substantif pourpre, un adjectif diminutif pourprette. J'ai bien lu, dit-il, rougette, pour un peu rouge., mais il vient d'un adjectif. » (4)
Enfm il ne voudrait plus « user de sagette qu'en boutfonnerie » parce que le mot est hors d'usage. (5)
Mais nulle part je ne vois que Malherbe pose dans son premier texte la question générale de la formation des diminutifs.
Au contraire la copie B de l'Arsenal ajoute à propos de pourprettes : « Ces diminutifs n'ont guère bonne grâce en français, » et jette ainsi une des idées qui ont été alors les plus discutées.
(1) Les contemporains couronnier , testier, ont été moins heureux.
(2) Berg. et Masc. Imit. d'Horace, IV, 436. Ce mot est fréquent dans Régnier (Sat. VIII, IX) ; Nicot et Oudia le citent sans commentaires* Molière l'emploie (7 ar;;. I, 1) et Corneille aussi, mais dans une comédie {Suilc Ment. IV, 290); Richelet donne cloucet comme burlesque. N'i Furetière ni rAcadémiene se prononcent. M"° de Gournay défend doucet (505).
(3j El. 1, 1, IV, 356.
(4) EL II, av. 1% IV, 387. Sans examiner la question en soi, remarquons que pourprot est dans Ronsard, et que les dictionnaires d'Esticnne et de Monet le citent.
{5) EL de BerL IV, 352.
De la cniiATioN de mots déhivks 0^7
On sait en effet quel usage les porles du XVI" siècle avaioulfait (1rs diminutifs :
Ma maistresse est toute angeleite.
Toute ma rose nouveletie,
Toute mon gracieux orgueil,
'i'niite ma petite bruneite,
'toute ma douce mif/nonnetle,
Toute mon cœur, toute mon œil. (Rons. I, 163)
Certains d'entre eux se sont par là ridiculisés pour toujours Le severe Vauquehn lui-même n'a pas échappé à celle contagion :
Le rusé Cupidon,
Voyant Pliilis seulete,
Luy jetta son Ijrandon,
Et tira sa sa g et e :
Mais cet enfantelet,
Ne pouvant de sa flèche,
Dans le cœur tendrelet,
Luy faire aucune brèche, etc. (1)
De leur côté les théoriciens <le la langue avaionl enseigné à «nner ces ,lér,vés. Dubois avait commencé, puis Pillot, (2) e. enfin H. Estienae, qu. avait vu là un des avantages des Français .. par dessus Messieurs les Italiens. » (3)
Je ne sache pas que dans les premières années du XVIP siècle la réaction contre ces idées se fùl déjà fortement marquée.Deimieravait bien condamné o<euret et a.trdki, (4) parmi trois cents mots .m'nn forgeur do nouveautés lui avait cités comme étant de son invention,
»,lwf^°" "'"• \ '^"'™ "°"''=' *"'"="'■• '•""sce pavs là quelles cœurs
et pour „Vu: :tt„r, 'iii.:,sr : ai^x^r " '""'■''^'"" ^"■^'■'^
(2) V. Loiseau Et. s. Pillot, 93.
(4) l!!y 471 '°"^''' ^'^^"««'°« dans la « Précellence » p. 97.
2<S8 i.\ nocTpiM: di; MM.iir.nr,i',
mais nulle pari il no sf prononce sur le procédé môme. Maupas consacre de son colé (oui un chapilrc à la foi'me diininulive. (I)
On pressent donc peul-èlre qu'on va mellre plus de discrétion dans l'emploi de ces formes, rien n'indi(}ue qu'on va les proscrire.
Mallierlje, lui-mrme, ne pcui-rtre considéré avec cerlilude comme rcnnemi des diminulifs, mais son école en lous cas leur fut très hostile. Nous le savons par Vaugelas, (2) et surtout par la belle campagne que M""" de Gournay a faite en leur faveur, « protestant contre la capricieuse humeur qui les deffend, ceste seule pauvrelte (3) cslant ([uelqucfois exceptée. » (4)
(.3) Le mot est dans Malherbe I, 160, où Ménage du reste le critique (Œuv. Mal 11. III, 296). Est-ce pour cela que l'école répargnait?
(4) Omb. 975. Notons en passant que la Itonne demoiselle n'a jamais élé mieux inspirée que dans ce chapitre. Elle ne raisonne pas toujours juste, par exemple quand elle défend des diminutifs devenus équivalents de sens à des simples comme "pâquerette ou saucisson, mais les pages qu'elle consacre à ce sujet ont parfois de la grâce et de l'esprit :
« Qui plus est, les enfans de Paris ne voudroient pas estre privez, s'ils ont froid aux doigts, de chercher un chauldet au sein de leur mère, ny de tirer d'une tarte une tartelette, ny dune tourte un tourteau... et mangent le pain biset, si le blanc leur manque... : sans oublier les chiquenaudes qu'ils donnent par fois après ces bonnes chères au nez demaistre Pierre du Coignet: ni leurs jeux de cligne-musette et de la fossette. D'ailleurs, on cognoist par tout un colet à la gourmette, un enfant en l)rasseroles. . . et les Capettes de Montaygu ainsi nommez à cause de leurs petites capes - » {Omb. p. 503, comparez tout le chapitre.)
CHAPITItE VI
DE LA CIIKATIOA- bK Alors (:(.M|.„SKS
cual.on de mois composés avaient été si bien suivies par queloues ■l-cples çlo 1 école de Gascogne, que notre langue 'se tôuT
icb ue au JJaitas. Aon seulement on ne trouve na«;
s v,a,s composes français ny sont pas nombreux. Comme . t l.e„„e, etpa.. .aison de goût, le poète a voulu ,. les semé
it :„Triio';:" '"iT""" ^ '"^'" ^^^- » (^) Avait-nen.:::
uTalh t 'T ""«'TP"''— 'Henri III les idées si sages
qu ,1 alla, mettre dans son Inre; en avait-on parlé ensemble et en H.esence de Ronsard, dans l'Académie du Uuvre? K, Tous e. la
Sle ^eire^^":'^^ ''''""''' ^^^^^'^-'"^'^^ '•. ^^^^ d Lst enne, elle est, comme elle, à égale dislance de l'audace
hi'ouillonne et de la réserve timorée.
(1) Du Bel. Def. II, 0.
(2) -5/.,„;fe;,^«fs,v,àMpi5>.î,TC;o„)A„. On troiivei-i la .i ■ ■ H.Kst,e„„eda„sla . Prccellencc ^p. ,57 et suiv \ , , "'" "" avert,sse,ne„l direct aux poètes (l'honneu, desuual^ A.' ,''«'^™"^"' "" -onnuaudation ,ue Je les ^«V ^■L-ce.TuZT:iZ'C:T/^' «"
ly
290 î -^ nocmiNE de M\Mir:nnE
Malherbe se montre ici, comme toujours, absolu, r H trouvcWonf/-(/o;-6M( ridicule» cl cela dans ces vers charmants:
Durant ceste saison le Inboureur s'appreste De cueillir le doux fruict des travaux endurez, Moissonnant tout joyeux les espis blons-dorez. {\)
C'était condamner d'un seul coup tous les noms de couleur qui expriment si joliment les rellets et les transitions des nuances : vert pâleJauneroiige,e\c.{2)
La lano-ue les a conservés et le vocabulaire des teinturiers en fourmille; mais les grammairiens ne pouvant les supprimer se sont exercés à en compliquer la syntaxe et à inventer des cas où l'accord ne se fait pas, ou se fait avec un seul adjectif, de sorte qu'on dit : une perdrix rouge blanche, des habits gris-clair et des cheveux clairbrunsl (3)
2° On rencontre aussi dans les écrivains du XVl" siècle d'autres adjectifs formés, tout comme les précédents, de deux adjectifs juxtaposés, qui, généralement, qualifient des sentiments, des pensées, des caractères, et qui présentent cette particularité que les sens des adjectifs composants sont opposés. Ex. : humble- fier, doux-cruel:
D'un œil doux amer, Tout le monde s'y voit et ne s'y sent nommer. (4j
Desportes avait employé doux poignant :
Priant tous palladins qui passeront ici, S'ils ont jamais senti le doux poignant souci Du grand vainqueur des Dieux (5)
Malherbe a rayé ce mot dans son exemplaire.
(1) A»i. d'H. le Cours de l'an, IV, SUT. Dans son exemplaire il a en outre souligné le mot deux fois [Div . Am. 37, et D. I, 11)
(2) Les deux que nous citons sont dans Baif, retournés seulement. Ses contemporains en contiennent beaucoup d'autres; vord gay, noir obscur (Remy Belleau), rouge aiglantin (Vauquelin).
(3) Ayer, Gram. l'éd. 343.
(4) Règ. Sal. XI 1. Voir ma thèse latine.
(5) Roi. fur A" 220 V".
^^•- M a.KAT.ON:,), MOTS COMPOSÉS ^,„
l 11 <le ces composés a siirvpr-n • .- . • Mais les aa„.es se son, 0. L ,;. " "'^'■'-f ""' "'' P"'' n^"-
Maynanllc,K,illoHùu„,o,„.|„„UMK,loguc:
. Quelques ^.ete;„.„rf„„,q„i,,^^y^ « Dos a/o,„.„.^„„;,, ,,, „<,^,.^ ^.^^,^ adnm-e /(s;
t..!!ir;:!;;:;;;:;;/: r.T-r"^^^^'""' ■■ '■-•^ "^ f»'- "» suis.
nables violen, ;,„/:" '""' ''' " "-'-" -Ces, .-aison-
;. la l'Iéiacle. ^"^ ' ' càevre-tesle, serpen-picds cl,ers
Quelques-uns de ces nnmc ^t.j i mais avec cello rIi(T,o.o..« i lepiis de nos jours,
ressemblent donc I tm f '"• '^°' "''"™='"^ '^"■"Po^és
(1) Douce-amcre est devenu substantif
(2) Œicv. III, 4. 191
(3Ue^^,-...CCXLI,CCXIV.p.r2GetG3y.
(4j 4m. c^'//. Cours de l'an f 89 ^
Uans Baïf (Po. 2lj. "^^- ^"^ cunUaiie C7uT»-e oor»c' est
((>) V..Darmest. Mots noue. Un.
292 tV DOCTRINE DE MALURlUiE
Ouclquos-u.,s pouvaient .Hrc nécessaires, pa.liculièremcnl à la langue philosophique et Descaries n'a pas hésité à '^^^finir Du-u la substance infinie... toute connaUsan te, toute puissante. (Méd. 111.
*\lti!'ce dernier adjectif seul a survécu dans la langue moderne, sauvé par la langue de l'Eglise, qui n'eût pu sans lui traduire 1 omnipotentem du Credo; encore n'y sent-on plus la composition Jùsan^pouvant n'a pas remplacé pi.m«n/ (dulat. scol.pos..n/.m). Quant à large-voyant et aux autres, ils étaient plus grecs que français. Je ne trouve dans Desportes que tout-voyant. Malherbe a achevé l'épuration, en barrant même celui-là. (1)
50 Reste la question des composés adjectifs formés de l'impératif. Malherbe ne la soulève pas. Il a souligné ;.o;7e-/«*;ze dans ce vers:
Fuit au devant du loup le mouton forte-laine. (2) mais parce qu'il trouve le mot inutile; c'est une « bourre », c'est à dire du remplissage. Il n'aime pas les épithètes oiseuses, comme nousl'avonsvu,fussent-elles«denature », et celle-ci estdu nombre,
mais il ne dit rien du composé lui-même. Il est à présumer que ces inventions ne lui plaisent guère, il a seulement oublie de
l'affirmer. (3) ■ . ^ •
Au contraire, je trouve chez Deimier une protestation 1res vive contre chasse-nuit, guide-bal, porte-fleurs... et « plusieurs autres qui suivant la mode Grecque ont esté inlroduicts de Ronsard et de ce Poëte (du Bartas), mais il faut laisser aux Grecs une telle façon de langage,bien qu'ils en fassent gloire : car elle n'est aucunement propre à nostre langue française, par ce que ces mots ont trop de fard et d'artifice. » Et Deimer ajoute qu'ils n'ont jamais été pratiquée par les excellents prédicateurs, ni par les plus célèbres avocats m par les courtisans accompagnés de l'amour des bonnes lettres (O- A
(1) Anrjd. f* 248, r\
(2) Im. de l'Ar. Roi. fur. IV, 398.
3 Balzac nous l'a dit pour lui. Un des ridicules de son « barbon « est de croire que l'enthousiasme de la poésie française a cesse depuis qu on ne dit plus la terre porte moisson, le ciel porte (Lambeaux, etc. (II, .02)
(4) Acad. 432.
DE LA CHÉATIUN DE MOIS COMPOSÉS OU.i
ma connaissance c'est la premiôre opposition, J.- ne dis pas la premirre restriction, faite aux théories de du liellay, encore soul«'nue> par II. ]':î,lienii(' . [{)
Composés par particules
Conwe-répomlrc, est suivant Malherbe, un mol inulil.. ; ,l;,ns ce vers :
La \WQx\. contre respond: J'enay fait mon devoir. (2) Uesportes k devoit user du simple. » L'opposition en etTet est suflisammenl marquée par le sens du verbe et le critique a raison contre l'auteur. Il aurait lort s'il eût voulu empêcher la langue d'user de mots analogues, mais aucune observation n'autorise à le penser. (3) lien est de même d'un certain nombre de composés que Malherbe reproche à Desportes d'avoir employés simplement pour remplir son vers. (Y. au chapitre du sens des mots).
Je trouve souligné dans deux vers de Rod. (f" 234 r'i le joli verbe empourprer.
Car Roger sans repos le poursuit furieux, Empourprant de son sang la terre en mille lieux. De tous ceux qu'avait créé le XVP ^\hd^', enfaïujer, enlierrer, ensêpu/turer, emparfumer, enastrer, enflcurh\ empoudrer. y^W.. il était un des plus heureux.
Nicot et Monet s'empressèrent de l'enregislrcr, mais ceux qui le sauvèrent furent sans doute (iodeau et Chapelain qui l'ont employé tous deux. (4) Racine le reprit (3) et désormais il fut considéré comme faisant partie du vocabulaire poétique.
(J) Prcc. 167.
(2) Epit. I^eg. s. la mort de D. IV, 4T(I.
(•■}) Malherbe emploie lui-même ro/2^rcrf<V6', contrefaire et.- (4) V. lùiretière. ' ■ '
(r>) Poês. Div. t. TV. 40. V. ma thèse latine.
CnAPITUI^ vil
DE L'KMPRUNT
r>'' Icmpruiil un la/in.
c'cÎ r:"]:.^'-'' '^ '^'""' -'-"'^ «•-- -s premières poésie,
c cl a pemo s ,1 „ l'égraligno ». (1) U i,„i,e Ovide Viro-llo Calu le P.-ope,.ce, hbulle, le„,. prend ça et là uue i,lée, unell a' a ' expression: ^'^d^c, une
Klle donc, ..... et femme à deux si grands guerriers
La mère des Amours de sa douleur loucliée beclioit ses larges pleurs. (2) Mais il ne ..essemble sous ce rappo,. ni à du HaHas, ni m.me à i""- .1, ,1 „e p,llo pas les Wsors anciens, il y p„is. comme .«n les class,,uespe„dan, si longtemps. MalheJe la, miT tanl que lu, plus même (3) ; et Ménage comme Chevreau nui cou u.ssau.,. à fond leur anti,,uité, ont mar,p,é une foule de e ces notes : ,m,té de Stuce, pensée do Tibulle, pris i. W J ou relevé jus,,u a dix, et toutes justifiées, dans ^ne seule od
■NVaumo.ns Malherbe a noté dans les œuvres de Desportes ■l-lques lat.nismes, comme cette expression de .. larges p eu |.ono„savons citéeplus haut.,ui est ,. bonne en latin en , i "OU. ., IJ autres mots ont été l'objet de semblables observations :
(1) H. Estieniit", Conf à?, i 'inio.,,. «..f ^ les latinismes. V.CoJfor'nf)^ ' " *■"■''""'" '' PO^'-^i'ivre
^/:i.'e.ti:ir;r,3'^:X;:"Ar^^^^
296 1'^ uocTiuM-: ht: maliiehiik
Aime était un mol clioi' à Uonsurd. La Noue l'a (nihln'" dans son diclionnaire, mais sans doute par pure inadvertance. 11 est dans celui de des Accords p. GO b.), dans Nicot, et M"» de Gournay le cilo parmi les termes des deux Prélats fi ). Malherbe l'asouli^-né ^2). De son temps Ilulsius l'indiquait comme très suspect et propre à Ronsard.
Cavp est l'objet d'une .< note. » (3) Le mot avait déjà été employé au Moyen Age sous la forme cluivc ; il reparut au XVP siècle avec une forme plus voisine du latin. (4) On le trouve dans les écrivains du temps. H. Estienne l'enregistre (v. cavus), La ?sone anssi, mais Nicot et Mellema ne citent que son concurrent cave. Celui-ci, a été plus longtemps en usage^ sans doute à cause du voisinage du verbe caver, que Chevreau et Ménage laissent passer dans Malherbe et que Racine môme emploie.
Quant à cave, le XYIP siècle le relégua parmi les termes de médecine (Furet. Académie), d'où il n'est guère sorti.
Fère est un mol « qui se trouve assez en Ronsard, mais ni là ni ici, il ne vaut rien. » (5) C'était la deuxième tentative faite pour le franciser. (G) Il semblait cette fois qu'elle allait réussir. H. Estienne, des Accords, Nicot l'avaient inscrit. Et Monel le conserve encore, peut-èlrepour l'avoir vu dans quelques ouvrages (7), peut-être simplement pour l'avoir trouvé dans Nicot. Ilulsius dit qu'il est poétique.
Opportunnesi u guère bon. » (8) C'était un terme relativement nouveau dans l'usage, (9) quoique déjà signalé par Palsgrave, (10) et
(2) Ms. orig. Am. d'il. 75, T 107 x". . t.- o
(3) Cleon. Od. IV, 351 ; il est encore barré dans l'orig. D. 1, 16, 1 o r .
(4) V. Godef. à ce mot.
(5) D. \, proc, IV, 266.
(6)Godefr. eite un ex. de Brunett. Lat.
(7) Godef. cite quelques exemples de la première moitié du XVII« siècle.
(8) Div. Am. comp. 1. IV, 432.
(9) Littré cite uu exemple du XIV» siècle, mais qui, i.s.)le, ne prouve rien.
(10) p. 305. Il est dans PonUis de ïyard Err. am. p. ■)!•
L)E L E.MPKLWT 207
n. Hsliennolra(luileMcorooyy;;o;7<,„,,5,,a,. „ qui échet bien à point. „ Mais, auloiisô parles lexiques (Thierry, Melloma, La Noue, Nicol llulsius, Cotgrave, C. Oudin et Monet) employé par les écrivains sans préjuj,^és comme Régnier (sat. KJi, défendu par M'" de Gournay l'I, parait-il, par les mignardes, (I) il s'imposa avec opportunio', que les délicats voulaient recevoir seul. Ni Furetière, ni l'Académie ne font de réserves.
Et cependant a.i XVIIP siècle le mot recommença à vi,.illir (2 . Mais la politique contemporaine fa immortalisé, lui et toute sa famille.
Rappelons .|ue Desportes a créé pudom-, au dire de Vangelas.
A cette liste il faut encore ajouter scintUler. doublet savant d'élinceler, que Desportes avait appliqué à l'éclair (3). vacilleriiWx\ avait dit des yeux troublés par la crainte, et que Malherbe a raves sans plus. (4) Toutefois sa note signifie peut-être seulement que ces vocables techniques ne doivent pas entrer dans le langage de la poésie, (cependant, s'ils sont dans le dictionnaire deNicot, celui de llulsius les donne avec une double croix, c'est-à-dire comme presque étrangers au vrai français).
Ces observations sont en somme peu nombreuses. Pour K-ur donner toute leur valeur, il faut les rapprocher des quelques autres relatives au sens des mots.
La doctrine apparaît alors, telle que Malherbe ne l'a jamais exprimée, mais telle qu'elle était en son esprit : Une facn de parler ne se justifie pas parce qu'elle est latine, no.is parlons Irançais et non latin. (.ï)
(1) Omb. 619.
(2) V. un texte de Marmontel cité par Littré.
(3) Il est à noter que Mall.erbe ne veut pas qu'on dise de l'éclair qu'il tournoie. Im. Ar. Mort de Hod. IV, 408. Conip. An<j. ms. orig. 1^254r"
{^)El. I, 2, f>15G v°. Ajouter nu d'éloquence, «Un droit nu"d'élo,,uence est mal. Un langage nu d'éloquence seroit plus passable. (Clvon. El. de Sert. IV, 353), incite est liaiTé dans le ms. or. Am . d'H. El. 3 rOOv* quoique employé par Malherbe.
(5) En grammaire nous venons Malherbe repousser les pluriels pour les smguliers, la construction attributive de certains adjectifs, des constructions de \erbes comme accuser pour, de participes, etc. etc.