‹ La doctrine de Malherbe d'après son commentaire sur DesportesChapitre 45 sur 106 · DU SENS DES MOTS. CONFUSIONS ET ARUS · texte numérisé non relu

DU SENS DES MOTS. CONFUSIONS ET ARUS

Au premier abord, Mallierbe semble avoir laison ; je perdu cet avis étonne, mais je perds cette opinion, que propose MaHierbe, n'irait pas mieux, le verbe perdre ne s'emploie plus dans de semblables expressions, on dit mieux changer de. Une fois celle substitution faite, la phrase est très correcte et très claire, et avis convient parfaitement, le mot, comme l'a fort justement dit Lafaye, ayant pour caractère propre « d'être relatif, c'est-à-dire de supposer une opinion antérieure de la mrme [)ersonne ». (1)

C'est ici toul-à-fait le cas, et l'iiistorique du mot avis montre que ce sens lui appartient depuis longtemps. (2) Malherbe distingue donc à faux et cela lui arrive quelquefois. (3)

Mais ces quelques erreurs mises à part, ses observations sont en général justes et fines, et dans cette partie inattaquables. Les voici classées systématiquement.

1° Confusion deniots voisins de forme.

Amowettes ne peut pas remplacer anioureaux et ne signifie pas petits amours. On ne dit donc pas :

Parmi ses blonds cheveux erroyent les Amouretles. (4)

11 ne faut pas prendre atteindre pour tendre^ sans songer à la distance entre la coupe et les lèvres. (3)

Consommer et consumer.

Ces deux verbes voisins, de sens et de forme, furent constamment confondus au XVI" siècle. Littré en a fourni des exemples de Rabelais, Montaigne, etc.. il serait facile d'en ajouter d'autres.

Desportes en offre en grand nombre. Comme le dit Malherbe dans une de ses remarques, « il ne sait quand il faut dire co/<6'i^w?f;'

(1) Dict. des synonymes 809. col. 2.

(2) Voir Littré avis (liist. ex. d'Amyot)

(3) Voir ce qu'il dit de avoir foi [D. II, de la jalousie. IV, 283.')

(4) acoji. 3, IV, 328.

(5) El. 1,(5. Le texte est dilTérent dans rédition moderne. IV, 359, Toutefois les vers ne sont pas bien clairs.

312 LA DOCTRIMO DE MALHERBIÎ

oaconso77îmfr.\\ les mel, ordinairement en la place l'un de raufre.(l) On trouve surtout le premier pour le second, (2) mais aussi le Eccond pour le premier. (3)

Malherbe lui-même semble avoir fait la mc'^me faute, quand il a dit : Ce sont les raisons que j'allôgue à Libéralis pour le consoler de la perte de sa patrie... Mais qui sait si peut-être elle n'a point été consommf'c pour renaître plus belle ? (4)

Son ami Peircsc parle aussi diin liomme hien consumé, (o) Inversement du Vair dit que le « souphrc consomme le salpêtre. » (G)

En tous cas Malherbe traite net cette erreur de sottise, et l'usage lui adonné raison. Mais il fallut pour cela toute l'autorité de Vaugelas et de son école, qui a débattu longuement la question. (7)

Jouet n'est pas synonyme de jeu^ parce qu'il lui ressemble. Nous sommes le jouet du sort, du hasard, de la fortune, mais pour cela nous ne vivons pas au jouet du sort. « Il faut dire au gré ou au plaisir du hasard. » (8)

Ici Malherbe est d'accord avec l'usage, qui n'a jamais admis cette signification.

Planer « est autre chose que aplanir, il se dit des oiseaux qui volent sans branler les ailes. » Il faut donc dire aplanir les ?nonts et non planer les monts. (9)

(1) El. II. Lapyrom. IV, 384.

(2) D. I, 15. IV. 252; ib. proc IV. 267; II, de la.jal. IV, 2S2 ; CAoon. 43, IV, 339; El. I. 17, IV, 374. 76. Disc. IV, 378; Dix\ Am. 25, IV, 43G ; ib. comp. 3, IV, 441 ; ib. ch. 6, IV, 445 ; Cleon. 63, IV, 345; El. I, 11, IV, 367. Ca7't. oXMasc. pour les chev. du Phénix, IV, 459; Epit. comp. 1, IV, 470.

(3) E/. II. La pyrom. IV, 384.

(5) Let. du 17 oct. 1606. Bib. Carpentras. vol. Il-M. f" 454, cité par Lalanne, Introcl. XXXIII, note 1.

(6) Let. à la Marq. de Montlor. [Rec de Rosset, 234).

(7) Rem. I, 408. Comp. Ménage, Obs. II, UG. où con&ommer pour consumer est justifié par des exemples et l'analogie de l'italien.

(8) El. L Disc, IV, 378.

(9) hn. Ar. Mort de Rod., IV, 410.

DU SENS DES MOTS. CONFUSIONS tT ABUS 313

2' Confusion de mots synojiymes.

Attiser, hrùln-. On ne peut pas dire ([xxune ambition attise un cœur (1) pas plus qu une passion. (2)

Le mot, du reste, est encore défini par une autre remarque. Desportes ayant dit :

Arrière, Espoir, conceu de vaut, Qui servois d'attiser ma flame,

Malherbe observe que « attiser une flamme ne lui plaît pas, le feu, bon. Et puis le vent n'attise point. » (3)

La dernière exigence est singulièrement exagérée, mais rien dans rhistoirc de la langue n'autorise la première confusion.

Aspect, spectacle. On dit également qu'au spectacle ou à la vue, ou à l'aspect d'une chose une âme s'épouvante. Mais quand il n'y a pas de déterminatif on n'écrira pas : .

A cest iiorrible aspect mon ame espouvantée. (4)

Continu, assidu. Continu au travail est mal dit ; il faut dire : assidu, (o)

Contraire, digèrent. « Un petit feu n'est pas contraire à un grand ; les étoiles ne sont pas contraires au soleil ; elles sont di/fercntes du soleil. » (6)

De même « Diriez-vous : vous avez des humeurs contraires, pour dire : vous avez lanlùt une bonne humeur et tantôt une mauvaise? » Dès, depuis (Voir aux adverbes).

(1) Berg. et M. Cli. 1, IV, 449.

(2) El. I, 4, dans le ms. B. N.

(3) Clcon. Od., IV, 351. A plus forte raison « attiser par richesse un homme est-il un langage de l'autre monde. » Z). I, 32. IV, 255

(4) E/. Il, 5, IV, 383.

(5) Am.cf/H. él. 3. IV, 309.

(G) Cleon. Dial., IV, 339.

314 LV DOCTRINli DE MALHERBE

Débile ne sp peut pas employer toujours ^onv faible : J'ai trouvé mon ennemi bien débile, est mal dit. (1)

Dormir n'est pas sommeiller.

(( Sommeiller c'est avoir envie de dormir ou être assailli du sommeil. (2) De sorte « qu'on ne sommiille point à son aise, mais on peut dormir à son aise ». (3)

Môme différence entre somme et sommeil. « Sommeil est désir de dormir, et somme est le dormir môme ». (4) On ne dira donc pas :

Jamais d'un long sommeil n'assoupit ses espris. (5J ni inversement :

Le corps vaincu du travail et du somme. (6)

Enflammer et éclairer ne peuvent se prendre l'un pour l'autre. (7)

Eternel et immortel font deux. Immortel peut se dire pour le regard de l'avenir, mais non pour le passe'. (8)

En revanche, il est abusif d'employer éternel au lieu de continuel et de dire :

Elle (celte rage) trouble mes sens d'une guerre éternelle. (9)

(1) Desportes avait dit :

Débile est un mortel contre la deïté.

[El. II, av. pr. IV, 390, copie B)

(Z)Bcr3. et M. Ghans., IV, 449. Comp. ms. B. N. Im. Ar. Roi. fur. f 230 r°.

(4) Dlv). Am. Contre une nuit trop claire, IV, 425.

(5) D. II, 30, IV, 282; Comp. D. I, cent, am., IV, 271.

(6) Ms. B. N. D. I, 1 cent, am., ^ 3(5 v°. Vaugelas {Rem. II, 449, n'admet pas ces distinctions rigoureuses.

(7) Bercj. et Masc. Gh., IV, 450. En réalité il n'y pas ici confusion, mais négligence; Desportes ayant parlé de ses plaisirs de nuit, annonce ceux

du jour: , ^ ^

ruis quand Phœbus de ses rais nous enftame,

et, se souciant moins de la précision que de la rime, il parle de la chaleur du jour au lieu de parler de la lumière.

(8) Am. d'H. 61, IV, 316.

(9)Z). II, de la jal., IV, 283.

Page 1