‹ La doctrine de Malherbe d'après son commentaire sur DesportesChapitre 5 sur 106 · MAiJir.ititi: ft I)i:si>okti:s · texte numérisé non relu

MAiJir.ititi: ft I)i:si>okti:s

11 avoit trop de tort aussi, tie conlrodiro à la gloire d'iiiK' œuvre de qui les paroles ne sont pas moins incomparables et fidelles pour la ti-aduclion, que douces et belles pour le langage i I). »

l{eau(;ou]) de gens (levaient être comme lécolier de Provence, ils ne savaient (|ue répondi'e à un Deimiei- on à uti Génébrard. mais ils s'en allaient peu convertis, de soi-le (jue si les psaumes n'ont rien (jté à Desportes, ils semblent lui avoir peu ajouté, au moins dans ropinion générale. C'était une tentative à demi manquée.

Outre cette façon d'échec, on a plusieurs fois répété que Desportes, aurait été, sur la fin de sa vie, victime d'une dénonciation et d'une accusation de plagiai.

C'est de Tallemant que vient l'histoire. « Un peu avant sa mort, dit-il, (l'abbé de Tiron) eut le desplaisir de voir un livre avec ce titre : La Conformité des Muses italiennes et des Muses françoises, où les sonnets qu'il avoit imitez ou traduits estoient e regione des siens (2) ».

Le fait est exact et le livre; existe. 11 s'appelle la Rcncoulre des Muscs de France et d'halle (3).

On en ignore l'auteur. La Monnoye dans les notes de YAnti- Baillet a soupçonné que ce devait être un certain Saint-Jory dont il a trouvé le nom au-dessous de l'obélisque figuré au folio 4 d'un deuxième opuscule : R. G. A. Sto lORYO IIVMILLIME. D.

Mais la préface de ce deuxième opuscule dit nettement qu'il est de Guarini ; elle n'apprend rien sur le premier (4).

La chose du reste ne vaut guère la peine d'être cherchée et je ne comprends pas l'importance qu'on a donnée à ce petit livre.

En fait, la Rencontre des Muses est bien le plus anodin des pamj)hlets. Je sais bien que la préface est hypocrite et veut être méchante.. L'auteur feint de croire que Desportes et les Italiens se

(1) Acad. p, '245. Comp. un autre éloge des Psaumes, p. '?ô6. (2)Tall. Hist. I, 93.

(3) Voir à la Bibliothèque de l'Arsenal A. 892-2. B. L. Le volume a paru chez J. Roussin à Lyon, l()U4 avec privilège du Roy. Il renferme en outre le Dialogue de Minerve et de Junon sur les Nopces du Roy et de la Reyne.

(4) sous l'espérance que les mérites du chevalier Guarini son autheur

feront non seulement .... (Préface).

niospoitTF.s r:.\ lllo;; ;)•;

soi.l rencoiilrés |.;.r liasanl r| ,,„'ils ,miI liavaill.'. à . ri„scL'U ruu de l'autre ». Il allnl.ua ,.,1 souriant la concordance « des concepl.ons et des paroles .. à lulenlilé du génie et à un mrn... .-nlhonsiasme. Mais quelle liniidilé ,lans rallaqu.'! Jl s'eu renie! au ju-..menl ,|e la Keine. n'osant <ionner la supériorité ni aux modèîes'ni a 1 mulaleur « tous convenanl à la j.ertcclion (h ».

Duresle.le quelle importance élail alors une acousalion do plagiat? Il ne faut pas juger cela avec nos idées. De nos jours la propriélé non seulement dune .euvre,mais dune idée littéraire e^t revendiquée avec àprelé. Au XVP siècle, on prétait volontiers et on omprunlail surtout sans vergogne.

Tous les aris poétiques enseignent comment il laul imiter Joutes les écoles pratiquent et recomman.lent rimilati..ii, les modèles seuls varient.

Qu'on se souvienne de du Oellay professant .pul laut < piller les trésors delphi.iues ». Vauriuclin nous .lira à son tour :

Je compose, j'escris, je cotte maint passage Pour en mettre le fruit tout soudain en usage. Et ailleurs :

J'imite Je traduis,] mwmie, je compose (-2).

Deimier nous explicpie tout au long qu'il y a des « imitations libres et des imitations attachées », que les unes et les autres sont bonnes : « G est une chose qui mérite une très grande louange lors que Ion prend les inventions des auteurs estrangers et qu'en les accom-

(1) Les pièces indiquées comme empruntées sont au nombre de 43 ce sont en su.vant l'ordre de l'auteur) les sonnets suivants : 19' et 17" de 0110.11 ce 3 du II» 1. de Diane ; 6" de Cléon. ; eô« de D II ; 3- des Am. dH Ml' deD I •'

f- ih o«T \ l' '^^ '' ^'''""•' '^' '^' '^' d^ ^- "; 50- cie Cléon.; ; -: n '''Z'"- "";'■''''' '''° '^- ''' ''^ ^^'è^^"-; ''> des Am, H.; 18' de

• 80«' àenlr'^^r^- 'l' P- ^'' "•• ^''''''■' ''' '''' '^'"- H-' 1^^- ''^ ^^ A.; q/ H n^"' ^ y^' '^' '^'' °'^'- ^^"^•' '^^° '1^ Clèon.; 3e des Div Am 94-de C leon.; Regr. funèb. son III, p. 484 éd. Miel.. ; ib. son V p. 480; son. o des Œuv. chrest. p. 503; [ib. son. T., p. 504- ib son ~ p. 504; ,b. son. 8. p. 505. ib. son. Il, p.50r,; ib. .son. 1.5.^. 508'

COI- Sat. du IV I. Gomp.l. I, 1. An Roy.

36 MALiii:ri!i: i;t îjksportes

modant à la façon de son langago, on Iciii- «loiiru' une vie nouvelle et une splendeui' de paroles j)lus belles cl plus elaiies cpie eelles où elles esLoyent nées, (^omnie Housard l'a sceut bien l'aire à l'endroict des Grecs et des Latins. Et Des-Portes aussi en ceriaines parts envers les Latins et fort au long envers les Ilaliens el les Ivspagnols » (i).

Et je ne sache pas que personne ail trouvé à ledirc à ces préceptes ou à ces pratiques, pas même Malherbe.

Il y a plus, Desportes avait été vivement complimenté de ces prétendus larcins. Sainte-Marlhe avait écrit de ses Imitations de TAriosle :

Aujourd'huy que vers nous Desportes le r'appelle (Roland) Luy faisant de langage heureusement changer Il parle cent fois mieux sa langue naturelle Qu'ouques il n"a parlé ce langage eslranger (2).

Henri Eslienne dans sa Prccfllence avait comparé deux de ses sonnets les plus fameux aux originaux de Sannazar et de Pétrarque, une autre pièce à celle de Bembo d'où elle est tirée, dans l'intention de montrer « qu'oulre la grâce plus grande qui accompagne leur langage les Français avaient adjousté aux vers italiens encore un peu dune autre, la(|uelle n'est aux parolles, mais au sens » (3).

Quelle singulière malice é(ait-ce donc de venir découvrir d'autres rapprochements? Considérée à notre point de vue, la méchanceté est noire, elle n'existe plus (puiud on la ra[)proche de cette phrase que j'em[)runte à Deimier : « Des-Portes a faict merveilles à s'aj)proprier les conceptions amoui'euses des Poêles Espagnols et Italiens. ..les imitant et surpassant la plus part en ces doux larcins dont il a formé la plus grande partie de ses Poésies d'Amour (4) ».

Je dirai plus. Au milieu de gens qui professaient do pareilles doctrines sur l'originalité, mettre en regard Desportes et ses

(1) AcacL, p. 213.

(2) Efigr. p. 137.

(3) Ed. Feugère, p. 90.

(4) Acarf.,p. 245. Couip. la phrase citée plus haut.

DESPORTES i:n IOU") .'{7

modèles, ce n"(''lail |ilii> lui nuire, iii.iis |»n'-(|iir lui icuilii' service, en oiouli'aul -ui' <|ui rriniuliail la rcspoiisaliilili' de sos plus gros (lél'auls.

Aussi racoiilc-l-uu ([uc ([uaml le liM'e lui lui nioulii'. lalilK' prit la chose eu bonne pari el o;aienienl : « Si j'eusse sçeù. dil-il. (\\\q. l'A ul OUI" de ce livre eu I eu dessein d'écrii'e cdulre nmi . je lui au nus dminé de (|uoi le grossir, cai* j'ai pris beancdup |iln-- di' choses des lUiliens ([u'il ne pense (1) ».

Cette réponse si philosctphinne et si sonrianle est-elle bien Huthenticpie? Elle ressemble fort en tons cas à celles qu'on fabri([ue après coup. D'autre part Catherine de Médicis après avoir vu le pamphlet d'IT(>nri Estienne " Discours merveilleux de la vie, actions et déjtortements de (-atherine de Médicis » avait eu la loute pareille, et cette identité me rend les deux suspectes (2) ».

Quoi (ju'il en soit lors(|ne Tallemant nous dil (|ue l'abbé enl du <( dé])laisir ->, il parle en homme de son temps, el on ne peut le prendre au mot. La seule ([uestion est de savoir sidans la circonstance Desportes eut plus ou moins de présence d'esprit. Quant à sa lian([uillité.je suis convaincu (|u'elle n'en fut aucunemeni Iroubb'e, ce n'élail pas ce [)ctit orage (|ui allai! renverser son laurier.

Pour résumer et conclure eu long chapitre, au moment où nous commençons cette bistou'e, c'est-ji-dire vers l'an KiOo, Desportes vieillissait au milieu des marques générales d'un })i-ofond respect. Mais néanmoins son autorité était plus apparente que réelle.

On lui prodiguait les témoignagnes d'admiration les j)lus hyperboliques : « ornement de notre âge, délice des rois, chef-d'u'uvre d(>s cieux, souci des muses. Apollon français, mari de Callioj)e »,

(l)Teissier, Eloge dos hom. scai-aits, tirés de M. de Tliou ^^11. 441). Il eût pu en effet indiquer dans les Amours d'Hippelyie le I" les XXVIf et XW'III* sonnets; les stances des Bergeries : .lupiter, s'il est vray... : la niasqiiai-ade des chasseurs, etc.. tous morceaux non visés dans le pamphlet.

(2) V. H. Ksi. Conform., éd. Fougère. l"»réi'. GVIII.

38 MALiirniii; f.t i)i;spoRTf:s

aucun (les noms dont le langage ampoulé tlu lemps était prodigue ne paraissait trop grand pour lui.

Et avec cela ce maître n'avait pas décote. Son secret avait élé de se faire aimer, c'était là sa force, mais aussi sa faiblesse.

Tallemant nous conte bien qu'il était consulté fort souvent, qu'on lui apportait des ouvrages à examiner, et suivant son habitude il cite une anecdote à l'appui. Nous avons rencontré nous aussi des gens qui venaient à lui, acceptant sa doroinalion intellectuelle, le saluant du litre de chef. Ce n'étaient pas les disciples qui manquaient : Bertaut, Estienne, du Perron, une foule d'autres en eussent été de tout trouvés.

Mais pour qu'ils obéissent, il eût fallu savoir les conduij'e, et le caractère de Desportes s'y prêtait mal. Excellent prolecteur, il était mauvais tuteur. Autour de sa table les jeunes se sentaient unis mais non commandés.

Et puis pour faire des élèves il eût fallu avoir une doctrine, et Desporles n'en avait pas ; jamais il n'eût pu en arrêter une. Il le sentait si bien qu'il eût voulu voir Vauquelin fixer l'art |)oétique, déterminer sa manière hésitante entre celle de Marot, de Ronsard et de Pétrarque.

C'était sans doute sa secrète espérance quand il lui faisait commander une longue œuvre didactique. Mais Yauquelin trop attardé dans les doctrines de la Pléiade, refusant du reste de venii' à Paris suivre le mouvement, ne répondit pas à ses désirs. Le groupe — on ne peut pas dire l'école — resta sans théorie.

Aussi voit-on se produire des essais d'imitation téméraiio. hasardeuse. Certes ils ne manquent pas ceux qui veulent alors faire du Desportes, mais il est visil)le qu'ils ne savent pas comment s'y prendre.

On essaie d'arriver comme lui, voilà tout. Uien de plus naïvement caractéristique à cet égard qu'un sonnet du sieur le Digne :

Le silence addoucy d'un repos gracieux Conduisoit doucement les pas d'une nuict brune, Le sommeil tenoit tout sous la force commune Lorsqu'un songe se forme et paroist à nos yeux.

DESPOUTr:s i:n MiO,*; ;^9

Je vy lors im grand Roc, qui s'eslevoit aux cieux. Assis au plus piofond .lu règne de Neptune, Et dessus le plus haut paroissoil la Fortune Qui defïendoit l'abort de ce port précieux.

Je vy mille vaisseaux sous une mesme estoille, Pour aborder ce Roc voguer à plaine voille Sans craindre les dangers du diflicile abort.

Mais les clioses de prix ne sont pas bien aisées

Je vy dedans les flots mille barques brisées

Et un vaisseau tout seul parvenir à Bon Port (1),

Qu'on ne lionne point' compte de la faiblesse du morceau ; la vision qu'il contient est juste et la figure expressive. C'est bien là ce que dira Balzac plus tard (2i. La fortune de Desportes apparaît comme un mirage; ce qu'on veut imiter eu lui c'est elle. Là est la vraie raison pour laquelle il n'a pas d'école : c'est que sa poétique se résume comme la politique d'un autre temps, dans ce mot : « Enricliissez-vous (3). »

D'après ce qui précède on poui-iail dès lors jugci- ([uc Desportes n'avait pas l'avenir. A bien dire il n'avait déjà plus le présent.

Il est vrai que nous l'avons vu jusqu'au dernier moment recevoir des hommages, mais d'abord il ne faudrait pas ])rendre la date où ils ont paru j)our celle où ils ont été adressés. Et puis on s'incline souvent devant un grand maître sans que ce grand maître représente précisément les goûts du temps, on respecte en lui ce qu'il a été plutôt ([ue ce qu'il est, on le salue, on ne le suivrait pas.

{\) Reç. cicsprem. Œi'v. de Nie. le Digne sieur ds l'Espine Fonfenay (rass. par A. de la Forest), IfiOO, p. 87.

(2) L'exemple de Desportes... a causé bien du mal à la nation des portes. bien fait faire des sonnt-ts et des Elégies à faux, ])ien fait {)erdrc des rimes et des mesures (II, 400).

(3) Cela est si vrai que Régnier ne trouvti pas de meilleur argument pour la défendre et l^apin est du même avis. Desportes est un des seuls

De qui le destin n'aist ressenti l'aspreté De l'insolente pauvreté.

Qui montre combien son Génie avoit de plus

Que les poètes fols et nuds... (Rec/i: sur la mort de Z>..P. fr. 54;.

40 MALIIFJUti; Kl DKSPOînES

Celait, j'imagino, un peu lo cas de Des|)oi"tos, La lenlativt' qu'il avait faite pour rajeunir sa gloiio en pul)lianl les Psaumes, ne lui avait qu'à moitié réussi, nous l'avons vu. il vivait «lonc sur le succès d'œuvres célèbres encore, sans doute, mais vieillies, dans cette France où la mode change si vile (1).

Je n'oserais pas dire le mot si un conteniporaiu ne lavait osé : on le considérait déjà comme une « reliciue » du passé (2).

(1) Vauquelin, lui, sentait l)ien qu'il était dans le même cas. V. Œvr.. I, 243:

Ta te trompes Garnier, mes vers ne sont plus tels

Qu'un jour ils puissent estre en la France immortels... etc.

(2) Fdvory d'Apollon, relique de Parnasse

Encore de nos jours la France a ce bon heur D'avoir en toy le lustre et la gloire des Muses,

Et de voir que la Parque en ses meurtrières ruses

N'ose attaquer tes ans couvert.s de ton honneur. Nervèze, Ess. poét. (p.6V.

CIIAlMThi: Il

AKIUVEE DE MALlIEftHE A PAUIS

Ce fui, on le sait, eii IGO.j, ([ue Mallierbe arriva à l'aris. Ouoiiju'il fût âgé déjà, son bagage poétique était encore fort léger, il ne formait ni une tiuivre ni même le commencement d'une auivre, comnio il est facile de s'en rendre compte, quelque obscurité qui plane encore sur la chronologie rigoureuse de quelques-unes de ses pièces. (1).

En additionnant bien, en elïet, Malherbe avait alors produit ([uinze piéneg rom))lètes [2] dont la moitié à peine était imprimée. Admettons cependant que quelques-unes des autres colportées

(1) Nous avons conservé des pièces sans date, mais en admettant qu'une ou deux soient antérieures à 1605 elles ont trop peu d'importance pour modifier l'ensemble de notre jugement. Quant aux fragments ils étaient inconnus et ne pouvaient nt-cessai rement rien ajouter à la réputation de l'auteur.

(2) Voici les titres et les numéros de ces pièces :

Pièces imprimées. — Les larmes de Saint-Pierre (III' ; Pour Monsieur (le Montpensier {\) ; Victoire do la Constance (VIII) ; Consolation à Caritèe (IX) ; Dessein de quitter une dame (X) ; Consolation à du Pcrier (XI) ; Ode à la Reine (XII) ; Pour les pairs de France (XVI).

Pièces non imprimées. — Sur le portrait d' Estienne Pasquicr (I) ; Stances (II); Epitaphe de Monsieur d'Is (IV); Prosopopée d'Ostcnde (XIII). Il faut y joindre la pièce (VI) sur la prise de Marseille qui a certainement été composée à cette époque.

Ajouter l'cicgie retrouvée par M. H()y et publiée dans les Annale^ de la Facuitôdes Lettres deBordeat'x 188.S, la traductionde/'c;)/^^';)/^' de Geneviève Roussel (V. Gasté. La Jeunesse de Malherbe, Caen. ISW. pag. 35 et 37).

42 M\Liii:nitK i:i dkspoutf.s

sous le manteau ou communiquées parlellies fussent connues aussi non seulement en Provence, mais à l'aris et qu'il faille en tenir compte.

C'était peu encore, surtout si l'on considère que, dans ces quinze pièces j^l n'y en a pas une vraiment bonne.

Quelques-unes sont tout-à-fait jnsignitiantes comme le quatrain sur le portrait de Pasquier ou l'épitaphc féroce de MonsieiijLd'ls.

Dans d'autres comme les fameuses Larmes de Saint-Pierre que l'auteur désavouait du reste ou l'élégie de Geneviève qu'il cachait, après avoir rencontré ça et là quelques vers tieureux il tombe à chaque pas dans les pires erreurs du mauvais goût, (i)

Le Cartel pour les pairs de France ne vaut guère mieux (sauf peut-être pour le rythme) que les productions ordinaires des médiocres poètes de cour de l'époque.

Or quand on a défalqué les essais dont nous venons de parler, que rcste-t-il ? D'abord des verj__(raiu >Mrj[ue Malherbe a écrits pour lui ou pour d'autres. Mais ce n'est pas le genre où il réussirait. Le père Luxure n'était pas un amoureux à la Pétrarque, sachant souffrir et pleurer. Comme les autres, il a eu son Iris en l'air, il l'a même prise l'année où Don Quichotte choisissait une Dulcinée; seulement pour elle il n'eût pas combattu les moulins, c'est luimême qui nous le dit, et maintofois :

Où trouves-tu qu'il faille avoir semé son bien, Et ne recueillir rien. (2)?

(1) Cependant comme il y a toujours des gens pour admirer, Saint Sixt publia un (juatrain élogieux sur cette pauvreté :

Non je ne diray point que de la source feinle Du profane Hélicon ces beaux vers soyei-.t coulez Ils sont avec les pleurs sainctenient distilez De celuy qui par eux renouvelle sa plainte. Parn. des pi. exe. poètes fr. 433 b. 1G07, (pub. dès 1598.).

(Jn trouve encore là des vers élogieux de I. Clirestien. Les « Larmes » du reste étaient à la mode, on a fait celles de la Vierge, de la Madeleine, etc. Une des critiques les plus récentes de l'œuvre de Malherbe est celle de M. Fr. Wey, Rcv. du lang. 482.

(2) Œxi.v- \, 29.

ARRlVÉli nie AIM.IlKlUtK A l'AlllS 43

« Quand je mo suis a(li'('ss('' ii niic rcniiiic .. .1 r-;|i(''raiic(' sciilr ma appelé ; ([uand elle ma lailli on n a poiul été en peine de me dire deux fois que je me sois retiré :

Quand je verrois Hélène au monde revenue Pleine autant que jamais de charmes et d'appas, N'en étant point aimé, je ne l'aimerois pas (l).

Pour cet hommeji| très positif la passion consiste à échanger autre chose que des serments. Aussi son amour n'a-t-il rien de la grâce alanguie que lui donnaient les poètes de la Pléiade, il est vulgaireetplat; s'il demande, sa prière ressemble à une sommation. Les Pénélopes

Dont l'ouvrage du soir au matin se défait,

reçoivent vite une mise en demeure faite de dilemmes rigoureux :

S'il ne vous en souvient vous manquez de mémoire, Et s'il vous en souvient vous n'avez point de foi (2j.

La (« victoire de sa constance » ne l'inspire pas mieux, on y sent l'assouvissement du désir, nullement le ravissement de l'extase :

Non, non, elle a bien fait de m'ètre favorable, Voyant mon feu si grand, et ma foi si durable, Et j'ai bien fait aussi d'asservir ma raison En si belle prison (3).

Le suivie dans lequel est exposé ce petit calcul est, on le voit, aiuisnourd que la morale en est légère et il y a des strophes plus mauvaises encore. Qu'on se rappelle celles-ci :

.J'honore tant la palme acquise en cette guerre, Que si victorieux des deux bouts de la terre J'avois mille lauriers de ma gloire témoins,

Je les priserois moins. Au repos où je suis tout ce qui me travaille, C'est la doute que j'ai qu'un malheur ne m'assaille Qui me sépare d'elle et me fasse lâcher

Un bien que j'ai si cher.

(1) IV, 32. V. toute cette lettre àliacan.

(2) Dessein de quitter une dame, I. 3'),

44 MALIIERRi; El DESPORTES

Presque d'un bout à l'autre la pensée et Texprcssion luttent ainsi de prosaïsme.

Dans un autre j;onre, nous trcjuvons la célèbre co'nsolation à du Périor, seul nioiH'oau do Malherbe (luOn a[)j)r('iin(' encore aujourd'hui, et qu'il semble par conséquent diflicile d'attaquer. Pourtant il est gâté non seulement par des longueurs mais des ^datitudes. Il y a des vers embarrassés comme ceux-ci :

Puis quand ainsi seroit, que selon ta prière,

Elle auroit obtenu D'avoir en cheveux blancs terminé sa carrière,

Qu'en fùt-il advenu ?

D'autres sont obscurs ;

(Je) n'ai pas entrepris Injurieux, ami, de soulager ta peine Avecque son mépris

La str()[)lu' viu est d'une mytholo^deérudite et pililantesque. Ailleurs s'étale une vanité naïve on s'aiïecte une rudesse de sentiments (jui n'impose pas le respect comme la morale hautaine des stoïciens, mais qui choque, car on y sent moins le philosophe que le rhéteur et un rhéteur maladroit dans ses expressions forcées. Des raisonnements analûgue»-4éplat9ent déjà dans la « Consolation à^Cgxitée-» (1).

On n'écrit pas à une veuve, même qu'on désire consoler, qu'elle gâte son teint et ses cheveux en restant fidèle à son souvenir. On ne lui reproche pas surtout d'aimer mieux se plaindre /J^r coutume (|ue se consoler par raison. Mais Malherbe n'a pas le tact nécessaire pour toucher aux plaies des autres ; ce rôle de conseiller ceux (|ui soutTrent ne lui va pas, il a beau s'y exercer. Avec Caritée voulant être galant, il devient libertin et cynique; avec du Périer il se guindé pour être serein, et n'arrive qu'à paraître ce qu'il n'était pas, sec, dur incaj]>able d'émotion etjl'attendiis sement.

Celui qui relit aujourd'hui ces vers (|ue le maître croyait stoï(|ues, souffre d'entendie un père (|ui a peidu deux enfants dire

{\)'^lA\[\.,Œai\, I. p. o2.

AnRivr;E dk malhi^rmk \ paius i"

que « la raison Ta si l.i.M, lail ,vs„n.ln. <,nil „.■ sVn souvi.M.I plus ... H..|.^-i<M,s(MiHM.( alla.hé oncoro à ces « cendres él..i„l,.s „ a « felle poussière dos reliques du cœur .> comme a di( un ;,„lr.. I>(»e(e, il refuse d'en « éteindre le souvenir ...

Mèn.e robuste de corps et sa'iu d'osprit, m'ôme pinlosopho ou clH-etieu, quil se reconnaisse impuissant deva.il l,.s loi. rlrviwlU's du monde ou accepte les desseins impénétrables de Dieu il sent « son cœur soumis mais non pas rési^nié ». Il raisonne, confe.se admet, se repent, cesse daccuser et cesse de maudi,-e. Mais laissez-le pleurer ! (1).

Encore n'avons-nous regardé la pièce jusqu'ici que sous la forme où Malherbe l'a imprimée en 1607. Mais telle quVIle existait en JdOo, telle qu'elle avait paru en Provence et que Saint Marc d'après Huet (2) nous l'a conservée, elle n'est plus seulement imparfaite, ellejos^presque mauvaise. Du Périer y porte le ~^^^^Id^ nyme malheureux de Cléophon, sa tille le nom de Rosette. Certaines strophes encore médiocres dans la rédaction moderne y sont tout cà fait manquées, particulièrement la deuxième ,>f la onzième.

Celles qui soïit bonnes ne s'y retrouvent point : au lieu des vers célèbres :

...Elle étoit du monde où les plus belles choses Ont le pire destin.

on n'y rencontre qu'une mauvaise réédition de la comparaison déjà banale et vieille alors des jeunes filles et des ro.ses (3)-.

(1) V. Hugo, Contemp. L. IV. 1.5. A Villequier.

(3) Malh éd. Saint Marc, 431. Huet tenait la copie dun père Atartin, ( ordeher d Aix. Comp., éd. Lai., I p. 38.

(3) Maltierbe n-a-t-il pas pensé aux vers de P. Paul sur la mort de Dam Marguerite de Casaulx :

Aiireng de la plus },rlouriouzo

Sara aquello bello flour

0 doiiguos trop quo beii hourouzo

D'aver aiissin fenyt son jour. {Barb. p. ,53.)

En tous cas les Italiens avaient dit avant lui d'après Catulle : La ver-ineilae simile alla n.sa. .. ^

46 MAMIKItlti; KT DKSPORTLS

Mais elle étoit du nioïKie, où les plus belles choses

Font le moins de séjour, Et ne pouvoit Rosette être mieux ç\\\it les roses

Qui ne vivent (ju'un jour

On y chorchoi-ait on vain la belle inuiffo path('ti(|Uf' do la fin, cette vision do ri.ioxuiabh» mort (jui so bouche les oroillos et nous laisse crier. Elle y est remplacée par quatre vcjis^jnal remplis et abstraits :

La mort d'un coup fatal toute chose moissonne,

Et l'arrêt souverain Qui veut que sa rigueur ne connoisse personne

Est écrit en airain.

En tout il ne reste plus pourrolovor ce lion commun do quatrevingt-cinq vers semblables à tous ceux que l'époque vit paraître, qu'une strophe justement connue il est vrai, celle qui commence :

« Le pauvre en sa cabane. . . » Mais ce n'est qu'un rajeunissement d'Horace et l'imitation n'est pas tellement supérieure au modèle qu'on n'ait pu discuter sur leur valeur respective (1).

T/odo"]siir la priso dp iVIaxaoillo, malgré quelques faiblesses, a de la valeur. Elle est comme le dit Chénior, courte et pleine do chaleur. La marche est vixe- et l\xLq.uo ; le style noble et ferme, les images vraies et variées (2). Mais Malherbe la gardait en portefeuille et il ne la publia jamais, la considérant sans doute comme inachevée. Elle n'était donc connue, en admettant qu'elle lo fût, que d'un cercle restreint.

Voilà toute l'œuvre du poète réduite à l'ode à la Reine. Il est vrai que suivant Ménage la pièce est « parfaitement belle ». Mais Chénier faisait déjà quelques réserves sur la manière même dont le sujet était traité. « L'ode est bien écrite, dit-il, pleine d'images ot d'expressions heureuses, mais un j3eii froide et vide de choses.. . Au lieu de cet insupportable amas de fastidieuse galanterie dont il assassine cette pauvre reine, un poète fécond et véritablement

(1)V. Malh., éd. 17?3, III. 3GG. D'après Ménage Balzac, Le Breton, Bouhours ont préféré Malherbe. DUrfé tenait pour Horace.

''2"! Malli.. av. notes de Cliénier, ed Latour, 24.

AMiuvKK i)i: M AL m: mue a pahis ^7

lyrique, vu parlant à iin,. princesse .in n.nn .].. Me.jiris nan.ail pas onl>lié (le sVtei„lre s,ir |.s Innan^os ,1,. .-etle lan.ill,. illnsln- ,,n. a ressuscité les lettres et les arts en Italie et de là en Kurope.

Ce plan lui eût fourni un poème gran.J, noble, varié plrii, / '• ^''»'<' <'f .riMl.-Tél. ,.( plus llatfeur pour une jeune princesse s,„- ? tout s .1 eut su lui parler de sa h.^aut,". moins longuement et .lune \ man.ere plus simple, plus vraie, pins naïve .p.ii ne T.-, \,\l \r <l<Mnande s. cela ne vaudrait pas mieux pour la gloire du poète et pour I,. plaisir du lecteur » , 1 ,. J| ost certain qu'ainsi compris le sujet (uit eu une bien autre ampleur.

Il faut reconnaitre, du reste, que Malherbe a eu cependant le mente de laisser^pcMTerciud^ue^j^^ j^ ,^.j^j,.^. ^^^^

peu de la joie qu on éprouvait, des espérances qu'on concevait en France et en Provence au sortir de tant de troubles, en vovant arriver une reine nouvelle qui devait assurer la perpétuité de la dvnastiii Gt le repos de la nation.

Soutenu par ces pensées, il s'élève souvent à une grande hauteur certaines strophes respirent mi patriotisme et un lovalismè sincère :

Ce sera vous qui de nos villes

Ferez la beauté relleurir,

Vous qui de nos haines civiles

Ferez la racine mourir ;

Et par vous la paix assurée

N'aura pas la courte durée

Qu'espèrent infidèlement,

Non lassés de notre souffrance

Ces Français qui n'ont de la France

Que la langue et l'habillement.

Ailleurs, l'éternel lieu commun de la fragilité des chose, se résume sous l'inspiration d'un*om:o«i4:-^f,:ac^ un conseil assez bien tourné.

Quoi que promette la fortune, A la fin quand on l'importune, Ce qu'elle avoit fait prospérer (1) Malh. éd. cit.'-e, .i3.

48 MAi.ULrU'.F, et despoktes

Tombe du faite au précipice ; El pour lavoir toujours propice Il la faut toujours révérer.

Mais (|uan(] <)n a r('lraH(-lié (|n('l(iu('s imi^hiUon^^JK^^ ou (les inod.Miios (1 1 1-120, 22{)-2'M)} ci un ou deux vers où l'auteur a eu des bonheurs d'expiossion, comme coux où il |iarl(' des années (|ui (loi veut couler comme des journées, l'ensemble de col ('•|)itbalame de deux cents et (piclipios vers apparaît ce qu'il est réellement, un ^morceau un peu pompeux, souvent vide, banal, somme toute plus J^^oisin du médiocre que du sublime.

On voit nellement ([ue 1-' poète a fait effort pour suppléer à l'iniaginatioi^^ Ne pensant qu'à faire des compliments, après avoir appelé son héroïne, astre, miracle, merveille dKtrui-ie, il esta bout (Téjiiliiètés et ne trouve rien de plus adroit (jue déparier à cette fille de marchands, comme disait Marie Stuart, de l'antique sceptre de sa race.

Ou bien, se réfugiant dans la fix>iiiliilléK21liilJll^^i^^L^ il la

comjDaiTsuccessn^^ «l^^ 1^^ terre et du

ciel: Vénus, DianëTï^i'ore. Au lieu de lui dire simplement quelle anxiété s'était emparée des populations en la sachant sur mer, exposée à la tempîte, il imagine la fable ridicule de Neptune courant sur les eaux après ses tresses blondes, pour lui offm* son empire et la ravir à l'Alcide français.

Dépouillée de ces oripeaux, s^aj)ensée devientj)rosaï^^ hi point délicat du sujet est même touché d'une fa^oiLxmdhahile : l'invitation qu'il fait à Henri lY de chercher de nouvelles palmes dans d'autres combats que ceux de la guerre, « ne se déniant rien qu'imaginent ses désirs », étant de nature à étonner, même à cette épocjne peu pudibonde, une jeune femme qui n'allait rencontrer son mari qu'à

Lyon (1).

11 s'en faut aussi que Malherbe ait trouvé là cette sûreté d'expres-

sloneidej:yihme qui sera sa force.

Les images, ([u'il a i)lus tard si simples et si vives parfois, sont

(1) Vers 150 et suiv.

MUtiVKi; ni; m \(.iii:itiii: a pmus [*)

ici .... vioillottos oiijonios, .,u,.|,,,H.roi. ni.'-,,,.. Jun ^..mI .|..„- '''""^ ^')' î'^^J4ii:miiilLJi4ia.i,i^ priisn. ou I;. tral.il: Maniv.. a...M <|ii oWo so ckM-ol)o(2). Lo vors s-..,nluuTasso W.M'onstni«(i„nsposaiH.>s. N~^*>^U44tn-(I (3,, SOI. vont mémo .M|,.iv,ui.io fi, „a „l,srur '■]).

Kn ivsumô, .la..s tout co q.i.> Mall.rrh. apportait on portofouillo ">' ••''••la.,. „„ml„-e ,lo passa.uos l,-al,issaionl uno scionoo <lôià mùrô ■Instylo.t.lurythmo, de l'amplo,.,- ,lans la p.MÎn.lo. .1,. h, majosté 'la"§ia strç4)iio, rio.i n'était achevé ni nirmo siipéi-ieu.-.

Malgré le dire do du Perron, on pouvait encore se mélor ,1e fa..-o des vers. Un Monchresfieu, par oxomplo, ne les faisait pas t.es différemment. Les chœurs de ses tragédies, développements éloquents do grands lieux comm..ns, ressemblent à s y méprend.e aux strophes de Malherbe. QuV.n relise, par exemple, ceux de \ Escossoise{\odd).

Heureux le siècle d'or où sans avoir envie

De monter à l'honneur, L'home sentoil coule.- tous les joui-s de sa vie

En un égal bon-heur,

(1) V, v<'i's 198, 201, etc.

Si vos yeux sont toule sa l)raise

Peut-il pas languir à son aise

En la prison tle vos cheveux?

i^) Astre par qui vont avoir cesse

Nos ténèbres et nos liivers (v. H3)

...Cette valeur indomptée

De qui l'honneur est l'Eurysthée (v. 12.")), Cf. vei's 65, 104, 168 (variantes-.

^'^^ Si l'espoir qu'aux bouches des hommes

Voleront nos faits récités Est l'aiguillon, etc. fv. 13-2)-

^^ L'attente qu'avoient les mutins

Qu'ils retremperoient leur épée

Aux parricides intestins, (v. 11).

Comp: Telle n'est point la Cythérée,

Quand un nouveau feu s'allumant

Elle sort pompeuse et parée etc. (v. ;J1). ^"^^ Lui, de qui la gloire semée

Par la voix de la renommée

En tant de parts s'est fait ouïr

Que tout le siècle en est un livre, (v. 13."o.

BBUNOT

5ÔL MALllERIJE ET DKSPOUTF.S

Il n'estoiL affligé de crainte et d'espérance

Ni meu d'ambition ; Son corps plain de vigueur estoit franc de souffrance

Son cœur sans passion...

Ailleurs, no croirait-on pas entendre Malherbe déclamer snr la fragilité des grandenrs et la misère des princes?

Leur Estât n'a rien seur que son incertitude,

En moins d'un tourne-main On void leur liberté tomber en servitude,

Et leur gloire en dédain.

Encore que chacun les prise et les honore,

Ils n'en sont plus contens, Car le ver du souci sourdement les dévore

Parmi leurs passetemps (1).

C'est non seulement comme chez Malherbe de l'éloquence, mais presque la même éloquence, un peu plus imagée peut-être, rehaussée chez l'un comme chez l'autre de pointes et d'antithèses :

L'homme, avant qu'il soit mort, heureux ne se doit croire,

Car la félicité n'habite en ces bas lieux ;

Elle vit loin du monde et nul ne voit sa gloire.

Si, se laissant soy-mesme, il ne retourne aux cieux...

Celuy qu'elle reçoit a l'honneur de sa table.

Au banc des immortels elle le fait asseoir.

Pour mener dans le Ciel une vie agréable

Et commencer un jour qui n'aura point de soir. . .

Possesseurs éternels des grâces éternelles

Vivez paisiblement en la maison de paix.

Le temps rendra toûsjours vos liesses nouvelles,

La fleur de vos plaisirs ne flétrira jamais. . .

Rien ne peut, désormais, du repos vous distraire.

Vos cœurs sont maintenant saoulez de tous plaisirs,

Ce qui plus nous déplaist ne vous sçauroit déplaire

Et vos conlentemens surmontent vos désirs (2).

(1) Trag., 90, 91.

(2) Trag., p. 121 et sv.

vRfUVKp; ni- MVLirKRnr. a pmus •;!

., ^!" ';"'"■';''' ■' ^•^"'' "■- l"i" 1^' .■..",|,an,ison, on vr-rrail ,|„e

MaMioHK. n «pporhùL^u,sMmUmn»lo iin^^ Iv.ismo. On HV..I nnfond,, sur lo II,,..,,,, ,|,.s sl,„|,l,os qui annonçaient les

' T: "" l'''" 1''"^ ''■'■^acliludo grommalicale no lui suffisait pas

l-"Hu, pormolho de |„.en,l,.o un privil^Ke. Rosse, avait beau le " '■ '' '"«^""'Pa'-able, daulres soulenai,.nt la comparaison (1)

U o„lu ,1 en sou, ,,u-on ail fait à llulherbe le erédit qu'on

ccorde a Pans à tout nouvel arrivant, eonsidé-é toujours un peu

ou,„.e un débutant, quel que soit son âge, ou'quil lit du le bon

acene.l qu ,1 y reçut à de puissantes recommandations, ses débuts

paraissent avoir été faciles (2).

Il étail venu, sans aucun doute, avec du Vair et Peiresc Ses c eux am,s nous le savons avec précision, étaient partis au com- ::;:;;::r;:'^:':;.""- ''■-'-•"•S)- a ee,te même époque. Malherbe

lièrns/i, n '-'('P^''" ''nJ!*fflanaridii4)ail^esaf|aires parlicu-

nô ,n f • ""."""'l"'' certainement pas loceasion de s'entendre

pour faire une s, longue route en compagnie. En tonl cas. en aoù, les trois provençaux étaient ensemble à Paris.

-Malherbe y était déjà venu. Mais du Vair s'y (.-ouvait presque

.le. lu,, ,1 y avail même des parents comme Ribier, il profila de ses

-a ions pour présenter ses compagnons à Paris; nous le voyons

'laiis le ,ec,t de Gassendi faire faire à Peiresc la connaissance de

FraJdp ^'eni'",''"f 7.: .*'• ^'«>-- "^l"^ '«« Ri<^lut.ons du langage en ^

ainsi rafle ^In^^lT T- " '*" "' '"'"'""""= '""^ '=' ™'»P'"--'i^o„

reniant es ianr."fi ^f- ?'"„•- '''''^«"""«'■^i' -^rt ù un paradoxe, Malherbe

{.-i) Gassendi. Vita Peiresk, p. 82.

^^(4) Il date, en cfïet. TAix le 21. juillet. Vlnsn-uction a.lressée à 'son fils.

52 M M.IlKItItl, r;i DKSI'OItlIiS

de Thon, (^asaiihnn, Fronloii !<• Duc, l'apvi'ius Masson, Nicijlas liCfebvro, lîongars, Scévolo de Saiiilc-Marllic, Fi'aiiçois Pithou, de Alesnio, Emcric do Vie, iino foule d'aulros impossibles à énuméror,(]if le biographe, parmi I('S(|ii<'ls pciil rlii' Dcsjjortos (1).

Les bibliolhf'ques, les cabinets s'ouvrent pour lui : les cœurs môme accueillent le jeune ami du célèbre président {'2).

On est en droit de supposer que Malherbe fut reçu avec la même bionveillanco ])artout où il lui j)lul de suivi'e Peiresc. Le voilà donc introduit tout d'un coup et sans peine dans la société des érudits et des lettrés (3).

A la Cour, l'entrée ne lui liit pas moins facile. Il y avait des amis haut placés et depuis longtemps, (linq ans auparavant déjà, son nom et son talent avaient été recommandés au Roi par le tout puissant du Perron, son compatriote et lami de sa famille, on sait dans quelles circonstances :

Pendant le voyage de Lyon, où il était allé épouser Marie de Médicis, Henri IV ayant demandé à l'évèque s'il ne faisait plus de vers <( il lui répondit que depuis (ju'il lui avoit l'ait l'honneur de l'employer en ses affaires, il avoit tout-à-fait quitté cet exercice et qu'il ne falloit point que personne s'en mélàt après M. de Malherbe, gentilhomme de Normandie, habitué en Provence, qui avoit porté la poésie françoise à un si haut point ({ue personne n'en pouvoit jamais approcher (4) . »

Le fait est exact et le propos a été tenu, sinon dans ces termes au moins dans des termes équivalents, une lettre.de remerciement de Malherbe en fait foi (5). Le roi s'en souvenait, « il en parloit à M. des Yveteaux » (6) alors précepteur de M. de Vendôme.

(1) Gass., Vita Peiresk., 82 etsuiv.

(2) Apertum coret viscera sinceritatis mirie i^rolusa. Gass... /. cit.

(3) Notons toutefois que Jean Rouxel, l'ancien professeur de Malherbe connaissait Desportes et avait pu lui parler de son élève. (Voir l'Oraison funèbre de Cahaigne, Gasto. La Jeun, de Malh., p. 17).

(4) Rac. d. Malh, I, Lxv.

(5) 9 nov. 1G01. xMalh. IV, p. 3.

(6) Rac, ib.

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