‹ La doctrine de Malherbe d'après son commentaire sur DesportesChapitre 63 sur 106 · DES PRONOMS · texte numérisé non relu

DES PRONOMS

Qui plus paraît sans .loulo airhaïquo à Malhorl.o rnii 1,. souli-ne dans ces vers : °

M'en puis-je repentir?

Certes, non. Et qui plus, nia jeunesse peu caute Des traits de ses regards n'eiist sceu se garantir. (1)

Nous disons encore « qui plus est. ,. Malherbe s'en sert aussi et dans son Tite Live (I, 432). C'est donc la forme elliptique seule qu il poursuit. (2)

/.-yW ne plait pas à Mulherte. Il le noie plnsiou.s fois il le s»u ,gno anieurs, (3) «."s dire nulle |,a,-t pourquoi. C'est sans doute qu ,1 le trouve lour.l et pou élégant ; il s'en sert en effet en prose non en vers. Là il le remplace par c,m : . L'âge par ,yui tout se consume... Les agréables chansons ,,ar y,,/ les doctes nourrissons savent charmer les destinées. » (4)

Vaugolas est encore de cet avis, ainsi que les gens de son temps, (5) Ménage en particulier, qui prétend que /egu./ ne se dit plus en poésie. (G)

Dont H d'où « sont bien ditTérents et jamais ne prennent la place 1 un de 1 autre. Dont se met pour le génitif ./. ^^,/ ou dunuel- d'où ne se dit jamais que pour de quel lieu? » (7) Il « signifie cujus ou de quo, de qinh us on quorum /y.m^h unde ni a quo ou a quibus{%).

(1) Brad. f° 245 v°. V. ms de la B. N.

(2) Est-ce pour une raison analogue qu'il trouve que Desportes s'est m.l exprimé dans ce vers : ^ ^ ^ ^^^ "^^'

Mais plus encor insensé je m'outrage. {Dio. Am. chans on

»™::rra:xX';-ber "■' '""''"• '^ ^^^«^ """■''^- -■ ^^ '<-"- »^"'

B.N.R:>''^-t''8.- '''•'" ■ "■ '' '"■ "■• '""'' " '■" "-'-^ ^"- '« "- Je ,a

(4) I, 82.108, v. 20. Gomp. cependant :

An nombre desqnels on me range. I 1,S8. v, 148.

(5) V. ma Gmm. hist. p.3.3Get Vaugelas l -^OT et sv

(6) Malh. ed Mén. II, 176. ' ' ^

(7) Im. (le rAr. Mort de Rod. IV, 413.

(8) Epit. corn p. 1, IV, /iTl ; Z). 11,5, IV, 273,

398 I>A DOCTRlNJi DE MALHKUBli

Ainsi on ne peut pas dire :

Se campe en mon cœur,

DonÉ il ne partira (1).

C'est l'inverse de la théorie de Duval qui prétend ({u'on dit : vous n'avez vu personne dont vous venez (p. 27).

Malherbe prétend faire ici une distinction trop subtile. Comme le dit Maut)as, « do?it peut signifier unde », (2) c'est là son sens primitif et il ne l'a jamais perdu. Puis, môme en admettant qu'il ne soit qu'an substitut de duquel ou de qui, on écrirait fort bien encore :

L'aveugle enfant, dont ma peine est venue.

Il nous ramène au ciel, lieu dont tu es sortie. (3)

Il est parfaitement vrai qu'on ne dirait pas : « dont venez-vous, » mais on dit très bien le lieu dont ja viens. Ex. :

Rentre dans le néant dont je t'ai fait sortir (4).

La langue moderne n'a pas suivi les prescriptions de Malherbe.

En revanche dont, signifiant: au sujet duquel ne s'écrit plus:

« Celle lumière d'esprit dont vous êtes renommée » est archaïque (.3).

Où. Malherbe commence-t-il déjà à vouloir restreindre le sens alors très étendu de ce pronom? Voici deux vers où il semble le condamner :

C'est vous priver d'un bien où vous aurez regret. Sinon que pour un homme où tout malheur abonde (6).

Mais il avait dit pourtant lui-même,

Ce fds où ta vertu reluit si vivement (7)

(2)Gram. 81, r".

{S) Çleon. p. un mal d'yeux, IV, 342; D. l, procès, IV, 26G.

(4) Racine, Œiiv. II, 503.

(5) Malh.IV, 19G.

(6) El. I. 5, IV, 359; Div. Am. comp. 4, IV, 444.

et beaucoup daulres exemplos analo-.uos, que ses œuvres nous fournissent, (I) monlrenl qu'il u.ail do cet a.lve.be très librement. 1) auliv pail, ^auo•elas eu recommande l'emploi (2). il est donc à supposer plutôt que ce sont les expressions même que visent ses nota. II ne veut pas sans doute^îu'on dise que « le malbeur abonde en un liomme ,. ni « qu'il a regret à quelque cbose. >, (3)

Accord avec Ins rrlalifs.

C>«/ employé pour celui qui est neutre, et les adjectifs qui s'y rapportent restent au masculin, même quand l'antécédent logique est un féminin. Ex. :

De vostre seul regard ma blessure s'allège, Jamais autre que vous constant ne me relidra, Je suis serf de Diane, et qui me retiendra Doit estre chastlée ainsi que sacrilèf^e

• « Il ûmt dire : sera cbàtié: Que si on veut dire : sera châtiée, comme ici, il faut dire : celle qui me retiendra. >, (4)

Emploi (les relatifs.

Ellipse du « relatif » le. On ne peut écrire :

Ceux qui plus vivement

Ont de son feu l'ame saisie, Il laisse outrager durement.

« Celle transposition est insupportable. C'est bien un idiotisme ^iu langage françois de dire : ceux qui sont plus amoureux d'elle,

(1) V. Lex p. 132. On comparera Maynard, III. 7. et 105 (-ij vaug. I, 173.

(3) De même le nota qu'il met en marge de ce vers •

nn..fo . f.' '"''' '^"'"' '^"' ^' "^"''^ "'' '^"^ ''' ï-etenue'.

poite probablement sur Thiatus /V Fnif n^.r . .

469). "idius ( V . Lpit. Reg. sur la mort de Diane, v. IV.

(^) D. Il, 74, IV, 295.

400 LA DOCTRINE DE MALHRIUn:

elle les estime le moins, mais il faut y mellre ce relatif /(?.v. » (1) « Parler autrement, c'est parler allemand. Les François disent : tout ce que vous voulez, je le veux; lout ce que vous me commanderez, je le ferai ; tout ce que le Roi voudra, je le ferai... » (2)

Les règles d'emploi du pronom dans les phrases relatives sont les mêmes qui régissent l'emploi du j)roiiom personnel dans les phrases ordinaires, on répète qui chaque fois qu'on répéterait il[s) ou elle[s).

1° Quand le pronom régime a été exprimé, si dans la seconde j)roposition il faut un pronom sujet, le premier ne peut en tenir lieu. Ex. :

Celle qu'il changea d'Ourse en luisante planette, Et sert aux mariniers de guide en leur chemin.

« Où est le nominatif à qui doit se rapporter sert ? » (3)

2" Au contraire quand le pronom doit être successivement sujet dans deux propositions unies par et^ il est inutile de le répéter.

De ceux qui sont jaloux de ma chère prison,

Qui m'en portent envie, et qui se font accroire

« Superflu » dit Malherbe, (4) et l'exemple est caractéristique, car la répétition du premier ^?« n'est pas blâmée. Le pronom ne doit disparaître qu'en présence de la conjonction.

Il en est de même si un adverbe comme puis marque que le sens se continue :

Soleil sans fin tournant, qui le jour nous dépars, Puis qui nous fais la nuict... (ôj

(1) Div. Am.ch. 1, IV, 4ÎG.

(2) Bc-rg. et Masc. Disc. , IV, 451 .

(3) D. I. C(.mp. 3, IV, ^Gi ; Comp. El. I, 13, IV, 3G9.

(4) El. I, 4, IV, 356 ;C/<?on. st. 4, IV, 343 ; Comp. D. I, 65, IV, 260. Cleon. Bt. IV, fo 136 v°, où un qui est barré (Ms. de la B. N.)

(5) Cleon. 82, IV, 348.

bi';s PHoNoMs |j)|

Place (les relatifs.

Le relalif doit se Irouver le plus ,,n>s possible de son antécédent. Ainsi dans cette phrase :

Liez ses mains de cliaisnes fortes, Las! qui m'ont volé ma raison.

« Qui est un peu loin. » (1)

Dans celle-ci, pour la môme raison, « ils étoient (sic) mieux que qui : ^

Ainsi feront les grands en l'amoureuse chasse Qui n'espargneront rien (2)

Mais c'est surtout quand on interpose un verbe que la construction devient vicieuse : Au lieu de

Roland regarde tout, qui a l'ame saisie, « Il eût mieux dit: Roland, qui regarde tout, a l'âme saisie Jug-e, ecteur. » (3) C'est la propriété du langage qui le veut. Malherbe cependant ne se fait point faute d écrire ainsi, en prose (4) Dans ses vers on ne retrouve plus celte licence à partir de la pièce 31, qui parut en 1609.

Il s'en était peut-être repris lui-même, ainsi que le fit plus tard Vaugelas. (5)

Le relatif commence mal une phrase. Ex. :

Il cachoit au dedans un généreux courage : Dont il rendit depuis mille preuves certaines. (6)

Malherbe s'est ici probablement mépris, car malgré les deux points qui terminent le premier vers, on peut rapporter dont à

% ?//î: s!' IV.^ôf ' ''°"'- ^'''- '^ ^'''' '' ""'■ "^ P'-P-^' ^V, 4G8. av'VlV t-^'lf'v^o- ^"'•' ''^' ^'*^' ^"^"^P •• C'^"^-- 8^- IV, 348- El II IV, 421. Comp. encore dans le ms. or. El av '>« f ^>ui v '

(5) V. Rem. II, 401 et 440.

(6) Cart. et Masc. P. Mgr. le duc dWnjo.i. IV, 4(J0.

PPUNOT

loi I, \ DOcrniNK m: maliikiuii:

courage ei non h loiifo l;i plirase (|ui pr(;c<!'do. Mais robservalion garde en soi sa valeur. Elle annonce celle de Vaugelas : <( Qui, relatif, est incapable de commencer une période, ny d'avoir jamais un piiiiil (Icv.inl hiy, mais tousjours une virgule. » (l)Ge latinisme avait été 1res iVi'ciuenl au XVI* siècle. (2)

Remarque sur la proposition relative.

Ici se place une observation assez importante sur l'emploi de la proposition relative.

Desportes à'en sert souvent, là où on attendrait plutôt une phrase infinitive. Exemple :

... A tout jamais je veux persévérer TonVi'Q'&'ive, s'cùni, qui t'offre en sacrifice... Mon cœur brûlé.'.., (3)

Qu'on change le possessif mon, en son, on verra que la phrase serait possible, et semblable à beaucoup d'autres de la langue contemporaine : Je veux rester ton prêtre saint, qui t'otl're en sacrifice son cœur brûlé. Malherbe ne trouve pas cela assez lié (4), sans se rendre compte que c'est le pronom tnon qui fait ce bizarre etïel.

Jene crois pas cependant qu'il ait voulu proscrire cette construction ; il lui préfère seulement des tours plus simples, ou meilleurs. A propos de ces vers :

Qui a veu quelquefois un qui n'y pense pas, Parmi pront acôident conduit près du trespas, Qui perd l^s mouvemens, la parole et l'ouye, Et ne monstre d'une heure aucun signe de vie. (5)

11 eut mieux dit : perdre, etc., et ne montrer, observe Malherbe.. Cet inhnitif, en effet, marquerait beaucoup mieux que l'accomplissement de l'action exprimée par ces verbes est le vrai régime de vu.

(1) Vaug. 1, 167.

(2) \'. Benoit., Synt. entre. Palsgr. et Vaug. p. 188.

(3) Prière. Am. d'H. î" 80 v°.

(5) /m. /In An gel, IV, 'ilS.

DKS PnONOMS

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