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Aucun, au sens nr-o-alil' où nous remployons aujourd'hui, ne seml,Ieque toléré par Malherbe. Il s'aoi.sait de corriger ce vers :
Un seul sentier n'est clos à ki vertu
MinsiKulfie: A^,/ ..;,,/.,, e(c. A.c.n, suivant Malherbe, eut é(é tneill.'ur que mi srv//, « mais pas Irop bon. .. (I;
Le mot, en ce sens, élait encore nouveau (2), et, comme il resadnfhrmal.f au pluriel sous les formes .fa^cn. nu a.c.n. la •oj^ique de Malherbe souiïrait sans doule de le voir devenir négatif au smgulier. °
Maupas hésil. également: .Aucun, aucune..., di(-il, servent mieux en négation ou autres propos de mesme construction >, l'^v. : Je ne conno,j aucun en cette ville. Je nay ou aucunes uouvel/r.cle montons... « Qaelr^, q,,^,,,,^ 3,,^^ ^^.^^^^ ^^^
afhrmatifM.... en négatif; » mais il ajoute : « au surpkîs sont equivalans. » (3) '
Autre. l-Il est adjectif; pour on faire un pronom, il fautrarticle Desportes ayant écrit :
Changeront de pensée et vous délaisseront, Et par inesmes appas autres pourchassero'nt. « Quel langage! >, s'écrie Malherbe, oubliant qt.'il a ditlui-môme- Ql. autres que vous soient désirées, ou qu'il a au moins toléré cette tournure à sa collaboratrice, « il devoit dire : .. pourcàas.eront a autres. » (4)
Cet archaïsme se retrouve encore chez les contemporains de (i) Am. d'H. st. 2, IV, 313.
(2) Nicot ne lui donne que le senn positif et tra,liut« allas rruisni.ni nnn nemo, ahqu.s». Maupas est là dessus aussi positif. V. T 88 ^ ' "t T4d .
(3) iMaupas, f 83 r" (1" éd. 185-6).
(4) El. I. 9, IV, 3rKl.
La doctrinr de MALiirnuK
Mallieibe, par exemple chez H6gnier(l), mais il est certain que dans i'nscige courant on disait d'aulre^i. Le témoignage de Maupas est formel : " Autre est pur adjectif. » i2i
2° Malherbe a relevé aussi un sens curieux du mot autre :
Que ce pendant que durera ma vie,
Je ne connoisse un autre changement. (3)
« Mal dit, observe-t-il ; c'est présupposer qu'il y en a eu un précédent. » Nullement. Cette construction elliptique signifie : Que je ne connaisse pas un changement qui me fasse une autre situation. Des phrases analogues sont fréquentes encore dans certains parlers; par exemple, en Lorraine, on dira ; Je l'ai rencontrée avec deux autres jeunes filles ; cela veut dire : Je l'ai rencontrée avec deux autres personnes qui étaient des jeunes filles, et n'implique nullement que la première personne en soit une également. Et cette tournure dialectale nest pas étrangère à l'ancien français.
3" Quand l autre est opposé à un, il faut construire le nom avec un et dire : « Passe-moi ^un coté à l'autre, non d'un à l'autre côté » Malherbe a oublié d'ajouter qu'on pouvait dire aussi : de lun à l'autre côté. (4)
Chacun et chaque. « Je dirois chaque jour, chaque fois et non : chacun jour, ni chacune fois. Chacun se dit absolument et non avec un substantif. » (o)
Voici une règle nouvelle, si nouvelle que Malherbe lui-même ne l'a pas observée, même dans sa traduction de Sénèque. Régnier ne
(1) Rég. Sat. 3, 74. Comp. IV, 163; Mon maître peut autant qu'autre prince. Voir le Lex, de Malh. au mot autre. Y ajouter un exemple tiré du Tite Live I, 392: « qui difiicllement se trouveroic en autres quiauroient le même pouvoir. »
(2) Gram. 90 v'.
(3) Berg. et Masc. Chans., IV, 450.
(4) Cleon. 54. IV, .342.
{o) Div. Am. 16, IV, .'i31;Com. EL. II, i, où se trouve l'expression chacun JoK)- employre par Malli. IT, 181.
DKS l'UONOMS 405
la connaît pas, (1) Maupas non j)Ins (2) : <( chacun, chacune, dit-il, a nicsmc sens que chfiqu<\ e(c. Il peut subsister en oraison saus sujjstaiitif exprès (chacun aime son plaisir), mais il ne rejette pas pourtant l'accompagnement du substantif: *( Chacun hoiniioj doit aroir sa fenwie. »
La phrase si formelle de Malherbe est la première conslalatiDU des progrès faits en un demi-siècle par la forme chaque au dépens de sa voisine, progrès si rapides que Vaugelas condamnera définilivenienl l'emploi de cJiacun comme adjectif, et le relèvera dans Malherbe même, (3)
Chos,e s'employait dans l'ancienne langue au sens de quelque chose, aucune chose. (4) C'est ainsi ({u'on lit encore dans Desportes:
Temps, qui va mesurant la carrière liastee... Sans que de ton pouvoir chose soit exantee. (5)
Le mol est barré dans le ms. de la lîibliothèque Nationale. Est-ce que Malherbe a voulu le proscrire? C'est incertain, car il l'emploie lui-même : ne s^ émouvoir de chose qui puisse arriver. (G)
Lon. « Aux troisièmes personnes du futur singulier, on ajoute un / devant ces mots on, il, et e/ie, comme : fera-t-on, que fera-t-il, ([ue fera-t-elle? Voilà pourquoi il devoit dire : me paiem-t-on? i\c t s'ajoute aussi après les troisièmes personnes de l'indicatif singulier comme que pense-t-il, que pense-t-elk% que pense-t-on? etc. Je crois ({u'il a dit hm et non ton pour éviter la rudesse de ton tou (me paiera lon toujours). » (7)
Cela ne veut pas dire, je crois, que la forme Ion est définitivement proscrite. Elle ne peut pas être employée derrière les verbes, mais elle peut l'être avant. C'est la règle que donne Deimier. '8)
(1) Sut. \2, p. 11-2.
(2) Qram, f 88 v", r éd. 1S7.
{:^) N. Rem. II, 393.
(4) V. ma Gram. hist. p. 353.
(5) Clcon. 82.
(()) II, 418 et ailleui-s.
(S)Acad. p. 185. Malherbe dan.s ses Lettres écrit l'on après les verbes. (111, 58, et 81) Comp. Vaug. Rem., h 64.
400 LA DOCTRINE Dli MALlllilUiE
Maint., maint cl maint. (V. au L(.'xi<|U(', p. 200.)
Même, employé dans le sens du met des Lalins, doit-ètre placé après le pronom et non avant, comme Dosporles l'avait mis pour la commodité de son vers : même sur vouf; n'est pas équivalent de sur vous-même. (1)
Mais aucune observation n'autorise à croire que Malherbe étende cette règle au cas où même accompagne un nom, et on sait que longtemps encore on plaça à volonté même devant ou derrière le nom en pareil cas.
Quelque et ([id </ue. Malherbe eût préféré la seconde forme dans ces vers :
D'un eiiiieini la niahi injurieuse A gravé tout ceci pour la rendre odieuse. Las! dil-il, quel qn il soit... (2)
On employait à l'époque quel (juc cl t/ui (jur indifféremment, « quand le substantif du propos était une personne, à qui s'adressait la sentence : Je ne vous crain, qui-que vous soyez., qui-que puissiez estre. Qui puissiez vous es Ire. » (3)
Mais il est vraisemblable que Malherbe, analysant les deux formes, trouvait entre elles une différence de sens, qui existe en effet, et qu'il eût voulu faire observer. Seulement l'instinct de l'harmonie a fait disparaîlre quiqui/ an prolit de la forme rivale.
Rien. Malherbe blâme avec raison ce vers :
Mais qu'est-il rien plus doux que de se voir servie ?
Il faut opter en etîet pour lui des deux modes d'interrogation : est-il rien plus doux ou qu'est-il de plus clou.jc'! (4)
Voici une autre observation qui serait intéressante, si elle était
(1) El. I, 19. IV, 375. (Voyez à l'ordre des mots).
(2) hn. de l'Ar. Roi. fur., IV, 401.
(3) Maup.. fST, Y'[V éd. p. 183).
(4) ELU Av. Is IV, 386.
bF.S PlloNOMS i07
plus explicite. Au sonnel 07 du 2" livre de Diane les mots rien de rif/iieur ont été barrés dans ce vers :
Mon cœur.. ,
Croit (lue rien de riguenr n'y peut faire retraite. (Voir au cliapilre des prrposi lions pour la syntaxe du mol avecf/e).
Tout donne lieu à plusieurs remarques curieuses, où le sens du mot est finement analysé. Les voici :
1* To}it remède en ce temps ne l'eust peu secourir.
u 11 veut dire qu"il n'y avoit aucun remède qui l'eût pu secourir, mais il dit que tout remède ne l'eût pu secourir. On sait bien que tout remède ne guérit pas une maladie. » (1)
2" Tons ceux, qu'aiment les Dieus ne vivent pas longtans.
(( Cette proposition devoit être affirmative, car étant dile négativement, il s'ensuit qu'il y a quelques-uns de ceux que les Dieux aiment qui vivent longtemps, qui est le contraire de ce qu'il veut dire, car il entend que tous ceux que les Dieux aiment vivent peu. » (2)
3" Bref, tout ce qu'on lit de Prolee
Ne s'égale à ses changemens.
« Si cette proposition universelle n'est vraie, la particulière le peut être. Cette proposition toute femme est chaste, peut bien être fausse, mais sa particulière : quelque femme est chaste est véritable. Il pouvoit et devoit dire : Bref, on ne lit rien de Prolée qui a'éi/ale à .ses changements. » (3)
Les trois remarques, sous ces rédactions différentes, reviennent en somme au même. Elles montrent qu'il y a équivoque à parler comme le fait ici Desportes. On dil fort bien : Tous ceux qu'aiment les Dieux meurent jeuucs; tout remède est inutile, toutes les métamorphoses de l'rotée sont inférieures aux siennes, mais si on
(1) Cart. et Ma.<^c. cart. 2, IV, 4G1.
(2) EL II. Av. 2% IV, 397.
(3) Div. Am. ch. 4, IV, 437.