LA DOCIHINE DE MALHERBE
Cfilte dorniôre ol)sorvalion fuit siipposor qiio Mallierbo. s'il avait eu à Irailei" la qiicslioii dans son ensombk', n'y eut |jrobablemi;nl pas montré la neltcté de vues qu'on a pu remarquer dans ces quelques diflicultés spéciales.
Néanmoins il me paraît déjà remarquable de le trouver si ferme et si clair au milieu d'un sujet plein de contradictions.
De l'Infinitif
In/înilif substantif . — Je n'en ai trouvé qu'un souligne dans le ms. original .
0 douteus espérer ! ô douleur trop certaine ! (1)
On ne saurait se fonder sur celte unique remarque, nécessairement sujette à diverses interprétations^ pour affirmer que Malherbe, contre l'usage reçu jusqu'alors, et auquel il se conforme lui-même, ait voulu ôter à la langue de son temps celte ressource.
Phrase infinilive. — l^La proposition infinitive qui suit le verbe faire ne doit, suivant Malherbe, jamais être négative. On ne peut pas dii'e :
Gest orgueil desdaigneux qui xou?, fait ne m aimer.
« Il devoit dire : qui vous fait me haïr, me mépriser. » (2)
2" La proposition infinitive passive ne doit pas avoir de pronom sujet. C'est un latinisme que de dire :
Celuy qui maintenant s'en pense estre- adoré, (3)
Il n'admet pas non plus qu'un infinitif dépendant de pour ait un sujet spécial, par exemple :
Quelle fureur peut estre tant extrême.. . Pour l'appétit chasser la volonté ?
Ha rayé ce vers dans son exemplaire. (4)
(1) Am. d'H. 36, f 93 v°.
(2) Cleon. 02, IV, 345.
(3) Div. Am. pi. 1, IV, 421.
(4) Ib. cl). '1, f 2m r°.
DU VEItRE
De ii/i/z/i/f/f rri/'inir il' un rcrhc.
Des verbes après Icst^ttc/s l'infinil'if nr se fait précéder d'auritnr préposition. — Espérer ne veut pas de préposition. Voici un vers incorrect :
N'e5/>era«f jamais plus d"ij trouver guarison (1). On peut (lire que ce verbe hésitait entre les deux constructions depuis les origines de la langue. Malherbe n"est pas parvenu à lui eu attacher une; dans toute la langue classique on emploie tantôt espérer de, tantôt espérer. C'est de nos jours seulement que ce dernier usage a définitivement prévalu, bien que Uichelet et Thomas Corneille Taienldéjà appuyé.
Désirer se construit avec l'infinitif sans à.
« On ne dit pas je désire à faire cela. » (2)
« Nous applicquons, dit Maupas, des infinitifs purs aux verbes signifians volonté, pensée ou permission... \'ous desirez apprendre lu lunf/ue Franroise. » (3)
11 n'est toutefois pus bien certain (jne Malherbe soit d'accord avec lui. Sa remarque laconique ne dit pas assez, et on peut supposer qu'il eût voulu ici désirer de. Cette construction du verbe est employée par lui (II, 32 et I, 303). Ou la retrouve dans les auteurs du XVII" siècle, et les grammairiens l'autorisent.
« Estimer de est une notable faute ; j'estime de revoir ne se peut dire en sorte quelconque. 11 faut dire : je pensois ou J'estimois revoir et non de revoir. » (4)
C'est aussi l'avis de Maupas. (5)
Penser. — On dit ?ir pensez pas ébranler et non d'éôranirr. (6)
(1) Div. Am. 2,), IV, 437. N'esporc plus de vivre est ban'é dans le ms de la B. N. ,1)». d'H. el. 2, f" 8'J v".
(2) Am. d'H. 80, IV, 323.
(3) Gram. f» 150 r% 1" éd. p. 319.
(4) Epit. sur la mort de Quéhis, IV, 4G6.
(5) Gram. p. 150 r°, l'éd. p. 319.
10) Div. Am. 12, IV, 425.
ity LA itocri'.i.Nt; Di; MALiir.iUii:
Dns vrr/jcs après /esf/uels ri/i/initi/ se fait pri'cédcr de la pri- position de. — Attendre au sens où nous disons s attendre (à). Ex. :
J'attendais d'heure eu heure une mort assurée, Et toir de mille coups ma poitrine honorée.
« Il faut dire \ f attends de voir. » (1)
Maupas cite ce verbe au nombre de ceux qui exigent de (2), et en effet telle est la syntaxe au XVII" siècle :
Que fait-il, ignorant, qu'attendre de pied ferme De voir à son beau temps... (MalJi. 1, lOj. Cher amant, n'attends pluS(fV;/?'e un jour mon époux.
(Corn, III, 292).
Contraindre. — Il faut dire contraindre de. Ex. : L'amour aussitôt ta contraint de facancer et non : te contraint avancer. (.3)
Craindre. « Je crains faire mal est mal parlé; il faut dire : je crains de f lire maf declioir, etc. » (i)
Maiipas dit que craindre veut la préposition, ninsi que Ions les verbes « portans deffense ou empeschement. » (d)
Toutefois Malherbe n'exige pas toujours que craindre soit sui\ i de de. « Il se feroit scriipule de dire craindre à Iroaver et diroit craindre de trouver. » « Toutefois, ajonte-t-il. je ne condamne pas craindre à. » (G)
Craindre à se trouve encore dans Corneille (V. 57), qui l'a corrigé en 1660 :
Si du sang d'une fille il craint à se rougir.
Entreprendre. Ex :
Lors que \'entreprendray vos louanges chanter
(1) El. I, 111, IV, 36G.
(2) Gram. T 151 v°.
(3) El. II, Av. I, IV, 391, cop. B. Il ne faut pas employer ce verbe sans régime. D. II, 7^, IV, 294. El. I, 12, IV, 3G8.
(4) El. I, 11, IV, 367.
(5) Gram. f 150 v° {V éd. 320).
(6) Am. d'H. el. 3, IV, 309.
ni" \i.itiii: 4i5
« />^ oublié » « Il faiil dire : il ;i ('iili('|iris dr fnh'i- v\ imn il a culrcpris/V/m', » (1)
C/osl ainsi qu'on écrit généralcmeul au XVII' siècle :
C'est un dessein très dangereux
Que d'entreprendre de te plaire. ^Laf. Fah. II, 1.)
Maupas exige de. (2) Et Deimier nous conte que mainis poètes ■ ont failly en ce subject, comme entre autres un qui dernièrement vouloitsoustenir l'erreur qu'il avoil ainsi faite en un Sonnet qui commence en cesie façon :
Le peintre audacieux qui voulut entreprendre Peindre les feux ardans qui brillent en vos yeux.
La raison du langage veut qu'on dise de peindre. » (3) Au XYP siècle on trouve : Ils cnlreprennent exposer (Du Ikd. Di'f. et III. I, G). Entreprennent jouyr de l'ordre (Mont. 1,3). (4)
Jurer. On d'il J'ai juré de ?ie me fier et non j'ai juré ne me fier, (o) Maupas ne cite pas ce verbe dans ses listes, mais des verbes de
sens voisin : assurer, pleuvir, (jarantir, pour lesquels il admet une
double consiruction avec ou sans de.
Tâcher veut après lui la préposilion de. « Il faul dire : après avoir tâché de brù/er Madame et non fâché brûler. » (6)
Deimier avait fait une observation analogue sur un vers de du lUirtas (r journ.) : « II faut dire : tascboient de faire mourir, par la loy de l'usage. » (7)
Maupas est du même avis sur le fond de la question. Mais il pense qu'on peut employer soit de, soit à. (8)
(1) Cleon. 17, IV, 33:;!, en note; D. I, cont. am. IV ill
(2) Qram, f 150v".
(3) Acad. km.
(4) IXirmest. XVh ?. § 195 e.
(6) Am. d'H. tomb. d'Am., IV, :{23.
(7) Acad. p. 152.
(8) Gram. T 152 r°.
44G LA DOCrniNE DE MALllKURE
Oho'i aucun de ces auteurs, en tous cas, on ne trouve encore Iraco (le la distinction qu'on essaiera plus tard d'élablir entre tâclior de et là cher à.
Les locutions impersonnelles faites avec il esl se font suivre d un infinitif précédé de de : // est en votre pouvoir de n aimer rien que vous.
Si au contraire on ne se servait pas de la forme impersonnelle, il n'y aurait que faire de la préposition : N'aimer rien que vous est en votre pouvoir, (i)
De même il faut : il est impossible d'avoir, tandis qu'on dirait c'est chose impossible à avoir. (2)
Ce m'est ç/rand honneur se construit de la même manière : Ce m est grand honneur de reconnaître. (3)
Que sert se fait aussi suivre de de.
Que serviroit nier chose si reconnue, est souligné dans l'exemplaire original. (4)
De remploi des prépositions de et à devant f infinitif
Verbes qui se construisent avec de et non avec à. — Empêcher. On dit : empêcher de courir et non à courir. (.^)
Maupas donne la même règle pour les verbes défendre, prohiber, dissuader, retarder, détourber, divertir, reculer, refuser, et tous verbes portant défense et empêchement : vous m'avez empesché de faire mon profit. (6)
Essayer. Malherbe a souligné ce vers :
C'est en vain (\\\.e. f essaye à tromper ma pensée. (7)
(1) Clcon. 5, IV, 329.
(2) V. aux adjectifs, p. 371; Maupas dit la même chose, f" 131 v°.