‹ La doctrine de Malherbe d'après son commentaire sur DesportesChapitre 80 sur 106 · II, 26S · texte numérisé non relu

II, 26S

(7) A m. d'H. 43, IV, 311; Comp. une observation inverse qui établit la môme règle. Benj. cl Masc. Im. d'Hor., IV, 456.

BRUNOT 30

4GG la DOCTRINK de MÂLUElU'.li

DE LA NÉOATION.

Dosporles, comme Ions les auleiirs du XVP siècle, omet aprèsia négalioii ne les particules ^ms- ai point, quand cotlc ellipse lui semble commode. Il serait superllu de montrer qu'il ne fait en cela que suivre l'usage de son temps, les exemples abondent dans tous les textes contemporains. (1) I Suivant Malherbe pas et jwint sont toujours nécessaires, que la I phrase soit affirmative ou interrogative. Ex. :

Vous ?i'aurez grand honneur de m'avoir surmonté. « On ne dit pas vous ?i'aurcz... mais vous M'aurez pas grand honneur. » (2)

Et ne m'abandonnez sans guide en ces bas lieux. « Ne m'abandonnez point. » (3}

iVois-tu les Aquilons soufflans horriblement ?

« iV'ois-tu pas est meilleur. » (4)

La règle est la même qui se dégage implicitement de la théorie de Maupas, (5) il énumère les cas où l'on omet ces « remplissages de négation », ce qui revient à dire qu'ils sont obligatoires ailleurs.

Mademoiselle de Gournay ne veut même pas discuter ces exigences : « Quant aux manquemens des articles ou particules point et pas, et autres merceries de cette espèce ; que seroit-il besoin

(1) Citons seulement Régnier :

Prouver qu'an grand amour n'est suject à la loy. {Sat. 3)

Le bruit... ne m'areste. {Sat. b)

La -vertu M'est vertu. (Ib.)

Aussi nion jugement sur cela ne se fonde,

Au compas des grandeurs je ne juge le monde,

L'esclat de ces clinquans )ie m'esl)louit les yeux,

Pour eslre dans le Ciel je ;reslime les Dieux. (Hal. 14)

(2) Am. d'H. 46, IV, 312; D. II, 51, IV, 2m; ib. 38, IV, 2S5; Am. dlL 76, IV, 320.

(3) Ej)it. du latin de M. de Pimp.,lV, 4G8.

(4) Berg. et Masc. Ode, IV, 4j6 ; Comp. D. II, 27, IV, 279.

(5) Gram. f 167 v*.

HK L ADVRRBK 4(J7

(!.' r.'xliaiiv ny man,,H.r aux Kscrils ,1,. «vs .l.nix Poêles, y estant SI vulgaire, ou de le juslilier estant si naluivl? „ K)|es ne servent ({u a allonger le langage. (1)

La « sçavantc liUe .> avait beaucoup de gens avec ell<>, et Vaugelas nous apprend .pie presque tous ceux d'au delà de la Loire continuaient à oublier pas <^[ point. (2) L'élud,« d,.s textes prouve que ceux d'en deçà imitaient souvent leur exemple, (3) à commencer par Malherbe. On trouve jusque dans sa Iraduction de Tile Live des négations sansy>«5 ni y.om^ et aucune raison particulière ne semble pourtant en excuser l'ellipse. Ex. : Les Romains... jie bougrM'ent de leur logement. (4)

lîal/ac disait qu'il avait pitié d'un homme qui faisait de si grandes aiïaires entre ;mv et point. (5) S'il n'a pas inventé cet el'emple particulier des subtilités et des exigences de Malherbe, c'est sans doute qu'il avait entendu le « vieux docteur » dogmatiser de la vertu de ces particules, et préparer les règles que Vaugelas formulera. (6) Mais le Commentaire de Desportes ne contient aucune remarque relativeàcetleqiiestiondanssesŒuvres ; même Malherbe a «mieux aimé consulter l'oreille que la grammaire >,, comme Chevreau et Ménage le lui reprochent. (7)

Ni ne suffit pas à nier. Ex. :

Ny ses yeux ruisseians d'une source éternelle, Ny le feu trop couvert, qui le fait dessécher. Avaient peu de sa Nymphe entamer le rocher.

« ^fal ; il faut n'avoient. » (8)

(1) Omb. 977, 980.

(3) V. Ilaase § 100, b.

(4) I, 404. Comp. 1, 141, 288.

(5) Socrate chr. Disc. X, II, 2G3.

(0) Malherbe en tous cas n'eût pas inventé la question, car elle est ti-a.tee dans Maupas, f 167 v',!' éd. 355.

(7) V. éd. Ciiev. et Mèn. I, 386.

(8) El. II, lapyrom., IV, 384.

iC8 t\ bOcTRlNK DR MAtHËRÔE

Jamais n'est pas non plus ncgalif. Maupas le dit aussi formellement. « En response absolue, il est noj^atif et signifie mtnquam », mais, « en liaison de propos », il signilie « œlenunn: Notre amitié est pour jamais. » Il faut donc dire nostre amitié durera à jamais ne finir. (1)

Si Malherbe s'en était tenu là, la règle qu'il donne serait incontestée. Mais il entend quo jamais ne puisse pas se mettre au sens négatif devant un adjecliC comme clos, et il reproche ce vers à Desportes :

Et les yeux jatnais clos ne cessent de pleurer.

Il devoit dire « qui ne soiii jamais clos. Jamais sans une autre négative n'est pas bien. » (2)

L'ellipse allégeait si bien la phrase que, même sans autre cause, la langue y eût difficilement renoncé.

Les verbes craindre^ avoir peur exigent ne dans la proposition complétive.

Il faut dire : Il craint toujours qu'on nd\ï sur sa place entrepris et non : qu'on ait. (3)

Le XVP siècle en usait très librement à cet égard, et il faut arriver jusqu'à la fm du XVII" siècle pour que la règle de Thomas Corneille qui impose le ne soit observée. (4)

La négation ne se répète devant chaque verbe. Malherbe a noté:

Je ne me puis sauver...

Qu'Amour ne me découvre et me vienne trouver (5)

Il écrit cependant lui-même : Et ne puis ni veux l'éviter. Toute la France sait fort bien Que je n'estime ou reprends rien (6)

(1) Gram. ri68 V(l'èd. 358).

(2) D. I, cont. am., IV, 271. Cette observation est citée par l'auteur delà Grammaire de 1657, p. 111.

(3) D. II, 30, IV, 282 ; comp. Am. d'H. cli. 4, IV, 306.

(4) Haasep 104. cite de nombreux exemples où ne est omis.

(5) Am d'H. 45, IV, 312.

(6) Œuv. I, 288, 289.

DE l'advehbe 4G0

La n<'^^1lion porte sur le mot qu'elle avoisiiie. Ainsi Desportes en écrivant :

Qui ne m'echauiïe point d'ro'deur accoustumee

fausse sa pensée, car « il semble qu'il ne soit {)as échaufft' d'une ardeur si grande que de coutume. » il eût donc mieux valu dire « qui m'échauffe d'une ardeur non accoutumée. » (1)

Malherbe fait sur l'emploi de la phrase négative une observation assez fine. Desportes avait commencé un sonnet en disant:

Celle qui de mon mal ne prend pas de souci... Se rit de mes douleurs.

Le sens se comprend. Mais, comme dit Malherbe, « la phrase eut été meilleure, affirmative particulière, car il y avoit un monde d'autres dames que sa maîtresse, qui ne se soucioient guère de son mal. Quand on dit : la dame qui n'est point allée ce soir au Louvre, on présuppose que toutes les autres y sont allées. » (2)

(1) 7m. Ar. mort de Roc)., IV, 404.

(2) Am. d'H. 74, IV, 320. On comparera ce que nous avons dit lie l'emploi de tout et de la négation, (p. 407).

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