DE LA [M{EP0S1TI0N
Bf'pétition de la préposition. — An XVP siècle on ne répétait pas, 011 on omollait facnltativcmcnl, nno préposition nn'^ fois exprimée :
Aprenoiis à mentir, noz propos déguiser,
A trahir noz amys, noz ennemis baiser (Ij
Apres cent soubres-sauls nous vinsnies en la chambre Qui n'avoit pas le goust^/e musc, civette, ou d'ambre. (2)
Malherbe au contraire e\'\ii;o qne la préposition soit répétée devant chai|ne nom on chaque verbe. Ex. :
Propre à mon âge et ma tristesse.
En note : « et à ma. » (3)
Il est de ma nature et ma propre substance.
« Mal, si substance est nominatif, et pis, s'il est pjénitif, car en ce cas il devoit répéter de. » (4)
Un des passages notés par Malherbe montrera combien ses exigences sont exagérées :
Et par ma contenance,
Mes pleurs et mes soupirs elle auroit connaissance Que je sens bien ma faute et qu'en suis repentant.
(t) Rég. 5rt^ 4.
(3) Cleon. Ode, IV. 351.
(4) D. II, 63, IV. '293; Gomp. Div. Am . st. du mar., IV, 440; EL II. av, 1', IV, 38G.
472 LA DOCTRINE DK MALllEUIîE
« En lisant coci, dit-il, il somMo qiio 7iie.s p/eitrs et mes soupirs soit nominatif, ot cependant il dépend de : par ma contenance, et veut dire : par ma contenance, par mes pleurs et par mes soupirs. » (1)
Le XVIP siècle lui-môme a été moins absolu et a considéré si les noms ou verbes régis par la préposition étaient ou n'étaient pas unis par une intime parente de sens. Vaugclas voulait dispenser de la préposition , (|uand les substantifs élaient synonymes et « é(iiiip<)I!ens », lAcadémie, seulement (jnasid ils élaient synonymes, tout le monde en tous cas a été plus libéral que Mallierbe (2). Notons cependant qu'il écrit lui-même :
Sa gloire à danser et chanter (I, 113) De vous voir, et vous adorer fl, H6). (3j
Pléonasme de la préposilion. — Dans le ms orij^inal, Malhei'be a
barré ce vers :
Didon...
A cliaeun des guerriers baille une forte lance
De pareille grosseur, de force et de grandeur. (4)
Jamais en effet semblable phrase n'a été autorisée ; ou il faut supprimer les prépositions ou répéter l'adjectif.
Observations sur diverses prépositions.
A. — Au lieu de « je choppois to?(s les pas », j'eusse dit: à tons les pas (5). C'est en effet la règle générale : On dit ainsi à tons les conps. A cette époque on semble avoir exprimé ou sous-entendu à très librement. Ex. :
Gomme d'un riche habit réservé pour les festes
Que l'extrême besoin fait mettre à tous les jours (6).
On dit de même à petits sauts ei non en petits sauts (7).
(1) Div. Am. st. 2, IV, 43i>.
(2) I. 120, et surtout, 347 et sv.
(3) Sur quoi Ménage observe qu'on répète de (328).
(4) Im. Ar. Rod. f 233 x\
(5) Cleon. 7, IV, 329.
(6) Bert., Œttu. p. 336.
(7) Berg. et Masc. Disc, IV, 452.
DE LA PRiiPOSITION 473
A = vers. Malherbe dans son exemplaire a rayé S'essayèrent de l'arc à un but limité, fl)
Qu'est-ce qui Ta choqué? Est-ce l'emploi de ^/ ? On disait cepcndaiil </o,u,n' nu but, à un but N'est-ce pas plulAt liiiatus et la cacophonie ?
yl^avec. Maiiior})e trouve (jnc avoir intc/litjpnce n <juphin' nu est mal parlé; il faut dire rzy^c ^?/e/<7«'/m. (2) Comme le soupçonnait déjà Vanoelas. « beauconp de verbes avaient eu ce régime », pour la raison que les sens de à et nvf;c se confondaient souvent. Ccduici est à ajouter aux autres : se réconcilier, etc., dont il constat.' le changement de syntaxe(3).0n rcinaninora que Malherbe a dit luimême: Mais à vous je suis libre :== avec ou envers) I, 174.
La vieille langue employait à pour marquer la possession, et, au XVI' siècle, à se trouve souvent avec cette valeur.
Malherbe note ou elTace les vers de Desportes où se trouve cette construction : dans le temples NepUme, La fille « Galafron. (4)
Ou lil cependant dans Maupas : « 11 est receu et bien usité,' d'usurper ces articles datifs-cy, pour attribuer la possession de quelque chose à son possesseur et maisire : Le logis de Jaccjue.s ou à Jar(jucs. Le laquais de Mon.sieifr ou à Monsieur. Et ainsi tousjours au lieu des articles génitifs. » (o)
Lu môme verbe comme /^/////r ne peut avoir deux régimes au datif. Il laul (lire ou /a force lui défaut, ou la force défaut à une si cpande douleur et supprimer lui. On ne peut pas écrire en tous cas : La force lui défaut à si grande douleur.
C'est là probablement ce que signifie un trait tiré sur celle partie du vers. (6)
(1) D. I, 15, f 4 v°, Ms. 13. N.
(2) D. I, ch. 3, IV, 268.
[A] El. II, la pyrom.. IV, 385; la seconde de ces expressions est rayée dans le msdelaB. N. Roi. fur. f^ 226 r°. La copie B corrige aussi la femme à nthon. El. II. av. Is IV, 389.
(5)Gram. f^ 36 r% 1'. éd. 56.
(6) Cleon. st. ^ 135 v° (Ms. B. N.)
474 LA DOCTRINli DE MALIJElUiK
Aprt's. (( Chasser après un lièvre osl mal dil. On dil cliasser ou courir un lièvre ». [\)
C'était là une simple extension analogique. Une foule de verbes se construisent encore avec après : rire, aller, cuvrir, attendre, s'emporter, se mettre, etc.
On en trouverait d'autres dans l'ancienne langue. Hégnier a dit s'étadier après, Commines marcher après. (2) El dans les vers de Desportes, chasser après dit beaucoup plus que le verbe actif:
Comme le chasseur va suivant La beste qui voile devant, Laissant celle qui se vient rendre :
Ainsi la mort qni tout destruit, Chasse après celuy qui la fuit.
Dans. « On no dit pas : il avoit l'arc d<nis le poing, mais: r/?/ poing , ni ; dans la main, mais: en la main. 11 pouvoit donc dire : ayant l'arc en la main. » (3)
La préposition dans venait d'apparaître, et on faisait un etTorlpour en déterminer l'emploi.
D'abord, suivant Maupas, es ou dans les représente « un contenu intérieur, aux vaut bien autant, mais signifie une application externe quand le sens s'y adonne. Parquoy «//.r est plus universel, pouvant servir à tout. » (4) On ne doit donc pas dire ici dans le point/.
Reste à établir la différence entre dans le et en le. Malherbe, comme on le voit par sa correction, propose au poing et en la main. C'est encore Maupas qui nous explique cette contradiction :
Tandis que dans se peut construire avec tous mots « de quelque genre, nombre ou manière qu'ils soient, en ne peut compatir avec les articles le, les, entiers (non clidés) : Be.r est in arce. Le Roy est dans, dedans le (^hasteau, auCluisteau. Mais non, en le Chasteau... Or se propose bien en à tous féminins : en la maison, et à tous masculins commençans par voyelle ou h muette : En l'hostel, en
(1) Am. cl'H. ch. 4, IV, 306.
(2) Sat. 12. Y.
(3) Div. Am. st. 4, IV, 443.
(4) Gram. f 36v'(l« éd. 68)
nn: la pkkposition 17.?;
iarhro. IJrcf, à (ous noms ot pronoms sin-ulicrs on plnriors n..i. procodoz (lesdils arlirl<.s lo , non aposlrophé ol les prc.nonis comme />//^v/.v^rv, umint ^ tnuf, t,-l, de. Item .L-vanl I.-s arlieles ./^ du^ ,A>.v; et où <>,Mie peut servir, nons ernpl..y.m> .A//rs, .Av/«m, à,' au. aux, Av, scion (ju'il viiMit mieux à poinel. >. (1)
De marquant une apposition.
La particule est nécessaire avec les noms de rivière: „ p.-.r le llouve de Styx et non par le fleuve Slyx. .. (2) Il ne fant sans .lonle pas donner plus d'extension à la règle. Les Latins, dit Maupas, usent d'apposition en même cas : urbs Lulecia, fluvius Se^juuna, ce <iue nous imitons souvent avec ce moi mont: Le inont Parnasse, Heliron. Item si ce sont noms de personnes et aussi noms d'animaux : ram/e Gabriel, le cheval Ihn/ard.
Après rien, quelque cho^e, etc., la langue du XVP siècle exprimait ou sous entendait librement la préposition de. On disait rien trop ou rien de trop, quelque cIiosp wieu.r ou qurlq,,- cho.sr do mieur, « usans semblablement du génitif, et puis le changeant pareillement en nn nominatif, si bon il semblait. » {^)
Malherbe lui-même parle encore ainsi. On trouve quelque chose plus dans son Tite Live et ailleurs rien joint sans préposition à des adjectifs (4).
Cependant il reproche à Dcsporles d'avoir écrit rien mieux pour rien de mieux, (o) Cette règle qu'il semble avoir eu l'honneur d'inventer, s'imposa si bien qu'il fut lui-même censuré pour lavoir violée par Vaugelas et Chevreau (6).
De marquant le génitif objectif.
Avec certclins mots ce tour rend la phrase équivoque. « Ouand on dit h' peu de soin de cet hounnr-lù, on ne sait si c'est le peu de '
(1) Gram. f 172 et 173, (l* éd. 368).
(2) Im. Ar. mort de Rod. IV, 408.
(3) H. Est. Conform p. 74.
(4) V. I, 402. Comp. an Lex. rien.
(5)D. II. ch. 4, IV, 2«7.
(6) Rem. II, 400 et I, 443 ; Œuv. Malli I, 240.)
soin qu'il a ou le peu de soin qu'on a de lui. » (i) De môme (( l'ennui de son fiis est proprement l'ennui que son fils ressent, et non l'ennui qu'elle ressent pour son fils. Il se faut donc mieux expliquer. » (2)
De = par. Il y a deux observations de Malherbe sur des phrases où se trouve celte construction, mais ni l'iino ni Taulre, je crois, ne porte sur elle, ce qui du rosie serait foit étrange. (3)
1° La première vient à propos de ce vers :
Mais ce qui m'assaillit d'un regret plus extrême.
« Quel langage ! s'écrie Malherbe. On dit bien : je fus assailli d'un regret extrême, mais non : cela m'a assailli d'un regret exirême. » (4) Au premier abord on pourrait croire que cela signifie que le complément d'un rffjrrt, qui convient à la forme passive êtrn assailli, ne convient pas à l'actif assaillit ; mais en réalité, c'est l'expression qui déplaîlà Malherbe; une chose ne peut pas assaillir quelqu'un d'un regret^ voilà ce qu'il veut dire.
2° L'autre vers blâmé est celui-ci :
Voy ce pauvre Acteon sans pitié dévoré... Pour avoir offensé d'erreur trop excusable.
<( J'ai offensé de grande erreur, dit la note, est mal parlé. » (5) Il semble fout d'abord qu'il y ait une faute d'impression ; il manque au verbe son régime t' : pour f avoir offensé, à moins que Desportes n'ait supprimé le pronom pour n'avoir pas à faire l'accord. Quant à l'expression offenser d'erreur, il Ini manque un article (oflenser d'une erreur trop excusable) pour ressembler aux expressions môme de Malherbe :
Qui vit jamais coupable expier son péché D'une douleur si forte, et si peu divertie. (6)
(1) Am. d'H. ch. 1, IV, 302.
(2) Epit. sur la mort de Quélus, IV, 466.
(3) Il l'emploie en effet très fréquemment, 1. 12'J, 147, 157, 160, etc.
(5)Z). Il, 71, IV, 29 i.
btî LA PRKPosmoN 47-7
Dans aucun des doux cas la syniaxe de la {..(-{.(.sili.,,, n'est donc
en cause.
Complvmmt do rin/lnitif. - Desportes avait écrit comme nous le ferions encore :
Quel horrible péché me fait haïr des Ciexi:,.?
Malherbe répli.jue: « Je dirois plulùt hviivaux r/Vv/xet de fait, on dit: « vous me l'avez fait haïr. ,. Or qui doute que me ne soit datif, comme wou^ me donnez, etc. On dit: cette action l'a fait haïr au Roi; cela l'a fait haïr à tous ceux qui l'aimoient. » (1)
Telle semble être aussi la règle de Maupas. « Le verbe faire, item les verbes appartenant aux sens, comme voir, ouïr, sentir, entendre, appercevoir, regarder, item laisser, permrtire, endurer, souffrir suivis d'un infinitif pur de verbe actif luy apportent un sens passif! Jeferay imprimer mon livre, faciam excudi, vel, ut excudatur... Nous y applicquons la personne agente moyénant les prépositions à, au, aux, ou par. Je faij imprimer mon livre à un tel, ou, par un telimprimeur. » (2) Ailleurs parlant de la même construction, Maupas ajoute que « la préposition à semble bien valoir la préposition /;«r. » (3)
/>mw^ne convient pas avec le verbe mirer, au lieu de en (auj. dans).
« Que veut-il dire, mirez-vous dessus moi? J'ai bien ouï dire : se nurer en un miroir, en <le l'eau, ou quelque autre chose semblable, mais se mirer dessus m'est nouveau. » (4)
De dessus. Les prépositions marquant une situation dans l'espace se trouvent souvent obligées de se combiner avec les prépositions de, par, qui marquent une direction : Je suis auprès de lui; Je m'en vais d'auprès de lui.
(1) Cleon. Abs. 76, IV, 347.
(2) Gram. f 152 v», 1' éd. 324. Comp. Maynard, III, 34 et 59.
Et vous laissez touchera son divin langage... Ne te laisse pas vaincre aux peuples nial-contens.
(3) Gram. f" 36 v*.
(4) Am. d'H. 18, IV, 300.
478 LA OOCTIUNE DK MALUF.URR
La vieille langue, qui aimail à redoubler les prépositions, ne craij^uait nullement ces lours, on y renconlre de delà, par auprf's, elc. Desporlcs fidèle à celle tradition écrit :
Quand aucune fois sa clairté se relii'e De dessus moy
A bicti (lire, c'est la seule manière (rcxpriincr (oulo l'iih-e : noire expression moderne sy retira de moi est beaucoup moins complète et moins nette. N'imj)orlc ! nous n'aimons pas (sauf dans les locutions toutes {vi\W'à par dessus^ etc.) ces accumulations de mots invariables Malherbe avait déjà le même sentiment. 11 barre fi?<? dessus et ne rem|)loie lui-même que dans sa prose. (1)
11 me survint quelques amis qui m'ôlèrent de dessus la besor/ne. (2)
Dès et depmis. Dans ces vers :
Dès le jour que mon ame, amoureuse insensée, Se rendant à vos yeux, lesfist Roys de mon cœur.
Suivant Malberbe, il fallait dire « dep^d^ », mais sans que nous sachions pourquoi, « ce discours valant plus de papier qu'il n'y en a ici. » (3)
Devers est encore dans Desporles d'un usage fréquent. Il ne semble pas (jue Malherbe ait déjà considéré cette préposition comme vieillie. (4) Il ne la condamne pas, il veut seulement en restreindre l'emploi, comme ici:
Courriere du Soleil, lu devois de tout poinct Devers nostre horizon ce joiH" n'arriver point.
(( Je nedirois point : l'Aurore est arrivée devers l'horizon, mais: sur l'horizon. » (5)
(1) D. I. comp. 3, IV, 264.