I. — CONJONCTIONS DE COORDINATION
.Malli.>rl)(' est trôs exigeant sur la liaison des phrases. Voici •liu'lqiies exemples qui donnqrout une idée de ses minuties ; Belle et liere déesse à qui je suis voué, Dont le ])remier regard rendit Amour mon maistre, " 11 falloit ici une copulative, » dit-il. (1)
11 n'a nulle peur d'alourdir la phrase. Ainsi il trouve que li'Tvv^sTov n'est point ici à propos : (2)
J'avois esté six mois pleurant pour une absence, Languissant désolé, couvert d'obscurité, Vivant du seul espoir de revoir la clairté, Qui fait fleurir mes jours par sa douce influence.
On voit cependant ce qu'eût donné la phrase avec un et devant chacun de ces adjectifs ou participes. Voici un troisicme |)assa-e plus caractéristique encore :
Mes yeux sont assez clairs pour lire en vos beautez
L'irrévocable loy de ma mort asseurée,
Et pour voir que trop haut mes désirs sont portez,
Ayant l'aile tardive et foible, et mal cirée,
Pour voir qu'à vos soleils leurs cerceaux se desfont,
Et que tout mon espoir comme neige se fond.
[1)1). II. st. 2, IV, -m
48i La dociiunf, bi: MAUiKlslii:
« Cq poifrvoir, dil-il, est sans liaison, vu que devanl il va : et pour voir. » Il est vrai (juaiiisi la période sei'ail plus régiilirre, mais :!omnic elle est plus gracieuse saus cet et! il semble que le poète après la réflexion mélancolique du vers pi'éci'dent: Ai/mii /'tiili' tardive, reprend haleine, ce qui est très bien marqué par le repos. (1)
Mais parfois Malherbe a l'aison; ainsi dans ces vers :
Or de moy qui n'ay point de roc en la poitrine, Qui ne suis point conceii des flots de la marine, Aiiimé d'un beau sang, d'un esprit et d'un cœur Je reconnois Amour pour maistre et pour vainqueur.
Dcsporles devoit dire : mais animé d'un beau sang, (( une advcrsative est nécessaire pour marquer l'opposilion. » (2)
Pléonasme des conjonctions. — Desportes fait souvent un véritable abus de la j)lus banale des chevilles; il entasse et sur et. Ex :
Je me plais en ma faute, et plus je nie sens pris Et plus je tiens ma vie heureusement sujete (3)
Si vous voulez que ma douleur finisse, Et que mon cœur qui vous est destiné Soit de son mal doucement guerdonné, Et que mon ame...
Malherbe a vraiment raison de dire : « copulalive sur copulative, mal ici. « (4)
Le fuais ne lui est pas moins précieux pour remplir son vers.
(1) Cleon. st. 3, IV, 338.
(3) Clcon. 14, f 121 v°. Comp. Régnier, Ep. 1.
Le Paysant n'ayant peur des bannières estranges. Chantant coupe ses bleds, riant fait ses vendanges; Et le berger guidant son troupeau bien nourry, Enfle sa cornemuse en l'honneur de Ilenry. Et toy seul, cependant, oubliant tant de grâces, Ton aise trahissant, de ses biens tu te lasses.
(1) D.U. 17, IV, 277. Comp. Am. d'H. 52, IV. 314 : FA. \, 19, 37G.
UES CO.NJU.NCllO.NS 4g5
Mais Malherhe le rai.' sans pilié, feignant de ne pas savoir à ,,uoi il est bon . Ex :
Ouvrez mon cœur que vous avez, ICt mes vœux plus ne recevez, Si dedans vous n'estes empraiute, Mais pour y graver auti-e image Le trait d'Amour n'est assez fort. (1;
<:e(te conjonction fait en eiïet presque contresens.
Chose curieuse, une des conjonctions dont l'emploi est le plus souvent critiqu.' par Malherbe est cette fameuse conjonction rw, 'l'H allait donner lieu à une mémorable querelle.
Il faut a.lmettre que dans ses dissertations amoureuses, Desport.'s multiplie un peu trop les particules qui hii donnent l'air de raisonner :
Mais tout soudain ma triste fantasie
Avec raison pert celle jalousie,
Car sa foi trop louable
Est constante et durable,
El d'autre ardeur son âme n'est saisie.
Car son cœur est à moy. . . (2)
Mais voici qui est très logique :
Tousjours vostre unique beauté M'est présente en la fantaisie :
Tel bien ne me peut estre osté Par lEnvie et la Jalousie.
Car si vostre chaste froideur.
Et vos rigueurs pleines de glace N'ont rien peu contre mon ardeur, Moins y peut toute autre menace.
E<' rar ue-t nullement ici « hors de prop..s. „ (3^
{\) CIcnn cil. ;i. IV,;îl(i Cdirip, /). I|, '^>(;, |\-.-j:'.l.
(2) Bny.et Musc, coiiip. 1, 1\'. ',58. Coiup. I)ù\ An,. ro\np. ',. IV III
(3) J)ir. Am. cli. 1, 1\-, 127.