LA UOCTHJ.NE OE MALHERBE
Et Malherbe en relève un cerlain nombre qui se jnstilicnt les uns 1res bien, les autres suflisiimnient [EL I, 18, IV, 37o.; Clcotu 36, IV, 338 ; T). \\, 42, IV, 286 ; Epit., de la barb. de M"" de Villeroy, IV, 46i.) Aurail-il |)arlngé les idées de M. de Gombcrville, les aurait-il inspirées même ? Il y a en tous cas dans ces remarcjucs une préface à cette dispute entre puristes.
La chose est dautant pbis vraisemblable qu'on lit dans Vangelas {N. Rem. H, 461) : « Ou accusoitle bon-homme M... d'estre auteur du meurtre do car : dequoy il avoit conceu une telle colère qu'il s'en plaiguoit à tout le monde, et m'a dit à moy plusieurs fois que pour se justifier pleinement de cette calomnie, il estoit résolu de faire un Sonnet qui commenceroit par car. »
Une note d'Aleman dit : « Je ne sais qui c'est. Los uns disent que c'était M. Chapelain, les autres que c'était M; de Priézac. )> Il est peu probable, ajoute M. Ghassang, que ce soit ni l'un ni l'antre, surtout Chapelain, pour qui Vaugélas avait une grande considération.
Pour moi, le bonhomme M..., c'est-à-dire le vieux M..., c'est Malherbe. Il avait réglé sévèrement l'emploi de car', ses disciples voulurent le proscrire jusqu'à ce point qu'il fut lui-même obligé de protester.
On trouve à trois endroits une remarque identi([ue d'où il résulte que Malherbe n'admettait pas que la conjonction et pût commencer un couplet. Ex. :
Sur le tombeau sacré d'un que j'ay tant aimé, Bit dont la souvenance est en vous si bien painte, J'asseure et vay jurant, plein d'amour et de crainte Que sans plus de vos yeux mon cœur est enflamé ; Et que le temps léger, au change accouslumé. Jamais n'esbranlera ma foy constante et sainte.
« Cette copulative et, dit Malherbe, ne doit pas commencer un couplet. » fl)
(1) D. 11,64. IV, 293. Coiup. Dir. 'Am. pour un miroir, IV, 417 ; et Z) I, comp. 3, IV. 2G1.
DES CONJONCTIO.NS 487
Maisc'osI làiincobsorvalioii pliil.M rylhniique qno prrammnlicale. r/csl l'applicalioii du préceple doiil Haoaii nous a parle- : .( M. de Mallierbc vouloit (ju(> les éléo-ics (ol aussi les sonncU. paraît-il,) eussenl un sens p.nlail Ao (|ii;iin' vors en ciualro vers, uK^me de de deux cmi doux, s'il se jjouvoII ; à <iMoi jamais Racan ne s'est accui'dé. » [{)
Formfi.s (Us conjonctions. —. Desportes écrit encore parfois ne pour ///. \\x. :
Il ne s'en trouve point .. ..
Ne qui plus justement se puisse lamenter [2)
Malherbe a rayé ce mot dans son exemplaire. Cependant, suivant Maupas, les deux formes étaient indilTéremment reçues, au moins dans certaines locutions : « Je ne crain ni vous îii les vostres ou ne vous nn les vostres. Je ne voi ne rime ne raison, ou /// rime ni raison en vostre dire. » (3 )
M'" de Gonrnay défend ne (i) et Vaugelas, tout en prohibant cette forme partout ailleurs que dans la locution ne pim ne moins, avoue que ce vieux mot est encore en usage « le long- de la rivière de Loire. » (5)
Ohserrdiions sur tiuelques conjonctions.
Malherbe a essayé de déterminer d'une façon très exacte le sens de nmi!i. Voici les passages :
J'advoue avoir failli : la faute est excusable, Qu'un Roy tel que je suis, courageux, redoutable, Qui sçait bien commander à un peuple indomté : Mais qui ne sçait que c'est de service et de crainte. N'ait peu du premier coup fléchir sous la contrainte, Et se soit essayé de vivre en liberté.
(1) DansMalli. éd. Lai. I, I.XXXV.
(2) FA. I, 8, f 169 r".
(3) Gram. f* 1(39 r".
(4) Omb. 96G.
(5) I, 102. Voir sur ce (ju'il pensait de }xirco que. Rem. ]. 117.
IHH LA DOCTHIM': UK .MALmiUHi;
il/^//.s' s'cxplifiuc Ir^'s bien ici, il y a une opposition suflisanlc ; co roi sail cominuiuler aux peuples, d'autre [xirt, iurf-rsoiicnt, il ne sait pas servir.
Suivant Mallierlje, )nr/is ne saurai! ccpenflniit convenir: " le mol implique conhadiction el il n'y en a point. » (1)
Ces sévérités se justifiaient (raulant moins que aliis devant, suivant lui, disparaître, l'usage de mais s'en trouvait nécessairement étendu. (V. au Lex. ain.s.)
Emploi de ni.
Ni unissant deux propositions négatives.
Desportes écrivait :
Je ne suis point jaloux, m/ ne le veux point eslre. (2)
C'était la vieille syntaxe. (3)
Malherbe eût voulu sans doute ef, car il « noie » ce tii.
En elïel et Va supplante, quoique beaucoup d'ck'i-ivMins du XVIP siècle emploient encore ni en pareil cas, mais d(''j;i liisii^i»; est partagé. (4)
A la suite d'une proposition négative qui a plusieurs régimes, si les premiers sont précédés de ni, les autres ne sauraient être précédés soit de et soit de oti. Ex. :
Il n'a pas moins datlraits, ni de force et de grâce
« De force ni de grâce. » (o)
Il n'y a desoi'mais ny rivière ny bois, Plaine, mont, ou rociier.
« Puisqu'il n'y a ni rivière ni bois, je dirois: ■< pluitie, mont iit radier. » (6)
II n'est pas besoin de montrer combien celle règle est absolue. La langue moderne elle-même y échappe.
(1) Dix\ Am. st. 2, IV, 438. Comp. El. II, 3, IV, 3SI .
(3) V. ma Grum. Ixlst. p. 014, 3".
(4) Haase^ 140, a. Voir la Rem. 2.
(5) Epit. La mort du j. Mangiron. IV, 4G7.
(6) Am. d'H. 15, IV, 31-2.
DES CONJO.Nr.TIONS 489
Les sujets (riino phrase négative, n'-siimés par /vVv^ se joignent {»ar ni et non par et. Kx. :
La gloire de mon seul penser Fait (jne rien ne peut m'o/fenser, Rigueur^ prison, gesne, et martyre:
J'aime mieux nn de mes tourments Uue les plus chers contentements.
" Jl laul dii-e : ni. » (1) DevanI plusieurs régimes ni doit se répéter. Ex. :
liref une mer d'ennuis qui n'a rire ni/ fond. (2) -Malherbe « note » ce vers, devançant ainsi Vaugelas qui le l)Iàmei-a lui-même d'avoir écrit : « E/Ips narairni armo.s. murailles, ni homines rpii les pussent défendre. » Ce qui na pas empêché Racine d'écrire :
Je ne connois Priaui, Hélène, ni l>àris.