‹ La doctrine de Malherbe d'après son commentaire sur DesportesChapitre 86 sur 106 · II. — CONJONCTIONS DE SUBORDINATION · texte numérisé non relu

II. — CONJONCTIONS DE SUBORDINATION

Ohsfrrations sur différentes conjonctions. Afnçois f/f/c, ainsqno. (Y. an lexique).

.1// hi-ii ijiic el .";/ lieu (juc ne |)euvent être confondu^. - Ou dit an lira (/Il il ///«" hait, je l'aime : an lieu i/a'il me fût iln mal. je lai désire da bien. » ^3) (Vesl avec cette idée d êchangv qur .Mallicilu' emploie lui-même la préposition au lien de : Celui qui ;i rendu ([iielqne chose au lieu de ce ([u'il avoit reçu. (4) Au lieu qu<' a donc le tnême sens.

Au coniraire « en lieu que présuppose quelque coulrai-iêl.'. ..

Mais les vieilles formes en lieu de, et en lieu ijue, qui dnr.ii.-nl depuis les origines de la langue, n'ont pas subsisté.

(1) .4.)). d'H. ch. 2, IV, .W4.

(2) El. L 14. TV. 370.

{l)Ber>j. et Masr. <iinl I. IV, 453, (4)11, 111.

iî)0 LA DOCTlUiNE L»E MALIlICKRt:

(J//f//id. — On (.lil r'étiik un jour fjui-, non ('(''tait un jour (juniul: « (.0 fui le joui- de SainI Jean (/uc le l'oi arii\ a, ce fui le lundi (/u"\\ |)arlil, de. ; l'I non : ce fui le j<'iii' de SainI Jean ijuunil le l»ui arriva ; ou bien : il étoil liimii (pKun/ le Koi arriva. » (1) A plus forle raison ne fant-il pas allernei- :

Ce jour me fut bien malheureux, Que je vey vos yeux rigoureux, Quand les miens... (2)

On trouve au Moyen Aoc ^«r//if/ employé au sens causal de n/ors que, attendu (juc.

« Et rendirent grands grâces à Dieu de la l)olle journée qu'ils avoient eue, (/u(/nd une poignée de gens qu'ils estoient, environ mille comballanls... en avoient déconfit plus de dix mille. » (3) Voici un passage tout semblable dans Desportos :

Il faut bien que la rage ait pouvoir dedans uioy, Et que le Iroubiement, qui me donne la loy

Soit d'une estrange sorte, Quand vivant tout eu vous, ô mon mal bien aimé, N'ayant jour que de vous, par vous seule animé,

Je vous souhaite morte.

Malherbe a rayé le mot f^uand à-àw?, son exemplaire, (4)

(^ite si fait bien la liaison et prépire bien à conclure :

Au feu des passions ma foy se rend plus forte, Puis contre vos dédains ce poiiict me reconforte, Si par vostre rigueur ^e ineurs avant le tans, "Veu ma témérité, j'auray ce que j'attans.

« .l'eusse dit : Que si par vos rigueurs, «(o) La correction est en elïet excellente.

{1) Div. Am. 9. IV, 424. Dans son exemplaire, Malherbe a rayé: En liyrer que je voy les montagnes désertes {D. l, comp. 3. î° 25 v°). {2)Am.. d'H. ch. 4, IV, 306.

(3) Froiss. I, 1, 231, L.

(4) Cleon. st. f i36 v°.

i)i;s (ûNjdNcrioNs 491

Soit i/itc. — Ji- 110 pense pus (jue Malherbe ait voulu >iij>|»rimer la libellé i\\{on uvail cl qui est restée de C(jnsliiiiiv \i)il (jur cl ou ensemble. Voici ' « une (Jisjonetion, suivant lui, mal uecomniodée )):(!)

Soit pour ne voir le puinct de ma perle prochaine, Ou quU portast le dueil de ma mort inhumaine.

Mais les deux constructions man(pn'nl de symétrie, cet inlinil.it" ne va pas avec le subjonctif (jui suit, c'est là sans doute ce que Malherbe a voulu dire

Tant (juv est souligné dans ce vers :

Et n'attendons pas /a«^ ^«'elle en soit consumée. (2j Voici une observation bien étrange : /-'//// iiup. est alors usuel au sens {\i' JNsfju'à ce (/iir. Malhcrlx^ eut piobablenuMit voulu le limil<'r au sens de aussi longtemps quf : « Ttmt que nous ignorons, il faut ;i])prendro. » (3) C'est dans le même esprit (pie rAcadémiea blâmé ce vers du Cid :

Je te le dis encore, et veux tant que j'expire Sans cesse le penser et sans cesse le dire, {i)

Mais les auteurs ne se sontpas conformés à cette décision et il a fallu venir jusqu'à nos jours pour que l'expression perdît ce sens.

li('p<'titlo/i (in la conjonction.

Va\ principe la conjonction doit se répéter devant clia(|ue verbe (jiii a un sujet propre :

S'il est vray, comme j'ay connoissance,

Que']ii retourne en ton obéissance, Et derechef tu me vueilles ravir.

« La netteté du langage vouloit ([uil dît : Et qur derechef. » (5)

(2) Am. d'H. el. 3. 1^ 01 r°.

(3) Malii. II, .S85.

(4) Cid, III. 4, éd. 16:^.

(5) .4m. d'H. prière, IV, 3(»1.

492 LV DOCTRINE Di: MALHKUnE

Quand peut être repris par (jue. Kx. :

Peut eslre à fin qu'un jour, quand nm dcspouille entière Sera réduite en cendre el faute de matière S'amortira d"un coup mon triste embrasement,

« Il tant (lire : fl (juc faute de. » (1)

PiiisijHc se reprend également et Malherbe a souligné le second do ces vers : (2)

Puis que le mal est douce recompanse, El la douleur vaut tout contentement.

Cette remarque s'explique et se complète par la suivante :

Puisque tous les malheurs sont pour moy destinez, Puis qu'avec le dédain ma constance est forcée: Puis que ma foy se voit d'oubly récompensée, Et mes u eux pour jamais à pleurer condamnez.

«Il dovoit dire : et que mes yeux sont pour jamais, etc. ; ou bien ; Puisque ]Q vois ma toi... ; ^'^ mes yeux pour jamais condamnez h pleurer. » (3)

Au contraire Malherbe blâme :

Qwano? j'approche de vous, et ç'i^e jeprens l'audace De regarder vos yeux (4)

Ce quand ("A que, qui hii déplaît, s'explique, toutefois, forl bien : il y a deux actions successives, qui sont ainsi détachées et ne le seraient pas, s'il n'y avait qu'une conjonction. Mais le sujet est le même.

De même ici :

D'où vient que je sois seul suivant ce (jui m'ulVense? D'où vient quen le sçachant je n'y faV résistance, Mais que de mon bon gré je le v?y ])rocurant ? (5j

« Que et je, dit-il, sont superllus. »

(\)Cleon. 37, IV, 338.

(2) Masc;. de faunes, f 314 r' ; é 1. Lai IV, 4G0.

(3) Cleon. Hl, IV, 344,

(5) Clcon. 33, IV, 330.

nr.s coNJuNciioNs 493

Sa (loclriiic esl donc bien lU'Ilc On la comparera à cclK' ([ii'il a (loiiiu'c au sujet do la lépélilioii des pi-ononis.

Celle (|ueslioii de la répétition des conjonctions est, eu somme, assez mal traitée par Malherbe. Dosportes était parfois il esl vrai, diiue maladresse extrême, comnu' le moulrera la jx-riodi' suivante :

Quand la loy du destin, qui depuis ma naissance

b'orte me tyrannise, et quand voslre ri^^ieur

Empesolieroient le bien que dessert ma langueur,

Et quand pour le loyer de mon amour extresme,

Et quand pour vous chérir cent fois plus que moy-mesme

Je ne recueilliroy que l'ennui d'un refus...

Mais Malherbe n'est pas plus heureux. Il eût voulu d'abord : cl que, votre l'igueur; ce qui est encore superlhi. Au quatrième vers, il tolère et quand, il y a là en elfet une reprise de la phrase, mais il le blâme au vers suivant. (!)

Seulement il ne s'aperçoit pas que ce sont les et qui embarrassent la plirase, il lui faut ses « copulatives », comme nous l'avons vu.

Qu'on compare ces strophes des Châtiments :

Quand même grandirait l'abjection publique A ce point d'adorer l'exécrable vainqueur, Quand même l'Angleterre et même l'Amérique Diraient à l'exilé : Va-t-en, nous avons peur. Quand même nous serions comme la feuille morte, Quand, pour plaire à César, on nous bannirait tous. Quand le proscrit devrait s'enfuir de porte en porte. Aux hommes déchirés comme un haillon aux clous...

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