‹ La doctrine de Malherbe d'après son commentaire sur DesportesChapitre 88 sur 106 · I. Complément de l'atlribul · texte numérisé non relu

I. Complément de l'atlribul

%) Ce c()m|>Iémentest placé avant l'attribut, le sujet et le verbe : Quoi ! mon Cœur, (\'endurev ncs-tu donc pas lassé? (G)

il) Am. cVH. 43, IV, 312, à propos du vers :

Jo n'ai de mon amour aucun fruit espéré.

(2) El. I, 9, IV, 36'I.

(3) Cart. et Masc. Cart. p. duc du AI , f^ 318 v°. (Rave dans l'ox orif) (1) EL I, 10. IV, 366.

(5) D. Il, 68. IV, 294. Con.p. Angel. IV, 420 et dans le ms. orig. El. Il av. 2^ r2l7 v" : sans de luy festranger. {S) Berg. et Masc. conip. 2. IV. lô'.i.

')02 LA nOCTRINE UE MALIIERIJE

p) Ce complément se trouve avant l'attribut, intercalé entre le sujet et le verbe.

L'univers se repose, et l'horreur solitaire

Des travaux journaliers est la trêve ordinaire. (1)

y) Le complément se trouve entre le verbe et l'attribut :

Ce jour me fut bien malheureux. ..

Quand les miens (mes yeux) nouveaux tributaires

Rendirent mes sens et mon cœur

Alix chaisnes de vostre rigueur

Depuis liez comme Forraires. (2)

IL — Complément du sujet.

Le sujet est accompagné d'un adjoclif déterminé par un régime indirect. Ce régime est placé avant l'adjeclif et le nom. Aux célestes beautez mon ame accoustumee. (iJ)

IIL — Complément du régime.

Ce complément se trouve en tête de la phrase :

Si jamais que de toi/ je n'ay rien voulu dire. (4) Tous ces tours sont vicieux.

Place de radjectif. — Il est difficile ici, on le voit bien, d'établir des règles générales, (o) L'adjectif, suivant Malherbe, se met tantôt avant, tantôt après :

1° L'adjectif se met après.

« L'humaine vie » est rude, (6j comme « Vliumain repos, a (7)

(1)11 pouvoit du-e : Est des travaux du jour la relâche ordinaire. El. I, 14, IV, 371.

(2) Am. dH. ch. 4, IV, 30G. Comp. dans le m. or. le 44' son. de D, I, v. 4.

(3) Clcon. 15, IV, 331.

(4) D. I, ch. d'am., IV, 265.

(5) Spécialement en vers, il y a une large licence de changer Tordre coutumier. (Maup. 1' éd. 117) Puis, il y a plusieurs adjectifs ou n'y a nul choix, pouvans estre placez indifféremment devant ou après, au plaisir de celuy qui parle ou escrit, ou selon la commodité de sa sentence, [ib. p. 119).

(0) Cart. et Masr.arl. 2, IV, 461 .

(7) Div. Am. comp. 4, IV, 441.

OKDRE DKS MOTS 503

Pillot disait déjà : Lu place do l'adjectif est après le substantif: le vin blanc et non le blanc vin. En cela les Français suivent la nature qui demande la subslance avant l'accident ; néanmoins c'est Teuplionie ({u'il faut consulter, et la place n'inllue pas sur le sens. (1)

2° L'adjectif se met avant :

On dit : « en ces douces liesses, en ces belles maisons, en ces (grandes compagnies. (2)

II. Estienne disait de même, que les adjectifs, s'ils désignent la bonté ou la beauté, se placent avant : bon pain, beau cheval. (.3)

EtMaupas : «Généralement les adjectifs de louange ou blamc semblent avoir meilleure grâce avant leurs substantifs, car nous disons plus naïvement, un scavant homme, un brure soldat, un honnesle personnage , qu'au rebours, ja soit que ce ne soit nécessaire. » (4) Deimier, à propos d'un vers de du Bartas, remarque qu'on ne dit pas « tusufruict clair des deux », parce que pour la naïveté du langage les verbes adjectifs et principalement ces monosylabes ne doivent point aller après les substantifs. C'est pounjuov il ne faut pas dire : le Ciel beau, les prés vers, la maison belle. »

Les adjectifs de plus d'une syllabe peuvent être déplacés.

Exception est faite à la règle générale pour belle comme dans ce vers de Desportes :

Mourir pour sa foy c'est une chose belle

En prose toutefois on ne pourroit dire ainsi, à moins ([ue brllc ne soit précédé d'un adverbe. (5)

Le participe passé employé comme épithète doit toujours suivre le substantif.

« Ces participes ont mauvaise grâce étant transposés, comme troublé courage, détruites murailles, refusée grâce, etc.

(1) Gall. ling. Inst. p. 21, d'après Loiseau.

(2) Bcr<j. et Masc. Baiser, IV, 454; Coinp. Am. d'il. 12, IV, ;îl 1. eU-ncore d. ms. orig. Bol. fur. f° 227 v" : « la saison belle. »

(3) H. T<:,st. Hypom. p. 154, 159.

(4) Ed. orig. IS.

^5) Acad. p, 155.

LA DOCIHINE DE MALIIKHUE

Pr'uitn Vdijdiil (Irlniilj's srs murailles, est mieux qiu! Priain njijani SCS dclruilcs murailles. » (1)

Ces observalions complètont très hoiiroiisonicnl ce (juo Pcllisson nous a appris des scnlinicnls de M;illierl)C à ce sujet : " Jl Icuoil pour luaxiuie (jue ces adjeclirs (|iii ont la terminaison en è nia>cuiiu, ne dévoient jamais cstre mis devant le substantif, mais après ; au lieu que les autres qui ont la teiminaison féminine pouvoient estre placez avant ou après, suivant qu'on lejugeroit à propos : qu'on pouvoit dire, par exemple, ce redoutable monarque ou ce monarque redoutable ^q\ tout au eontrairi',([u"on [touvoit bien (iire,c/" monarque redouté, mais non pas ce redouté monarque . Je n'ay pas pris crt exemple sans raison et à l'avan turc; car j'ay souvent ouï diic à M. de Gombaud, qu'avant qu'on ust encore fait cette rellexion, M. de Malliorbc et luy se promenant un jour enseinblr. et pailanl de certains vers de M"" Anne de Roban, on il v avoit :

Quoi, faut-il que Henri, i;e redouté monarque

y[. de ^lalbcrbe asMU'a plusieurs fois que cette lin lui déj)Iaisoii, sans qu'il pust dire pourquoi, que C(da l'obligea luy-mesnn' ds penser avec attention et que sur l'heure en ayant découvert la raison, il la dit à M. de Malherbe, qui en fut aussi aise que s'il ust trouvé un trésor et en forma depuis cette règle générale. » Ménage conteste un peu le récit et la règle.

Il se fut aperçu, s'il eût connu le Commentaire, que Malherbe ne donnait pas en tous cas à sa règle un caractère absolu. (2)

L'adjectif tout.

Il a tout dedans moy son carquois renversé,

dit Desportes. Le mot ainsi placé est plutôt adverbe, mais Malherbe le considère comme adjectif et juge qu'il est « iiors de sa place. » (3)

(1) El. I, 1(1. IV. 3G5.

(2) V. éd. Clicv. et M., lit, 70.

(3j EL I. 17, IV. ;{74.

onnnn ni:s mots .'«Oo

Transj/Dsilion dr i\/t/rer/)r. — L'advcil)!- in' <lnil [i.-i-i'lic Inin lu mol (|u"il niodilic. Dcspoiies a mal ('ci'il :

(Iraiiit d'avoir trop rendu ceste amitié connue, (\) Asse: je me tiendrois en mes maux guerdonné, (2) Je i)()rle/>///.s' au C(eui- d'amours et de tourmens, Ci)

I{r/nar///ff'. — Mallici-lx» s('ml)le poser sa rèjjlc d'une façon l»i«.'n élroil(\ car il condamne le second de ces vers :

Je veux toutes les nuicts soupirai' en dormant, Je veux ne trouver 7nen si plaisant que ma pe'ne,

» J'eusse dit : je ne veux rien trouver, etc. Je ne veux rien dire. je ne veux rien manger, et non : je veux ne dire rien, je veux ne manger rien. » (4)

Voulail-il supprimer la faculté d'exprimer deux nuances de la pensée, ou n'est-ce qu'un simple lapsus?

i\) El. II, av IMV, 388.

(2) C/eo». 38, IV, 338.

(3) « 11 faut (lire : je porte au ai-ny pins d aiiiours on lien : je porte plus (rameurs au cieur. » Cleon. 50, IV, 341. Comp. El., La Pyr. Il, W. 385. Ib. av. 2'. IV. 395.

(4) Clcon. 73, IV, 347.

CIIAPITIŒ X

CONSTRUCTIOiN DE LA PHRASE.

On sait quelle liberté la vieille langue, comme tontes les langues jeunes ou rustiques, admettait dans la construclion des phrases.

Dosportcs, comme ses prédécesseurs ou ses contemporains, se néglige souvent :

Il n'a aucun scrupule à écrire :

Une fois je te voy que ma douleur te touche... Et d'un habit de dueil ombrageant ta beauté, Blasphémer le devoir qui si loin m'a jette. (1)

ou ailleurs :

Je veux jurer ces vers qui rendront tesmoignage

Ou de mon inconstance, ou de ma ferme foy...

C'est qu'à vostre Beauté sans plus je fais honnnage... (2)

Il faut dire toutefois que le poète tire quelquefois de ces irrégularités (le jolis ell'els, comme dans la plainte 3' de D. I :

Mais après le retour trouver sa place prise, Luy voir le cœur changé, n'estre plus reconnu, Et se voir délaisser pour un nouveau venu, Est-il pas plus-heureux qui garde sa franchise?

(1) El. I, 14, IV, 371.

(2) Am.,ril. 88, IV, 323.

508 l'A DOCTHINK DK MALUKIUÎE

Le refi'ain ainsi jeté bnisqiiomont, opposant tout à coup cl sans iransilio i les douceurs de la liberlé aux drccplions de r.iinoiir, ii'a-l-il qiiol([ue chose de plus vif, de plus résolu ([n'unc iiiililliési; bien pondérée et lonrdemonl déduite. Mais Mallici'be est jx-u sensible 'i ces bonbeurs de tour. Pour lui la phrase est " sans construction », comme les préci'dentes, et voilà tout. I

La phiase. on ed'et, doit être rigoureusement suivie, sans ({u'aucune irrégularité Tinterrompe. Celle-ci même :

P issant, moy qui pouvois les autres secourir, Ne dy point qu'au besoin je ne me peu guarir. (2)

est une phi-ase mal construite :

Hien dabord de plus irrégulier et qui sente mieux l'artilice ([ue d'iutroduiie dans une phrase une de ces appositions dites à la grecque qui se rapportent soi-disant au sens général et en réalité ne peuven' se construire avec aucun des membres d'une des propositions. Régnier en usait encore librement :

Je nage sur les flots, el l'clevant la teste Je sainble dépiter, naufrage audacieux , L"iii fortune, les vents, la marine, et les deux. (6'rt/. 1)

Il ne faisait en cela qu'imiter son oncle :

Moy qui devers le ciel mon vol ose dresser, ( Voiige audacieux), mais rien ne me l'etire.

L'hémistiche n'est pour Malherbe qu'une « cbeville mallicbée. » :{ A plus forte raison lorsque le sens en est rendu un peu obscur ou douteux. (4)

En particulier :

Il ne faut pas accoupler dans une même [)hiase des « constructions ditlerentes. » (o)

(2) E-pit. de J. des Jardins, nird. du Roi, W , 165.

(3) Am. d'H. el. I, IV, 301.

(4) Berg. et Masr. Disc, IV, 45?. Comp. encore. Am. d'il. 15, IV, 299.

(5) Ël.l, 14, IV, 371.

i'.o.Nsiiucri(».N m; i.\ imiuvsi: 509

Ain^i un Ncrlic ii<' saurait aNoirdciix mijcIs (r<'^|i("'cc i!i(lV'iciil"', un \ crhc t'I nu sul)slanlil'. I'",\.

Que m'a servi la peine que j'ay prise A gouverner un jiiari inal-plaisaut :

El tant de jours avec luy m'ainusaut, Perdre à l'ouir le peu de ma franchise?

u C'est mal parlé. » (1)

De même un même verbe ne rt'gil (ju'une espèce de [>nt|>o«.ilii»u Au lieu de dire :

...Je sçay reconnolstre Amour pour mon vaimineur, Comme on vit en aimant sans esprit et sans cueui*.

Desporles <* devoil répéter '.je sais, (les phrases dilléreutes sont uKil jointes. » (2)

Il ne faut pas non plus l'aire suivre un vei'be d'un inlinitifi I d'un substantif :

« Aussi est-ce mal dit : il entendit bêler les brebis et lesniugissements des taureaux. 11 faut dire : et mugir les taureaux. » l'i)

Un participe et un infinitif « assemblés » n'ont pas meilleure grâce (4). Kx. :

...On verra sans renîède L'air flambant, l'eau tarie, et la terre brûler.

Le poète devait dire ; l'air tlamber, l'eau tarir, puiscpiila dit : et la terre brûler, i^oj

Bien de plus curieux ensuite (|ue de voir .Malherbe enseigner à balancer sa pensée de façon que toutes les parties d'une | ièce, diine stance, d'une phrase ou dune proposition se répoUvliMil. soient de dimension et de nalure semblables.

(1) Div. Am. cil. 2, IV, 420.

(2) Am. ci- H. el. 3, IV. 309.

(3)/)n. Ar. Roi. fur., IV, 101.

(4) D.l, 33, IV, 25.J.

{bjCleon. 29, IV, 336. Comp Am. d'H. 12, IV, 299. L'adjectif est dans W même cas et Malherbe a barré dans Tel. 10 du livre I, les vers ; qui plus que vos beautez vous ferolt admirable, et reluire iev-bas.

310 l'A DOCTHINF, DE MALIlICRnK

D'abord c'est la loi quand on fait des antithèses. Les termes doivent s'opposer oxactemonl. Desportes n'y prend pas assez garde, comme le prouvent les vers suivants :

Dessous des cheveux blonds une meure sagesse... ... toute blancheur auprès n'est qu'un ombrage.

C'est (( mal exprimé et sans grâce. » Dans le premier il devait dire : en des am verts une mare sagesse ; dans le second, il eut mieux dit lumière. (1)

De même ici :

Il voit bien pour me martyrer, Et n'entend rien quand je le prie

Le distique serait bon si à hien s'opposait mal, mais le mot rion gâte tout. (2)

Or cette règle^ si elle s'applique spécialement aux phrases antithétiques, est en môme temps générale. Il faut partout une symétrie rigoureuse.

Il est extravagant de faire une chanson de deux couplets dont l'un est dune façon, l'autre d'une autre, (3) il est non moins extravagant de donner une épilhète à un substantif quand un autre, qui joue dans la phrase un rôle correspondant, n'en a pas, comme dans ce vers :

Tout espoir leur défaut, et toute aide céleste

« Il falloit dire simplement : toute aide. » (4)

La seconde irrégularité n'est pas moins grave aux yeux de Malherbe que la première. Il ne faut rien de trop, rien en moins, pas même un mot^ et sion veut juger de l'importance de ce principe, il suffira de compter les observations du Commentaire à ce sujet : elles sont bien au nombre de cinquante.

(1) Cleon. 13, IV. 331; 22, IV, 334. Gomp. encore Am. d'H. 29, IV, 305.

(2) D. I, ch. f* (j v°. Le mot est souligné dans lems. original.

(3) Cleon. ch. 1, IV, 337.

(4) Cari, et Masc. st. I, IV, \Ù0.

CONSTRUCTION DI- L\ PIIRASK 5H

Voici à peu près commont ollos se classent :

1° Desportes a omis iino idée ou une phrase. Ex. :

0 soupirs bien aimez...

Dites moy, s'il vous plaist, nouvelles de mon cœur... Est-il vray, cliers soupirs ? Rien n'est plus asseuré. Mais sera-t-il long temps en ce lieu bien-heure? Cependant que je parle, etc. . .

<( Pourquoi ne fait-il répondre ses soupirs sur celto queslion comme sur les autres? » (1) Ou encore :

En vain je respan des larmes Pour les penser émouvoir; Et n'y puis venir par armes, Car ils ont trop de pouvoir.

'< Il rend raison pourquoi il n'y peut venir par armes, pource... Il devoit aussi rendre raison pourquoi il n'y peut rien par les larmes. » (2)

2' Les deux termes sont inégaux. L'un renferme un ou plusieurs mots de plus que l'autre :

«) Il manque un article. Ex. :

Arda7ii amour la pousse, et la peur la relire,

« Puisqu'il y avoit un article à la peur, il en falloit un à Aîuour... » (3) cela est sans doute. (4) »

b) Il manque un possessif. Ex. :

Graver dessus mon cœur vos pensers tout ainsi Comme il y sceut former le céleste visage?

« Il devoit dire votre visage, comme vos pensers. » (5)

(1) Dtv. Am. 5, IV, 423.

(2) D. I, ch. 3, IV, 208. Comp. encore: Cleon, 70, IV, 347: Am. d'H I IV, 290. ■ '

(3)£:/.II, av. \', IV, 388.

(4) £). I, ch. d'am., IV, 205.

r;j2 LA ijoctuim: of, MAi.iir.hin:

c) Il manque un a'ilrc d/'lciiiiiiialil. I^x. :

i^oinme au Chaos 'ont se inéloil ensemble. Ainsi cest œil cen". contraires assemble Dans le chaos de mo'i entendement.

(( 11 (lovoil ajonicr ([ii('l(j ic elio-r <[ni sOpposàt à mon fnte/i- (leim lit . \\

d 11 manqne un adjectif, il en faut ajouter un ou reti'anclier celui (le l'autre ferme (2). '^x.. :

Mon teint palle et ma voix, mon œil pleurant sans cesse N'ont sceu douter un cœur ([ui se disoit forcé.

Il falloit un épilhète à la voix, car le teint et FœH ont chacun le sien . » (3)

Je cueillois des chardons ei de seicJies espines. Epines ne devoit point avoir d'épithète, non |)lns que chardons. {ï^

e) Il manque un pronom personnel. Ex. :

Qu'aimant \q me veux mal de ce que je vous aime

«Il devoit dire : qu'aimant, je me veux mal de ce que faime ; ou : que vous aimant, je me veux inal de ce que je vous aime. » (o)

l'} Il manque un adverbe. Ex, :

L'un se plaint d'aimer bas, l'autre d'aimer trop haul.

« Puisqu'il n'avoit point dit trop bas, il ne devoit point dire trop liai: t. » (G)

(1) Am. d'H. 64, IV, 317.

(i ) Comp. M"« deGournay, Omb. 988, 9',)0, 991.

(i) D. 11,23, IV, 278.

( '0 Dlv. Am. .32. IV, 438. Comp. Ib. st. 4, IV, 4i2; îb. .st. 1, IV, 42-2; D. II, 68, IV, 294; Am. rfW. el. 2, IV, 3u7; Cart. et Maso. Des ehas.seurs, IV, 46?, enfin D. II, 74, IV, 295.

(5) Am. d'H. el. 3, IV, 308.

(6^ D. I, cent, am., ÎV, 271; Comp. D. II, 3, IV, 273 et /m. .1?-. Rod., IV. 110.

roNsrur»! ION ni: i.v i'iii«\sr îîiS

3° Les termes opposés ou rapproclK'S ne sdiil pas de tiirim' iialiii-e :

a) un fait ik? s'oppose qu'à un fail. O * peut tlin- :

L'uu meurt dedans son lict, l'antre jn-cdestiné Pour hioiirir au combat...

D"al)or(i H il Tant lire e.y/ /j^vV/m////-'/, ou aulremenl il y aura faule, i'it puis est-ce bien parlé : l'un meurt dans son lit, l'autre est prédestiné pour mourir au combat? » (I)

b) — Les propres ne vont pas avec les ligures. Ex. :

Mon cœur troublé est esmeu

D'enniiy, de deseapoiv^ de (empeste et d'orage,

« H falloit que tout fût on propre on ligure, et non moitié propre, comme sont ennui et désespoir, et moitié ligure, comme tem|)cte et oi'age. >> (2)

c) Les abstraits ne vont pas avec les concrets. Ex. :

Une pâle couleur de lis et d'amour teinte.

« II veut représenter le /mc^«A' viola pallor amantiuni : mais il n'y donne ni de près ni de loin. On ne dit pas : une couleur de lis et d'amour, mais : de lis et d'œillels ; ou bien : de colère et d'amour, en sorte que la tleur soit avec la Heur et la passion avec la

passion. » (3)

d) A un nom ()récétlé d'un nombre doit correspondre un autre nom aussi précédé d'un nombre. Ex.:

Que sur mon jeune front cent lauriers soyent plantez, Que i'eleve un trophée à jamais perdurable.

Il devoit dire ([ue j'élève une infinitr dr lroplu''P\\ et non : que j'érige un trophée éternel, comme il avoit dit auparavant cent lauriprs. » (4)

(1) Div, Am, 17, IV. 131. Comp. D. II. pi. 1. IV. ?7I.

(2) D. I, dial. 1, IV, 203.

(3) D. I, 8, IV, 251. Comp. Im. Ar. Ange!., IV. 417.

(4) Du-. Am. st. 3, IV, 439. coiup. FA. \, l'J. IV. 377.

BRU.NOT .S:i

^W'i, LA nor.iitiNK i)i; \i m.iii.iuîic

^') A un mol simple correspond un sinij)lc et iioi) un ciMnposé. I':\. :

Oui toujours se conijilaifjne on (jui m'écoule plaindre

« Le mot (\(i plnindi'f qui huit vouloit ([u"il dil jjlaif/nc. » ( Ij

/) S'il s'agit (le deux verbes, ils doivent être à la même |)ersonue.

Ex. :

Mer, qui pour nostre mort nourris mainte Serene, Hyvcr qui se desgiiise ea nouvelle saison.

« l*uis(prila dit: nirr (//// nourris, ensegonde personne, il devoil dire aussi : liiri-r qui te dt'-i/uisfs. » (2)

g) Deux noms doivent être autant (lue possible au même nombi-e. Kx. :

Mars logeoit en leur anie et l'Amour en leurs yeux.

« Je ne blàmc pas logeait en leur Ain(\n\n.'\s\\ me semble que puis([u'il y a en leurs yeux, il dcvoit dire en leurs âmes. » (3)

h) Quand les noms sont de même espèce, il faut encore que les objets qu'ils désignent soient de même famille. Ex. :

Tuant les Rossignols il laisse les Corbeaux, Espargnant les buissons il moissonne la rose.

« J'eusse dit : les chardons, car il a comparé les rossignols et les corbeaux. » (4)

Mille animaux pesle-mesle entassez

Filles, garçons, veaux et bœufs tout ensemble

« J'eusse dit : bœufs et vaches ensemble. » (5)

(2) Clcon. 86, IV, 349. Gomp. Cleon. 71, IV, 346; Am. dH. ch. -i, IV, 306, D. II, ch. 1, IV, 277. Malherbe ne comprend pas les ellets que Desportes tire de ces changements de personnes.

(3) El. II, av. 2% IV. 39-2.

(4) Epit. de Cl. de l'Aub., IV, 467. Comp. Am. dH. 2, IV, 304.

(5) Div. Am. Ad. à la Pologne, IV, 447.

r.ONSTlUCTION m; t.\ l'lllt\Si; »J^5

V VAxWn raoe.nvm.M.l ,los .l..,ix I.M-nirs .loil rl,v synirliiqur. One ^Varjrenbles feux, qii,; ,|r ilouccurs amércs, osl mal ,li( : . il lall,,!! <|u.' ^Vanurliinws dnnrrs^ p.iis.juil avait dit .les f.M.v- aK.val)l,>s. „ (|) Comnio cola, ra.ljcclif com.s,mn.lrai( à latijcclil, le substantif au siihslanlir.

I':i on pourrait citer encore .rautres obsorvali.n.s analuuues. (2) Celles-ci sufiisent. Quand on voit Alaihorb.' ne ,,as s.'nionln.r satisfait d'une phrase aussi régulière (juc celle-ci :

Nous .levons mieux aimer, plus d'amour on nous porte, • lu-on se souvient aussi de quelques-unes des rig.icurs ,,:,•,! a montrées pins haut, on so rend compte des allures qu'il veut donner à la phrase. Il l'enferme dans un tracé K'"ométri.,ue .|u.m peut ne pas ciioisir, mais qu'il faut suivre jusqu'au l„,u(. si ,m. Ta une fois adopté,

Vaugelas nous paraît donc avoir été bien sévère pour l.ii, quand il a dit : « Un des plus célèbres Autheurs de nostre temps que l'on consultoit comme l'Oracle de la pureté du langage, el qui sans doute y a extrêmement contribué, n'a pourtant jamais connu la netteté du stiie, soit en la situati<.n des paroles, soit en la forme et en la mesure des périodes, péchant d'ordi.iaire en toutes ces parties et ne pouvant seulement comprendre ce que c'estoit que d'avoir le stile formé, qui en ell'et n'est autre chose que de bien arranger ses paroles et de bien former et lier ses périodes. Sans doute cela luy veno.t de ce qu'il n'esloit né.iu'à .«xceller ,lans la poésio,et de ce tour incomparable de vers, qui pour avoir lail (or( à sa prose, ne laisserontpas de le rendre immortel. Jr dois ce sentiment à sa mémoire qui m est en singulière vénération, mais je dois aussi ce service au public d'avertir ceux qui ont raison de l'imiter en d'autres choses de ne l'imiter pas en celle-cy. » (3)

Même corrigé et diminué dans sa portée par le. restrictions qui le terminent, ce jugement ne peut être accepté.

(l)C7t'o«. (J8, IV, 346.

(2) EL I. 5, IV, 359; I, «J, IV, 3(»3. Ib. I ; ib. 1, IV, 3.-,7.

.j16 i.v doctium-; df. malhkhbe

Vaugeltis n'a pas assez tenu compte de ce premier effort des prédécesseurs qui lui ont montré la voie. Sans doute la netteté, telle que Malherbe la désire, n'est pas encore celle que Vaugelas enseigne et délinit, c'est quelque chose de plus élémentaire encore.

Cependant, à y regarder de prôs, [)resque toutes les petites imperfections qui sont énumérées dans les remarques sous le nom de vices contre la netteté, sont dénoncées dans le Commentaire : mauvaises constructions de mots, mauvaises structures de phi-ases, défauts dans l'agencement des régimes, nous avons vu tout cela blâmé tour à tour.

Que Malherbe n'ait pas observé ses propres règles dans sa prose, c'est cliose certaine, en tous cas il ne les a pas ignorées. (1)

(1) On ne s'étonnera pas que nous n'ayons jamais cité au cours de ce livre l'opuscule de P. Kreutzberg : Die Grammalik Maiherbe's nach dem Commentaire sur Desportes, Naisse, 1890. Notre ouvrage était terminé avant que celui-là eût paru. En outre, dans ces 32 pages, qu'il serait de mauvais goût d'apprécier ici, nous n'avons rien trouvé qui modifiât sur un point quelconque nos connaissances ou nos opinions.

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