‹ La doctrine de Malherbe d'après son commentaire sur DesportesChapitre 90 sur 106 · II, 45G · texte numérisé non relu

II, 45G

."ils l,\ UOCTIUM'; DE MALHEIUU;

un a, au moins dans la Franco propi-cmcnl dilc. M;illi('rbc veut qu'on écrive fanfr cl non fcnurc ( I i

Porlraivp. Malherbe se prononce encore pour la forme pourlrr/irr, (ju'on va abandonner bientôt après lui, (2) pouv pf/stoiirelle, (3) qui restera, pour Pottlor/ne, qui fut disciih' jusqu'à la fin du XVII' siècle. (4)

Il préfère //oinwr/u/II hf/oitrpnif//, ([ui se disait aussi à l'époque, (o)

Grnf vaut mieux (jue f/rhme. (i))

Il faut noter aussi ([u'il inlerdit absolument la licence poétique qui consistait à élitb'r IV' f(''minin paitoul où il («(ail un obstacle à la versification (7).

Au lieu de Arhir inulil^, cholih'iq\ zodiac, l(ibi/rijit/i\ Epimêthr, Jujméné, Proté, r/i\ il rétablit Achille, inutiles, elc... (8)

Il ne veut pas que \'l de si disparaisse devant une voyelle, comme dans s'ei/r (9), attendu que si ne se ma m/ o jamais.

Mais il est assez difficile de démêler chez lui une tendance nette. Ainsi on le voit elTacer un des / de spiirollei^ (10) rétablir le d de broainard,(\\) le / do à par vaas, (12), tranchant ainsi en faveur des étymologistes des questions anjoui'd'hui encore controversées.

Et cependant on peut conjecturer que, s'il eut eu à se prononcer, il eût opté pour l'usage comme toujours, en simplifiant un peu.

(1) Il veut sans doute distinguer définitivement le verbe de celui qui signifie faire les foins. D. II, 2fi, IV, 279.

(2) V. Thur. T. 2:)^. Vaug. Rem. Il, 24. Dir. Am. st.. lY, 112.

(3) Im. Av. Hol. fur.. IV, 40?. Tinu". I, 2.58.

(4) Dir. Am. \i\. h la Pol., IV. 410. Comp. Thur. I, -2.57.

(5) Clcon. 57, IV, 344.

(6) El. 1, 14, IV, 370. Le.s deux s écrivent alors (Thur. 1, 223;.

(7) Il y a déjà une curieuse objection contre cet usage dans H. Eslienne. Prec, p. 45.

(8) Dir. Am., p. 1, IV. 421 ; EL I, 1'.). IV, 377; Am. dll. W.\. IV, 314; Ib. Le cour.s de l'an, IV, 3 ù ; Ib. el. 3, IV, 309: El. 1, 16. uis. R. N ; Clcon. 94, IV, 35(1: El. II. La Pyrom.,IV, vM ; D. II. 13, IV, 275.

(9) Cleon. .M, IV, .341;" El. II. Av. 1'" IV, .380; D. II, 7.5. 2!»5; Am. il H. 85. IV, 323.

(10) Epit. Hcg. s. mortdr D. V. IV, 469.

(11) El. \, 4 IV, 357.

(12) El. L13, IV, 369

m. i.'iiii 1 11(11. Il M III. .'il !l

l\\ ilcr les cxcrs (''lynioIn<;i(ni('s, les Icllrcs |»ara>il('.s <|iii avaiml (''II' CM l'aviMir c'iiKjiiaiilo ans aiijiaravaiil : sii|»|ii'iiiu'r le y tic rpioini/, {\\ lo mid do d cl de nul, ([iic smls les riasc<nis foui l'iihMidro, (2) ôcvivc ait/omif coniiiH' nu |)i-iiii(iiii-(' l'I imn milniinir, malgré le latin, (3) voilà qu(d((ncs conseils (jni nionlrcnl (pir .Mallierbe n'est j)as avec les lalinisenrs, mais ce sont les senis.

Je no sache pas néanmoins qn'il ail en nne opinion sur le dogme liii-mrmc, j'entends (jn'il ail opté ponr un des systèmes en présence élymologique ou phonétique.

La discussion, du reste, avait perdu tout caractère d'acuilé; aprrs s'être bien comhatlu et injurié de |)arl et d'autre, on en était venu à accepler le stnlii quo provisoiremeni au moins. Malherbe n'était pas assez généralisatcur pour renouveler ces luttes lli(''<)ri([ues ; il a profité de l'accalmie pour ne pas choisir.

Le nombre relativement petit de ces observations spéciales montre qu'il n'était pas, comme les grammairiens du XVI* siècle, lombé dans cette erreur de croire que la (jueslion orthograplii(jue primait toutes les autres. Elle i^st poui' lui absolument secondaii-e. (4)

(1) Ejiit. sur les cœurs de MM. les 0. de Lorraine, etc., IV, 165.

(2) hn. Ar. Angel , IV, 416 ; Banj. et Masv. lui. d'H.,IV, 450: Ep. sur la mort de Diane., Il, IV, 469 Ne pas prononcer non plus nie. [ib.) (Comp. Thurot 11,113).

(3) Ep., comp 1, IV, 471.

(4) C'est afin de le mieux faire ressortir encore que nous avons remis les citations de Desportes dans l'orthographe de l'édition que Malherbe avait sous les yeux. On se rend dès lors facilement couq)te du nombre de « fautL's » ([u'il a laissé passer sans les noter.

LIVHK m

CONCLUSION LE SUCCÈS DE MALlIERIîE

CIIAPIÏRK PIU.MIER

CONFUSION l)l«: CETTK l'KlUODE DE LIIISTOIHE LliTÉRAIKE

Quiconque possède les éléiiieiils de l'iiisloire lilli'ialrc sait ce ({ii'il advint de ce vaste système de réfoi-mes. Sauf sui- (jiiehjiies [toiiils de déiail sans importance, Malherbe eut gain de cause; son succès fut même tel <]ue jamais doctrine n'en obtint un plus complet et un plus durable.

Peu à peu^ suivant le mot de La Bruyère, a on fit du stvie ce ([u'on faisait de rarchitecture, on abandonna l'ordre o(,[|ii,j,i,. ,j|io la barbarie avait introduit. » l.a comparaison est d'une frappante justesse.

C'est bien, en elTet. aux grands édifices religieux du Moyeu Age ([ue le nujnuinent de la poésie française, tel que le XYT" siècle l'avait entrepris, devait ressemliler. D'immenses colonnes quittant le sol et projetant comme des bras des arcs téméraires dessinaient une nef immense, si liardie (ju'on n'arrivait pas à joindre la voûte, ni à assurer les murs, tout en les ap|tuyant à de lourds e! maladroits conti-eforts. Tout autour le sol était jonché de mali'riaux rares. d<' marbies et de |>orphyres (ju'ou était allé chercher au loin ou dans les pi'ofondeurs du sol national. Une légion d'artistes, attendant l'aclièvemenl de la nef, iwaW commencé à en faire jaillir les ornements : clocheious. [linacles. colonnetles. liginines et bas-reliefs, où se rencontraient dans un mélange singulier les souvenirs anciens et les ins|)ii'alions pei'sonnelles. les scèms

.■)2i LL SUCCÈS DR M.\LIIE[<nE

mythologiques et les légendes chrétiennes. le convenu cl le réel, tout cela imaginé avec un art à la fois délicat et maladroit, érudit et naïf, entassé avec une piété absurde et touchante.

Après qu'on eut attendu quelque temps l'architecte de génie qui allait choisir dans ce fouillis, faire la synthèse de ces membres épars, un peu de lassitude était venue chez le travailleur, puis beaucoup d'incrédulité dans le public.

A ce moment un nouvel arrivant paraît, épris avant tout de l'utile; à l'immense vaisseau sans toiture il enseigne (ju'il faut substituer une simple maison bien couverte, ample encore, mais débarrassée de toute cette végétation de pierre qui en compromet l'équilibre. Il la plante sur des pieds larges et unis. Aux roses immenses, aux balustrades dentelées il substitue de grands murs droits, faits de pierres de taille bien équarries, bien rapportées, bien cimentées, au travers desquels s'ouvrent de larges baies, dont les verres blancs jettent au dedans des flots de lumière ; çà et là quelques groupes d'ornemenis : aux chapiteaux une poignée de fleurs, aux clefs de voûte une série de figures, toujours les mêmes, masquent la nudité monotone de l'ensemble.

Et la foule, séduite par la grandeur simple et correcte d'une construction qui ne dépasse plus la moyenne de ses goûts, abandonne le vieux chantier où ne l'avait attirée qu'une curiosité à demi sympathique, celle qu'on a pour les choses incomprises. Bientôt il ne reste plus là que quelques fidèles, dont la foi s'exhale en regrets sans pouvoir se réaliser en efforts, et peu à peu la vie s'en va, les matériaux deviennent décombres, l'ébauche n'est plus qu'une ruine.

C'est bien là l'histoire que le génie de La Bruyère a résumée en une figure. Resterait à la raconter en détail. Et elle mérile d'autant mieux cet honneur qu'elle est, malgré tout^ fort surprenante.

Quoi qu'on ait dit, en effet, des changements brusques de la mode en France et de la toute-puissance des engouements, quelques témoignages que ce peuple, soi-disant indiscipliné, ait donné d'autre part de sa souplesse et de sa facilité à se soumettre à la servitude après avoir été dans -la liberté jusqu'aux confins de

coNFCsioN i)i: r.ivrii: iMCUKtni: ;;2.')

l'anarchie, il n'en reste pas moins élrangc (|ii'iiii linriimc inL'iliocrc cl sans autre autorité que ecUe ([u'il se doiinail hii-nirine, ail conrhi' à l'obéissance et à la régie toutes les fantaisies. Olui (jui entrait botté dans le Parlement était le i-oi, c'est-à-dire (ju'il avait le |)ouvoir de faire taire les mécontents ; rien au contraire ne donnait à Malherbe le droit de parler en maître^, ni les moyens de conlraindrr les récalcitrants. Et il n'en a pas été moins écouté!

Toutefois il s'en faut bien qu'il l'ait été du premier jour. Son pouvoir — et cela diminue déjà singulièrement l'étrangeté de cette histoire — niitdesannéesnon seulement à s'afTermir. maisà s'établir.

Il est fort<lifncile de fixer des dates en pareille matière, toutefois on peut dire approximativement qu'entre IGOo et IGIO le nouveau règne se prépare, de IbiO à J6io il s'annonce ; en 162j il a vaincu l'opposition. Après 1G30, date de la publication posthume des œuvres de Malherbe, l'Auguste est, sauf pour les irréconciliables, devenu Divin.

On comprend que nous ne pouvons pas suivre les diverses phases de ce triomphe. C'est matière à un autre volume aussi considérable (|ue celui-ci, et qui pourrait s'appeler lllisloire des doctrines de Malherbe. Nous en avons esquissé quelques fragments dans les chapitres de ce livre en étudiant la destinée de certaines règles. Il y aurait non seulement à étendre ces études et à les rattacher, mais en outre à montrer d'où vinrent à Malherbe ses |)artisans et ses adversaires, quelle fut leur conduite, quels arguments ils donnaient, quelles raisons leur assurèrent le succès ou la défaite.

Un pareil travail ne peut pas être entamé ici en manière de conclusion. Du reste, par l'époque dont il traiterait, il ne nous appartient plus. Notre point de départ à nous a été la Intli' de Desportes et de Malherbe. Desporles mort, comme on le verra, la lutte est linie.

D'autre part, l'ascendant que Malherbe preiul peu à peu >nr ses contemporains, il le doit au moins autant au prestige de ses œuvres qu'à l'autorité de ses doctrines, et ce sont celles-ci seulement (jue nons nous sommes borné à étudier. Nous nous en tiendrons donc à quehjues sommaires indications.

t)2() r,K sfnr.Ks dr MALUKunK

Dans les premiers leni|)>, nous l'avons dil, le nioiivcnienl se dessine Tort mal. On sent ({iiiin asire nouveau se lève, mais son lever n'a rien dune aurore, qui fait évanouir |)i-es(|ue d'un seul coup les vagues clartés de la nuit, il sort lentement d'une |)énombre qui dure comme un crépuscule et dans celte demi obscui'ili- <ui ne sait où se prendre pour se reconnaître.

Les documents sont en effet tout-à-fait insuriisants. Kst-ce que nous n'avons pas su les chercher? C'est possible. Peut-être aussi n'existent-ils pas, les choses qui paraissent importantes à la postérité n'attirant souvent que fort peu l'attention des contemporains et soulevant moins de passions, faisant moins de bruit qu'on ne peut l'imaginer à distance.

En tous cas, nous n'avons des « sectateurs » de Malherbe ou de Desportes que des listes fort incomplètes et suspectes, dressées par des pamphlétaires, comme M"" de Gournay. Gomment s'en servir pour des classements ?

Sainte-Beuve avait déjà compris qu'il y avait là une période obscure (( de confusion sans lutte ». (1)

Gependant il voyait dans la publication de la grande édition de Ronsard en 1G23 un dernier effort de ses partisans groupés à l'ombre du grand maître. Pour moi, je ne puis parvenir à y trouver autre chose qu'un hommage rendu suivant une mode ancienne, à quelqu'un qui avait été grand. Lapi-euvc en est que ^lalherbe lui-même a envoyé son salut à Cassandre, et joint de mauvais vers à tous ceux dont on faisait homma2;e à Ronsard. L'eùt-il fait, s'il se fût agi de se renier lui-même ? )

Ce n'est donc pas là la dernière bataille. En réalité il n'y en a pas eu. Si Desportes eût vécu, la clU)se se serait peut-être passée autrement ; lui mort, à peine y ent-il quelques escarmouches.

(1) XVP siècle en France p. 108.

CONFUSION I»F, C.inTi: PKIUODK ."2"

EucofC sont-elles ducs souveiil à des animosilc's personnelles ; en général, sans se réconcilier rormcllemenl, (1) on se ra[)proelia, on vécut les uns près des autres, confusément.

Or, seule, une grande Inlle obligeant à prendre parti eût séparé amis et ennemis de Malherbe, et nous eût permis ;i nous de dénombrer les pai'tis. (lelle lutte n'ayant pas en lirn. beam-onp en ont prolité povu' ne pas se décider, et ahjonrdlini on ne peut plus sans forcer par quelque côté leur opinion, les mettre dans un camp ou dans l'autre.

Voici un Du Perron, par exemple, colonel général de la littérature. Son opinion serait fort importante à connaître. Mais où la prendre ? Si on en croyait jNFademoiselle de Gournay, il aurait été au premier rang parmi les siens. Mais elle y compte tout le monde, sauf les disciples déclarés de ^[alherbe : des Yveleaux, MM. du Refuge, de Villeroy;, Cotton, Renouard, de Porchères, d'Urfé, Cohon, Bérnlle, du Piessis Mornay, du Moulin, Coeffeteau, Cospeau et Uichelieu. (2) Et faut-il s'en rapporter à ce témoin passionné, qui est partie dans le débat? Il est évident que C.oefîeteau et Richelieu n'étaient pas des partisans de la liberté du langage, tout dément les illusions de la bonne demoiselle. Dès lors que vaut le reste de ses assertions ?

Interroge-t-on du Perron lui-même? 11 a été l'ami intime de Desportes et le patron de Malherbe avec la famille (ln([nel son père était lié. (3) Pour lequel pouvait-il opter? Un jour il nous confessera que du temps du roi Henri IV il n'y a eu personne qui excellast en la poésie, que ceux qui y sont, sont des restes du règne de CJiarles I\ et de Henri III. (4) Et un autre jour il afiirmera an roi ([u'il ne faut plus se môler de vers après Malherbe. Dans lequel des deux rôles faut-il le croire? De même^ « il dit de Malherbe

(1) Nous avons raconléd'après Racan (iMalli. Œuv. I, LXXI) que Mallierbe demandait à Régnier des explications sur le début d'une épitre ; or cette épître parut en 1G08, supposons qu'elle ait été présentée au roi en 10()7, on s'était donc revu après la mort de Desportes.

(3) Perron, p. 205.

."28 LE SUCCÈS Dt MALHERHR

qu'il écrivoit l)ion en vers et en prose, » (i) de Desportes qu'il éciivoit délicaioinent en vers (sans lu force de Ronsard) et fort bien en prose, (2) sans que nulle part il s'avise de les mettre en parallèle; ces paroles si peu significatives dénotent-elles dès lors une préférence bien déterminée pour l'un dos deux ?

L'étude des œuvres du cardinal nous laisse également indécis. Quand on les a bien classées chronologiquement, on s'aperçoii (jue même les dernières tiennent à la fois et de l'ancienne et de la nouvelle manière d'écrire.

Mômes incertiludes en présence des œuvres du sieur Elis de Falaize. Elles paraissent à Rouen en 1628. A cette époque Malherbe est célèbre, surtout dans l'Ouest de la France. Un compatriote ne peut manquer de lui adresser son hommage. En effet, page 150, on lit :

Ainsi sous Auguste Virgile

Ainsi sous Louys Théophile,

Qui peut comme Orphée autresfois

De sa lyre animer les bois.

Et fléchir le Lyon superbe,

Ainsi dessous Henry Malherbe :

Qui compose un vers grave et doux,

Qui n'a rien commun avec nous.

Et qui mérite la couronne

Qu'Apollon, au Poète donne.

Mais, malgré ce dithyrambe, Malherbe n'a rien de communavec Elis, comme ces vers le disent na'ivement. Les fautes condamnées par lui fourmillent chez le disciple attardé de Vauquelin. Quelques strophes mêmes rappellent les plus mauvais passages de du Bartas :

La Galendre en lyre-liree

Lyre, lyre, lyre tirant'

Dans un faux jour de l'assoirant,

S'estant mirée et remiree

D'un lyre, lyre, lyra-luit,

Demande s'il est jour ou nuict. (3j

(1) Perron. 205.

(2) Ib. 249.

CONFUSION PR r.KTTF, PKItlOKK

Comprenno qui poiiira ! Kn (ous cas. (•cliiifiiii a (•ciil ce -alimalias csl-il (le la nouvelle école ?

Avec Rossel, il semble (ju'il ne doive pins y avoir de doiile. L'homme qui a composé les « Délices de la Poésie françoise », qui insère avec des phrases louanjreuses dans son recueil les vers de Malherhe, Colomby, Lingendes, Mainard. Touvanl esl l.ien avec eux et de leur école.

II est étrange cependant, si cela (»sl, (|ue Mallierlie en parle à Peiresc comme d'un indilTérent dont il fait parvenir les publications. (1) Kst-ce parce que Rosset a abandonné les vers pour la prose? Soit. Encore resterait-il à lixer à quelle époque il esl venu s'enrégimenler.

Hn 1G04, il était un des premiers à célébrer le nouveau maître. Mais il couvre également de ileurs Desportes, Malherbe, Hertaut, Chillac, d'Aigaliers et Deimier, l'école de Ronsard, celle de du Hartas, et celle de la cour ! Dans les mêmes stances, il exalte « le grand chantre vandômois », Bertaut, des Yveteaux et <■ l'incomparable Malherbe. » (2)

(1) Œi'v. III, 2G3, '.'G5, 273.

(2) I.a pièce est curieuse et mérite d être citée tout entière :

Quand je lis ces vers empoulez Qui frappent les Cieux cs;oilez De leurs paroles incogneuos, Admirant leur coniinencement, Je suis saisi d'i'slonneiiieiit.

Comme un qui tombirait des nu/'S.

Mais ayant couru de mes yeux Les vers de ces audacieux L>e qui la Lune est la comj»a,yne :

Soudain à part moy je soulVis, De voir encore une souris Sortir du trou d'une montagne.

Depuis que la France a Ihonnetir D'avoir produit quelque sDuneur, Qui brave la mort et l'envie, Entre tant de rimeurs divers A peine trois ou (juatre vers Sont dignes d'éternelle vie.

Jadis le chantre vendomois Qui premier estoulVa la vois De tant de tourbes inciviles,

BRUNOT

Qui pour la poincte dun seul traicl Faisoient conserver leur pourtraict Au plus beau des maisons des villes :

Do juste fureur animé Se faschoit d'avoir tant rimé Pour l'ornement de nostre France, Lorsqu'il oyoit de toutes parts Coasser les oiseaux de .Mars Dans le bourbier de l'ignoranco.

Si ce grand chantre avoit raison D'en faiie la comparaison, Q'en peux-tu jias faire de mi'smo, 0 bel esprit, qui ferois voir Si l'on guerdonnnjt le sçavoir L'eflect de la Muse suprême 1

Le Ciel ne nous démonslre pas I-a ju.<lice de son compas, D'avoir en ce temps lait descendre.

Celuy qui deut dedans sa main Porter les }irésents du Homain, Ou bien les honneurs d'Alexandre.

r.F, SL'CCKS i)i; m m.iii'.hiu:

Quand donc un honinic ([ui ainiail tant do clioses, a-l-il commencé à savoir colle qu'il aimail le mieux ?

On pourrait ajouter de nouveaux exemples à ceux-ci. Vauquelin de la Frcsnayc, par sa manière, par ses ouvrages, était de l'école ancienne, mais il sentait lui-môme qu'il retardait, et il a le courage de le dire. Sans prendre parti pour Desj)orle5 ni pour Malherbe (1), étant en relations d'amitié avec tous deux, n'.avait-il pas quelque sympathie pour la réforme?

Il est possible cependant, nous Talions voir, de trouver quelques hommes aux doctrines nettes.

0 Cari fertile en beaux os|irits Qui dans un si petit pourpris Dont ta muraille t'environne, Surpasses le renom vivant Dont se vont encore élevant Yenouse, Mantouë et Veronne.

Parmi tant de belles citez Qui vantent leurs félicitez, C) f|ue tu dois estre superbe, Produisant trois soleils nouveaux, Mon Bertaud et des Yveteaux Et l'incomparable Malherbe.

L'un par les poinctes de ses vers Qui volent jtar tout l'univeis A comblé de gloire nostre âge.

Le second n'a point de second L'autre est si docte et si facond Qu'il a foudroyé mon courage.

Pour moy je ne scaurois venter Queicun qui sans le mériter Yout avoir le fruict de ma peine, Aimant mieux en ceste façon Changer d"un dateur la leçon En celle-là de Philoxone.

Mais aussi de ne chanter point 0 grand MaUierbe, de tout poiuct La gloire de ta rare Muse, Je mériterois droictement Ce ((u'il receut injustement De ce tyran de Syracuse.

Beau soleil qui dores nos jours Je t"ay consacré ce discours Contre ces larves ennemies, Sachant bien qu'estant leur tombeau, Avant que loiier un corbeau.

L'on te mettroit aux Latomies.

(Paranymphes A. M. de Malherbe, 59 r")

(1) Nous avons parlé de ses relations avec Desportes. On verra dans ses Œuvres (I, 221, II, G79) des vers adressés aux Malherbe.

CIIAPITIU:

L'OPrOSlTlON A M VLIIi:i{|{|-:

\']n général on ne connaît et on no cite que deux opposanis à la doctrine de Malherbe : Régnier et M"° de (lournay. 11 devait v en avoir et il y en eut beaucoup d'autres, il y en eut même un si oji-and nombre, que parmi les hommes dont les témoignages nous sont parvenus, on trouve autant de protestataires ([ue de partisans des nouvelles doctrines, de sorte qu'entre 1605 et 1628, c'est peut-être, à lout prendre, Ronsard et les siens (|ui ohliciUKMil la majnrilé des sullVages. (1)

Seulement ce sont les sulTrages de gens qui ne com|)lent guère, et vont bientôt ne plus compter ; je veux dii'e de gens de pro\ ince.

« Mon précepteur Jean ImlxMl, dit .Marottes, avoit clic/ lui un Homère en vers françois, traduction Cerlon, le grand ()lvmpe,et les Métamorphoses d'Ovide, traduction Mabert d'Issoudun, un Ronsard, un (/tf Bartas, Roôcrl (T(/rnirr, lMular(|ue en dvux volumes de la traduclion (l'A)niot, les Kssais i\i' Mnnhnjiit', lliistoire de \fdnce de du Hdilldii, les deux premiers livres dAmadis, les /yeuvres de Grenade et peu d'auties livres ('2 .

Longtemps la province en resta là. D'abord il n"(>sl pas dans ses habitudes de se jeter immédiatement du C(Mé de la nouveauté, et elle ne suit toujours que d'un peu loin les caprices ((ui se succèdent à Paris de saison en saison. Il lui l'cste aujouid'liui niciue

(1) Il faudrait ajouter que du Bartas en a, aussi, pendant longtemps et beaucoup comme en témoigne la Sepmaiac du sieur d'Argent qui est de 1632. (V. Viollet-le-Duc. Bib.pnéL 435).

,. (2) Marolles. Mcm. 1, 16.

;)32 LF, SL'CCKS l»!' M MJIlT.IiF,

encore quelque chose de cet esprit de conservation, on ])out juger de la force qu'il devait avoir, alors que des relations quotidiennes ne mettaient pas le reste de la France en constante communion d'idées avec Paris, et que Paris d'autre part n'avait pas monopolisé le goût, et confisqué les savants et les artistes.

Du reste, comment eût-on pu suivre de loin la nouvelle mode littéraire et se mettre au courant des exigences de Mallierbe? Quelques œuvres i-etentissantes, un long poème, un ait poétique eût pénétré assez vile encore jusqu'à Toubjuse ou à Bordeaux. Mais l'école ne produisait rien ou presque rien.(l) Quelques pièces de vers isolées et le plus souvent fort courtes, paraissant à de rares intervalles, récitées dans les cercles de Paris, mais qui au dehors n'allaient guèi'e quejusqu'aiix collectionneurs, ne pouvaientpas agir brusquement sur le goût public." f^) 11 eût fallu [)Our rinilucncer quel([ues coups d'éclat.

Enfin ceux qui en province s'occupaient de poésie étaient pour la plupart des hommes de robe, magistrats, ecclésiastiques ou professeurs, gens fort érudits, élevés dans le goût de la poésie savante, et portés, comme leurs frères de Paris eux-mêmes, à préférer la manière de la Pléiade aux petits vers riches de rime et pauvres de science de la gent courtisane.

Aussi pourrait-on écrire une curieuse liistoire de la décadence de Ronsard. On la verrait se prolongeant hors de Paris bien longtemps après l'époque où on croit généralement cette grande renommée définitivement éteinte.

Balzac lui-môme nous conte qu'il n'eût pas osé combattre le « chantre Yandomois « comme on disait encore couramment un' peu loin du Louvre, de crainte de se faire lapider par les Communes, voire même par ses parents et par ses amis, u le Parlement de Paris et généralement les Parlements, l'Université et les jésuites' 1 tenant pour lui. »

(1) A Paris même Mariai s'égayait de cette infécondité de Malherbe, disant qu'il n'avait jamais vu d'homme plus humide (Malherbe crachait beaucoup) ni de poète plus sec. Mèm. de Racun, ms. de l'Arsenal, n''2667, p. 239.

{-l)Œuv., II, 170, Bayle, au mot iîfHsarcZ note F. rapporte que le conseiller La Ctietavdiclui fit élever un mausolée de marbre en 1G09.

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