I.MIM'nsn liiN \ MM.III.UItl "ti
Irouvcnt pas, mais sa langue csl la li-ur, coriinu' sa v«Msilic;ilii»n, comme son lour de phrase, comme sa p<)«''li(|iie iiirme.
Si an contraire on le rapfiroclie de Malhei-he. on ne (n»n\ c [iic^finc rien de commnii enirc eux. sinon ce ipi lU ont de (-(iiiiiunn a\rc tout le monde. Sur le reste, sui" la manière de cnniprcmir»' In poi'^ic et sur celle de bâtir un vers, sur les principes icéiK-ranx et sur l(»s petites règles de détail, ils son! en j)erpéluel désaccord. Qu'on se reporte à presque tous nos chapiires, on y verra Hégnier en contradicli<Mi formelle avec les lois nouvelles, les déliant avant de les nier et (!<> les railler, accordant à sa fantaisie tous les solécismes dont elle a besoin ou même envie; en un mot
Laissant aller sa plume nu la verve l'emporte (1).
Avant d'exprimer ses doctrines dans la satire à Hapin, Itégnier les avait donc pratiquées, c'est-à-dire qu'on ne saurait les considérer comme des idées de circonstance, inventées de parti pris pour une polémique d'une heure. Le dinei- historique lui inspira la pensée de les rédiger et lui fournit peut-être même l'occasion de les réunir et de les approfondir, mais il les avait longtemps au|)aravaul.
S'il arrive (ju'on défend ardemment des princi[»es adoptés la veille, on peut êti'e cependant apologiste très convaincu, sans être aussi récemment converti. Régnier u'avait jamais été héréliijue.
Ouoi qu'il en soit, Malherbe eut la bonne chance de voir mourir llégnier de très bonne heure. Et il était le seul dont le génie eût pu conti'cbalancer son iniluence. Lu peu vieilli et assagi, le satirique fut vraisemblablement sorti de son genre propre, il eût donné (juehjues épîtres, et sans doute encore des pièces d'autre sorte. J'imagine que, tout en faisant (piel({ues concessions nécessaires aux nouvelles habitudes de correction, il se serait refnsé jusqu'au bout à se soumettre à la tyrannie. Lt dans ce rôle, (juoicjue les
(1) Qu'on relise en ouln^ dans la satire 5 ce qu'il dit de linsitiiation i-t dans la 4* ce passage caractéristique :
Apolloii est gêné par de sauvages loix
Qui roliennent sous l'art sa nature olïii.si|uée, Ole.
042 LK SLCCKS DE MALI! KM ItF,
réactions s'arrrLciil rai'eineiiL à moitié, où serait la sagesse, peutêtre eût-il obleiui un cerlaiu succès. Beaucoup de gens, même épris de l'ordre, quand ils se voient menacés de la servitude. se prennent à regretter la liberté.
Il eût pu se former un tiers parti. On dit ([ue Lingendes, tout poli qu'il était, et tout disposé qu'il se sentait à voir réformer la poésie, se refusait à suivre ceux qui voulaient l'asservir. Le président Favreau,(l) sans méconuaîlrele mérite desœuvresdeMalherbe, ne voulait pas non plus consentir à croire qu'il eut le monopole du talent. (2) D'autres fussent peut-être venus grossir les rangs de ces sages et sauver la poésie d'une législation trop étroite et Iroj) exclusive. (3)
Régnier disparu, (4) toute chance de ce côté fut perdue, et les enseignements de Régnier ne se conservèrent^que dans l'école satirique. Fut-ce le résultat de l'autorité qu'il y garda, même mort? Etait-ce que son adversaire, à cause de sa vanité naïve, de son infécondité et de quelques autres gros défauts, ne pouvait guère être pris au sérieux par des gens qui aimaient à rire? Ou bien enfin les « libertins », par délinition même, étaient-ils ennemis de toutes les contraintes ?
Un peu tout cela sans doute, mais quoi qu'il en soit, ils n'épargnèrent pas les railleries, i^o i
J'ignore quelle était l'opinion de Sigognes, l'ami de Berthelol.
Pour Motin, il ne voulait pas « prêter serment à la nouvelle école. »
(1) TaM. Hist. l, 188. Voir sur ce Favreau les Leù. ind de Balzac, 605.
(2) Malli. éd. Ch. et M. III, 27.
(3). Je ne connais guère que Colletelpour unir complètement le respect de Ronsard à celui de Malherbe. On verra plus loin ce qu'il pense de ce dernier. Il a témoigné de son admiration pour Ronsard dans une foule d'endroits. Voir en particulier le beau sonnet de l'éd. de Ronsard in-f° I, p. 172G.
(4) Lingendes mourut aussi de très bonne heure, en 1616. - (5) M. Courbé dans son éd. de Régnier (Pref. CIV) a prétendu qu'il y a des vers ironi(pies à l'adresse de Ronsard et de Malherbe à la page 55 du ms. fr. 12'i*)l, (le la Bibliothèque nationale. Ces vers (qui ont du reste été imprimés) renferment au. contraire un éloge où sont confondus les trois maîtres : Ronsard, Desportes et Malherbe, qui le seront si souvent.
i.'di-i'osriKiN \ \i M.iiKitiii-: îîiS
(i'csl. M"" (le (ioiirnay (|ni ruriirmc J, cl diîs V(M's adrosst's h K('gnier sembloiit bien le prouver.
Laisse-là les faiseurs de rimes Qui ne sont jamais malheureux ; Sinon quand leur témérité Se feint un mérite si rare, Que leur espoir précipité A la lin devient un Icare.
Si l'un d'eux te vouloit blâmer Par coustume ou par ignorance, Ce ne seroit qu'en espérance De s'en faire plus estimer.
Mais alors d'un vers menaçant, Tu lui ferois voir que ta plume Est celle d'un aigle puissant Qui celle des autres consume... (2)
Mais celui-là aussi mourut jeune, et ne doit pas nous occupiMllii.
Tb.oophilo fait pour ainsi dire transition entre ceux qui précL'dfnl et ceux qui vont suivre. Ce n'est plus un adversaire, c'est encore un indépendant.
On a pu faire des rapprocheriienls entre certaines de ses stances et des stances de Malherbe. (4) La comparaison est parfaitement justiliée. Au reste, il n'est pas besoin de deviner à travers leurs œuvres les rapports qu'ils ont pu avoir. Théophile les a résumés dans un passage bien connu :
Malherbe a très bien faict, mais il a fait pour hiy ; Mille petits volleurs l'escorchent tout en vie. Quand à moy, ces larcins ne me font point d'envie ; J'approuve que chacun escrive à sa façon, J'aime sa renommée et non pas sa leçon. (5)
(2) Pa7-n satyr. au début des œuvres de Régnier qui font suite.
(3) En 1015 on en parle comme d'un défunt. V. les Délices de la pocs. fr. p. 1)33.
(4) Il va des imitations directes de Malherbe dans Tliéopliile. Voir plutôt la consolation à M"" de L. (I, 212, éd. AUeaunie).
(5) El. à une dame. Œuv. h 217. Ib. Ménage l'a déjà citée Ed. de Mal , III, 156.
î)4i i.B srccKs i)i; MM.iii:hni':
Pas ncsl besoin (lo Iraduiro en prose nne tlécluralion si neltc. Cela signifie d'abord que Théophilo refuse d'abordei' le genre lyii(iue, de s'étudier aux s(au(^es (jui Unissent pompeusement j)ar les grands noms de Liban et de Memphis, comme le font tant d'autres. Mais cela veut dire aussi, <[ue hors de la manière de Malherbe, il y a et il peut y avoir de bons et mémo de grands poètes.
Malherbe est excellent, Théophile le dit et le répèle :
Je ne fus jamais si superbe Que d'osier aux vers de Malherbe Le françois qu'ils nous ont appris.
Et, sans malice et sans envie, .J'ay toujours leu dans ses escrits L'immortalité de sa vie.
Pleust au ciel que sa reuonunée Fust aussi chèrement aymée De mon prince qu'elle est de moy !
Son destin, loin de la commune, Seroit toujours avec le roy Dedans le char de la Fortune. (1;
Mais Hardy est plus grand encore, par d'antres qualités :
Je marque entre les beaux esprits Malherbe, Bertaud et Porchères, Dont les louanges me sont chères Comme j'adore leurs écrits.
Mais à l'air de tes tragédies On verroit faillir leur poumon, Et comme glaces du Strymon Seroient leurs veines refroidies.
Tu parois sur ces arbrisseaux Tel qu'un grand pin de Silésie, Qu'un océan de Poésie Parmy ces murmurans ruisseaux. (2)
(1) Prière aua". poètes de ce temps 1624, If, 170.
(2) Au sieur, Hardy en tète de ses œuvres 1, 1 1 .