I. opi'OsnioN \ \i \i.iii mu
perdit, (1) et railleur ('luit encore vivant, il l'-ciivail. litMincntail les salons, se dél'endail en nii mot de la niorl (|Mi allait If pirndiT! Combien la gloire de ceux ([ni n'étaient plus «levait décliner plus vite!
I^es Amours de Desporles, réimprimés encore en IfiO" et en l()l I , ne le sont plus après cette date. Les Psaumes i-eparai^scnt, il est vrai, eu l(')2i, mais dans une édition avec mu'^iijiH', ce Mui nin- (li(jii(' [»as ([lie rédition ordinaire lût éi)nis('(>. hicii ([ue vieille déjà de treize ans !
Kn même temps, les galanteries de l'abbé disparaissent des recueils. On eu retrouve bien quel([ues fragments dans les Mun/ner'Uf's po(''tiqiœs. Mais elles paraissent en 1013, et comme l'ouvrage suppose un long travail, il est vraisemblable ([u'il était commencé queU[ues années an|)aiavant. pcui-étrc peu apr("'s la nmit du poêle. 1 2 I
(juanl aux compilations sal yri([ucs. elles recueillent leins gaillardises un [)eu partout; rien de sui'prenani si on y trouve du Desportes. (3)
On peut en dire autant des anthologies religieuses. L'Œurrr c/irrtienne citera pèle-mèle du Bellay, Marot, Jamyn, IJelleau, Ronsard, Pibrac, sans se préoccuper d'autre chose ([ue de l'édification des lecteurs. (4)
Les choix faits pour ces clientèles spéciales renseigneraient fnrt mal sur le goût du temps.
Non, où il l'aut chercher les noms des poètes alors en vogue, c'est dans ces sortes d'almanachs littéraires que d'Espinelle et ses émules livraient régulièrement à la cuiiosité du monde : Rr( urils des plus beaux vers. Bouquets printaniers. Cabinets des Muscs, elc.
(1) Disc. (Ju sonnet dans l'Art portique, p. 53.
(2) Le privilège est d'avril 1612. On y trouve cité.s: Ronsard environ 100 fois, du Bartas 70, Bevtaut 32. Desportes 3u, Mallierbe 10. Il y a aussi «les vers de Desportes dans les Plaisirs de la maison rustique, d'après Viollet le Duc [Bib. poct. 31), mais l'ouvrage est sans date.
(3) Voir le Cabinet satyrique éd. im'i. 1, 84. 80. ;2G-\ 2(J3.
(4) L'Œuvre chrétienne est de ICi L\ Desportes y tii-nl la proniièi-c place (P- 1-42).
,";;}S i-F, srcr.Ks un .\i vMii.r.i'.i:
Il y ('lia 1111 |ii('S(|ii(' cliiKjiic aiim'-c ajjic's KilO, mais Desjtoiics n'y liyiiic jiliis. Dans ses Jj/'/ict-s de la Porsic /'/■a/iroise Hossol conserve encore i[iii'l(|ui's >iirvi\ aiils du si('cl('|)n''(.M'Mli'iil : ilii IN.'rroii, Iferlaiid, des Yveti-aiix, mais ceux (jiii tieiiiieiil la j)lus lar^e |)lace, c'eslMallicrhe el ses suivauls : (rUrfé, de (îoulomhy. (rAvily, de; Lingendes, Mayiuird, Touvaiil, du Mousiier. Dix ans plus lard ils seront seuls dans le Uecueil de du IJray, renforcés encore de Racan. lU)isrol)erl. ri'^loille. 'IVislan, de Mi'/.iriac, Monfuroii.
Voilà ceux (|iii plaiseul, « les heaiix esprils a|>|iriii:iés des l)eaux cspi'ils » :
Main... pi'einit het'ha sepullus.
Nons n"eiileudi)!is jias dire par là (jue l>onsai'd et ses successeurs sont entièremeni elVacés de la mémoire. O sérail ahsolument faux, surtout pour Ronsard. On |)ail")a de lui longtemps encore — non seulement sous le chaume — mais dans les salons de l*aris, el jusqu'à l'arrivée de Boileau, il recevra une foule d'hommages.
Boisroherl l'a encore lu et en parle à son correspondaiil Al. de Yillennes :
Soit que je considère ou ta grande fontaine
Que Ronsard et Bayf n'abandonnoicnt qu'à peine... (1)
Celui-ci lui répond :
Les vœux que lit Ronsard pour mon Ayeul illustre Sur ce mesnie jardin, luy conservent du luslre. Si ces arbres sont morts, du moins ses Lauriers verts Ont, comme en son Hyver surmonté cent Hyvers. (2)
Scudéry fait des vers sur son portrait. (3) La Mesnardière se ferait scrupule de manquer de respect aux Mânes de ce grand Poète. (4) Collelet le cite à chaque page dans son histoire des
(1) Epitres p. 102.
(2) Ib. p. 105.
(3) En vain, Janel, par ton art Tu prjtends peindre Ronsard Car par son sçavoir extrême
11 s'est bien mieux peint lui-mesnie (7.e Cabinet de M. de Scudéry. p. •^29).
(4) Les Poésies, Prélace.
genres poéli(|uos. (Ihiiix-laiii le .lisculcra jivcr Ual/ac et soiilirmlra l'épilliMc (le //rand ([n'il lui a (lininéo. [i) (loriirillc ><• dt'f.'iidra île voiiloii' allciiulre à ses grâces. (2
(lodcaii liii-mr-mc. dans la |Ho|ir(' ajinln^ic d.- Mallh-rlx'. ii'a-l-il |ias di'clan'' (iiif les noms de ces iiraiid- Ikuiiiih'-. II«i||>:i|(| d dii llcdlay, iM' doiveiil jamais rire prolV-rt-s. sans irn|Minn'r dans rcs|>i'il de ceux qui les rcoulenl une sccrt'lt' rt'vrrence, cl (|u'il fanl avouer ([ue jamais personne n'apporta une plus excellenlc nalurc, une force de génie si prodigieuse, d uiu- doclrinr si rare à la piofession des vers? » (li)
Nous embrouillons ici les noms à dessein, |»our monircr (jue ces souvenirs lointains viennent un peu de Ions les camps, de la postérité de Malherbe el de celle de Théophile.
Desporles est plus oublié que Ronsard (i), il ne l'est j);'.s ccpcndanl tout-à-fait. De temps en temps on fredonne de lui une chanson que lair a l'endue populaire, comme \o 0 niiicl, jahm^i' nii'ict , encoi'e connue du temps de Furetière. Des savants cunirne (inllclct se rendent compte que « dans sa douceur il n'a pas eu de successeur » (5). Mais en vain prétend rait-on avec Mademoiselle de (iournay qu'il reste pour les dames « le poète du cabinet, » c'est-àdire du chevet (G). « Les douillets et les douillettes » lui connaissent dès tli26 des livaux plus à leur goût. Si on lui accorde
(1) LetA, 031.
(2) Œuvres, L 13G.
;l^ Godeau, Œuv. de Malh.. I, 377.
(Il Ainsi le Jardin des Muscs de 1(543 oite de nonil>renx fragments do Ronsard (p. 5G, 59. 05, 97, 98, 128, 1 14, 1 15, 14(5, 23."). 254). De.sjKjrt.-s ny est. à ma connaissance, nommé qu'une fois : (p. 175)
Le folastre Marot me fait tout fomlre en ris. Desportes le mignarJ tient mon ame en attente, El le docte R.oiisard rend mon ame contente. Mais le divin Bartas ravit seul mes esprits.
Ce quatrain historique n'est ni signé, ni daté.
(5) En tète des œuvres du S' du l*in Piiger (H)29). On comparera VArt poétique p. 38, 49, 51, etc.
(6) Omb. 620. Il va sans dire que M"-' de (ioiunay se couïpte parmi ses amies : Je dese.lare que je veux escrire, rymer et raisonner de toute ma pui.ssance à la mode de Ronsard, du Rellay, Desporles ^/6. 942i.
•i^>0 Lr: srr;f:i-:s F)K \i Aijii.i'.ni;
d'avoir été passionné, c'est « pour son lonips », et cette seule réserve ^àte tout l'éloge, elle constate sa déchéance. (1)
Or, il ne faut pas entendre autrement les comj)lim('iils fju'on fait alors aux anciens. Aucun ne signifie ([non voudrait les iuiilcr et les suivre, penser ou surtout écrire comme eux. Les provinciaux, eux, le voudraient encore naïvement, mais ni Boisrobert, ni Chapelain, ni Godeau nV eussent jamais consenti. Konsard est pour eux unprécurseur, non un niaîlro. Il lui font une j)Iace, quelquefois grande, mais dans l'histoire.
En veut-on des preuves? Voici Sarasin raillani un ignorant qui croit passer en son art :
La gloire de Malherbe et celle de Ronsrird (2).
Le rapprochement de ces deux noms étonne au premici- altoi-il, mais il ne peut pas lrom()or, quand on connaîi la manière de Sar;isiii. toute moderne, qu'on l'a vu imiter Malherbe (.3) et railler au contraire les « singeries des anciens », dont l'auteur de la Franciade croyait embellir son poème (4).
Si l'exemple laisse encore des doutes, en voici un autre pris de Maynard lui-même. Dans une lettre à Gonrart il parle des belles choses qu'il lit tous les jours dans Ronsard. Desportes et Malherbe (o). Que veut dire ceci? qu'il le met sur le même rano? Aucunement. Si on était tenté de le croire, il n'y aurait qu'à se souvenir du mépris (ju'il professe pour les « sottises » qu'il avait laissé échapper à la cour de Marguerite, dans la manière de Desportes. Il trouvait sans doute de la force à Ronsard, de la grâce à Desportes, et pour cela voulait bien les relire, il eût été indigné si on lui eût parlé de rétrograder jusqu'au style et au langage je ne dis pas du premier, mais même du second, lui qui se défendait avec tant de soin d'un provincialisme!
Or c'est de quoi il est ici question. Nous cherchons, non à faire l'histoire de la Pléiade, mais à déterminer jus(ju'à quelle époque elle
(1) M'''^ de Scudéry citée par Sainte-Beuve, AVI' s. en France, p. 1U5.
(2) Poésies p 160.
(3) Ib. p. 9.
(4) 76. p. 7 et 8.