LA DOCTRINE MONROE « SECONDS MANI&RE
Affaire du canal interoceanique (1).
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Le secretaire d'&at Fish, dans le rapport dont nous avons cite des extrails, avail signale parmi les applications de la doctrine de Monroe « l'opposition heureuse des fitats-Unis k la tentative de TAngleterre d'im poser sa domination dans le Nicaragua sous pretexte d'une affaire avec les lndiens Mosquitos ». Nous n'avons pas encore fait allusion a cette intervention qui avait amene en 1850 la signature du celebre traite Clayton-Bulwer, et nous avons reserve jusqu'ici cette question, afin de traiter dans leur ensemble les affaires du canal interoceanique qui devaient dans les annees 1881, 1882 et 1883 etre la cause d'un important conflit diplomatique entre TAngleterre et lesliltats- Unis. L'etude des rapports des Cabinets de Londres el de Washington & ces deux dales de 1850 et de 1881 nous montre
(1) Le canal de Panama et le Droit international, par M. Antoine S. de Buetaraante, prof esseur de droit international a l'Universite de la Ha vane. Revue de dr. int. et de Ugisl. comp.^ 1895, p. 112 et s.
es progres qu'avait fait en trenle ans l'interpre-
. doctrine de Monro*: que nous verrons sous ses , defensive en 1850, agressive en 1881.
1'une communication maritime entre 1' Ocean it l'Ocean Atlanlique etait aussi ancienne que la
du INouveau-Monde, mais la question du percestlnne de Panama ne prenait pas au xvui° siecle re international, puisque I'Espagne, alors une ssance, etait maitresse incontestee de toute l'Aenlrale. La revolte des colonies espagnoles et lent de petiles RepubHques independantes sur e I' Allan tique et du Pacifique lui donnerent ce \ucun des nouveaus Etats en effet n'etait assez lemeurer pleinement a l'abri des solicitations s puissances, el celles-ci devaient cherchera doi les Republiques sur les territoires desquetks urs projetaient de creuser le futur canal : la st le Nicaragua etaient plus particulierement ni les grandes puissances, deux devaient de-
particuliere aclivile, l'Angleterre et les Etats-
ieslion interessait vivement les Etats-Unis et ition la plus moderee de la doctrine de Monroe r fournir les moyens d'inlervenir. Letir con-
cours elait d'ailleurs dcmande par les petites F americaines : au Congres de Panama (8 fevj Nicaragua solliciiait des Elats-Unis leur appui de s'assurer la possession commune du Canal, nement de Washington prenait egalement ses dans le cas ou le canal serait creuse dans Panama, territoire cotombien. Le 12 decern] signait avee. la Nouvetle-Grenade (aujourd'hui un traite qui lui assurail un droit de passage i privilegie a travers I'isthme de Panama « p nioyens de communication existant aujourd' seronl creuses plus tard ». En echange de ce; les Elats-Unis garantissaicnt a la Nouvelle-Gi parfaite neulralite de I'isthme, alin que le li d'une mer a l'autre ne puisse etre interrompu a 1'avenir tant que le traite subsistera » ; ils ga aussi les droits de souvcrainele de la Nouve sur les terriloires en question.
Par des accords internationaux libremeal c< s'assuraient done a la fois au Nicaragua et en Ci situation privilegiee.
Mais les Anglais ne pouvaient tolerer un p qui les eut mis dans un etal d'inferiorite prenant comme point d'appui lours etablis Honduras Britannique, ils essay erent d'impos ragua leur protectorat. Les Etats-Unis protestei des principes de Monroe, mais ils comprirer fallait partager la proie qu'ils ne pouvaient gar
19 Janvier 1850 etait signe le fameux traite Clayton Bulwer. .
Par le traite Clayton-Bulwer, ainsi appele du nom des diplomates qui Tavaient signe, TAngleterre et Ies Etats- Unis, sans se preoecuperdu concours des Republiques directement interessees, reglaient la situation du futur canal qui traverserait, croyait-on, le terriloire du Nicaragua.
Les deux Gouvernements s'interdisaient d'exercer jamais sur le passage un contrdle exclusif et d'essaycr d'obtenir pour leurs ressortissants respeclifs des a vantages separes. lis s'engageaient egalement, la voie une fois ouverte, « & la proteger contre toute interruption, saisie ou confiscation injuste », et a garantir sa neutrality « de maniere que le canal soit toujours ouvert et libre et que le capital engage soit en surete » (art. 5). Par les articles suivants, ils convenaient d'entrer en relations avec les Gouvernements de TAmerique centrale pour leur faire accepter leurs vues, et d'offrir aux autres nations de conclure avec eux des conventions semblables, « afin que tous les fitats puissent partager Thonneur et l'avantage d'avoir contribue k une oeuvre d'une si grande importance et d'un Hit6r6t si general ». Enfin Particle 8 declarait vouloir etendre la protection des deux iSlals au moyen de conventions «h toute autre communication praticable par canal on par chemin de fer a travers Tisthme qui unit TAmerique
rd ii I'Amerique du Sud, et specialemenl aux comations par canal ou par chemin de fer actuellemeot jes par la voie de Tehuaotepec ou de Panama, i qu'il soil prouve qu'elles soienl praticables ». traite Clayton-Bulwer, par la facutte d'accession rek tons les Etats qui en accepteraieot les clauses, it le caractere international du fulur canal. Les jnis acceptaient done de ne teuir dans I'Amerique le aucuue place pmilegiee. Plusieurs de leurs es d'Etat declaraient que les Etats-Unis ne pouvaient r de cetle situation el que leurs intcrets n'exigeaient ement que le canal ne Kit pas international. Le se- :e d'Etat Clay, dans une lettre du 8 mai 1826 a MM. jut et Anderson, avait deja affirm e a que les a vantages anal ouvert a travers rislhme, permeltant le passage vires d'un ocean a t'autre, ne doivent pas etre excluent utilises au profit d'une nation , mais au profit de les nations du monde, moyennant le paiement equii'une somme determines ou de droits raisonnables ». >s s'elaifegalemenl montre de cet avis, et son opinion faiitant plus de valeur que nous savons cet homme |ue ami du President Polk, et Ires dispose par con sett etendre la sphere d'application de la doctrine de )§. Devenu secretaire d'Etat, M. Cass soutenait le 15 ;r 1853 la necessite de maintenir 1'independance des bliquesdc I'Amerique Centrale sur le lerritoire des- ?s serai t. ere use le canal. II ecrivait a lord Napier le 8 fibre de la meme annee « que les Etats-Unis desi-
Lmerique Cenlrale, oulre le bonheur , la surete el la neutrality des voies es Iraverseront »; et qaelques jours , i) manifeslait de nouveau a M. Mason emin de risthmeouvertau commerce Is, avec le desir Doo moins vif de e region bien gouvernes, florissants domination etrangere ».
developpement de la puissance eco-
nis devait les amener a ne plus se ne de Panama du regime commun a desirer des a vantages parliculiers.
ic de communication entre les deux 881 devoir passer de la periode des
la realisation, et il semblait que M.
n^ant l'ceuvre glorieuse qu'il avail de Suez, allat percer l'isthme de Pa-
colombien.
>rs le secretaire d'Elat du president C'etait nn homme politique passionnc on pays, mais d'une activite un peu crupuleux sur le choix des moyens armor a ses fins : c'elait Ic parfait oes americains. M. Blaine ne devait
pas laisser echapper l'occasion qui s'offrait d 'assurer k sou pays dans l'Amerique centrale une siluation privilegiee; la doctrine die Monroe convenablement interpretee devait lui en fournir les moyens.
Les jingoes americains feignaient de croire que la construction du canal par une compagnie francaise amenerait dans 1'isthme la preponderance de notre influence et peut-£tre ensuite notre domination. lis ne voulaient pas se rappeler le percement de I'isthme de Suez et la parfaite correction avec laquelle la France avait rempli ses devoirs internationaux; ils ne soogerent pas davantage au faible ioterSt economique que nous -avions au percement de Tisthme, ceuvre gigantesque qui devait nous payer surtout en gloire. « La s u seep tibi lite de quelques personnes, dil M. de Buslamante, en est arrivee jusqu'au point de declarer intolerable, et cela en se payant de mots plutdt que de solides raisons, l'obligation impos£e au commerce americain de se soumettre dans les eaux americaines h un contr6Ie etranger, et l'illustre M. Blaine n'admettait comme possible la concession a une compagnie etrangere, e'est-adire europeenne, qu'a la condition d 'assurer doublement la propriete du canal par le droit de la Colombie et par la garantie superieure desfitats^-Unis ». Le Comite des Affaires fitrangeres de la Chambre des represenlants declarait que le commerce des Etats-Unis exigeait qu'ils eussent sinon la propriete, du moins le contr&le du canal interoceanique; s'il etait concede a une societe etrangere, le Gouvernement de Washington devraitacheter la plus grande partie des ac-
tions afin d'exercer dans les assemblies de la societe une influence decisive. Les hommes d'etat Americains les plus considerables jugeaient indispensable que la nouvelle voie fut placee sous le proteclorat commun des fitats-Unis et de la Republique sur le territoire de laquelle elle serait creusee : aucun privilege ne serait confere aux Etats-Unis en temps de paix, mais ils possederaient aux extremites du canal des stations militaires.
M. Blaine serablait done oblige de suivre l'opinion qu'il dirigeait secrctement. Les Americains reclamaient une situation singulierement differente de celle que leur imposait le traite Clayton-Bulwer. Les Gouvernemeots de Londres et de Washington s'etaient interdits en 1850 d'exercer jamais sur le futur canal « un conlr&Ie exclusif » et les Americains revendiquaient mainlenant sur l'isthme de Panama un veritable proteclorat. La petite Republique de Colombie semblait, a dire vrai, ne pas s'y opposer nettement; le Nicaragua consentait a laisser les Etats-Unis creuser un canal americain sur son territoire et le Gouvernement de Washington invoquait habilement le traite de 1846 ainsique les bonnes relations qu'il n'avait cesse d'entretenir avec les petits 6tats du centre.
II restait k persuader TAngleterre, la principale inleressee, mais elle etait alors fort occupee en figypte, et M. Blaine esperait profiter de ses embarras. La situation privilegiee qu'elle cherchait a prendre sur le canal de Suez n'etait d'ailleurspas sensiblement differente de celle que les Illlats- Unis revendiquaient sur le futur canal de Panama.
emiere depechc du 24 juin 1881, M. Blaine ition du Gouvernement britannique sur ]es umposait, d'apres lui, atu Elats-Unis le 1846, avec la Nouvelle-Grenadc. Lord Granen referer purement et simplement au trails r.
[ti'une escarmouche, la balaille s'engagea une depeche du 19 novembre 1881, demeui secretaire d'Elat chargeait M. Lowell, mitn a Loudres de demander a lord Granville on du traite de 1850. D'apres lui, le traite -P n'etait pas un veritable traite, mais une ition amenee par des circonstances absoluinelles qui ne pouvaient plus se reproduire it avec elles. Tout elait un argument favoe de M. Blaine. Le fait meme pour l'Angle- . sa disposition une puissanle marine mili- : les Amertcains Qe possedaient que quelques ;uerre, coostituail pour les Etats-Unis un desiderate qu'une situation privilegiec dans ait seule compenser. Le futur canal n'etait
une voie inleroationale, ptiisqu'aucun Etat >age de la faculle d'accession au traite de
ele reserves au profit de tous les Elats. La ; que les Anglais essayaient d'obtenir dans lez etait habilement rappelee. Enfin, la poibique des Elats-Unis les obligeait d'apres siller avec une particuliere attention sur le
t a empecher toule puissance de s'en emparesulterait pour le commerce des Etats-Unis les que le Gouvernemcnt se verrait oblige dc guerre defensive el protectrice dans le seul ' ce droit d'intervenlion, qui, d'ores et.deja, situation et aux besoins des Etals-Unis ».
sur le caractere d'apres lui essentiellement la nation americaine, M. Blaine concluait meme de toutes les puissances qui seraient e servir du canal e&igeait qu'il fut place eillance d'un Elat hostile a toule idee de : capable de le defend re au besoin par la
Unis demandaient en consequence l'annulaause du traite Claylon-Bulwer qui defendant mts de fortifier les abords du passage et is ses caux un conlrdle politique « coujointepays oil il serail ere use a. lis reclamaient le irir des stations dans les environs. Un des its de la depeche de M. Blaine a M". Lowell remenl significatif : « Si Ton demande pouri-Unis s'opposenla l'approbalion des Gouverropeens des termes de la neutrality pour 'un canal, je repondrai que le droit d'appro- {ue le droit d'improbation, et qu'ainsi toutc ant consideree -com me question internalionale aus contestations. L'iolention arretee des it d'en faire slriclemcnt et uniquement une
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question americaine, qui devra litre discutee et decidee par le Gouvernement americain ».
C'etait l'expulsion de l'Europe : 1'Angleterre defendit avec energie les droits du Vieux Monde.
M. Blaiae insistait sans cesse sur ies difficulties d'ioterpretation auxquelles avail donne lieu le texle de 1850; « ses stipulations, disait-il, onl ete (rots fois I'objet d'une proposition d'arbitrage quant a leur signification; sa modification et son abrogation ont ete fortuitement envisages, et son caractere vexatoire et imparfait a ete constate ii plusieurs reprises des deux parts ». Mais a toutes les dcmandes et a toutes les solicitations, lord Granville opposait lc texte du traite; a des citations d'hommes d'Elat amcricains qui le jugeaienl inapplicable, il opposait d'autres citations : le President Bucbanan notamutent avait considere la question comme reglee « d'une manicre amiable et honorable » ; ii opposait « a la phraseologie defectueuse d'une seulc partie du traite », i' les principes el la base de cet arrangement dont l'iinportanceae'le pleiaemenl rcconnue (<) ».
L'assassinat du President Garfield el l'arrivee aux affaires du vice-president Arthur amena le remplacement de M. Blaine par M. Frelinghuysen, Un secretaire d'etat republicain remplacait un republicain, et le parli alors au pouroir manifeslait dans ses relations exterieures une ■jrande activile ct des vucs a peine deguisees d'iutcrvenlion
(1) Bustamante, p. 132.
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dans la politique des petits Etals americains. M. Frelinghuysen continua l'oeuvre de M. Blaine : aux refus de lord Granville, il riposta que les sept premiers articles du traite Clayton-Bulwer s'appliquaient uniquement au canal projete du Nicaragua, que Tarticle 8 seul se referait aux projels de canal anterieurs h cette epoque et non aux projets posterieurs, et que cet article 8 n'avait d'ailleurs jamais ete execute. Dans loute cette discussion qui avait pour point de depart la prctendue observation des principes de Monroe, lord Granville s'en tenait avec une courtoise tenacite au texte du traite de 1850, declarant avec une fine irodje que la doctrine de Monroe n'avait pas toujours ete acceptee par tous les Presidents et qu'elle ne pouvait d'ailleurs pas infirmer un traite librement consenti; il prenait habilement la defense des interets europeens en invitant le Cabinet de Washington k convoquer une reunion internationale qui garantirait la neutrality du canal de Panama.
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Le retoura laMaison-Blanche dun President democrate vint mettre fin aux debats. Les Democrates, nous le verrons plus tard, devaient montrer dans le reglement des affaires exterieures une plus grande moderation que les Republicans, et plus particulierement que leurs adversaires, ils consacraient leur activite a des questions de politique inte-
re. Avec I'honnelcle courageuse dont i) devail plus ie fois donner la preuve, M. Grover Cleveland ('), rede suivre son predecesseur et de chercher a obtenir son pays une situation que celui-ci s'clail formcllet engage par traile a ne pas rcvendiquer. II repril pour compte la iheorie que nous avons deja vu form u lee Clay et Cass, Iheoric en vertu de laquetle le canal •oceanirjue devait rester neutre, a I'abri de l'influence ;le et preponderate de lout Etal, des Etals-Unis med'un autre. Voici les prineipaux passages de son lier message : « L'inlerel qui exisle pour les Etate-Unts . la creation d'une voie maritime a Ira vers l'isthme qui re l'Atlanlique du Pacifique s'est revele plus d'une dans les cinquante dernieresannees. Moo predecesseur nbine avec le Nicaragua un traile ayant pour but la truction par les Etats-Unis el a leurs frais d'un canal se a travers le lerritoire du Nicaragua, ct il a present*: rojel de traile au Senat. Cetlc affaire n'elant pas en-
resolue, je I'ai retiree pour l'examiner moi-memc, et, s une etude approfondie, j'ai renonce a le presenter a eau. Soulcnant, comme jc fais, une serie de preces, qui, depuis le traile de Washington, sont venus defendre la conclusion d'allianccs avec les pays elran-
je ne dois pas favoriser une politique qui tendrait a erir de nouveaux territoires ou a ineler nos inlerets
M. Cleveland avait ete le concurrent de M. Blaine dans l'election ■tait terminee par le siicces de Garfield.
Dgers Notre devoir actuel nous oblige
■x specialement aii developpenient des ries qui existent sur notre immense terri- ;ulture pacifique des arts sans sortir des •onlieres, et cela, tout en veillant avec un que le continent americain ne soil jamais ;mes politiques et aux complications qui er des gouvernements si eloignes de nous, consequence approuver des propositions ajet des questions de privileges supremes dc droits hors de notre propre frontiere, elles vient s'ajouter la promesse absolue et endre l'integrite du territoire de 1' Union t silu£s lesdits intents ». Et M. Cleveland icluant a a la necessite de neutraliser tout e, chose qui ne pourra se faire que lorsque erte a toutes les nations, sans e{re sujetle a ix convenances militaires d'aucune ».
ferine nous ramenait a Interpretation la s principesde Monroe, et di derail singulieoctrines seconde manure, comme on les a ous avons vu invoquer. C'etait, en effet, la uc de Monroe : plusieurs points des passaent message rappelaieut meine la celebre de Washington.
uvoirs considerables du President des Etals- •e de politique exlerieure, la question du lique fut provisoirement laissee dans l'oin-
et I'echec financier de la combinaisoo franca isc la rata encore une fois pour un temps a la periods deludes, ais lorsque les Republicans revinrent aux affaires, its •irenl avec le Nicaragua des negotiations dans le but reuser sur le territoire de cet Etat ua canal interoceale. Cette ccuvrc gigaatesque serait accomplie par une He privee autorisee par le Nicaragua, mais cette societe ee serait une societe" americaine et le Gouveraement Washington lui garantirait 500 millions. Le Gouverient americain, possedanl ainsi loutesles actions, serait laitre absolu du fulur canal.
pres des alternatives de succes et d'insucces, les negoons ne paraissent pas avoir abouli. Au mois de Janvier I, le secretaire d'Elat Oloej communiqua au Serial une du ministre du Cenlre-Amcrique, declarant « qu'un il transfer! au profit du Gouvernement des Etats-Uuis ; interdit par les clauses m ernes de la concession, et ortait sa decheance ». II expliquait aussi que pour Ires raisous la Compagnie etait deja dechue de lous Iroits, el que le Nicaragua ne la considerail plus comme ilierement constitute W. Cette prates tali on enleva au ijingoe toutespoir de faire voter au Senatleprojet dont •. avons parte. M. Morgan, un des partisans les plus i de cette ingenieuse combioaison, n'osa lenler aucun 'I dans ce seas quand il vint affinrter que la declaradu ministre du Centre-Amerique etait une ruse sus-
i Dunning, Revue politique et purhmentaire, 1897.
Affaire du V6n6zu61a.
Si les Jingoes avaient echoue en 1883 dans leurs entreprises sur l'istlime de Panama, Faction de la diplopialie americaine au Venezuela devait leur reserver les plus completes satisfactions. Les affaires du Venezuela marquent en
citee par l'Angleterre, et qu'il presenterait a nouveau le projet dans la prochaine session.
Le 12 Janvier 1897, le meme ]Vf. Morgan proposait au Senat une resolution conjointe tendant k 1'abrogation du traite Clayton-Bulwer; le 15 fevrier, le Senat par 32 voix contre 31 votait la discussion, et renvoyait le projet pour examea k son comite diplomatique, qui nommait a son tour une commission speciale pour l'examen de cette question W. Elle ne parait pas etre venue de nouveau en deliberation. Remarquons seulement que la federation en un seul fitat au point de vue exterieur des cinqpetites Republiques de TAmerique Centrale , federation dont nous dirons plus loin quelques mots, rend le Nicaragua plus fort pour discuter avec les fitats-Unis. Le traite Clayton- Bulwer est un acte bilateral, que la seule volonte du Cabinet de Washington ne suffit pas regulierement k rompre. Enfin unenouvelle Compagnie franchise, formee des ruines de Tancienne, travaille en silence k ere user un canal dans Fisthme de Panama.
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1 (1) Le Temps du 23 juillet 1897.
effet le triomphe de ce qu'on a appele la doctrine de Monroe,
seconde maniere : elles devaient araener les Etats-Unis k intervenir dans un diffisrend de fronlieres survenu entre l'Angleterre et le Venezuela et k prendre contre I'A'ngleterre la defense de.la petite Republique Sud-Americaine, sans meme que celle-ci eut demande leur secours.
La situation geographique du Venezuela Tavait de tout temps signale k la puissanle protection des Etats-Unis. La fertilite prodigieuse de son sol attirait un certain nombre d'emigrants europeens, et le voisinage des colonies hollandaises de Curacao, des colonies anglaises de la Trinite et de la Guyane inquietait le Cabinet de Washington. Le Venezuela etait Textremite de cet arc de cercle qui borde k TEst la mer des Antilles, et qui, compose de Cuba, d'Hai'ti, de Porto-Rico, des petites Antilles danoises, anglaises, franchises ethollandaises renferme les derniers vestiges de l'Empire du Vieux Monde en Amerique. Les revolutions £taient frequentes k Caracas, et nombreuses les vexations imposees aux Europeens et dont se plaignaient les agents diplomatiques. Les 6tats-Unis intervenaient toujours quand les Gouvernements des sujets molestes menacaient d'agir avec quelque energie. En 1881 notamment, M. Blaine avail declare que c'elait « avec une grande anxiete » que les fitats- Unis verraient la France employer la force pour obliger le Venezuela a payer k ses ressorlissants des indemnites qui leur etaient dues (*). Le Gouvernement venezuelien etait
(1) M. Blaine a M. Xoyes, 23 juillet 1881, dans Wharton, I, § 57,\>-
puissances usaientavec hii de moderate etaient promises, et les relations diplo- ;nt pour un temps.
ire du differend elail tout autre, (i col les existaient entre ia Guyane antuela au sujet de leurs frontieres. Les ;u en 1814 du Gouvernement hollandais Guyane, et il semble que la frontiere r nouvelle colonic fut alors le cours de ils heritaient en miSine temps dcs preten- Js qui n'avaient jamais ete d'accord avec les limites de leurs possessions respec- , puis en 1831 le Venezuela qui se sepae heritaient de leurcdledes pretentions
3 mines d'or et de terrains diamanti feres e de l'Essequibo amen e rent bientdt les : cetle riviere. Le Gouvernement venel d'abord, ne protesta que lorsqu'il crut territoires sur lesquels s'avancaient ses ses protestations etaient d'autant plus
imatiques, de nouveau rompnea entre la France et out ete 1 reprises le 21 juin 1897.
energiques que le terrain nouvellement occupe lui paraissait avoir plus de valeur. Les ancienaes discussions des Espagnols el des Hollandais reprireDt; de vieux tevt.es furent exhumes; plus de 150 pages d'un Livre bleu publie en mars 1896 par le Gouvernemcnt brilannique sonl relatives a des contestations survenues aux xvn" et xvm* siecles entre les Cabinets de Madrid et de La Haye; plusieurs remontenl au milieu du xvi* siecle.
En 1840 cependant, la question parut stir le point de recevoir une solution definitive. Un explorateur allemand, Robert Hermann Schomburgk, qui etait aussi un botaniste, fut charge, sous la direction de la Societc royale de Geographic de Londres, de determiner pour le compte du Gouvernement brilannique la front i ere occidentale de la Guyane. Schomburgk, pourvu du litre de « Commissioner of Survey » de Sa Majeste Brilannique, proposa une ligne de demarcation; lescommissaires venezueliensluien opposerent immediatcment one autre qui retluisa.it dans des proportions considerables la Guyane anglaisc. La premiere tentative faite pourlrancher le debalne put doncpas aboutir.
En 1844, nouvelle tentative : lord Aberdeen propose de diviser en deux parts le territoire contest*';; ne recevant point de reponse et regrettant la concession qu'il avait faite, ilchargeail en 1830 i'agent brilannique a Caracas de declarer an Gouvernement venezuclicn qu'il ne maintenait plus ses off res.
Mais en 1875, effraye des empielemenls britaaniques, le Venezuela temoigna de nouveau le desir d'en fiuir avec
oindre incident devait rendre irrin certain Thomas Parretl sur le tera le President Blanco a protester it une violation du territoirc vene-
du meme genre se reproduisirent.
ministre du Venezuela a Londres, tion de lord Derby sur la necessile raite la frontiere contestee ; au mois lit apres de longues discussions une jui rappelait sensiblement la fronpar lord Aberdeen. En septembre roposait une autre frontiere que le in tour.
ait de s'elerniser; lord Roseberry t, le 20 juillet 1886, il sou metlait an ;o un projet de memorandum; seul Ure les fronticres proposees par M.
.881 et lord Granville le 15 seplemaee serait I'objet d'un arbitrage, ico, qui declare que I'alienation de en 1810 dans la capitainerie-gtineinterdite par la constitution.
886, le Gouvernement britaonique
la ligne Schomburgk comme irre- 1 ptera un arbitrage que pour les terde celte ligne. II n'agissait peut-ftlre socrosile, puisqu'il refusaita un Etat suela la satisfaction d'amour-propre
d f un arbitrage pour toute l'eiendue du territoire conteste; ii ne devait d'ailleurs point redouter la decision de Tarbitre, puisqu'il se disait certaia da bien-foade de ses pretentions; mais il n'est pas douteux que sa conduiie ne fut strictement correcte au point de vue des regies du droit international : person ne au monde ne pouvait lui imposer un arbitrage dont il ne voulait point.
Com me I e fait remarquerM. DesjardinsWjlesfitats-Unis auraieut du inlervenir dans cette longue affaire des son debut au nom des principes de Monroe; mais ils n'en avaient rien fait : leur interet ne le leur commandait point En 1881 seulement, M. Blaine envoie au Gouvernement venezuelien quelques bonnes paroles. Son successeur M. Frelinghuysen emet, mais bien timidement, l'idee d'un arbitrage. Lors de son retour aux affaires, en 1889, M. Blaine observait vis-&-vis de l'Angieterre et du Venezuela la meme attitude correcte qu'en 1881.
(Test sous la seconde administration de M. Cleveland, dont nous avons admire l'honn£te et courageuse fermete lors des evenemenls de Panama, que les filats-Unis devaient se departir, au nom de la doctrine de Monroe, de la neutrality qu'ils avaient gardee jusqu'alors. La periode des elections presidentielles approchait, et le parti demo-
(1) Revue de dr. int. public, 1896.
Le secretaire d'filat commencait par elablir que « la sec u rite et la prosperity des Elats-Unis son! suffisamment interest's au maiutien de 1'independance d'un Etal americain quelconque a 1'egard des puissances europeeanes pour justifier el neccssiter leur intervention dans tous les cas oil Tune de ces independanc.es est en danger ». Puis, il essayail de demonlrcr que la diplomatic americaine avail toujours agi dans ce sens; il affirmait uotammeot qu'en declarant dans son message de 1870 que les possessions des puissances europeeanes dans le Nouveau-Monde ne pouvaient plus changer de condition que pour devenir des nations independantes, le President Grant n'avait fait que « se con former aux enseignements de loute leur hisloireU) a. L'interpretalion qu'il donnait de la doctrine de Monroe nierite d'etre citeo tout entiere : « Elle se fonde, disait-il, surdes fails et sur des principes aussi comprehensibles qu'inconteslables. II est impossible de nierque I'eloignement et trois mille inilles d'Ocean reudent aussi pen nattirelle que peu commode une union politique entre un Eta I europeen etun Etat americain. Mais les considerations physiques et geograpliiques sont les moindres obstacles a une telle union. L'Europe, comme Washington leremarqu a,
a un lotd'interfilsessentiels qui lui sont pa rticu liers Ce
qui est vrai quant aux interels materiels ne Test pas moins de ce que Ton peut appeler les interels moraux. Ceux qui conceruentl'Europeluiappartiennent en propre.et different
(1) Cf., p. 97 et b.
qui apparliennent en propre a l'Amein, apres avoir insisle sans beaucoup de as beaucoup de generosite sur la force faisait d'eux en Amerique « les maitres A. Olncy terminal! ainsr: « La prelen- Bretagne sur le lerritoire discule etson Lamiuer les droits qu'elle dit posseder iparement de territoire a son profit. Ne ment que cetle conduite sera regardee
a la nation des £lat&-Unis, ce serait se ique traditionnelle a laquelle soot etroiur et la prosperity de notre pays... Nous onse nette a celte question : la Grandeelle ou refuse- t-elle de soumettre a un ar-
question de frontiere du Venezuela dans 1r plus sincere du President est que la eur de l'arbitrage... Si (outefois le Pre- •u dans son espoir, (hypothese qu'il ne :r com me possible, et qui, anion sens, I'avenir les relations de ce pays avec la
sod desir est d'en ctre aviso a temps ».
rait etc faite sans le consentement du incur et la prosperity du pays » Amerii les fitats-Unis elendissent sur l'Amcigantesque protectorat tacitement conouveau sens de la doctrine de Monroe Olney.
se inise en demeure, a celte proposition
d'arbitrage force que M. Desjardins conda/nne avec one juste indignation, lord Salisbury repondit avec dignite. Dans deux.depech.es, datees toutes lesdeux d«26 aovembre 1895, adressees a sir J. Pauncefole, ambassadeur de la Grande- Brelagtie a Washington, il prolestait conlre Implication failc dans lc cas present de la doctrine Monroe et il remettait la question au point (0. « On vena de ce qui precede, disait-il, que le Gouvernement de la Grande- Bretagne a en, des le debut, la meme facon de voir sur 1'cx tension terriloriale qu'il est autortse a revendiquer comnte resultant d'un droit incontestable. Elle comprenait la ligne de cdte jusqu a la riviere Amacura et tout le bassin dela riviere Essequibo et de ses tributaires. II y a nne partre de cede reveodicalion cependaat de laquelle le Gouvernement anglais a to uj ours etc pret a se desister; quant a uae autre portion, il a ele et continue d'etre parfaitement pret a soumeltre la question de son litre, a tin arbitrage. Pour ce qui regarde le reste, e'est-a-dire le territoire qui se trouve situe a 1'interieur de la ligne appelee Scbomburgk, il ne considere pas que les droits de I'Aogleterre puissent elre mis en question.... ». Et, declarant que cette discussion ne relevait a aucun tit re des principes de Monroe, il terminait en affirmant fie re meat sa volonte de ne point ceder aux injonctions brutales du Gouvernement americain, « car la puissance de I'Aogleterre etle-merae est mise en jeu, quand il s'agit de
(1) Anhivet dipbmatiqutt, 1896, p. 277.
it se sont etablis n'importe oil se fiant possession de facto, C'est la un principe tablement l'Anglelerre el les Etats-Unis isqu'a risquer leur existence merne, p 1 u lot
M. Olney n'avait engage qu'un combat stine a eclairer Ie terrain. Des que la relisbury fut arrivee a Washington, le Pre*-.
envoya au Congres tin message eoflamme « Gommentant la repoose du Gouverne- ;, qui sans repousser la doctrine de Monroe, > mme inapplicable au different! de fron- ■zuelien, le President Cleveland declarait ion donnee par les Americains a la doc-
etait juste et forte. Cette doctrine est im-
sectirite de la nation ; elle est essentielle i des institutions, elle s'applique a loutes vie nationale, elle ne peut pas tomber en
est absolu merit applicable au cas ou une jenne cheruhe, en etendant ses fronlieres, a erritoire apparteaant a une republique du icain W ». El M. Cleveland, afin de faire
approuver par les representants de la nation sa politique exterieure, que la constitution l'autorisait k diriger seul, demandait au Congres de voter les credits necessaires a renvoi d'une commission d'enqufete qui ferait dans le plus bref delai possible un rapport sur la veritable frontiere qu'il conviendrait d'attribuer au Venezuela : « une fois ce rapport etabli, disait le President, ce sera le devoir des fitats-Lnis de resister par tous les moyens en leur pouvoir, comme k une attaque faite de propos delibere con I re leurs droits et leurs interets, k la prise de possession par la Grande-Bretagnede tout territoire que les investigations des faits demon-
treroot appartenir de droit au Venezuela ». « Je ne me
dissimule en ricn, disait-il ea lerminant, la pleine responsabilite que j'encours en faisaut ces recommandations, et je me rends parfaitement compte des consequences qui peuvent en decouler. Tout en reconnaissant que c'est une chose penible que d'envisager les deux graodes nations de langue anglaise dans une position reciproque autre que celle de la concurrence amicale dans la marche vers le progres etvers la paix, j'estime qu'il n'y a pas de calamite comparable k celle qui resulte d'une soumission passive aux torts et k Tinjustice et a la perte de Thonneur national )>.
La doctrine de Monroe conduisait done que les fitats-Unis 4 etendre sur le Sud tout enfier un immense protectorat : Yhonneur national Texigeait imperieusement.
Le message determina en Amerique une explosion de patriotisme et d'orgueil : les divisions politiques s'efface-
icricains ae formurent p) in roe operait ce prodige.
nnerre frappe par M. 0I< lent pas en Anglelerrc ti e. La vieille metropole bi lonie emancipeo comme rop recente, qu'il fallait :illance. Le sentiment qu aily News, organ e ofnciel : « ladoctrine de Monroe,' rteuse consideration, est i M. Cleveland ne s'est pas
par unc puissance amie, ne menacantes. L'Angletc is qu'elle ne permette a I ion des fronticres du Vei ne se laisserapas prendre a: principe d'arbitrage n il s'agit d'exigences auss tide, un des premiers org jste en disant : « En veri :elte invocation de la docl .pplicabte parce qu'il n'c itoriales, et absurde parce
la politique americaine ur d'un principe de droit d Amcrique , l'cnlhousia !c. Lcs propositions lcs ]
les plus extremes rencontraient le plus vif succes. M. Grant proposait un projet de loi autorisant remission de bons du Tresor pour la construction de forts sur les cdles et sur la fro n tie re canadienne. M . Chandler proposait 1' Oliver tu re d'un credit de cent millions de dollars pour F achat de fusils et de canons. Les telegrammes de felicitations affluaient k la Maison-Blanche : il semblait que toute l'Amerique du Sud accept&t la protection que les l£tats-Unis lui imposaicnt sans la consulter. Le general Rpca, President provisoire de la Republique Argentine, 6tait des premiers a temoigner sa satisfaction. Les ministres du Venezuela, du Mexique et du Bresil apportaient k M. Olney leurs felicitations pour l'energique affirmation que faisait M. Cleveland de la doctrine de Monroe. Le Senat et la Chambre bresiliens approuvaient son message. Un grand nombre d'fitats de 1' Union — Republicans ou Democrates — engageaient le President k agir.
Au Venezuela, le message du 19 decembre, avait naturellement cause une emotion extraordinaire. Le mimstre des Affaires etrangeres, M. de Rojas, allait faire a M . Thomas, ministre des $tats-Unis, une visite de remerciements. Le portrait de Monroe etait expose dans tous les magasins de Caracas, et le peuple, qui s'engageait a n'acheter aux Anglais aucune marchandise et k ne rien lcur vendre, allait porter des fleurs aux pieds de la statue de Washington.
Cette interpretation nouvelle, extraordinaire, de la doc* trine de Monroe dcvait inquieter tous les peuples qui
nies en Amerique : elle de e dont les difficulty avec le yanais ressemblaient beauc ;oezuelieoaes. Un redactei lander a M. Hanotaux, a ce :s Affaires filrangeres, son 0| juotaux declarail que « selo ! genre doivent elre reglee culieres el non d'apres un s le cas acluel ou it s'agit c ;, qui ne peut par suile etre :s parfaitement an courant veloppement des negociatioi la question... Actuellement contestation avec le Venezi 'ai Hours qu'i) ne s'agit en on territoriale. Les htats-Ui re les deux pays, mais, comn eres, j'ai resiste a cette prt lenient qu'il me Tut perm 2 Venezuela sans intervenli
M. Hanotaux exposal! ainsi '.
s ferme et la plus courage Yemenis des Ltats-Unis la d i, M. Vignaud, premier seer ;s-Unis a Paris, declarail a u is nous trouvons en present
brutal, d'un refus d'arbitrage et dans des conditions culieres, car I'Angleterre, en realite, n'a reclame ce :oire que le jour oil etle s'est apercue qu'il contenait imbreuses mines d'or. La doctrine emise par M. Cleid est bien plus moderee que 1'opinion de ('immense rite des Americains. Toute notre crainte, c'esl que les Is sages, ponderes comme M. Cleveland ne soient rdes. Le Gouvernement americain ne cetera rien. une democratic, il est impossible d'aller contre I'opipublique. Mais l'Angleterre qui a tout a craindre uue guerre reculera, soyez en certain. La guerre! c'est le Canada rentrant dans la Federation, mais c'est nmercc anglais detruil dans le mois qui suivrait les lites! »
s journanx anglais et americains luttaient d'ironies invectives. M. de Pressense en cite de curieux et ants exe triples dans la profonde et spirUuelle etude a consacree a la doctrine de Monroe (*). D'enormes els de valeurs americaines jetees sur le marche par apital isles britanniqucs amenaient une baisse enorme ours; les Bourses americaines et anglaises se livraient ; ecarts considerables. Les plus grands homines de on etaient alteints d'une fievre insensee; Kdison, le tl electricien, revail la construction « d'une kvrielle lachines toutes plus mcui'lrieres les unns que les s, dont la moindre devait aneantir 1'armee et la flotte Vngleterre ».
Revue des Deiix-Mtmdea, 15 Janvier 1696.
Cependant, « 1'anglophobie militante » qui regn Etats-Unis ne tarda pas a se calmer. De serieuses c Bourse ne furent pas etrangeres a ce tardif retoi sagesae. Les Americains du Nord se rendirent cnmr sans flotte et sans armee, ils n'etaieot pas aussi prel 1'avaient cru tout d'abord a engager la lutte cootn gleterre. La situation financiere, un instant rele l'arriere-plan, reprit la premiere place dans les prei lions du public. Un grand con rant se formait co guerre, puissamment forlifie par les objurgations nistres de toutes les confessions, Cacilite par i'; digne et conciliate de la presse britannique. Le ( nement de Washington declarait ouvertemenl qu'il tait les manifestations auxquelles s'etaient livres 1 sidents des Republiques du Sud-Amerique. « Le ( nement americain, disait-il, a defini sa position question anglo-yenezuelienoe; il desire qu'on s'en la ». Le senateur Gray, ami intime du President land, in formait le directeur du World « que le Go ment des filats-Lnis, en nommant la commissio; quele, n'avait pas 1'intcntion de s'arroger le d delimiter la fronliere entre le Venezuela et la britannique; mais qu'il avail cherche a s'assurer gleterre, sous le pretexte d'une dispute de frc n'avait pas I'intention d'agrandir son empire aus du Venezuela. Les Etats-L'nis n'araienl nullement d'intervenir dans une dispute de bonne foi entre I yernements du Venezuela el de la Grande-Brefa
Tovaicnt memo que dans une telle dispute, la doctrine de Monroe ne pourraitetre appliquee ».
Les Americains battaient done en retraite. Le choix des nembres de la fameuse commission d'enquete demandee :>ar le message du t9 deceinbre avail ele laisse an Presi- Jent : il se porta sur MM. Drewer, White, Coudert, Gelnan et Alvey dont la sagesse et la moderation etaient d'un ion augure pour les amis de la paix. On pouvait d'ailleurs ;raindre que les Anglais et les Venezueliens ne se misseut 1 'accord tout seuls, sans le concours des Americains du N'ord, ce qui eut place ccux-ci dans unc situation quclque ieu humiliante. Enfin, un mouvemenl se dessinait en Europe contre la nouvelle interpretation de la doctrine de Monroe. Quelques journaux demandaient qu'on reuntt jne conference de tous les Etats qui avaient des inte - ■els terrttoriaux en Amerique, afin d'arreter une ligne de :onduite commune contre les empietements des Elats- Qnis. Un journal officieux allemand, le Hamburger correspondent disait : « 11 ne s'agit pas de savoir si 'Angleterre est ou non daus son droit vis-a-vis du Venezuela. La question importante est cette doctrine exraordinaire soutenue par M. Cleveland. L'Europe entiere i le plus grand interfit a s'y opposer. One demain le Hcxique ou la Republique Argentine repudient les dettes [ii'ils onl contractees en Europe, les Etats-Unis pourraient ntervenir de la meme facon, et interdire aux puissances le prendre aucune mesure. Nous esperons que la Ilollande ii 1'Espagne n'ouvriront leurs archives a la Commission
des fitats-Unis qui viendra en Europe eu quete d'arguments pour soutenir la doctrine de Monroe. L'attitude que l'Europe devraii prendre en presence de l'arrogance de
I'Amerique est tout indiquee ».
Cependant, « le Senat se livraita une sorte de debat, moitie politique, moitie juridique, sur la portee exacte de la doctrine de Monroe ».
Le senateur Sherman declarait que la definition donnee par le President etait exacte. M. Baker, du Kansas, invitait le Congres k af firmer « que les fitats-Unis considerent comme acte hostile d'une puissance elrangere d'etendre par la guerre, par traite, par achat ou autrement ses limites territoriales dans l'hemisphere occidental ou les iles adjacentes que les fitats-Unis considerent comme necessaires k leur propre defense, eux seuls etant juges de cette necessite ». La proposition de M. Baker etait Textension logique de la politique qu'esquissaient en 1870 M. Fish et le general Grant. Une seule resolution etait moderee et sage, mais elle ne reunissait qu'une infime mi no rite; elle avait ete deposee par M. Sewell du New-Jersey, et etait ainsi concue : « Ni en vertu des termesde la doctrine de Monroe, ni en vertu d'aucune declaration officielle, les fitats-Unis ne sont engages a intervenir comme protecteurs d'aucune nation du continent americain conlre l'invasion ou les
empietementg des puissances elrangeres. L/Executifa grandement outre passe les affirmations originates de la doctrine de Monroe, au point qu'il semblerait que les fitats- Unis eussent 1'obligation d'exercer un protectorat absolu en toute circonstance sur le Mexique et les fitais du Centre
et du Sud deTAmerique Poursuivre et etendre une telle
politique, serait contraire a toute sagesse et k toute prudence ».
On invoquait la doctrine de Monroe dans des sens contradictoires : le Co mite des Affaires et range re 8 du Senat chargea un so us -co mite de preparer un projet de resolution par lequel le Congres tout entier d^finirait et affirnierait la doctrine de Monroe : elle acquerait enfin la valeur legislative qui ne lui avail jamais ete conferee.
Le rapport de ce sous-coinite etait atlendu avec impatience. Certaines indiscretions faisaient pre voir une definition exageree. On ajoutait immediatement comme correcti f que cette definition ne serait pas acceptee par le Comite des Affaires etrangeres de la Ghambre des Representants, dont le President, M. Hitt, etait partisan dune politique moderee. Mais la surprise fut universelle quand on connut le 21 Janvier 1896 le rapport de M. Davis, senateur du Minnesota.
M. Davis reproduisait le texte de la doctrine de Monroe et ajoutait ces mots : « Rdsolu que les fitats-Unis ctAmerique reaffirment et conferment la doctrine et les. prineipes ainsi promulguds par le President MonroS, et declarent maintenant qu'i/s soutiendront et maintiendront cette doc-
irincipes, et considereront toute infrat autres, en particulier toute tentative ropeeone de prendre ou d'acquerir loi au ou additional sur le continent aim idjacenle, ou tout droit de souveraioete ins lesdits continents et ties dans tous oil les fitats-Unis jugeruient cette te ereuse pour leur paix et leur securit e soil faite par la force ou par voie d'ac cupatiou, d'hypolheque, de colonisati le conlrole sur 1'acces d'un canal ou < is de transit a t ravers l'isthme americai de droits mat fondes dans les cas de pre liinites, soit de toul autre pretexle ma!
nanifextation de dispositions hosliles a is et tine intervention que sous n'importe it impossible mix Elats-Unis de regard.
de cette declaration etait inconcevab la doctrine de Monroe, mais uue d< demandait au Congrcs d'approuver. X declarerenl inadmissible el le Temps i les les juge munis qu'elle inspira : « I e avail juge suffisant d'exclure a tout st I'extcnsion par la force, du domai iropeennes en Amerique. Deja M. 01 avaient paru pousser les choses — t ncipe — jusqu'a condamner le statu q\
est-a-dire 1'efat de possession coloniale aclucllo nces curopeennes acluelles au N o uvea u -Monde, lis avaient eu la discretion de ae pas graver sur ; supplement a la doctrine originelle. M. Davis as quant a lui a refondre toule la declaration, et e en tout autant de termes {'interdiction expresse uissances europeennes de faire, meme a l'amia- :onscntement des interesses, dcs acquisitions de en Auierique. Voilaqui est parler net. Ce n'est olecloratduNouveau-Moodecontreles ambitions petils de l'Ancien; ce n'est plus encore une lu- •ele; c'esl une prise de possession; c'est I'anire et simple des deux continents de l'hemisdental aux £tals-Unis (') ».
>n publique Americaine se monlrait heureusesage que le Senat et accueillait tres froidement e Davis. Le Senat lui-meme montrait une oppolendue : le secateur republican! Wolcott, du Cointait non seulement la proposition Davis, mais 'etenlion de M. Cleveland d'appliquerla doctrine i cas du Venezuela. II condamnait le message du jrc comme pouvant entrainer des hoslilites ; et il avec raison que la Commission d'enquete etail e menace do guerre qu'une garantie de paix.
de cette Commission clait en effet absolument ble : s'erigeant en arbitre sans avoir ete choisie
mp» dn 22 Janvier 1896.
deux parties, elle priaille secretaire d'Etat nder a I'Angleterre et au Venezuela de lui s litres sur le territoire conteste. Le Veoeim mediate men t a cetle demande. L'Angle- . egalement au desir de la commission ame-
e peu glorieuse s'explique par les difficultes la politique britaanique; des causes de ieot en effet entre les Gouvernements de Berlin au sujetde l'atlitude prise par l'Allei affaires angto-transvaaliennes; la crainte de :ultes Internationales excitail I'Angleterre a ille justifia une fois de plus cette grande ■d Salisbury, alors lord Granborne, avait I a la Chambre des Communes a propos des inemark : « L'Angleterre a une echelle a politique exlerieure. Elle einpoche sans [fronts des puissances de premier ordre ct utre joue a un nouveau son filet. Elle se tail i ressentiment avec les Elals scs egaux. Au ; les foibles, elle se platt a (irer une venite et a leur demander compte de tous les le n'a pas ose se [aire dedommager par leurs ronie des cboses voulait que lord Salisbury
La Cour d'arbitrage serait composee de deux membres americains et de deux membres anglais; en cas de desaccord, un cinquieme arbitre charge de departager les voix de la Commission, serait choisi par le roi de Suede et de Norwege. Mais il etait entendu qu'une occupation ayant
Deuxieme Cour : Questions de territoire.
La deuxieme Cour sera composed de six membres, dont trois seront designed par la Cour supreme ou les Cours de circuit des Etats-Unis, et les trois autres nomm6s par le Gouvernement britannique parrai les membres du Conseil prive ou de la Cour supreme de justice. Cinq voix seront n£- C68saire8 pour rendre les solutions definitives. Celles-ci devront aiors Gtre exlcutees par les deux Gouvernements, qui en tout cas ne pourront recourir aux ho6tilites avant d'en avoir appele* a Tarbitrage d'une ou de plu~ sieurs puissances.
Le traits aurait une duree de cinq ans apres Techange des ratifications, mais il se renouvellerait de plein droit tant qu'il n'aurait pas ete d^nonce.
M. Cleveland soumit ce traite a Tapprobation du S6nat.
II suscita d'abord un vif enthousiasme ; mais des recriminations ne tarderent pas a 6*eiever.
On critiquait surtout le choix du roi de Suede comme arbitre d6finitif dans les contestations p£cuniaires, car on reprochait a l'arbitre su6dois de s'6tre montri trop favorable aux Anglais dans Parbitrage relatif aux p£cheries de la mer de Behring.
Cependant, la Commission des affaires etrangeres du Senat proposa tout d'abord la ratification du traits, mais avec des amendements et des additions qui l'annulaient en fait. Toute question se rattachant a la doctrine de Monroe etait excepted des cas d'arbitrage par I'adoption faite a l'unanimite de la proposition suivante, inspired surtout par le desir de ne pas soumettre a un arbitre le regiement de la question du traite Clayton- Bulwer : c aucune question affectant la politique interieure ou exterieure de Tune ou 1'autre des hautes parties contractantes, ou les relations de Tune ou l'autre d'entre elles avec tout Etat ou toute autre puissance, ne sera soumise a l'arbitrage sauf en vertu d'une entente speciaie *. A Funanimite egalement, on decidait que le roi de Suede ne serait plus choisi comme arbitre permanent; les arbitres cboisiraient eux-m6mes dans
— Hi —
litucrail mi droit de proj i< Les territoires possede ies depuis 50 ans dans Is •la et la Guyane britan 1 ['arbitrage ».
r le juge qui les departagerait.
leree a l'arbitrage que daos la tla revenait a aoumettre au Sem 1'un arbitrage.
ieo du traite primitif. Dane hi iaada au Senat d'en retablir le ■e qu'il lai oppoBerait son veto d aucun compte do vceu preside its Boot venus mutiler encore rags. A l'eDorme majority de • nt Hoare propose par sa Com nil affectant la politique inte:
t exclnea dea effeta du traite ; ' s toix devrait decider pour ch
i'e tie fut meme pas adopts. 1
majority dea deui -tiers exigee ut 43 voix pour et 26 contre ; tenus. 10 repnblicaina, 11 demo JO republicains et 13 democrati iitrage avaient prcfero voter ci j lea a men dements qui P avaient
de M. Mac-Kinley un nouveau au Seoat, mais il ne sera proba :mbre. — Lea articles qui fireni ies, disent les journaux. Oa pe' auce et 1'objet.
rejet du traite anglo-araericain i aux juriaconaaltea qui diclar
de traites generaux d'arbitragt
La fameuse Commission d'enqugte lerminait en meme temps ses travaux et deposait un rapport (28 tevrier).
Ce traite du 9 novembre 1896 consacrait la defaite dc TAnglelerre. « Sans doute, comme le fait remarquer dans la Revue politique et parlementaire du 10 juin 1897 M. Dunning, professeur a la Columbia University, il n'est guere probable que la Grandc-Bretagne perde ancun territoire auquel elle a equitablement droit mais le renversement de ses pretentions est complet ». Tout est extraordinaire dans ce traite et contraire aux principes qui ont jusqu'ici regie la matiere. Cet acte international, a la conclusion duquel les l£tats-Unis avaient pris une si grande part, etait signe seulement par TAngleterre et par le Venezuela. Le Senat des fitals-Unis n'aurait done pas h donner son assentimeni? puisque le Gouvernement de Washington n'etait pas partie k Taffaire. « II y avait simplement, dit M. Dunning un accord gracieux entre M. Olney et sir Julian Pauncefote, aux termes duquel la Grande-Bretagne ct le Venezuela devaient conclure un traite dans certaines conditions ». Chose plus etrange encore, le Venezuela ne serait pas represents dans ce tribunal dont la decision etait sans appel. « On remarquera, continue M. Dunning, que moralement sinon juridiquement, les l£tats-Unis sont garants de la decision du tribunal, et e'est la peut-etre la principale signification de toute Taffaire. M. Olney, il est vrai, a evile que les fitals- Unis fussent declares responsables de la conduitc du Venezuela, mais en fait, il a constilue une sphere d'influence
ou ta suprematie des Etats-Unis aura t6t on lard a porter une certaiae respoasabilite' pour les fails qui s'j seroot ».
Les Etats-Unis triomphaient, ils garden! un motif tcrvention dans 1'Amerique du Sud. Le journal le 7 qui avail defendu avec une particuliere energie les tables principes du droit signale en ces termes les dai que fait courir a l'Europe la reconnaissance par l'A lerre des pretentions des Etats-Unis : « Souffrir q Gouvernemenl de Washington s'ingerat dans one a exelusivement pendante enlre le Venezuela et le Roya Uni, permettre qu'il s'arrogeat une sorle de juridi souveraine sur un litige auquel, direclemeut, i] n aucuae part, cherchcr avec lui les bases d'une ente propos d'un conflit auquel il elail elranger, c'etait sitnplcment reconnailre en fait et dans toute son etc l'uoe des premisses fondam en tales de la doctrin Monroe, c'etait affirm ur implicitement le proteclorat ral des Etats-Unis sur 1'Amerique entiere et leur dr< se porter forts, me me sans mandat expres, pour les de eel hemisphere ».
Sans doule, la doctrine Davis s'elait evanouie pure et simplement, mais le traite du 9 novembre donnai doctrine de Monroe une impulsion immense. II sen desormais qu'il n'y eut plus en Amerique qu'un seu! capable d'avoir des relations avec l'Europe et que les sances sud-americaines dussent loujours user de 1* mediaire des Etats-Unis dans leurs rapporls avec le \
Monde, eomme font les Klats proteges par I'intei-mediaire des Etats suzerains. Le Venezuela n'avait meme pas demande la protection qui lui fut iinposee, et M. Cleveland traitail au nom de M. Crespo comme le President de la Republique Francaise au nom du Bey de Tunis.
La doctrine de Monroe' etait formellement reconnue par un des plus puissants lilats de 1'ancien continent. L'Anglelerre, qui avail defendu dans l'afTairc du canal intern ctianique les vrais principes du droit public, avail mis bas les armes devant les pretentions des Americains du Nord. Les Anglais avaienl failli a leurs devoirs internationaux , ils s'elaient montres mauvais Europiens, mais la genereuse nation espagnole devail prendre en Amerique la defense des inlerels du Vieux-Monde.
Si Monroe avait declare que les fitals-Unis regarderaient comme tine disposition hostile kleur egard une intervention quelconque de 1'Europe dans les affaires des Etals americains, il avail par conlre aflirme qu'ils n'interviendraieol pas dans les affaires des colonies europeenues qui existaient en 1823. Malgre l'extension exagereequi a ele don nee depuis a un grand nombre des points du message, et en depit des solicitations de l'opinion publique, le (jouvernement americain, fidcle a la doctrine primitive, n'est pas encore officicllemcnl intervenu dans la lulle qtiesouliennent contreles
bains revoltes, et il s'est maiotc aquable terrain de droit.
is Elats-Unis et de Cuba ont ete Ime, toujours fort etroits, et la es plus anciennes qui aient preo Mine. Seule de toules les imnicc ortugaises, la Grande Antille n'i jpen dance dans les premieres at jns avec sa metropole elaient ret les aulres colonies : Cuba envo is, et l'Espagne avait l'heureuse le de bons gouvcrneurs. Aussi la ; a Cuba; les insurrections sep ment reprimees, et les libera us idant settlement a l'Espagne d
I'eselavage avait amene d'assc-z t aite conclu en 1817 entre l'Es| it la traite a Cuba, mais en ech ]ui supprimait le monopole ecoi 'ait a La Grande Antille par rap ., l'Espagne recut une indemni :terre versa l'argeot, inais protc j encouragements que le Cabine
it a la contrebande. Les Etats-Unis s'agiterent : ient de voir Cuba mix mains de I'Espagne, ils ides a tout pour empeeher qti'elle tombat aux le puissance europeenne plus belliqucuse ou . Ils subvention naieot a Cuba un parti Ameri- ; le parti Anglais. Le parti Francais existait a s savons cependant que bruit coimit un inses chancelleries que la cession de Cuba h la ait le priK dont Ferdinand VII recompenserait urs du Trocadero, et nous avonB vu que re bruit peut-etre a la promulgation de la doctrine de Nous avons vu egalcment que Canning, vour aux Etats-Unis des gages de son desintcresjr avail propose de signer avec eux et la France par lequel les trois puissances s'engageaient a j a I'Espagne la possession perpeLuelle de Cuba, iouvernement de Washington n'avait donne son enl qu'a des conditions que 1'Angleterre avait cepter.
rine de Monroe etait d'une absolue moderation irfaitc correction en ce qui concerne les colonies es sur le sol atnericain. Mais undes parrains de i Declaration, Jefferson, dans la consultation qui ■le demandee et dont nous avons reproduil des ivait ete autrement affirmalif que son ami, et, incerile qui elait alors prematuree, avait resume
out les America d'hui d'une gn i jingoes : « No an : souhaitoo ede ration, unn fesse en loule si nine V addition le a ?iotre system ette He nous d Ure'es et Fisthnu les eaux se de've it notre prospe.
tat ae pourra j.
isenlement de i itidependance ient son indepc
sans la guerre lier desir, en It ler son indepen re plutol que so t la guerre et honnetemeni a(
laquelle nous ossessions, de i :li: a aucun an rie, maisnous n rvenlion violen omnie aimliaii
fc, toute autre forme ou prelexle, et plus specialement a It
*T. (ransfert a quelque puissance par la conquete, la cessi
ff ou par fine acquisition de toute autre maoiere p.
v.- Mais les « chances futures » sur lesquelles Jefiers
'V comptait pour amener l'annexion de Cuba se firent
',. lendre. A des raisons politiques d'annexion se joignirt
j cependant des raisons ecooomiques. Les democrates, qui
maintinrent presque sans interruption au pouvuir jusqi
£ ta guerre do Secession avec Jackson, Van Buren, Tyh
'*-"■ Polk..., devaient desirer line conquete qui renforeerait da
i . les Chambres !e groupe des partisans du maintien de l'i
-■ clavage; ils avaicnt fait pour cette raison la conquete i
Texas. Les Cu bains, producteurs de matiercs premier
avaient peu d'usines et ils auraient fourni a t'Unii
d'excellents clients. Aussi tousles Americains, de quelq
parti qu'ils fussent, attendaient-ils avec impatience I
chances futures dont parlait Jefferson.
En 1825, les Espagnols offrent aux Americains des ava (ages commerciaux s'ils veulent leurgarantir la possessii de Cuba; ils essuient un refus. Ed 1840 l'acbat de l'ile t demande au Senat. En 1846 une compagnie americaii essayait de reuni un milliard dans ce but; une expedite militaire s'organisait pour organiser un soulevement. 1 Gouvernement americain fut oblige de s'y opposer au no du droit des gens. Mais des encouragements venaient i haul u tous ceuxqui revaienl ['annexion (*) : « l'ile de Cub
(1) V. Rer. du dr. int., 1894, artio'e de M. Bassett- Moore.
is sympathise avec le peuple cubain dans les ef- I fait pour assurer son independence et etablir la publicaine de Gouverneroenl, qui garantira la lidmduelle et 1'cgalile politique de lous les cit le Congres don ti era son consentement constituu President des filals-Unis quand celui-ci jugera de reconnattre I'independance et la souverainete juTernement republicain ». Le Gouvernement i n'avait pas doone suite a cette resolution, rreclion, reprimee en 1878 par le mnrechal Maripos, releva la lete en 1895, et le parti autonomiste lutte sous le com mao dement de Maceo el de Gomez, proclamant la Republique cubaine et afa volonte de faire de Cuba un fitat libre.
e fut acharnee; elle n'est pas actuellement termispagne, a demi mince, envoya dans la Grande ne formidable armee de 100.000 hoinmes suc- ;nt commandee par le marechal Martinez Camgeneral Weyler. Les troupes, victorieuses dans rt des rencontres ont fait devant elles le vide, vu leurs convois attaques, leurs communications Me coupees. Les Espagnols sont les maltres des lais les io surges trouvent dans la canipagne et Tionlagnes des refuges inaccessible". La lutte donl rnement de Madrid annoncait a chaque instant ninente menace de s'eterniser.
oltes cubains cxcita am en cams. Leur re lelienoe les eocaura<
exceptionnellement ■yeas de I'Union, C>
la Grande Republiq [tie d*aider a la creat lacerail la dominatu i. La Republique col a Republique americ e en elle, comme l'a xas.
oserent pasimmedial
la Republique cubs i le Gouvernement ar ;tede betligeraDts. Li tiles a l'Espagne fur ^appelant que I'Espa
recoil naitrc dans la time belligerents, le evelandreconnitles econnaissance amem ladrid.
a suite d'une seance
orageuse, le Senat votait par soixante-quatre voix contre six la resolution suivante : « Le Senat decide, concurremment avec la Chambre [des representants, que, dans Topinion du Congres, il y a etat de guerre entre le Gouvemement espagnol et le Gouvernement qui depuis quelque temps a ete et est maintenu par la force des armes par le peuple de Cuba, et que les 6tats-Unis doivent observer une stricte neutrality entre les puissances beliigerantes, et accorder a chacune d'elles tous les droits des belligerants dans les ports et sur les territoires des fitats-Unis. Le Senat decide que les bons offices des fitats-Unis doivent etre offerts par le President au Gouvernement espagnol pour obtenir la reconnaissance de l'independance de Cuba ».
Et insistant sur le caractere de sa proposition, le senateur Sherman affirmait qu'il ne desirait pas 1'annexion de Cuba aux £tats-Unis, mais qu'il souhaitait l'union dc Cuba au Mexique, pays habite par une population de meme origine (*). Certains senateurs se montraient, il est vrai, beaucoup plus agressifs et M. Lindsay declaraiC que l'etat des choses regnant & Cuba justifiait une intervention active
(1) Au mois de juin 1896, un Comity compose de deputes, d'industriels et de directeurs de journaux se f ondait a Mexico pour eoutenir la solution suivante de la question cubaine : les habitants de Cuba seraient appeles a se prononcer par voie de plebiscite sur la question de l'independance; l'Espagne recevrait one indemnity pour la perte de Cuba ; les intereis commerciaux espagnols seraient garantis par un traite entre Cuba et son ancienne metropole ; enfin Cuba serait partagee en trois ou quatre groupements libres qui se f 4dereraient avec la Republique mexicaine.
r retablir l'ordre au
:e de bell iterance a ipes du droit intern soutenable, djt M.
juridique, car la qu de fait ». Et l'emii e son dire I'aulorite e> par la majorite ( la guerre civile ou ti peut ipso facto etrc distincls; pour en art a lutte, 1'egalite des l'im possibility de de tere tel que les tiers comme realisee une :onsecration definitiv a reconnaissance de:
1 par les Cabinets de s implique de la part ralile.
de meme eo fevrier issait alors certain, t que l'Espagne oe t violences inouies d< jsaieutpercerleursve
ti, 1« mare 1896.
uonnaissauce de belligerance ne devait tHre pour • If prelude d'une alliance. Lcs Cubains reunie- 1'apres eux, toutea les qualites eitgees par le droit ional pour etre recoonu belligerants : « Lour orga- , disait le senateur Sherman, est aussi complete [ait celle des ittata-linis peadaut la Revolution, bains oe sc sont pas montres d'une ferocite barndis que les Espagnols ont prefere rappeler un main, le marechal Martinez Campos, pour le rem- »ar un massacreur, le general Weyler. Les mains * r,-il Weyler sont pleines du sang des homines et mes sans defense. Si on le laisse fatre, aucun poumonde n'empechera les Etats-Unis de chasser ces s. Nous n'avons pas besoin d'une Armenie a nos Si le general Weyler met ses desseins a execution pas dans les deux Ameriques de pays qui n'envoie imes pour mettre fin a ces infamies ». D'apres le r Lodge, « le monde civilise saluerait de ses acclai 1'attitude que les Etats-Unis se proposaient de : ». D'autres senateurs declaraient « que I'Espagne
pire nation qui cxislal, que c'etait tine nation de [ui n'avait aucun droit au respect et a la considera- ; autre? nations ■>.
nfime minorite de six voix s'opposa a la resolution. teur le senateur Caffery declarait que les Etats-Unis it pas plus de droits a intervenir a Cuba qu'en Ar-
Sspagnols surent observer une altitude pleine de
s moderation. Tous les partis s'unirenl con ms a peine dissimulees des Americains. L' ixdu Gouvernement, la Correspondencia,dh iu Senat avait cause a Madrid une impress:
la majorite immense que la resolution dem.
:s Cubains la qualite do belligerants a obten ne celle assemblee est enlierement hostile > vote est I'evenement le plus grave qui t 'e pays depuis longtemps ». Le Liberal voul aucune resolution n'etait plus injuste ni p
droit : « Les iosurges cubains ne sont t rs qui ne represented pas le peuple de Cu 1 ndele a l'Espagne. lis ne sont qu'une minoi incertain etsauvage qui lutte pour obtenir pillage. Une minorite pareille ne peutchang onstitue par la nation, appuye sur 1'histoirt s Etats-lmis violeraient done le droit natu ,saut la qualite de belligerants aux insurj La perspective d'une guerre etait me me en provocation, mais avec fermele : « II ne mi pagne, disait le Literal, ni I'energie ni la vi ister, ni 1'elan supreme. Le sol de I'Espag u sang fecond de cenx qui ne consentin i affront ni a une intervention 6trangere e, declarait I' Impartial, doit se prepare!
i id ili':; nos ressources maritimes ne sont ] s, mais nous n'aurons pas devant nous t lvale giganlesque. Notre liumilite a ete n
interpretee. line attitude fermeet resolue nous aurait conquis plus de consideration. Nous ne sommes pas si faibles que notre hostilite devienne indifferente a un peuple de marchands qui n'a rien de guerrier ». Et l'Espagne, avec un patriotisme admirable, faisait des efforts gigantesques : le cabinet Canovas, qui avait succede au cabinet liberal Sagasta, envoyait i 00.000 hommes a Cuba malgre la situation difficile des finances.
En Amerique m&me, levotedu 28 fevrier ne rencontrait pas dans la nation Timmense majorite qu'il avait eue au Senat, et le New-York Herald, un des plus important orgaaes de l'opinion, ecrivait : « Une action gouvernemcntale, impliquant des obligations internationales, ne saurait etre determinee par des sympathies populaires, quelque respectables qu'elles soient, ni par les clameurs de. la foule, quelque bruyantes qu'elles soient. Des que le jingoisme semble vouloir provoqucr la guerre, le moment est venu pour les gens reflcchis de se demander s'il y a une raison de faire la guerre, et s'il est permis de la provoquer, sans que ce soit pour une bonne cause. Le moins que Ton puisse demander au Gouvernement, c'est de proceder prudemment dans une affaire dont les circonstances peuvent etre si graves pour le pays ».
Cependant, laChambre des Representants, dans sa seance du 2 mars, votait par 263 voix contre 16 la resolution sui- \ante en faveur des insurges cubains :
« La Chambre des Representants decide, concurremment avec le Senat, que, dans l'opinion du Congres, un
fcJr«
tublic de guerre existe k Cuba, et que les parti nee nut des litres aux droits des bclligerants.
Chambre decide que le Cougres deplore les n imes et la destruction des proprietes qui sonl le r<
la guerre, et qu'il est con vainuu que la seule soli ifferend, aussi bien dans l'inleret de l'Espagne
l'inleret du peuple de Cuba, serait l'etablisser Qouvernement elioisi par le peuple cubain. Le < pense que le Gouvernement des Etats-Unis doit r ses bons offices et son influence amicale en Hablissement d'un pareil Gouvernement.
Chambre constate que les Etats-Unis ne sont pas ii s dans les luttes eotre les Gouvernements europei
en raisoa des relations etroites qui existent c uple des £tats-Unis et le peuple de Cuba, relal ^nl la consequence de leur proximite et d'echa terciaux, et en vuc de la guerre actuelte qui caust jices aux Americains, le Congrcs est d'avis qu ernemenl doit elre pret a proteger par son inter si e'estnecessaire, les inlercls des sujels americai ' avail, com me le Tail remarquer M. Mcrignhac, ne difference enlre la resolution du 28 fevricr, v ; Senat et la resolution de la Chambre en date .
La premiere asscmblee « avail decide que le Pi les Etats-Unis offrirait ses bons offices au Gouve
espagnol pour obtenir la reconnaissance de I'i ince de Cuba ». La Chambre des Representants « j ue le Gouvememenl des Etats-Unis devait em pi
bous offices et son influence amicale en Yue de 1'elasemenl a Cuba d'ua Gouvernement independant ». La xieinc formule etail a coup stir plus moderee que la nierc, mais elle derail aboutir au m6me resullat, etant nee sur ce point la juste susceptibite du Gouvernement ignol. Les deux assemblees paraissaient d'ailleurs desiun echec, en depil destermes amicaux de leurs resoons. Le passage relatif a une intervention possible du sident pour proleger, s'il etait neeessaire, les interels sujels americains elablis a Cuba, ne conlenait rien de Lraire au droit des gens.
'indignation succedait en Espagne a ('emotion, et des lifeslations noinbreuses s'organisaient dans les rues et ienl protester devant les consulats americains. On ra- ;ait que les io surges cubains preparaienl a New-York lission d'un emprunt de 100 millions de dollars, et Is offraienl unc partie des litres de cet emprunt aux seiurs el aux deputes americains en echange de la recon- ■sancc de la belligerance.
t. landis que le Gouvernement americain se monlrait ol hostile aux demonstrations des assemblees, le Senat /oyait a sa commission des Affaires Elrangeres la resom volee par ta Chambre des Kepresentants en faveur ;uha. Cette commission nommait a son tour tine collision specialty chargee de confereravee une delegation a commission des Affaires Elrangeres de la Chambre tie d'arriver a 1 "adoption d'un teste unique, ais les propositions votees par les deux assemblees
s resolutions concurrentes.
nettait an President de nt > considerer comme de s . Le vote de resolutions c blige dans les dix jours de on veto. Si elles etaient d rite des deux tiers des voi President serait oblige de M. Cleveland paraissanl 1
la belligerance, plusieurs .■ au vote d'une resolution ijoiiite. M. Allen, senateur] ae proposition dans ce sens
moment d'une tardive st ; renvoyee pour examen !
3S. M. Hale fit observer q jnts d'informalion necessai cubains com me belligeran lient pas de nature a con quelques scnateurs. M, Si s fitats-Unis ne devaient p angerc sc metftt de leur i dans combien de temps il llion interieure, I'Espagne it ce temps, le Gouverneu devoirs de la neutrality el : qui porlaient a Cuba i 1 sougeait scukmcnl a cnv
m chargee de reconnattre si la situation des ins urges v raiment de nature a auloriser une reconnaissance ligeranee.
manifestations se produisaient en sens divers. Le ur Mills proposait une resolution conjointe extrentviolente; il voulait que le President demandat a gne d'accorder a Cuba son autonorhie locale, el ful se en cas de refus a s'emparer de I'llc el a l'occuper a ce que ses habitants eussent decides eux-memes de ort. Mais cette resolution elait renvoyee a la coin- D interparlementaire des Affaires Etrangeres et plujournaux des Llats-Unis declaraient que sa violence accentuerait encore la reaction qui se manifestait nat cootre les sympathies cubaincst 1 ). Sans doute, venlion republicaine de l'Etat de Minnesota se deen faveurde la reconnaissance comme belligerants surges cubains, mais elle se prononcail pour la canre de M. Mac-Kinley a la Presidence contre M. I'auteur de la famcuse nouvelle doctrine Monroe ■us avons apprecie'e. Toutes les resolutions relatives i etaienl renvoyees a la commission inlerparlemennais I'impression generate elait que le passage de la ion de la Chambre des Representauls, relalif a 1'io- .ion devait elre suppriine, et que le texte vole par le serait prcsentc au vote de la Chambre.
in ion espagnolese monlrait egalemeut plus sage, et
nirnal ilt» Dilate du 25 mare.
prenait son parli de voir les Chambres americaines voter la declaration de belligerence. Elle meltait tout son espoir dans la fermele du President et on ass u rait a Madrid que M. Cleveland oe prendrait aucune decision avant la saison des pluies. De bonnes nouvelles arrivaient de Cuba; les : insurgesetaient battus dans plusieurs rencontres et ils perdaient leurs meilleurs chefs.
Les jingoes firent une derniere tentative : le senaleur Call presenta une resolution conjointe demandant au President d'envoyer a Cuba des forces suffisantes pour mettre un terme aux atrocites espagnoles et proteger les citoyens americains. La resolution invitait en outre M. Cleveland a notifier k l'Espagne que les ^tats-Uois interviendraient h main armee si les cruautis et les assassinate ne cessaient aussit&t. Mais ce projet ne fut pas discute.
M. Hitl, President du comite des Affaires fitrangeres de la Chambre des Representants prononca un long et vehement discours, pressant la Chambre d'adopter les conclusions de la commission interparlemcntaire reprenant le textedu Senateu faveurdesinsurgescubains. Voici le resume dcson discours donne par le Temps du 5 avril : « Lorsqu'une guerre se prolonge indefiniment entre une metropole et sa colonie, la meilleure solution est la separation, et il est alors utile qu'une autre nation impose sa mediation. Ce role appartient aux Etats-Unis, ou les legislatures, les chambres de commerce, les eglises, les associations et des milliers de personnes ont adresse 4 la Chambre des petitions en faveur deTindependance deCuba. Les seuls a pro-
D. il
tester sont les commer^ants et les financiers qui s'occupent du marche financier espagnol ou de la -vente de munitions de guerre. II n'est pas juste et equitable que les fitats-Unis continuent d'etre la base d'operations pour ecraser un peuple luttant pour sa liberte, et k obeir a toutes les requisitions du ministre d'Espagne au lieu d'observer la neutrality et de reconnaitre le drapeau cubain. La cause de l'Espagne decline depuis deux mois; les ins urges remportent des succes, leur autorite s'etend sur un territoire de 600 milles de la cote orientale jusqu'a la c6te occidentale ; les Espagnols, au contraire, sont enfermes dans les villes.
<( L'attitude de l'Espagne dans le passe justifie la reconnaissance des insurges comme belligeranls. Pendant la guerre de Secession americaine, l'Espagne s'est emparee
de Saint-Domingue afin d'entraver TinQuence des Etats- Unis et de les empecher d'obtenir une station k Samana. -
« En outre, l'Espagne a reconnu les confederes plusieurs mois avant toute effusion de sang.
« Des que la Ghambre aura accepte la resolution du Senat, il n'est pas douteux que le pouvoir executif obeira k la voix de la nation et reconnaitra bientol I'independance de Cuba. »
M. Hitt ajoutait que lors de la precedente guerre cubaine, le general Grant avait offert aux deux partis ses bons offices en faveurde la reconnaissance de Tindependance sans que le marechal Prim se fut offense. « II avait repondu que l'Espagne nc consentirait a sortir de Cuba
que d'une maniere digne et honorable, que les insurges devaieot cesser les hostilites et que la question de la separation serait soumise au referendum des Cubains. Ces conditions firent rompre les negociations sans que Intervention des fitais-Unis eut produit aucun casus belli. Aujourd'hui, l'Espagne peut encore repousser un conseil amical, mais le temps est proche oil il lui faudra bon gre, mal gre, reconnaltre Tindependance de Cuba ».
Nous avons reproduit un long resume de ce discours, parce qu'il refletait admirablement les raisons de la plupart des Americains de reconnaitre l'independance cubaine. M. Hitt fut ecoute, et le 7 avril par 244 voix contre 27, la Chambre des Representants adoptait le rapport de la commission interparlementaire. La resolution, votee par les deux Cbambres etait, nous le savons, concue en ces termes :
« Resolupar le Senat, concurremment avec la Chambre des Representants, que dans l'opinion du Congres un etat de guerre publique existe entre le Gouvernement de TEspagne et le Gouvernement proclame et depuis quelque temps maintenu par la force des armes par le peuple de Cuba, et que les l£tats-Unis devraient garder une stride neutrality entre les puissances belligerantes a Tegard de leurs droits de belligeranls dans les ports et le territoire des fitats-Unis.
« Resolu en outre que les bons offices des £lats-Unis devraient 6tre offertspar le President au Gouvernement espagnol pour la reconnaissance de Tindependance de Cuba. »
« Par cette declaration, disait le Temps, -declaration qui tranchait ea passant les problemes les plus deli cats du droit des gens, le Congres avait d'un seul coup reconnu la qualite de belligerants aux ins urges de Cuba, proclame la neutrality des Elats-Unis entre les combattants et offert les bons offices du Gouvernement de Washington pour Tetablissement de Tindependance de la Perle des Antilles et la restauration de la paix li ). »
Mais le meme journal appreciait avec une ironiquejustesse la valeur de cette declaration : « Le Gongres n'a point voulu aller jusqu'au bout dans la voie dangereuse oil il s'etait engage. II a bien voulu faire du chauvinisme, mais du chauvinisme platonique. En votant le texte de la fameuse resolution sortie des conferences des comites des deux Ghambres, il savait tres bien qu'il donnait un grand coup d'epee dans Teau. C'etait precisement ce qu'il avait a coeur de faire. Le reglement a des subtililes exquises qui permettent des manifestations sans danger. S'il s'etait agi de voter une resolution conjointe, toute la prudence Yankee se serait gendarmee, mais une simple resolution concurrente ne saurait soulever la moindre difficulte. C'est qu'en effel la premiere doit etre soumise au President qui la ratifiera ou lui opposera son veto comme a un projet de loi, tandis que la seconde — telum imbelle sine ictu — est purement et simplement pour la galerie, n'a d'autre effct que de frapper Tair de sons impuissants,
(1) Le Temps du 8 avril.
n'engage en rien la responsabilite de l'executif et ressemble fort a ces expressions anonymes d'opinion que les gamins aimenl a inscrire sur les murs des lieux publics ».
Le President Cleveland etait l'arbitre de la situation; il montra une sagesse courage use et refusa de suivre l'opinion ; le 4 mai, sans avertir les Chambres, il offrait sa mediation au Gouvernement espagnol, mais cette mediation devait 6tre refusee le 4 juin, et de longues conferences avaient lieu k Washington entre M. Cleveland et M. Dupuy de L6me, ministre d'Espagne; ce dernier protestait avec energie contre le vote du Congres.
La presse espagnole protestait egalement, mais elle se monlrait confianle dans l'energie du President. Elle esperait. que celui-ci ne prendrait aucune decision avant la saison des pluies, et que d'ici la une formule serait trouvee, conciliant les aspirations autonomistes des Cubains et les interets commerciaux des fitats-Unis et de l'Espagne.
En Amerique, on croyait egalement que M. Cleveland n'agirait pas; le bruit courait meme qu'il informerait par la voie diplomatique le Gouvernement espagnol qu'il n'etait pas lie par le vote du 7 avril.
Mais la situation ne s'ameliorait pas & Cuba. Les insurges con fi ants dans les secours des Americains, relevaient la tete
et le general Weyler declarait que la rebellion ne pourrait etre domptee avant deux ans.
L'opinion americaine refusait en effet d'imiter la sagesse de M. Cleveland et encourageait les Cubains par tous les moyens. L/avocat-conseil du Gouvernement espagnol k Washington relevait 45 expeditions de flibustiers et de secours k destination de Cuba. Les tribunaux inferieurs acquittaient tous les individus qui envoyaient aux insurges des munitions et de Targent. La Cour supreme de Justice refusait de seconder le Gouvernement dans ses efforts loyaux pour reprimer la contrebande de guerre. II avait soumis k la Cour supreme des flibustiers saisis par une croisiere americaine k bord de YHorsa; cesderniers etaient condamnes, maisles considerants du jugement indiquaient -aux Americains le moyen d'envoyer legalement des hommes et des armes k Cuba : les navires avaient le droit de transporter des armes comme articles de commerce et de prendre des passagers a destination du pays ou les armes etaient envoyees. Si les passagers du Horsa etaient condamnes, c'etait « pour avoir charge ou aide & charger les armements, s'identifiant avec le chargement, etassumant ainsi le caractere d'une expedition militaire »; mais la presence d'hommes et d'armes sur le meme navire ne constituait pas une operation militaire a moins qu'on ne put prouver que les armes etaient destinies aux hommes; il suffisait done d'embarquer separement les hommes et les armes (*). Cette subtilite juridique autori-
(1) Plusieurs navires furent envoy^s ainsi, le Laurada notamment.
sait tous les secours et Vintervention la moins deguisee des particuliers americains. *
Un incident souleva dans toute TUnion une emotion extraordinaire : malgre les demarches du consul, le conseil de guerre de la Havane condamnait k mort des flibustiers americains saisis a bord du Competitor. Le Gouvernement de Washington proteslait aussit6t. M. Olney exhumail un traite de 1795 entre TEspagne et les Etats-Unis, et rappelait un protocole signe en 1877 par M. Caleb Cushing, en vertu desquels les ciloyens amerirains ne pouvaient filre traduits que devant les tribunaux ordinaires pour demander que le proces de leurs concitoyens fut soustrait k la connaissance du conseil de guerre. M. Cleveland luim&me declarait que leur execution serait consideree par les Etats-Unis com me un acte peu amical. Le senateur Morgan prenait pretexte de cette affaire pour deposer une resolution conjointe en faveur de la reconnaissance des insurges comme belligerants « afin d'obliger le President k agir *>. De leur c6te, les g^neraux espagnols protestaient, et mena^aient de demissionner si la sentence du conseil de guerre n'etait pas executee. Cependant le Gouvernement de Madrid dut ceder.
Dans ces circonstances critiques, la genereuse nation espagnole fit des efforts surhumains (0, et dans le Discours
. (1) D'apres des documents officiels, a la fin de juillet 1896, 179.000 hommes et 6.000 officiers avaient 6t6 envoy6s a Cuba ; 100.000 seulement Itaient en 6tat de lutter, 30.000 Staient morts, 40.000 malades ou rapatrids. L'Espagne d^pensait pour Cuba 50 millions par mois. Une insurrection formidable 6clatait aux Philippines.
Tn'mu du 12 inai, la Reine Regente annonca avec une >le fierle les iutentions de son Gouvernemcnt : « Les reles veulentleur independence et lour autonomic locale. 1'iosurrectioD triomphait, l'oeuvre de la civilisation ft ia fet'ait un pas en arriere. La prospcrite, l'industrie ct ommerce de l'ile n'accroitraient pas avec son indepenice.
La nation espagnole ne peut resler indifferenle a I'avede ses enfants egares par I'ambition politique, et die peut abandonoer la mission civilisatricc que lui impot son histoire et son honneur. »
-a Reine Regentc affirmait que 1'Espagne nc reculerait ant aucun sacrifice pour mainleuir son autorite a Cuba, isurreclion elait en decroissance, et aurait deja ele :anlie sans les secours recus par les insurges de I'etran- , oil l'opinion publique elait trompee sur Ia situation itique et administrative de Cuba. Cependanl ces secours uraientpas suffi a prolouger la lutte sans le chimerique oir qu'ils ont entretenu parmi les insurges d'oblenir la tee Lion d'uiie grande puissance. II est a espererque la epUon que les insurges eprouveronl a cet endroit conluera a relablir la pais. Le discours reconnaissait qu'une tide partie dc l'opinion americaine elait bostile a l'Es- ;ne, mais rendait un eclatant hommage a la cooduite recte etamicale du Gouvernement « qui ne s'etait pas seul instant de parti de la lignc de conduile qui corresid a la loyalc amitic qui a toujours existe entre les dent >s depuis le commencement dc la Republique ».
L'attitudedu President demeurait. en effet parfaitemeat correcte : le 12 juin, il lan^ait une proclamation rappelant que les lois de la neutrality aux $tats-Unis defendaient aux citoyens de participer a quelque expedition que ce fut contre un pays avec lequel la Republique etait en paix; mais il etait impossible k son Gouvernement de reprimer tous les envois de secours que faisaient les particuliers aux in surges cubains.
Le Gouvernement espagnol pouvait etre certain que la belligerance ne serait pas reconnue a ces derniers avant le 4 mars 1897, date a laquelle M. Cleveland quitterait la Maison-Blanche. Le Senat, ou son parti comptait la majority ne l'obligerait probablement pas k se prononcer. Mais les jingoes resolurenl d'agir sur Topinion publique en vue des prochaines elections presidentielles.
Des meetings favorables aux Cubains furent tenus dans un grand nombre de villes; le drapeau de la Republique cubaine etait acclame dans toutes les manifestations, et les conventions preparatoires faisaient prendre aux candidate k la Preside nee l'engagement d'agir en faveur de Cuba. La convention de Saint-Louis, qui designait M. Mac-Kinley aux suffrages des electeurs republicans, adoplait k une immense majorite un programme presente par M. Foraker, ancien senateur de l'Ohio : « au point de vue international, necessite d'affranchir de toute influence des puissances europeennes et de defendre contre tout empietement l'hemisphere americain, de constituer l'union de tous les filats du Nouveau-Monde ou l'anglais est la langue
liuanle, de garder Hawaii libre de tout controle jr, & assurer Vindipendance de Cuba, de construire 1 de Nicaragua et de fonder une station navale en it une des iles danoises des Indes occidentales, en- >pliqueren tout et contre tous la doctrine de Mon-
assage relatif a Cuba avail suscite une emotion ex- Daire, et pendant que M. Foraker, developpant el mtant l'article du programme, avait parte de l'ablecessite d'afTranchir « 1'ile heroique », un membre convention, M. Fred. Grant, avail deptoye le draubain aux applaudissemenfs enlhousiastes de toute ance.
i Convention democra'te de Chicago, le Rev. Ertires, clergyman de l'Eglisc protestaote episcopate, dait a Dieu de hater l'afTranchissemeiit de Cuba, jes jours apres, la convention nationale argentiste nt-Louis exprimail sur la proposition du senaleur « sa sympathie- la plus profonde a 1'egard des incubains dans leur lutte pour 1'independance. La ition declare que le moment est venu pour les Etatsle reconnoitre que Cuba est et a le droit d'etre un bre et independaot ». Et, M. Bryan, candidal demo- \ la presidence se declarail en favour des Cubains. lion des deux partis sur la question cubaine empfi- I'une Ires grande importance lui fut don nee dans cussions electorates, et la politique 6trangere passa ond plan, laissant an premier les questions mone-
) el douaniercs. Une lutte acharoee a publicain Mac-Kinley, proteclionnisle et M. Bryan, libre-echangiste et part
sociales, qui, dans un langage plei es, declarait s'opposer a ce « que l'hui a nouveau sur une croix d'or ».
s les premiers jours de novembre, le
assurait a M. Mac-Kinky une major presidentielle : on reparla immediate;
bruit courut un instant que M. Glev mail re son independance avant de qu che el que M. OIney preconisait un
le President persisla dans I'alliludt
gardee j usque-la., et declara qu'il laiss ey la responsabilite de 1'attilude a pre n commencee par lui engagerait son s oyait tenu de lui reserver toute liberie.
du 4 decembre, lout en deploranl i, il affirmait que la condition des in lit pas qu'ils fussent reconnus. II blat Is des sujets americains u inquiets el a articipation active dans 1'insurrectior i-Unis une surveillance on ereuse » et me la proposition d'accorder am iosi elligerants. Mais il ajoulait : « L'acha Stals-Unis serait peut-etre digne d'etn lion, si Ton pouvait fitre assure du des ueillir une telle proposition. 11 semt
pagne accordait a Cuba une autonomie veritable, il n'y auraii aucune raison pour que la pacification de Tile ne fut pas effectuee sur une telle base; ce serait une solution qui laisserait intacte la position de l'Espagne sans toucher a son hobneur.
« Le Gouvernement am£ricain, il y a quelques mois, a in forme l'Espagne que si, comme mesure dc satisfaction , un projet de home rule etait offert aux insurges et accepte par eux, et en meme temps une garantie pour le present, le pouvoir executif des iStats-Unis tacherait de fournir cette garantie par des moyens acceplables pour l'Espagne; comme il n'y a pas de raison de croire qu'clle y ait ete mal venue, le message espere que ses efforts pour la reconciliation de l'Espagne et des Cubains pourront promptement aboutir. »
Et, devenant plus menacant encore, il rappelait que la politique et les interets des ^tats-Unis les obligeaient a s'opposer k l'acquisition de Tile et k l'ingerence de toutes les autres puissances dans les affaires de Cuba. « On ne saurail raisonnablement supposer, disait-il en term in ant, que rattitude des fitats-Unis soit indefiniment maintenue, et quoique ces derniers soient desire ux de respecter la souverainete de l'Espagne, il est n^cessaire de considerer que par suite des evenements ils pourraient se trouver dans une situation insolite et sans precedent; il serait n£cessaire d'imposer une limile k leur attente patiente et de voir l'Espagne terminer la lutte soit seule, soit avec la cooperation des filats-Unis. Quand l'impuissance de l'Espagne
deviendra manifesto, et qu'il sera demontre que Fextinction par tous les moyens du regime de la souverainete espagnole a Cuba n'aboutit pas, que la lulte se conlinuera eu des sacrifices inutiles de vies humaines, le moment arrivera oil les obligations des liltals-Unis envers la souverainete espagnole serout rem pi ace es par des considerations plus elev£es .que les filats-Unis sauraient remplir».
Si le message du 4 decembre etait mena^ant, la realisation des menaces annoncees etait remise k plus tard, a un moment ou « l'impuissance de l'Espagne deviendrait manifeste ». Mais le President affirm ait que la situation etait autre, et M. Olney expliquait dans son rapport toutes les raisons pour lesquelles les btats-Unis ne pouvaient pas reconnaitre les Cubains comme belligerants. II affirmait qu'ils n'avaient pas de Gouvernement, « ni les prerogatives et les obligations de la souverainete ».
Les termes severes du nouveau message, dit le Temps, auquel nous en avons emprunie des extraits, etaient de nature k faire bondir le patriotisme castillan. Les Espagnols ' firent un supreme effort que vinrent couronner quelques succes. Maceo, un de leurs plus dangereux. adversaires, fut tue dans un combat. Le bruit courut qu'il avait ete empoisonne.
Gette rumeur fut pour les jingoes le prelexte de nouvelles tentatives : des senateurs demanderent la reconnaissance de la Republique Gubaine. Le senateur Mills, du Texas, demanda que le President occupat Tile militaire-
if i r. '
ment jusqu'& ce que les insurges eussent etabli un Gouvernement regulier. M. Cullom declara que l'extinction de la domination espagnole k l'entree du golfe du Mexique etait necessaire k la prosperity des ties du golfe et du peuple des Etats-Unis, et que lcs Americains devaient eludier la question de l'achat de Cuba.
A la Chambre des Representants, M. Woodman proposait une resolution conjointe « deploranl J'assassinat de Maceo, ordonnant au President des Iiltats-Unis d'intervenir a Cuba, de reconnaitre Tindependance de Tile et condamnant severement les procedes des Espagnols pendant la guerre ». M. Cameron proposait en m6me temps au Senat une resolution conjointe reconnaissant Tindependance de Cuba et autorisant les fitats-Unis k intervenir.
Malgre Topposition du Gouvernement et les declarations de M. Olney a la commission senatorial, celle-ci adoptait a la presque unanimite la resolution conjointe suivante : « II est resolu par le Senat et par la Chambre que Tindependance de Cuba existe, qu'elle est reconnue par les Iiltats-Unis et que les £tats-Unis emploieront leurs bons offices aupres de TEspagne pour amener la fin de la guerre ». On voit quelle difference separait cette resolution conjointe et la resolution concurrente du 7 avril : Tune reconnaissait T^tat de guerre k Cuba, declarait que la plus stride neutrality devait etre maintenue entre les belligerants et decidait que le President devait offrir a TEspagne ses bons offices en vue d'obtenir la reconnaissance de Tindependance de Cuba; l'autrc reconnaissait Tindependance
de Tile et affirmait que les Etats-Unis interviendraient pour amener la fin de la guerre.
Une pareille resolution eta it absolument contraire au message du 2 dccembre 1823; elle suscita une vive emotion. Un des protagonisles de la doctrine Monroe seconde manihre, le senateur Davis, que nous connaissons deja, soutenait bien que les ^Itats-Unis, en reconnaissant l'independance de Cuba, ne prenaient nullement la responsabilite de la maintenir et qu'ils continueraient a observer une parfaite neutrality entre les beltfgerants; mais cette opinion etait inadmissible, et Tadoption par le Congres et le President de la Resolution conjointe du Comite devait amener une situation que UEspagne ne pourrait accepter.
Le vote du Gongres ne paraissait pas douteux, M. Cleveland etait en droit de lui opposer son veto; il prit courageusement Inoffensive, et M. Olney declara que le President ne tiendrait aucun compte de la resolution conjoin le qui pourrait etre votee, et qu'il la considererait comme une manifestation del'opinion publique : c'etail a lui seul que la constitution donnait le pouvoir de reconnaitre un nouvel iXdX etranger.
Des debals orageux s'eleverenl a ce sujet dans les Chambres; quelques senateurs exaltes parlerent de metlre M. Cleveland en accusation, comme Tavait ete en 1865 le president Johnson; d'interminables discussions s'engagercnt au sujet des droits du President en matiere de politique exterieure.
L/altitude de M. Cleveland rassura le Gouvcrnement
M. Canovas declara que l'adoplion de la resoneroD ne serait pas regardee com me un casus discussion de cetle proposition elait d'ailleurs par le Serial apres les Tacances de Noel. A ce >lle fut repoussee par un discours de M. Sherident du comite des Affaires fitrangeres, « afin
r la question de ['intervention du Congres au le 1'entree en fonctions du nouveau Gouvernes le cas ou M. Olncy nel'aurait pas tranchee luiaravant ».
lent de 1'entree en fonclions de M. Mac-Kinley, 11 a Cuba elait tnoins nette que jamais. Les annoncaieut tous les jours des victoires et la fin de l'insurrection, et celle-ci resislait to uj ours, is, qui n'avait cesse de declarer qu'aucune conserait faite aux Cubains avaot leur soumission essaya d'agira la fois par des mesures politiques jerre. Par son ordre, le general Wevler autorisa de la canne a sucre dans quelques provinces. II qu'une large autonomie serait accordee a Cuba abifanls jouiraient d'un self-government anaiui des Canadians, line assembled de trente-cinq en majorite elus, serait creee sous le nom de idminislration, chargee de voter le budget,
d'examiner les nominations des fonclionn aires et de fixer les tarifs douaniers, a la condition que des avantages seraient reserves aux produits espagnols. Les conseils gen£raux et les conseils municipaux nommeraient leurs presidents et seraient les maitres absolus de l'instruction publique. Mais la realisation de ces reformes restail subordonnee au succes des operations militaires.
Ces promesses ne donnerent pas les resultats attendus ; certains hommespolitiquesdemandaient que Cubacess&ld'envoyer des deputes aux Cortes, d'autres declaraient que le lien qui unissait lametropoleasa colonie etaitdorenavantrompu ; les Cubains revokes voulaient 4 tout prix Tindependance.
lis attendaient beaucoup de M. Mac-Kinley et de son secretaire d'fitat M. Sherman; le bruit courait que la France, TAngleterre et TAUemagne pressaient TEspagne d'accepter les bons offices du Gouvernement de Washington. Les insurges declaraient qu'ils accepteraient un arbitrage des iStats-Unis, mais qu'ils etaient prets h continuer la lutte. Maximo Gomez pretendait disposer de 40.000 fusils; il aurait h sa disposition 75.000 hommes s'il avait desarmes h. leur donner.
Fidfcles a leur tactique, les jingoes tenterent des demonstrations de nature 4 agir sur l'opinion du nouveau President. Plusieurs senateurs declaraient que le President etait lie par le vote d'une resolution conjointe, meme en matiere de politique exterieure. M. Chandler deposait sur le bureau du Senat Tordre du jour suivant : a Personne ne sera poursuivi aux Etats-Unis pour des actes lendant a
aider la Republique de Cuba ». D'autres resolutions conjoin tes demandaient que l'Espagne mit immediatement eu liberie des sujets americains accuses par les <conseil& de guerre de Cuba de favoriser la rebellion. Et l'Espagne etait souvent obligee de ceder. A la Chambre des Representants, M. Sulzer demandait que les fitals-Unis declarassent la guerre a l'Espagne.
Le message du nouveau President etait impatiemment attendu ; il decut les exaltes et rassura les tres rares amis de la paix. « La politique des Ltats-Unis, disait-il, a toujours ele d observer des relations pacifiques et amicales avec toutes les nations. Washington a inaugure une politique de non-intervention en restant libre d'engagements a l'exterieur. Les fitats-Unis poursuivront une politique ferme, digoe, juste, impartiale, attentive a sauvegarder Thonneur national et exigeant partout le respect des droits des citovens americains ».
Le Gouvernement espagnol essaya de profiter des dispolions pacifiques de M. Mac-Kinley. La question des rapports entre Cuba el les Etats-Unis avait toujours pris une allure economique, etM. Canovas fit tres habilement entrevoir au Gouvernement de Washington la signature possible d'un traite de commerce special entre Cuba et TAm6rique. Quelques jours apres, M. Mack-Kinley remportait un premier succes sur les jingoes : le 10 mai, la majorite du Senat repoussait une resolution Morgan invitant TExeculifi reconnaitre les Cubains belligerants afin delui laisser le temps d'etudier la question.
Le President ne s 'est pas departi jusqu'ici de : lude pacifique. La reconnaissance de belligera nous l'avons vu, une question exclusivement pi line question de fait, sur laquelle M. Mac-Kinley k s'eelairer. II a envoye a Cuba, avec 1'approbi Gouvernement espagnol, un agent special, M. C dont le mandal officiel est de rechercher les caus mort d'un ressortissant ainericain nomine Ruiz, in la veritable mission consiste a controler les infoi que lui a envoyees le consul Lee et a I'eclairer si tuation exude des'insurges ( ] ). It a nettement d< M. Davis el a MM. Foraker et Morgan, pres membres de la commission des Affaires etrangere: nat, qu'il ne prendrait aucune decision avant d'av le rapport de M. Calhoun. II ne dissimula pas i d'arrfiter a Cuba l'effuaion du sang et d'intervenit un esprit d'amitie », mais il ne voulait rien fairc amener une guerre entre I'Espagne et les Ktats-Un
Les jingoes ne se sont pas leans pour battus. 3 Iter, de I'Ohio, rappelant au Senat l'offre de m faile par M. Olney le 4 inai et repoussee par M. le 4 juin, aftirmait que les Etals-L'nis n'avaient p choisir entre la reconnaissance dc belligerance et vention. A I'unammite moins 14 voix, le Senat
(1) H. Lee, consul general dee Etats-Uoifla la Havana, est t anx Espagnols.
(2) New- York Herald, dans le Temp* da 14 mai 1897.
fe'.
le 20 mai une resolution conjointe declarant « que letat de guerre existe a Cuba, et que les fitats-Unis maintiendront une stride neutralise en reconnaissant aux deux partis les droils des belligerants ».
Cette resolution etait conjointe, mais elle n'a pas encore ete votee par la Chambre des Representants. Cette assemble n'est pas plus moderee que le Senat, mais elle compte une majorite republicaine homogene, disposee k soutenir la politique du President, tandis que les senateurs republicans n'auraient pas tenu compte des desirs connus de M. Mac-Kinley. Le speaker de la Chambre, M. Read, du Maine, est « un strategiste parlementaire consomme, un expert en fait des stratagemes et d'expedients, double d'un autocrate »; le President du Cornile diplomatique, M. Hitt, est « un adroit tacticien, un ennemi jure du spread eagleism » ; ils s'opposeront tant que le President l'ordonnera a la mise en discussion de la resolution conjointe, ils ont deji prouve leur energie : les jingoes qui avaient essaye le l or juin de faire discuter cette resolution contre la volonte du President ont ete battus par une majorite de 33 voix. Serait-elle adoptee par surprise que M. Mac-Kinley pourrait ressusciter la.theorie deM. Cleveland sur les pouvoirs du President en matiere de politique exterieure, et refuser de rati fie r la resolution conjointe.
Mais uoe situation aussi tendue ne saurait durer indefiniment. La courageuse prudence de MM. Cleveland et Mac-Kinley a jusqu'ici empSche un conflit, mais le rapport de M. Calhoun peut fournir un nouvel argument aux partisans de la reconnaissance des Cubains comme belligerents, et une reconnaissance de cette sorte peut n ? etre que le prelude d'une intervention, etant donnees les sympathies interessees des Americains pour leurs voisins. Le temps des vacances des Chambres americaines, pendant lequel les Espagnols esperaient en finir avecl 'insurrection, n'a point vu la situation se modifier. L'assassinat de M. Canovas a prive 1'Espagne du meilleur de ses hommes d'llltat, le seul peut-6tre dont la valeur et 1'energie fussent parvenues k remettre Cuba sous le joug. L'insurrection s'est ranimee : en depit des nouvelles optimistes du general Weyler, les troupes regulieres ont ele battues dans plusieurs rencontres. En meme temps les jingoes americains redoublent d'efforts : des envois d'armes et de munitions quittent tous les jours les ports de la Floride k destination de Cuba. Les democrates argentistes, quelques-uns d'entre eux tout aux moins, ne reculeraient pas devant une guerre avcc TEspagne; c'estl'opinionde M. Mac-Kinley (0.
(1) Le Temps du 15 mai 1897.
nc guerre en effet entraiuerait le drainage complet de la serve d'or, et laisserait le Tresor depourvu de ce metal >ur le rachat des billets, et prive des ressources necesires pour les depenses courantes. II faudrait demander i Coogres les moyens de parer a cetle situation, et les gentistes qui soot en inajorite profiteraient dela situation ) faveur de I'argentt 1 ). Les republicans sont protectionstes ardcnts, et l'entrce de Cuba dans l'Union aliraenteit leur marche de matieres premieres el donnerait aux •oduits manufactures del'Est de nouveaux clients. Enfin, excellent esprit s dans les deux camps pensent que l'imense emigration europeeone aux Rtals-Unis a fait perdre ix Americains du Nord le caractere d'une nation homo- :ne, et qu'une guerre serait une epreuve salulaire pour nifier le pays, et dormer aux habitants dc l'Union, de jelque origine qu'ils soient, un sentiment national amecain en face de l'eonemi.
Une derniere tentative a ete faite en faveur de la paix ir M. Mac-Kinley : le nouveau ministre americain a Madrid, le general Woodford a recti l'ordre de faire au ouvernement de la Reine-Regente des propositions encore nparfailement connues, mais donl la gravite paraH ceriioe, et qui, sous une forme courloise, pourraient implijer une sorte d'ultimatum. Insistaat sur 1'im possibility j'il y aurait selon lui a terminer les bostilites dans un mps prochain, et sur les pertes enormes que la guerre
(1) Lee democrats lie posaedent, il e«t vmi, qu'une roix de majority.
sait subir aux intents americains, )e general Woodford rait declare que, si tout n'etait pas fini pour le eommenment de novembre, les fitals-Unis se considereraient mine libres de faire ce qu'ils jugeraient indispensable ■ur assurer la paix complete et permanente dans 1'lle de iba; pour prevenir une telle situation, le President Macloley offrait sa mediation aux Espagnols I 1 ). Ces declarations, donl le cabinet de Madrid n'a pti faire mentir le fond, ont eu en Espagne un retentissement traordinaire ; il est a craindre en effet que, si le general 'oodford echoue dans sa mission, le President ne soit ilige de suivre enfin le vieu si souvent exprime par les lambres, el que le retour de celle-ci en decembre ne soit signal de nouvelles manifestations en favour de Cuba. Par leur bravoure sur les champs de balaille et par leur domptable tenacite, les Espagnols ont me rile 1'admiration imonde; ilsontdefendu contre les pretentions inleressees i I'opinion americaine le droit public europeen, et ils n'ont .s reculc devantdes menaces de guerre pour af firmer que uls ils avaient qualile pour agir a Cuba. Mais le moment tuel est peut-etre propice pour terminer l'irritante quesm cubaine. Arrivees a un certain degre de civilisation, les lonies se detachent de leur metropole comme des fruits Arsse detachent del'arbre, selon ['expression de Turgot; ;sl pour avoir meconnu cette verite que les Anglais ont rdu I'Amerique, c'est parce qu'ils I'ont observee qu'ils
(1) Le Tempi du 21 Beptembre 1897.
possedent encore le Canada. II parait exister a Cuba uq embryon de gouvemement insurrectionnel, qui bat moonaie, qui compte des delegues et des representants dans plusieurs pays. Le President de ce gouvemement, St, Cisneros, a convoque lcs insurgent des elections generates; chacun des six filals qui composeraienl la Republique cubaine aurait quatre representants; l'assemblee ainsi elue se reunirait a Gaymarito dans l'Ii!tatde Camaguey le 2 septembre, et elirait le successeur de M. Cisneros dont les pouvoirs expirent le 16. Celui-ci se representerait et aurait pour concurrents MM. fiarlolome Masso et le D r Domingo Mendez CapoleO). Des professeurs de droit, des avocats, des magistrals, des riches commercants sont parmi les rebelles. Ceux-ci ne seraient done pas uniquement des negres et des mul&tres miserables, comrae le disent les journaux espagnols.
Le seul moyen pour le Gouvemement de Madrid de ne pas s aliener ouvertement le Gouvemement americain serait la signature du traile de commerce prevu dans le projet d'autonomie cubaine. La realisation de ce projet a ete ajournee au terme definitif de raclion militaire; il conviendrait de l'appliquer immediatement; il ne serait peut-etre pas trop tard. Enfin, la plus large autonomic devrait etre accord ee sans retard a l'ile insurgee. Si le parti conservateur parait vouloir mainlenir les traditions
(1) Le Temp» du 14 mai. II ne semble pas que ces Elections aient en lieu (29 septembre).
intransigeantes de M. Canovas, les chefs les plus eminenls du parti liberal se declarent en faveur de l'autonomie de Cuba(*;.
Antilles
Une preuve nouvelle de la volonte des Americains de ne pas permettre aux fitats europeens d'acquerir en Ame~ rique les colonies des aulres fitats europeens nous a ele recemment fournie a propos des Antilles danoises.
Les Antilles danoises, Sainte-Croix, Saint-Jean et Saint- Thomas ont seulement une superficie de 358 kil. «■ et ne comptent que 34.000 habitants, mais Saint-Thomas occupe une merveilleuse situation, et sert d'escale aux navires qui penetrent dans le golfe du Mexique.
Les fitats-Unis ont eu plusieurs fois la tentation de s'en emparer. En 1867, Tannee nieme de Tannexion du territoire d'Alaska, le secretaire d'&at Seward convenait avec le Danemark d'acheter les trois petites iles pour Tenorme somme de 138 millions de francs. Les habitants, consults, consentaient k devenir ciloyens americains, mais le Sen at rejeta le traite prepare par M. Seward, trouvant les
(1) L'arrivee aux affaires d'un cabinet liberal pr&ide' par M. Sagasta parait devoir 6tre le signal d'one nouvelle politique. Le general Weyler a ^t6 rapped, et une large autonomie va 6tre accorded a Cuba. Les 6tats- Unis semblent disposes a attendre, avant d'agir, les resultats de la nouvelle politique de M. Sagasta (oct. 1897).
conditions qu'il avail acceptees trop onereuses pour le Tresor public.
L'extension considerable donnee depuis cette epoque par les Americains a la doctrine de Monroe leur a fait regretter cette decision, et craindre que les Antilles danoises ne tombent aux mains d'une puissance europeenne. Le 20 mars 4897, le Senat chargeait sa commission des affaires etrangeres « d'examiner si les fitats-Unis pourraient acheter au Danemark les iles de Sainte-Croix, Saint-Thomas et Saint-Jean, et, dans le cos contraire, de s f informer s'ily a possibility qve ces ties soienl achetees par une autre puissance W ».
Les iles Samoa.
Comme tous les iStats europeens, les filats-Unis onl desire acquerir dcs colonies. La possession de colonies eut ele une infraction k la doctrine de Monroe, mais cette infraction n'a pas encore ele officiellement commise.
Depuis 4870, les Americains du Nord ont examine 4 cinq reprises la question de l'anfiexion des ties Samoa ou l'etablissement d'un prolectorat sur ces lies.
En 1875, le secretaire d'Etat Fish desavoue un sujet amerieain qui avait promis aux pelits rois de ces iles la protection de la Grande-Republique. De semblables pro-
(1) Le Temps, 22 mare 1897.
messes, suivies des memes desavetiL, sont fa en 1878. Les chefs indigenes demandaienl secretaire d'Etat Ewarts declare ne pouvoir 1 que les « boas offices » des fitats-Unis dar contestation de leur pays avec ud autre E americain proclame ud protectoral en (886; i Enfin, en 1889, a la suite des diffieultes si 1'AllemagDe, 1'Angleterre et les fitats-Uni fence, dite conference de Samoa, est reun les trois puissances a'engagent respectiven annexer ces lies, dont le territoire est dec danl et neutre.
Nons feroos seufement remarquer que ce peu d'importance et que leur possession au Etats-Unis a augmenter leur marine, afin i defendre en cas de conflil. Tout le comr Samoa estenlre les mains des Allemands.
La question hawalenna.
Les lies Hawal sont beaucoup plus impor lies Samoa; elles sont a 700 Ueues des colt et leur capitale, Honolulu est une ville de 3i
Les relations des Etats-Unis avec les lit assez anciennes : le Gouyernement de Was formellement promi's de respecter leur autoD a la suite du traite dans lequel la France e
srdisaient a jamais de s'en emparer, mais il avait ;e de prendre aucun engagement ecrit. En 1854, le stre americain a Hawai declara ces lies annexees Elals-Unis, mais l'annexion ne put avoir lieu, la isalion- des Hawaiens ne permetlant pas l'enlree Ilea dans l'Union comme Etat; un traite de reciprofut seulement signe; mais le Senat ne s'en est pas pel*).
■s Hawaiens se civiliserenl assez rapidemenl sous une istie locale qui fournit des homines tres iolelligents; iys, admirablement fertile, devint un immense champ nines a sucre, et fit la fortune des emigrants porlugais, ricains, anglais et allemands qui vinrent se fixer sur tol.
tte richesse memo devait lui couter son indepene. A la suite du vote du tarif Mae-kin Icy qui les ait en fermant a leurs produits les ports de l'Union, planleurs americains susciterent une revolution a olulu : le 12 Janvier 1893, aides de M. Stevens, agent imatique des Etats-Unis, ils renvcrsaient la reine okalani; les vaisseaux americains debarquerent des pes qui secoururent les insurges sous le preteste de jlir 1'ordre; un gouvernemenl provisoire etait etabli ;vail rester en fonctions jusqu'a ce que le pays Tut ;xe aux Etats-Unis; cinq deputes hawaiens, conduits M. Thurston, etaient partis dans ce but pour Was-
Voir Wheaton, op. eit.
hinglon. Le 15 fevrier 1893, le President Harr clarait les ties Hawai annexees aux Etats-Unis.
Le mois suivant, M. Cleveland rcmplacait M.
a laMaisoo-Blanche. Avec une courageuse hoo nouveau President refusa de sanclionncr un act* juste el il retira le Iraile d'annexion qui etail i Senat. 11 proposa meme a Liluokatani de la retal trone, pourvu qu'il n'etit pas a employer la force declina cette offre, puis l'accepta, mais le (join provisoire refusa de se retirer. Liluokalaui essa; lever le peuple; faite prisonniere, elle fut biei remise en liberie.
L'opinion ne tint pas rigueur a M. Cleveland; prit que Fannexion des lies Hawaii necessiterait relativement considerable et des depenses asscz le27 Janvier 1895, par vingt-qualre voix contrevi le Senat approuvait la conduit? du President, que les Etats-Unis devaient se tenir a t'ecart dt tervention.
Mais le jingo'isme ne renonc.a pas a la lutte : teurs americains d'Honolulu poussaienl la Char Senat hawaiens a demander l'annexion de leur Etats-Unis (26 mai 1896). Un des articles de la C de Saint-Louis, qui designs M. Mac-Kin ley au elecleurs republicans contenait ce passage :
Hawai libre de lout conlrole elranger » et le nou sident envoyait comme minislre a Hawai', W Sewall, partisan decide de I'annexion.
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A la fin de mars, M. Spalding proposait nne resolution coDJointe tendant k anoexer les iles Hawai'; k la rtieme epoque des commissaires s'embarquaient pour San-Francisco venant demander k Washington leur accession k TUnion.
Un double peril, politique et economique, menacait k la fois les Americains d'HonoIulu. Le Japon a dirige depuis quelques mois une partie de son emigration sqr ces lies ; plus de 6.000 Japonais se sont fixes dans les ties Hawai pendant le courant de 189ft, ne dissimulant pas leur intention de s'emparer peu k peu du Gouvernement du pays. De plus, ces iles fournissaient cbaque annee autf raffineries americaines pour 15 millions de dollars de sucres bruts, dont le tarif Dingley, que Ton discutait alors, pouvait prohiber Tentree; une entente s'est faite entre les Americains d'Hooolulu et le tout-puissant trust des sucres. Malgr6 les protestations extrGmement yives du Gouvernement japonais, il est tres probable que les iles Hawai formeront un nouvel fitat de TUnion, et les riches poitrinaires americains qui vont vivre leurs derniers jours sous les cieux polynesiens auront la consolation de mourir a l'abri du drapeau etoile.
LA DOCTRINE DE MONROE SUR LE TERRAIN fiCONOMIQUE.
Si le President Monroe avait chasse les Europeens de l'Amerique, c'etait, tout autant que dans un esprit de proselytisme politique, pour rompre la sujetion economique et commerciale qui liait a leurs metropoles les anciennes colonies espagnoles et portugaises, et leur donner sur ce terrain une liberie dont les fitats-Uuis devaient 6tre les premiers a profiter. Avec une superbe con fiance dans leur vitalite et dans Tavenir de leur race, les Americains du Nord declaraient hardiment que la situation geographique de leur pays leur conferait le droit de proteger l'independance de leurs jeunes voisins contre les tenlatives des ihats du Vieux Monde. L'annexion des immenses territoires de i'Ouest americain completa leurs frontieres; la question de Tesclavage, question economique au premier chef, leur fit occuper le Texas; des preoccupations economiques guident toule leur politique; le general Grant eut pour souci principal de resserrer les relations commerciales de Tunion ayec les Etats du Sud(*); nous avons \u importance des memes questions economiques dans les
affaires du canal interoceanique, des ties Hawai; l'attitude des fiiats-Unis dans la guerre du Mexique s'explique par la volonte d'emp£cher sur leurs frontieres la creation d'un empire soumis & TEurope.
La politique iconomique des Americains du Nord secondait d'ailleurs merveilleusement leurs desseins de suprematie ei de protectorat politiques. La Grande-Republique est en effet obligee d'etre protectionnisle. Sans doute TOuest agricole fournit une immense quantite de produits, superieure i la consommation locale : des cereales pour plus d'un milliard, du coton pour une valour de 12 a 1.300 millions, des animaux et de la viande pour 7 h 800 millions, du petrole pour 230 & 300 millions, du tabac pour 200 h 225 millions, en tout une somme tres voisine de 4 milliards. « La situation, dit excellemmentM. Poinsard, se resume done ainsi au point de vue du farmer : placer au dehors la plus grande quantite possible de denrees naturelles; dans cette vue obtenir partout ('admission en franchise des bles, des ma 'is, des viandes,
lards et saindoux, des vins et eaux-de-vie, etc D autre
part, acheter a bon compte les objets et denrees qu'il consomme en grande quantite, puisque, nous Tavons vu, le farmer ne demande presque rien a son domaine. Voila les termes du probleme economique tel qu'il se pose pour le legislateur americain. Et, naturellement, il le resout dans le sens qui lui parait le plus favorable a son inleret immediat : il est done libre-echangiste par principe. La Farmer's Alliance ne manque jamais d'inscrire parmi ses revendi-
cations poliliques la suppression des droits de Mais les inlerels de l'Est sont opposes :
excellence un pays industriel, desireux de protection qui lui a permis d'obtenir une p mirable. La protection etatt en effet indis debut aux manufacturiers de l'Est a cause d industriel, de la penurie de leurs capitaux, sance de la main-d'oeuvre et de l'aprete de la anglaise. Elle est encore aujourd'bui necessa possede encore des territoires de culture in exercent sur la main-d'oeuvre une action salaires sont peut-6tre plus eleves au\ Etats-U aucun pays du monde. La concurrence e trail apre que jamais, facilitee par le developpcn des marines marchandes de l'Angleterre et gne et par la decadence de la marine amerii primer le tarif, dit M. Poinsard, serait en son la fabrication etrangere con t re l'industrie lot santagiren faveurdela premiere les causes d'ii rencontre la seconde. Des lors, on pe'ul dire e sage ration que le retour au systeme du 1 deviendrait, selon toute probabilite, la cans d'un cataclysme industriel sans precedent d economiquc des peuples, parce que I'indusli menl l'ioduslric de l'Est, serait incapable dan: des cfioses de luttcr contre la production eun
(1) Poinnard, Libre-khange et protection, p. 410.
La politique protectionniste s'imposait done au Gouvernement de Washington; les droits atteignaient en moyennei5 p. 0/0 en 1861; ils s'eleverent jusqu'& 46 1/2 p. 0/0 en 1868, et apres une courte descente k 20 p. 0/0 en 1868, ils revenaient en 1888 k 49 p. 0/0 avec le tarif Mac- Kinley.
Gette politique devaitfatalementamenerdesrepresailles, et la plupart desfitats europeens devaient interdire par des droits de douane 1'acces de leurs territoires aux prod u its americains.
L'industrie americaine, qui se developpait dans d'admirables proportions k Vabri d'un tarif presque prohibitif, devait chercher pour ses produits de nouveaux debouches : les Etats du Centre et du Sud-Amerique, presque sans industrie, ou dont l'industrie etaitdans l'enfance, devaient leur fournir un marche bien lentant de 45 millions de clients; les aspirations nationales et les aspirations economiques des fitats-Unis trouveraient egalement leur satisfaction dans une union douanierede tousles Etats americains.
Les anciennes colonies espagnoles el portugaises, reliees a TEurope par de nombreuses lignes de navigation, alors qu'aucun service nelesreliait aux ports de l'Union, etaient pour les Iiltats du Vieux-Monde d'excellents acheteurs et ils fournissaient au talent de ses ingenieurs un champ (Taction presque illimite. Les fitats-Unis resolurent de supplanter TEurope, et de lachasser de TAmerique du Sud au point de vue economique, comme ils Ten avaient chassee au point de vue politique.
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A M. Blaine, dontnousavons apprecie le caractere, eta it reserve le grand honneur de faire une premiere tentative dans le sens d'une union douaniere des Trois-Am£riques. La lutte acharnee que se livraient le Perou et le Chili lui donna Tidee de soumetlre au President Garfield un projet de Congres de tous les fitats americains, qui etudierait les moyens de garantir, par la conclusion de traites generaux. d 'arbitrage, 1'elablissement de la paix perpetuelle dans le Nouveau-Monde. Son idee secrete etait d'etendre au dernier moment le programme soumis aux delegues et de poser les bases d'une immense federation americaine. C'etait l'idee du Congres de Panama de 1826 que les liltats-Unis avaient fait echouer, reprise par les Etats-Unis.
La fin tragique du President Garfield et Tarrivee k la Maison-Blanche du vice-President Arthur arnena la reretraite de M. Blaine qui fut remplace par M. Frelinghuysen, hostile au projet. Mais le parti republicain avait la majorite, et nous avons vu dans l'affaire du canal interoceanique que la politique d'inlervention active devait continuer. Malgre le mauvais vouloirdeM. Frelinghuysen, le bill autorisant la convocation du Congres projete par M. Blaine fut adopte, et en novembre 1882 des invitations
etaient envoyees dans ce but & tous les Gouvernements de l'Amerique latine. Cette premiere tentative devait rester sans effet, le Perou et le Chili ayant declare qu'il n'etait pas dans leurs intentions d'envoyer des delegues a Washington, et qu'ils entendaient reserver a une negociation directe le soin de trancher leur differend.
Une nouvelle tentative, cette fois avec un £lat isole, devait elre faite l'annee suivante et reussir. Le 20 Janvier 4883, un traite elait signe entre les Cabinets de Washington et de Mexico, en verlu duquel les produits naturels du Mexique etaient admis en franchise sur le territoire nord-americain contre Fad mission en franchise sur le territoire mexicain des produits manufactures des Etats-Unis. En meme temps, une ligne ferree etait construite, reliant Mexico au territoire de 1'Union.
LTimportance de cette manifestation n'echappa a personne, et le Temps du 43 avril 1883 ecrivait : « L'Union commerciale des deux Republiques conligues est le prelude d'une union similaire, a plus ou moins longue echeance entre tous les liltats du N T ouveau-Monde, une sorle de Zollverein amerieain, s'etendant d'abord de la frontiere canadienne aux con fins de l'Amerique cenlrale, puis aux confins de l'Amerique meridionale jusqu'au cap
Horn La doctrine de Monroe, ainsi comprise et orga-
nisee, cesse d'etre cette abstraction autoritaire que les £lats-Unis ont cherche depuis plus d'un demi-siecle a faire entrer par leur simple affirmation dans le droit public international, et qui a toujours ele tcnue par les puissances europeennes pour un reve ambitieux, sans fondement et sans sanction. Elle sera des lors une realite palpable, beaucoup plus etendue et plus solide que nc Font jamais enlrevue les esprits les plus fiers et les plus speculatifs de cette Republique ».
Des tentatives etaient egalemenl faites en vue d'obtenir
de l'Espagne un arrangement special pour Cuba. Encourage par la signature du traite mexicain, le 7 juillet 1884, le Gouvernement nommait une commission dite commission de l'Amerique du Sud et du Centre, dont M. George H. Sharpe etait le President etM. Curtis le secretaire, avec mission de rechercher les raoyens d'accroitre les relations commerciales des iStats-Unis avec les 6tats du Nouveau- Monde. Cette commission se mit resolument k l'reuvre, et ne tarda pas 4 publier des renseignements statistiques du plus haut interSt. Le commerce des fitats-Unis etait evalue k 28 milliards 4/2 pour les produits manufactures, et k 13 milliards 4/2 pour les produits agricoles, en tout a 43 milliards. Le commerce exterieur des Ameriques du Centre et du Sud etait evalue a 4 milliards 250 millions, sur lesquels 2 milliards 400 millions representaient le commerce de I'Europe et des ^tats-Unis; et sur ces 2 milliards 100 millions, la part des fitats-Unis n'&ait que de 650 millions, 450 millions etaient exportes de TAmerique du Sud qui n'achetait que pour 200 millions de produits americains (*).
Les fitats-Unis achetaient deux fois plus qu'ils ne vendaient; ils ne fournissaient que 4/40 del'importation totale de l'Amerique du Sud; en 1888, ils n'envoyaient dans l'Amerique du Sud que les 5/400 dc leur exportation totaled).
Ces resultats etaient deplorables pour le commerce americain ; la commission de TAmerique du Sud et du Centre,
(1) ^tude de MM. Prince et Fermi.
(2) Prince, Le Congrks des Troia-Amiriquee, p. 267.
JM
Yisita les priocipaux centres commercants et industriels de TUnion, New-York, Saint-Louis, San-Francisco, la Nouyelle-Orleans, convoquant les negociants, ecoutant leurs plaintes, prenant note de leurs voeux. A la suite de ces enquetes, elle prit les neuf resolutions suivantes :
1° Etablir entre les deux Am^riques des communications regulieres et directes par bateaux a vapeur.
2° Conclure des traites de commerce com porta nt des concessions reciproques, effectives et equivalentes sur les tarifs de douane.
3° Simplification et modification des reglements de douane dans l'Amerique du Sud et du Centre.
4° Augmentation et amelioration du corps consulaire.
5° fitablissement de maisons de commerce americaines sur les marches des Ameriques du Centre et du Sud.
6° Connaissance plus s£rieuse parmi les industriels am£ricains des besoins de ces pays.
7° Systeme de banques correspond antes et unite monetaire commune.
8° Credits plus liberaux accord es par les marchands des ^tats-Unis.
9° Introduction du systeme de Tentrepot dans les pays de TAmerique du Sud.
Ces neuf propositions firent Tobjet d'un volume de 434 pages qu e le President transmit au Congres le 1 3 f evrier 1 885 .
Le Gouvernement resolut de favoriser par tous les moyens en son pouvoir le succes de Tceuvre entreprise ; parmi les moyens proposes, il retenait surtout la creation
(Tune marine de commerce americaine et la conclusion de traitesde reciprocity. Ces traites devaienl fitredes trails de commerce « bases sur des consideranis tels qu'aucun autre pays ne puisse reclamer la clause de la nation la plus favoris^e ». II investit les commissaires du titre d'envoyes extraordin aires et ministres pie nipoteoti aires, et ceux-ci s'embarquferent pour le Venezuela en Janvier 1885 afin de poursuivre leur enquGte.
Dans les premiers mois de l'annee 1885 la commission visita les principaux fitats du Centre et du Sud, conferant avec les ministres et les negotiants, sondant les chefs d'&at, entrant k propos de chaque objet dans les details les plus precis; le 26 juillet, elle rentrait a Washington.
Dans leur rapport presente le 1" octobre, les commissaires affirmerentlebon vouloir desRepubliquesdu Centre et du Sud; « les relations politiques amicales, disaient-ils, favorisaient le commerce, de meme que le commerce hAte I'unite Internationale », et ils concluaient surtout k la necessite de remedier k une situation qui obligeaient les rnarchandises americaines de passer par Liverpool ou Hambourg pour se rendre dans les ports du Sud.
S'inspirant de ces voeux, le 9 fevrier 1886, les secateurs Frye et Sherman reprenaient l'idee de M. Blaine, et d£po-» saient un projet tendant k organiser k Washington un Congres de tous les pays d'Amerique a l'exclusion du Ca-