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nada. « Ce Congres, disait une depeche recue le 22 fevrier 1886 par le President de la cbambre syndicate des negocianfs cotnmissionnaires de Paris, aurait pour mission de s'opposer aux empietements europeens, decreer une union douaniere et d'examiner les mesures de nature a developper les intergts des pays represents ». C'etait cette fois, nette* ment et sans dissimulation, la doctrine de Monroe portee sur le terrain economique.
$(.. Cette proposition rencontra tout d'abord aupres des mi-
nistres sud-americains accredites k Washington un accueil enthousiaste; les Americains du Nord ne lui etaient pas moins favorables, et, le 31 mars, le comite diplomatique de la Chambre des Representants emettait Tavis « que le Gouverncment entrat en negotiations avec les autres Gouvernements du continent americain a l'effet de convoquer ceux-ci k prendre part a un Congres qui so reunirait k Washington pour etudier les questions suivantes :
1° Ligue ou union douaniere americaine.
2° Etablissementd'un arbitrage definitif charge de regler tous conflits pouvant s'elever entre les Iiltats conlractants.
3° Autonomic des Etafs americains.
4° Construction d'un chcmin de fer international ».
Lc 17 juin, le bill Frye etait vote par le Senat (0 : « Autorisons le President des fitats-Unis, 4 inviler au nom du peuple des fitats-Unis les delegues du Mexique, de l'Amerique Cenlrale et dc l'Amerique du Sud a se reunir k
(1) AVtr-IV* Herald, 18 juin 1886.
Washington le \" octobre 1887, pour se joindre aux deleguesdes Il!tats-Unis, a Teffet de considerer toutes questions et de recommander toutes mesures tendant h Tinter6t mutuel eta la commune prosperity desEtats americains. Cent mille dollars sont consacr6s aux depenses eventuelles de la Conference. Les detegues des fitats-Unis seront au nombre de 24, et prfiteront leur concours sans remuneration ».
Les termes de la resolution indiquaient que la plus grande latitude serait laissee auxcongressistes pour arriver k leurs fins. Ainsi etait elargi le programme de MM. Sherman et Frye, qui reprenait sur un grand nombre de points les conclusions de la commission de TAmerique du Centre et du Sud et qu'il est peut-etre interessant de reproduire :
1° Adoption de mesures tendant a assurer la prosperity des nations americaines et une resistance serree aux empietements des pouvoirs monarchiques de TEurope.
2° Formation d'une ligue douaniere.
3° £tablissement de services de steamers frequents entre les ports des nations coalisees.
4° Unification des reglements de douane, du systeme de taxes, manifeste, etc.
5° Adoption d'un systeme unique de poids et mesures et de lois internationales pour la protection des personnes, des proprietes et des marques de fabrique.
6° Creation d'une monnaie commune d'argent ayant valeur liberative dans tousles pays contractants.
7° Adoption d'un systeme d arbitrage pour regler tous les conflits.
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MM. Sherman et Frye avaicot propose d'ouvrir la conference de Washington le 1" octobre 1887. La periode des elections presidentielles la fit remetlre au i w octobre 1889. Le President democrate Cleveland, qui avait succede k M. Arthur en battant M. Blaine de quelques voix seulement, fut rem place parM. Harrison, et le nouveau President, qui appartenait au parti republicain, choisit M. Blaine comme secretaire d'etat.
M. Blaine, k qui ses compatriotes decernaient le surnom de Bismarck americain, caracterisant ainsi ses rSves d'union, apporta tous ses soins et toute son activite k la preparation du futur Congres. II fut admirablement seconde par la presse des liltats-Unis. La Chambre syndicate des nlgociants-commissionnaires de Paris, voulant montrer au commerce francais Timportance desastreuse pour nous qu'aurait un Zollverein americain, a riuni en brochure des extraits des principaux journaux americains qui prouvent avec quel interet celte idee etait suivie, et quels resullats on attendaitde sa realisation. La Free Press d'Ottawa demandait de son cote pour le Canada la faveur d acceder k la future union; « On travaille enfin k americaniser 1'Amerique, s'ecrie le Star de Washington le 18
avril 1888 toutes les Republiques americaines sont
pleines de sollicitude pour le Congres, et on en attend de grands resultats; la question des relations commerciales plus etroites sera le principal objet de leur £tude ». « II existe parmi le peuple americain, dit le Herald de Boston du 20 avril, un sentiment facilement comprehensible,
c'est qu'il se croit en droit d'aspirer a one pat plus grande dans le commerce du continent que celle qui lui est cchue jusqu'ici. Commc e miere nation de ['hemisphere occidental, cotr. peuple qui, non settlement a protege grace a : les droits des autres nations, mais qui par son < a conduits dans le sentier des institutions re] les fitats-Unis doiTent exercer une influence c sur les affaires commerciales aussi bien que sui politiques de ces pays ». « Nous voulons moi possible, disait le Sun de Baltimore du 29 ir commerce de l'Amerique centrale et meridioni le bon marche et la bonne qualite de nos produ renfermant ces pays dans not re, tarif protecteurs voulons pouvoir eutrer dans les ports des signals que l'entree en sera interdite a nos concurrents
De son cote, la presse francaise vit le danger, du Bulletin de la Chambre syndicate des nego missioonaires, le Temps, le Steele, le National, des chambres de commerce denoncerent a l'i perils que ferait courir au commerce et a l'i la France la conclusion d'une union douaniere :
Toutes les rcpubliques du Nouveau-Monde convoquees ainsi que Cuba et les lies Hawaii. L le Bresil et le Chili furent les derniers fttats rent leur adhesion.
Le President Harrison fit choix de dix del representor les Etals-Unis au Congres; il choisil
saires declares du libre echange. Ce choix prouve bien, comme le fait remarquer le Graphic de New- York du 9 avril 1889, que lc principal objet du Congres elait le progres de la cause protection niste. Les protectionnistes nordamericains cherchaient en effet h trouver dans les fitats du Centre et du Sud des debouches pour leurs objets manufactures que les tarifs douaniers leur permettaient de fournir a Tabri de la concurrence de TEurope.
Mais, si la presse de 1'Union se montrait tres enthousiaste, la presse du Sud montrait une grande indifference, parfois mfime deThostilite. « Le Congres, disait Las Novedades, Torgane le plus important de TAmerique espagnole, ne sera pas un lit de roses, et pourra meme deginerer en disputes, des que Ton proposera k nos representants de retablir virtuellement en faveur et au benefice des fitats-Unis le systeme colonial qu'ils ont aboli en 4810 ». « Je ne crois pas, disait un homme public de l'Amerique du Sud dont Topinionest citee dans la Post du 7 mai 1889, que les Republiques hispano-americaines tombent dans le piege qui leur est prepare ».
La reunion tant esperee par les Etats-Unis eut enfin lieu ; seule la petite Republique de Saint-Domingue avail decline Tinvitation qu'elle avait recue. Deux fitats, et non des moindres, le Mexique et la Republique Argentine montraienl des dispositions bien peu favorables; mais les Americains du Nord esperaient les convertir a leurs vues^ Aussit6t arrives h Washington, les delegues du Centre et du Sud firent aux frais de TUnion une tournee dans les prin-
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cipaux centres iadustriels, desliaee a leur donner uae haute idee de la puissance economique des ttals-Unis; mais ils retirerent surtout de leur voyage une impression de jalousie et de crainte, tout contraire au but attendu.
La question de Tarbitrage n'echoua pas completement. Le Guatemala, le Nicaragua, le Salvador, le Honduras, la Bolivie, Tfiquateur, Haiti et le Bresil signerent avec les ;•«$
fitats-Unis un traite commun d'arbitrageM. Mais la mauvaise volonle du Mexique, du Chili et de la Republique Argentine avait empeche la signature d'une Union generale dont les fitats-Unis avaient espere tirer un grand profit et une grande raison d'influence ( 2 ).
L/Union douaniere subit un complet echec. Cet echec devait etre prevu : une union quelconque ne pouvait se ^
faire que si les fitats-Unis abaissaient dans des proportions considerables leurs tarifs aux produits bruts des fitats du Sud. Or, la protection est tres en faveur aupres des Republicains, qui represented pour la plupart des fitats de l'Est americain, dont l'industrie pour les raisons que nous avons vues ne peut se passer de tarifs protecteurs. De plus, aux Ltats-Unis les tarifs douaniers sont encore une ressource fiscale et fournissent au budget des recettes considerables : le parti rcpublieain hesitait beaucoup a les modifier. Plu~ sieurs fitats Sud-Americains se montraient d'ailleurs hostiles k toule idee d'Union douaniere : les representants du Chili et de la Republique Argentine se firent rcinarquer
(1) Ces traites ne paraissent d'ailleurs pas avoir ete" ratifies.
(2) Voir page 139 et s., note.
par leur attitude agressive. Le delegue argentin, M. Sanz Pena fit observer que si le Zollverein allemand avait reussi, c'est parce qu'il avait reuni des fitats homogenes, tandis que 1' Union americaine se proposail de relier entre eux des filats de nationality distincle; il insista aussi sur Hm possibility de trouver une base equitable pour la repartition du produit des douaqes entre les divers iStats de i'Union projetee; enfin il appela eloquemment l'attention des delegues du Centre et du Sud sur les dangers que la substitution d'une Diele Internationale aux Parlements nationaux pour la fixation d'un tarif douanier ferait courir h l'independance de leurs patries.
Les fitats-Unis durent se contenter d'assurances de bon vouloir en faveur de la conclusion des traites de reciprocity, et de voeux en faveur de la construction d'un chemin de fer panamericain. Ces voeux ne paraissent pas avoir encore reyu de commencement d 1 execution.
La conclusion des traites de reciprocity etait le seul moven qui rest&t aux fitals-Unis de resserrer leurs liens economiques avec les fitats du Sud : ils s'employerent de tous leurs efforts dans ce sens, et signerent des traites suecessivement avec le Bresil(31 Janvier 1891). laRepublique Dominicaine (ijuin), les Antilles espagnoles (16 juin), le San-Salvador (30 decembre), les Antilles anglaises (1" fevr. 1892), le Nicaragua (11 mars), le Honduras (29 avril) (*).
Ces traites leur etaient tres favorables; ils admettaient
(1) Annalesdu commerce extirieur (n° 81).
en franchise dans leurs ports les sucres, les cafes et les peaux du Bresil, et obtenaient l'entree en franchise dans les ports bresiliens de leurs bles, de leurs machines et de leur materiel pour chemins de fer : l'industrie bresilienne naissante etait sacrifice. Le traite avec les Antilles espagnoles ne leur etait pas moins avantageux : ils obtenaient une franchise presque complete pour leurs objets manufactures et un tarif reduit pour leurs cereales et pour leurs farines. Les Cubains envoyaiem en franchise leurs sucres, leurs cafes et leurs cuirs dans les ports de TUnion. Le commerce espagnol etait mine, mais ce traite avait du elve, consenli par FEspagne par suite de considerations politiques ; elle craignait que les Etats-Unis ne soutinssent les mecontents cubains. Les exportations americaines de ble au Bresil passaient en 1894 de 705 mille barils a 892 mille, k Cuba de 114.000 barils a 662.000.
Mais les Americains du Nord ne devaient pas jouir longtemps de leur succes, dont l'absence de communication directc entre le Nord et le Sud diminua d'ailleurs singulierement Timportance. L'arrivee aux affaires d'un President democrate et d'une majorite moins protectionnisle que la precedente amena le remplacement du tarif Mac- Kinley par le tarif Wilson, mais des droits furent etablis sur les laines et les sucres. La plupart des traites de reciprocity tomberent; 1'Espagne denonca le traite signe au nom des Antilles & la suite du refus des fitals-Unis de laisser penetrer en franchise les tabacs de Cuba dans les ports dc lTnion. Les importations de ble americain torn-
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berent aussitot en 1895 au Bresil de 892.000 barils a 662.000, a Cuba de 662.000 & 176.000.
L'Exposition colombiennede 1894 fut uae occasion pour lcs l£tals-Unis d'essayer de resserrer les liens si peu tendus qui reunissent les Trois-Ameriques; des efforts extraordinaires furent faits pour reunir a Chicago des collections de tous les objets prod ui Is dans le Nouveau-Monde; des discours furent prononces, des banquets eurent lieu ; mais cette tentative parait n'avoir donne aucun resultat.
Le prodigieux developpement donne en 1895 et 1896 a la doctrine de Monroe sur le terrain politique devail susciciter de nouveaux essais sur le terrain economique. Des rapports plus intimes sont plus necessaires que jamais entre le Nord et le Sud. En effet, d'apres un tres interessant rapport de M. P. Lefaivre, premier secretaire de TAmbassade de France k Washington^) « les manufacturiers americains constatent que les besoins du marche national ne suffisent plus a absorber la production normale de leurs ateliers, et le seul remede a apporter a la plethore qui menace leurs magasins est de trouver a Texterieur les debouches quils ne rencontrcnt plus chez eux ». Or, il resulte du meme rapport que les Etats-Unis, qui absorbent 1/10 des exportalions du Bresil, envoient seulement dans ce pays .1/50 de leur exportation ; ils luiont achete pour 78 millions de dollars de marchandises et nelui en ontvendu que pour 15 millions. La situation est la meme avec tous les autres Ltats; comme on en peut juger par le tableau suivant :
(1) Moniteur du commerce du 17 juin 1897.
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Am6rique da Nord anglaise.
Mexique
Amerique centrals
Cuba et Porto-Rico . . . . ,
Antilles aoglaises
Haiti et Dominicaine . . .
Colombie
V6nezu6la
Bresil
Argentine
Reste de l'Am6rique. . . .
Total.
IMPORTATIONS en nillten
DK DOLLARS.