LIVRE SIXIÈME
champ les hommes parfaits : ils aident plus ou moins à le devenir. Ce sont des moyens et non la fin, des secours et non la chose même, des facilités pour s'élever à la perfection et non la perfection : « Melius nominarentur vi* quidam, vel instrumenta seu dispositiones ad perfectionem acquirendam, quam status perfectionis. » (Tract cont Matt. Grabb.)
L'I. C. est un manuel de perfection religieuse. Ce pieux livre a été composé pour le chrétien désirant arriver au plus haut degré de la vertu par la pratique des conseils évangéhques : il a été écrit pour le moine. Il suppose à chaque instant l'observation des trois obligations principales et des observances^ secondaires de la vie Religieuse. Toutefois, IL C. ne s'écartant aucunement, en ce sujet, de l'enseignement commun, il nous suffira d'arrêter notre attention sur deux points qui peuvent donner lieu à observations nous voulons dire, la pauvreté et la vie commune.
L'I. C. recommande plutôt l'esprit de pauvreté que la pauvreté réelle.
Il faut être, intus liber, dit le pieux auteur. Entendons bien cette expression. L'homme le plus entouré de puissance, d'honneurs et de richesses peut vivre dans la pauvreté, tandis que le mendiant, dépouillé de tout bien, peut se trouver dans l'état d'avarice. Pourquoi? C'est que l'intention fait la valeur de la vie morale. Évidemment, il ne nous est pas possible de nous abstraire de tout commerce avec les choses créées. Vivant dans le monde, nous devons en accepter les conditions nécessaires, et nous n'avons pas à réagir contre ïïnéluctable nécessité. C'est pourquoi soyons dans le monde, mais sans être confisqués par le monde. « Notre conversation, dit l'apôtre saint Paul, doit être dans les cieux. » En nous heurtant sans cesse aux objets exté-
gg LA DOCTRINE DU LIVRE DE' I. C.
rieurs, sachons toutefois nous tenir attachés à notre vrai bien ' Ne permettons pas à notre cœur de se dépenser en efforts infructueux. Ne laissons pas nos désirs déployer leurs ailes à leur gré, de crainte que, fatiguées, alourdie, blessées par un vol an ras de terre, elles ne soient plus capables d un battement puissant qui emporte dans les hautes régions. Or le propre caractère de la pauvreté, recommandée par U.C., c'est précisément d'être spirituelle plutôt que réelle. ^ Saint François d'Assise a été l'apôtre de la pauvreté réelle : « Les'Frères Mineurs, disait le Bienheureux ont été donnés à l'Église pour être, par leurs paroles et leurs œuvres, les principaux témoins et imitateurs de sa très haute pauvreté, en renonçant sans réserve à toute propriété et a toute affection tant soit peu déréglée aux biens de ce monde, en se servant, avec humilité et selon la pauvreté, des choses terrestres. ». Le Saint donnait, le prem.er, 1 exemple de ce détachement absolu de toute propriété : « Il avait fabrique un petit vase de bois pour ne point laisser sans occupation les moments les plus légers de son temps. Un jour qu .1 récitait les heures canoniales, ce vase lui revint en la pensée et lui causa quelque distraction. Alors, pousse par 1 ardeur de sa piété, il jeta le vase au feu en disant : « Je sacrifiera.
plus pompeux éloge de la pau"«« "• ÇF concoit cette doctrine cienne, prêche le «noncement absolu On conçoit c
chez un chrétien q"' Pla?e au.ie'a//,."fn^ene fait qu'ajourner
gtoire, et ^^" ^,Sà ™M^I crÊplc.ète», son bonheur. On a conçoit e n(-o'cu d { rjchesse qui
où l'esclave fait de nécessite vertu et se venge ne '» r s
l'écrase en la méprisant. Mais ^tt^^^(o^is^TtiTi sans losophe, ces déclamations convenues dont le ,onds esd,autorité. doute de la doctrine stoique, mandent da-propos "dj. p. 3a.) (Martha. Les Moralistes sous 1 empire Romain, a eau , v
LIVftE SIXIÈME. „c
« au Seigneur celui dont la pcnsàe a été un obstacle a mon « sacrifice. « (Œuvres de saint François d'Assise. Paris i86<
Cette abnégation, poussée jusqu'au complet renoncement a toute propriété, ne parait pas être conseillée par l'I C Le mot de, paupertas, qui revient sans cesse dans les discours de saint François d'Assise et de ses premiers disciples ne se trouve que deux fois dans notre livre : « In propria pâupertate rehetus : II. ,x, 26; considerata quis paupertate et vilitate personœ : III. xx„, 13, » et il n'est pas employé dans te sens franciscain, mais dans celui d'imperfection morale On peut faire la même observation sur le mot, patiner' Ordma.rcment l'I. C. l'emploie suivant l'acception de : « Pauvre moi, que puis-je faire, où irai-je sans toi ? E*o pauper,quidagere.possum,etquoibosinete?»III xxix 8 Quelquefins, mais plus rarement, suivant l'acception d'esprit de renoncement. Mais, dans ce cas, il est accompagné du terme de, spiritu : « Verum pauperem spiritu quis inveniet?» 11. x., 17. A sept ou huit reprises, l'I. C. donne au mot, pauperes, la signification de dépourvus des biens terrestres : « Pauperes igitur erant rébus terrenis. », I. xvm 12 - Mais il ne paraît pas que l'auteur de FI. C. ait voulu faire de la pauvreté, entendue en ce dernier sens, une recommandation spéciale. De l'étude des passages où se rencontrent les mots, proprietas, proprius, et autres semblables on peut légitimement inférer que le pieux auteur a surtout voulu parler de l'esprit de pauvreté.
L'I. C. recommande donc plutôt l'esprit de pauvreté que la pauvreté réelle. c< Serva cor liberum ; esto purus et liber ab intus; homo abnegatus valde liber est: » c'est le résumé de son enseignement sur toutes choses de ce monde.