LIVRE SIXIÈME
maîtrcJésus-Christ enseignant les hommes. Épitre préli-
aoor'ênT7 * Jé5US-Chrht- ~ L'aP^re saint Paul nous apprend en quoi consiste l'esprit de Jésus-Christ qui doit
Z 7 T Ch?ef- ' La manîue distincti- «Js vrais enfants de Dieu, dit-il, est d'agir en tout par le mouvement: et la conduite de l'esprit de Dieu : Quicumque Spiritu De. aguntur, h, sunt Filii Dei. » (Rom. vm 14)
Selon cette doctrine du grand Apôtre, un véritable enfant ' m„'eU ne Sf Condulra d P" l'attrait des sens, ni par le «ouvemen. de ses passions ou de ses inclinations nature les, mais par le mouvement de l'esprit de Dieu, c'est-àdire, conformément a la volonté divine
touTfc « f J8 C°ndUite ^ Notre-Sei8"e«r, qui, pendant que k J' T V'î m0rtdle' n'a 6U d '1Utre OCCUP"io°
c oui ï T T' ^ S°n Père •' ' * fois retours
c qm lu, plait, nous dit.i, lu..même ; hcitJ
e. fac o semper. » (Joann. vm, 29.) . Ma noPurriture est
est ut fe ' T1' de Cdui qui m'a ««* ■ Me- -bus est m fac.am voluntatem ejus qui misit me. » (Ibid. ,v u )
L esprit de Jésus-Christ consiste donc à ne vouloir'v vre que selon qu'd plaît à Dieu que nous vivions. En d'autre ermes, 1 espnt de Jésus-Christ est la disposition de vivre
2rd:;mpourDieu'oudese-fo--ntoutaubo:
£*«£* l'esprit de Jésus-Christ trouverait dans son ensci-
^Consolation „, la manne cachée c'est « moult
and d ,ceur espmtuelle ». D'après Cerson, la manne
»e 1 esprit intérieur, « manna interioris mentis. >, n'est
autre chose que la douceur ou la consolation spuitueile « dulcedinem sive consolationem spmtualem. » (Epist. de
Snirit. Profect.) • . ,
Notre auteur donne à ces termes un sens plus étendu. La manne cachée que Fou trouve dans l'enseignement «te Jésus-Christ, c'est, comme il est dit quelques lignes plus bas, l'intelligence et la saveur des choses divines.
Celui qui veut avoir la pleine et savoureuse intelligence des paroles de Jésus-Christ doit s appliquer à conformer toute sa vu a la sienne. __ Corneille a donné trop d'extension a la parole de l'I. C. quand il a traduit :
« Toi qui par l'amour propre à toi-même attaché « L'écoutés et la lis sans en être touche. »
Notre pieux auteur ne doit avoir jamais pensé qu'on pût lire fa parole de Dieu sans en être touché. Mais il a du conter bien souvent, et par son expérience et par celle qu'on lit souvent l'Écriture sans en retirer un grand désir de
FSlett h raison de ce peu d'efficacité de Va^-
et que par conséquent, on n'a pas l'esprit de Jesus-Chn
S int Augustin raconte (Confess. lib. V, cap. x,n) qu . alll écouter saint Ambroise, chaque fois que ce grand auau uuuu .--Mit des heures entières
Évêque enseignait le peuple II restait des " suspendu aux lèvres du prédicateur ravi de l h^non « de ses discours. Néanmoins, .1 ne ^^^^ de ces longues séances passées au pied de la chaire sacrée. Po^uoi? C'est qu'il allait entendre ''orateur sacre pou taire attention à la forme du discours, mais ave, le dessein
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de ne tenir nul compte des idées. Augustin avait l'esprit rhétoncien.et ,1 profitait des leçons de rhétorique qu'Ambroise donnait par es modèles de son éloquence. Mais il manquait de 1 esprit chrétien, et, dès lors, les vérités chrétiennes si excellemment enseignées par l'Évêque de Milan, ne faisaient aucune impression sur son intelligence.
Le même phénomène, mais en sens inverse, se reproduisit quand Augustin aborda la lecture des Livres saints.
« Croyez-en mon expérience, disait-il à la fin de sa vie J ai essayé dans ma jeunesse de lire les saintes Écritures ■ mais ma vie coupable m'en fermait l'intelligence ; et comme mon cœur n'était pas pur, je n'y pus jamais pénétrer. » iSenn . Lxv, cap. y.) « L'Écriture sainte, dit-il encore, est un livre aussi inaccessible à l'orgueil des sages du siècle, quil est au-dessus de la portée des enfants; il s'en fallait bien que je fusse tel qu'il aurait fallu pour le pénétrer, car ) étais trop enflé pour m'accommoder de sa bassesse apparente, et ,e n'avais pas d'assez bons yeux pour apercevoir ce quelle cache » (Confess. lib. III, cap. v.) - Plus tard> quand 1 ame d Augustin sera en de meilleures dispositions, il suffira qu il entende une voix d'enfant lui dire : « Prends et lis, » pour qu'aussitôt, consultant le texte sacré, il trouve dans une seule phrase de saint Paul, la règle d'esprit et dé conduite qui gouvernera le reste de sa vie.
C'est, en effet, une vérité banale que, pour bien profiter d un enseignement, et faire des progrès rapides dans une science, ,1 faut en avoir le goût. On ne peut avec succès aborder, par exemple, l'étude des mathématiques, qu'à la condition de les aimer, au moins jusqu'à un certain point. L influence du cœur sur l'esprit est indéniable. On fait plus facilement, et mieux, ce qu'on fait avec plaisir. Il n'est personne qui puisse en disconvenir.
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Pour la doctrine de Jésus-Christ, cette vérité est, s'il est possible, encore plus manifeste. On ne s'y applique avec fruit, qu'à la condition de l'aimer préalablement.
« Les charnels ne goûtent que ce qui est cha.r ; les spirituels savourent ce qui est esprit, dit saint Paul : Qui secundum carnem sunt, quae carnis sunt sap.unt , qui «ro secundum spiritum sunt, qu* sunt spintus sentiunt. »
(Rom. vm, 5-) , v ►.!
^ L'expérience permet de dire davantage : c est que 1 intelligence la Plus cultivée ne parvient pas à comprend., même les plus è^mentaires enseignements de 1 Évang le, si elle „ est déjà prévenue en sa faveur. C'est un fait qui se vérifie
"ïoS: sens ne jugent pas la raison, ni même ne la comprennent pas; comme le cœur a des inspirations qui éZpent à l'esprit : de même les sages et les prudents du S "ne saisissent pas les choses de Dieu sis n ont pas l'esprit de Dieu. Les grandes miséricordes de Dieu su -humanité, les bontés ineffables de son ivm ^cœur 1 prodiges du sacrifice de la croix, échappent a leur intel aence Est-ce qu'un homme d'intérêt et de calcul peut se fende compte des élans d'une âme, en proie au désintéressement et au dévouement? Est- ce que les saints Vincensde Z ne resteront pas toujours un mystère pour les Talleyfat s> L nomme'naturel ferait pendant des siée es le tour du Calvaire, qu'il n'arriverait pas à en voir le cote divin ment affectueux et généreux. Pour 1 apercevoir 1 au déjà éclairé par la foi, et échauffé par la grâce. Il faut être initié à l'esprit même de Jésus-Christ.
faut encore aller plus loin. Des mœurs chrétiennes sont nécessaires à la pleine compréhension des vérités chretiennes.
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« Si quelqu'un veut faire la volonté de mon Père il connaîtra si ma doctrine vient de mon Père, ou si elle 'est de moi, dit Jésus-Christ : Si quis voluerit voluntatem ejus facere, cognoscet de doctrina, utrum ex Deo rit, an e«o a meipso loquar. » (Joann. vu, 17.)
«Si vous demeurez dans mes enseignements, dit encore le Maître, vous serez vraiment mes disciples, et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous délivrera : Si vos mansentis in sermone meo, vere discipuli mei eritis, et cognoscetis ventatem, et veritas liberabit vos. »> (Ibid. vin, 32.)
Pourquoi donc une vie chrétienne ouvrirait-elle l'esprit à la connaissance des vérités de l'Évangile ? Pourquoi > 1 arec qu une vie chrétienne, à raison de l'influence du cœur sur I esprit, donne le goût de l'Évangile, excite l'intelligence et dispose la volonté; ensuite, parce que Dieu confère des lumières particulières à ses fidèles serviteurs Dans la religion chrétienne, il ne faut jamais perdre de vue 1 intervention de la grâce et son action constante
Malebranche a une page énergique sur le sujet qui nous occupe : « Ceux qui n'ont de l'estime que pour les objets de eurs sens ; ceux qui suivent aveuglément les mouvements
t "n PaSTS; 'eS V°luPtUeux> ou' Pour parler comme sus-Chnst, es pourceaux, sont incapables de reconnaître la vente de la religion, et de goûter les vrais biens. Le royaume de Dieu est une perle pour laquelle ils ne veulent point vendre tout ce qu'ils possèdent; ils n'en savent pas tepnx. Amsi Jésus-Christ défend que l'on propose les biens
uns, et que 1 on explique les sacrés mystères à ces misé- *Wes, parce qu ils en sont incapables et indignes. Il suffit e les menacer de la part de Dieu, de les effrayer par l'idée
: ernue ou même par la crainte des maux temporels. *ais loisqu ils sont en pénitence, qu'ils se privent des plai-
,j. LA DOCTRINE DU LIVRE DEL C.
sirs qu'ils cessent d'être des pourceaux, il est utile de leur expliquer les mystères de la religion, et les secrets de 1 E- Ïï car, étant devenus brebis, ils écoutent et dtscerr„:Îen la'voix du vrai Pasteur de leurs âmes » Conversations chrétiennes. Entretien vu : <&£»«* chrétienne est très utile à la perfection de 1 esprit.)